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Full text of "L'oeuvre complet de Eugène Delacroix : peintures, dessins, gravures, lithographies"

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in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


littp://www.archive.org/details/loeuvrecompletdeOOdela 


UOEUVRE  COMPLET 


DE 


EUGÈNE 


DE^ 


L 


;IX 


PEINTURES    DESSINS    GRAVURES    LITHOGRAPHIES 


iSi3- i863 


''!'•, 


AUX  DONATEURS  GENEREUX 

QUI  ONT  OEFERr  A  L'ADMIRATION  PUBLIQUE 

EN  LES  F'LAÇANT  DANS  LES  MUSÉES  DE  LEUR  PATRIE 

LES  ŒUVRES  DE 

EUGÈNE    DELACROIX, 

NOUS  DÉDIONS  RESPECTUEUSEMENT 

CE   LIVRE. 

AUX    DONATEURS    DU    MUSÉE    DU    I.OUVRF.  : 

ADOLPHE    MOREAU  PAUL    DE    LAAGE 

MAURICE    COTTIER  HIS    DE    LA    SALLE 

JENNY    LE    GUILLOU. 

AUX    DONATEURS    DES    MUSÉES    DE    PROVINCE  : 

ALFRED    BRUYAS  CHARLES    DIÉTERL! 

HORACE    DE    CHOISEUL  AUGUSTE    BERLIN 

LE    GÉNÉRAL    DELACROIX  PHILIPPE    ROUSSEAU. 

AUX    DONATEURS    DES    MUSÉES    DE    l'ÉTRANCER  : 

J.    P..    PESCATORE 

LA     DUCHESSE     COLONNA     d'iSTRLV. 


L'OEUVRE  COMPLET  DE 


A^ 


EUGÈNE  DELACROIX 

PEINTURES   DESSINS  GRAVURES  LITHOGRAPHIES 
CATALOGUÉ  ET  REPRODUIT  PAR 

ALFRED    ROBAUT 

COMMENTÉ  PAR 

ERNEST  CHESNEAU 

OUVRAGE  PUBLIÉ  AVEC   LA  COLLABORATION  DE 

FERNAND    CALMETTES 


PARIS.     CHARAVAY    FRERES    ÉDITEURS 
4  rue  de  Furstenberg 

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AVERTISSEMENT 

DES  ÉDITEURS 


ECONSTiTL'ER  Timposant  ensemble  de  pensées,  le  monde  superbe  de  formes 
et  de  couleurs  conçu  par  la  haute  et  féconde  intelligence,  réalisé  par  le 
pinceau  magnifique  de  Eugène  Delacroix  :  tel  est  Tobjei  de  ce  livre.  Les 
auteurs  ont  voulu  évoquer  ce  grand  souvenir  dans  l'âme  de  tous  les  admi- 
rateurs du  maître;  ils  ont  voulu  fixer  dans  le  présent  comme  en  vue  de  l'avenir 
cette  vision  si  glorieuse  pour  notre  école  française  au  dix-neuvième  siècle.  Dans 
cette  intention  on  a  dressé  un  Inventaire  complet  de  ses  peintures  et  de  ses  des- 
sins, des  gravures  et  des  lithographies  sorties  de  sa  main  et  des  reproductions  gravées 
et  lithographiées  d'après  ses  ouvrages.  On  a,  pour  cet  inventaire,  adopté  l'ordre 
chronologique,  qui  a  paru  le  plus  simple,  le  plus  clair,  le  plus  instructif.  Une 
table  analytique  et  un  index  alphabétique  faciliteront  d'ailleurs  toutes  les  recher- 
ches. En  effet,  la  constante  préoccupation  qui  a  présidé  à  ce  long  travail  a  été  d'en 
faire,  non  un  livre  d'apparat,  mais  un  véritable  manuel  de  l'œuvre  de  Delacroix, 
une  sorte  de  Dictionnaire  que  tout  conservateur  de  bibliothèque  ou  de  musée,  le 
collectionneur,  le  travailleur,  Thistorien  de  l'art,  le  vendeur  et  l'acquéreur,  pussent 
interroger  constamment,  manier  sans  difficulté  et  ouvrir  à  tout  instant  avec  la  certi- 
tude d'y  trouver  aussitôt  le  renseignement  désiré. 

Cet  inventaire,  si  exact  et  si  complet  qu'il  fût,  manquerait  d'un  élenient  d'infor- 
mation essentiel,  s'il  ne  donnait  que  des  documents  écrits,  des  mesures,  des  dates, 
des  noms  de  personnes  et  de  lieux.  Le  moindre  trait  de  plume  ou  de  crayon,  en 
matière  d'art  plastique,  parlera  toiijours  plus  clairement  aux  yeux  et  à  l'esprit  que 
les  descriptions  les  plus  précises  et  les  plus  éloquentes.  Il  fallait  donc  au  texte  du 
catalogue  ajouter  le  document  par  excellence,  l'image.  Il  eût  été  facile  de  faire 
exécuter  une  vingtaine  de  belles  planches  d'après  les  compositions  principales,  mais 
cela  n'eût  pas  rempli  le  but  d'utilité  pratique  qu'on  se  proposait.  Ce  livre  ne  pouvait 
être  un  Livre  de  vérité  qu'à  la  condition  de  mettre  sous  les  veux  des  amateurs  la 
meilleure  partie  de  l'œuvre  immense  de  Delacroix. 


VI  AVERTISSEMENT    DES    EDITEUR; 


Mais  comment  réunir  de  nouveau  tant  J'ceuvres  dispersées?  Cette  noble  tâche, 
toute  de  conscience  et  d'obstination  généreuse,  a  été  accomplie  au  prix  de  mille 
ililTicultés  dont  on  ne  saurait  se  rendre  compte,  par  un  admirateur  p;issionné  du 
maître,  M.  Alfred  Robaut,  qui  a  consacré  plus  de  vingt  ans  de  sa  vie  à  rechercher  ses 
aaivrcs  partout  où  il  pouvait  les  rencontrer,  en  France  et  à  FÉtranger,  dans  les  mo- 
numents publics  et  dans  les  musées,  dans  les  collections  privées,  dans  les  ventes,  etc. 
Il  en  a  relevé  avec  une  exactitude  scrupuleuse  les  dimensions,  les  provenances, 
la  signature,  les  détails  de  composition,  de  couleur  et  d'harmonie.  Non  content  d'en 
dresser  ainsi  le  catalogue,  il  les  a  dessinées;  et  ses  dessins,  exécutés  à  la  chambre 
claire  par  une  main  expérimentée,  qui  possède  à  fond  le  caractère  du  talent  de 
Delacroix,  sont  d'une  justesse  absolue  dans  leurs  petites  dimensions.  C'est  dans  ces 
dimensions  restreintes  qu'il  était  précieux  de  les  avoir  pour  soumettre  au  public,  en 
un  seul  volume  et  dans  un  format  maniable,  un  ensemble  si  considérable  de  pro- 
ductions. Sulilsant  pour  rappeler  nettement  la  composition  de  chaque  ouvrage,  et 
pour  mettre  en  évidence  les  variantes  entre  les  sujets  plusieurs  fois  répétés,  le  procédé 
en  croquis  de  .M.  Alfred  Robaut  ne  prétend  point  aux  mérites  spéciaux  de  l'inter- 
prétation par  le  burin  ou  l'cau-forte;  sa  seule  prétention,  pleinement  justifiée,  est 
d'être  exact  et  clair. 

Mais  un  catalogue,  même  illustré  —  c'est-à-dire  une  suite  de  documents  dressés  sur 
mi  type  uniforme  —  pouvait  difHcilcmcni  être  présenté  au  public  sans  être  accompagné 
d'un  commentaire  qui  éclairât  le  sens,  l'intention,  la  portée  de  Pœuvre  cataloguée 
et  répandit  plus  de  lumière  sur  la  vie  com.me  sur  le  talent  de  Eugène  Delacroix. 
Le  soin  de  ce  commentaire  a  été  confié  à  l'un  des  maîtres  de  la  critique  moderne, 
M.  Ernest  Chesneau. 

Si  heureuse  que  fût  cette  colla'boration,  cùt-clle  suffi  à  mettre  en  pleine, valeur 
un  tel  ouvrage,  dont  l'exécution  matérielle  offrait  des  difficultés  exceptionnelles? 
L'introduction  des  vignettes  dans  le  texte  et  l'extrême  division  de  la  matière  typo- 
graphique conipliquaient  singulièrement  la  mise  en  pages  et  exigeaient  une  surveil-  I 
lance  incessante  autant  que  savante.  Un  homme  de  troùt,  à  la  fois  érudit  et  peintre,  i 
M.  Fernand  Calmcttes,  qui  s'est  déjà  distingué  par  la  direction  de  grandes  publi-  i 
cations  de   librairie,  nous  a   prêté  un  concours  assidu  et  dévoué. 

Nous  avons  également  trouve  un  collaborateur  très  actif  en   notre  imprimeur  } 

M.  Claude  Motteroz,  qui  a  su  former  un  personnel  d'élite  et  s'assurer,  par  sa  science  ( 

technique  et  son  amour  du  beau,  une  des  premières  places  parmi  les  typographes  j 

modernes.  | 

M.  Charles  Gillot,  qui,  par  ses  recherches  constantes,  a  su  rendre  plus  délicat  et  1 

pki5  pariait  le  procédé  ^ic  g;;;\;,re  i'ivonié  p-j.':  >on  p''i'e,  a  d'jur'é  lOLis  ses  >oins  à  la  ; 


.WKRTIS.sF  M  r.NT   1)1~ 


I)  I  T  F.  U  R  S 


icjiroJiiCîio'')  des  dessins  de  M.  Alfred  l^oh;uii.  Nous  lui  adressons  nos  sincères 
remerciements. 

Nous  devons  encore  exprimer  notre  reconnaissance  à  MM.  les  collectionneurs, 
amateurs,  artistes,  conservateurs  de  musées,  éditeurs  et  marchands,  qui  nous  ont 
ouvert  leurs  galeries  ou  prêté  leitr  concours,  et  nous  ont  aidés  à  connaître  et  à 
reproduire  des  œuvres  du  maitrc  ignorées.  M.  Maurice  Tourneux,  qui  a  bien  voulu 
relire  nos  épreuves,   nous  a  fourni  quelques  renseignements  très  utiles. 

Rendons  entin  l'hommage  qui  lui  est  dû  à  Tamateur  si  regretté,  à  Thistorien 
consciencieux  qui  a  ouvert  la  voie  dans  Tétude  descriptive  des  œuvres  de  Delacroix. 
M.  Adolphe  Moreau,  qui  avait  appris  de  son  père  à  connaître  et  à  aimer  les  maîtres 
modernes,  a  profité  de  sa  haute  situation  de  fortune  et  de  son  grand  goût  pour 
réunir  dans  ses  collections  quelques-uns  des  plus  beaux  tableaux  de  Delacroix  et 
pour  dresser  Tinventaire  des  p^roduciions  du  même  maître.  Cet  inventaire  qui  parut 
en  1873,  est  sans  conteste  le  point  de  départ  de  notre  livre;  mais,  venant  après 
M.  Moreau,  aidés  de  son  travail,  les  auteurs  ont  voulu  éviter  les  critiques  qui  lui 
avaient  été  adressées,  adopter  un  plan  plus  simple,  faciliter  les  reclierches  par  des 
tables  méthodiques,  corriger  des  erreurs  de  détail  et  surtout  combler  des  lacunes 
sérieuses  en  décuplant  le  nombre  des  ouvrages  décrits. 

CHARAVAY  FRÈRES. 


NTRODUCTION 


JSL. 


iSTORiENS  de  l'art,  comment  nous  défendrions-nous  d'une  e'motion 
profonde  au  moment  d'entrer  en  contact  avec  les  hommes  de 
génie,  d'en  retracer  la  vie  et  d'étudier  leurs  œuvres?  Cette 
émotion,  à  tous  ceux  qui  les  approchèrent,  la  majesté  de  leurs 
créations  aussitôt  l'imposa.  A  travers  les  siècles ,  elle  s'est 
transmise  jusqu'à  nous,  toujours  grandissante,  augmentée  du  respect  des 
générations,  dont  chacune  ajoutait  une  auréole  élargie  au  précédent  rayon- 
nement de  leur  gloire. 

Cependant,  il  3'  a  des  nuances  intéressantes  à  noter  dans  le  sentiment  que 
les  grands  maîtres  nous  inspirent.  Les  uns,  génies  parfaits,  calmes,  lumineux, 
n'éveillent  en  nous,  à  l'appel  de  leur  nom,  que  des  idées  sereines  et  limpides; 
nous  avons  pour  leur  mémoire  un  culte  mêlé  de  tendresse.  Les  noms  de 
]\lichel-Ange  et  de  Rembrandt,  de  Léonard  et  d'Albert  Diirer,  celui  de  Beetho- 
ven évoquent  dans  notre  esprit  l'image  de  génies  plus  inquiets,  peut-être  plus 
troublés,  à  coup  sûr  plus  troublants,  tantôt  s'éloignant  d'un  grand  vol  à  de 
bien  plus  hautes  distances  de  l'homme  et  tantôt  pénétrant  au  plus  intime  de 
l'âme  humaine.  Il  s'ajoute,  en  dépit  de  nous-mêmes,  à  notre  admiration  pour 
eux,  cette  sorte  d'attirante  terreur  qu'entraîne  après  soi  le  sublime  et  constant 
attrait  de  l'inconnu. 

Eugène  Delacroix  fait  partie  de  cette  illustre  famille  d'artistes  mj'stérieux 
sur  lesquels  i'enquêle  reste  à  jamais  ouverte.  11  appartient  à  ce  groupe  d'esprits 
supérieurs  que  l'admirable  philosophe  R.  W.  Emerson  nommait  :  les  Re- 
présentants de  l'Humanité,  Represcntatii'c  Mcn.  Mais  en  outre,  il  propose  à 
nos  sympathies  un  titre  plus  impératif  encore.  Delacroix  est  la  manifestation 
suprême,  dernière,  et  la  plus  haute  en  ce  siècle  du  génie  français  dans  l'art.  11 


INTRODUCTION    A 


continue,  en  lui  donnant  un  formidable  coup  d'aile,  le  mouvement  de  nos 
chers  maîtres  français  du  dix-huitième  siècle.  Ils  ont  repris,  ceux-ci,  très  large 
enfin  après  cinquante  ans  d'oubli,  de  dédain,  leur  place  au  premier  rang  dans 
l'histoire  de  notre  art.  C'est  que  leurs  œuvres  sont  formées  du  plus  pur  rayon 
de  l'esprit  national,  c'est  que  nos  petits  maîtres  (on  dit  aussi  «  les  petits 
maîtres  du  Nord  »  d'hommes  dont  quelques-uns  furent  grands),  c'est  que  ces 
hommes  sont  plus  et  mieux  que  des  peintres,  mieux  que  de  simples  V03^ants  ; 
ils  ont  les  dons  si  précieux  de  leur  race  :  l'intelligence,  la  clarté,  la  variété, 
l'enjouement.  En  outre,  ils  ont  su  être  sincères,  sinon  toujours  vrais,  et,  sans 
pédantisme,  faire  une  prodigieuse  dépense  de  talent. 

Avant  eux,  quels  sont  les  maîtres  vraiment  français?  —  Au  seizième  siècle 
la  tradition  flamande  essa3-e  bien  de  se  franciser  avec  les  Clouef,  mais 
avec  les  frères  Le  Nain  seulement  apparaît  la  première  lueur  d'un  art  natio- 
nal qui  ne  dut  rien  à  la  triple  tradition  de  l'Antiquité,  du  Moyen  Age  ou 
de  la  Renaissance. 

Sauf  ces  exceptions,  restées  si  obscures,  l'Ecole  se  fait  toute  italienne,  toute 
florentine.  Au  di.\-septième  siècle.  Le  Sueur  seul  est  Français,  et  dans  une 
expression  restreinte  de  son  art,  dans  sa  Vie  de  Saint  Bruno  ;  tout  le  reste  de 
son  ceuvre  est  romain,  romain  comme  l'œuvre  entier  de  Poussin,  dont  le  trop' 
prudent  génie  s'épuise  à  effacer  en  lui  toute  trace  de  sa  nationalité.  Si  l'em- 
preinte française  résiste  aux  efforts  du  philosophe  des  Andelys,  c'est  à  son 
insu  et  com.me  malgré  lui.  Les  grandes  renommées  du  dix-septième  siècle 
après  Poussin  :  Le  Brun,  .Mignard,  Jouvenet,  se  perdent  dans  l'imitation 
emphatique,  dans  la  convention  lourde  et  pompeuse,  dans  le  ballonnement, 
dans  le  boursouflé  où  l'académisme  infectieux  des  Bolonais  avait  conduit  le 
mouvement  si  original  et  si  honnête,  si  noble  et  si  humain  de  l'Italie  renais- 
sant à  l'art. 

De  ces  mains  pomt  maladroites,  mais  solennellement  ennuyeuses,  l'art  tout  à 
coup  monte  aux  mains  de  "VV'atteau,  de  Boucher,  de  Fragonard,  de  Chardin, 
de  Prud'hon,  disons  même  de  Greuze.  Ils  se  succèdent  l'un  à  l'autre,  se  par- 
tagent le  dernier  siècle,  et,  en  dépit  des  Lagrenée,  qui  se  cramponnent  à  la  tra- 
dition immobilisée,  glacée,  ce  sont  eux,  ces  petits  maîtres,  qui  fondent  l'Ecole 
française  et  qui  sont  les  seules  gloires  de  leur  époque. 

Us   ont  eu    double   méi-itc.    Peintres,    c'est-à-dire,   au  point  de  vue  de  la 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIK  XI 


technique,  hommes  de  métier,  ils  sont  revenus  à  l'étude  directe  des  beautés 
naturelles,  saisies  dans  la  pleine  lumière  du  soleil;  artistes,  c'est-à-dire,  au 
point  de  vue  de  la  conception,  poètes,  ils  ont  renoncé  à  la  mythomanie  du 
grand  siècle,  ils  ont  relégué  au  magasin  d'accessoires  toute  la  friperie  m3-tho- 
logique,  tous  les  mannequins  héroïques,  qui  trompèrent  tant  de  gens  et  firent, 
pour  un  temps,  considérer  comme  créateurs  des  metteurs  en  scène  qui  n'étaient 
que  d'habiles  gens,  des  artisans  de  quelque  adresse  en  marqueterie  pitto- 
resque. 

Tant  de  fantaisie,  d'éclat,  d'imprévu,  tant  de  songes  ailés  sous  la  brosse 
de  Watteau,  tant  de  grâce  chez  Boucher,  d'esprit  chez  Fragonard ,  tant 
de  finesse  chez  les  Saint-Aubin,  chez  les  vignettistes,  tant  de  volupté  chez 
Clodion,  tant  de  vérité,  de  pénétrante  observation  chez  La  Tour,  tant  de  science 
enfin  et  tant  d'honnêteté,  de  force,  de  grandeur  sous  une  apparente  simplicité, 
de  tels  miracles  de  couleur  dans  le  talent  de  Chardin  ne  purent  sauver  l'École 
française. 

De  la  liberté  conquise  elle  abusa  jusqu'à  la  licence,  et  l'homme  au 
cothurne,  le  plus  brutal  et  le  plus  froid  des  maîtres  —  car  c'était  un  maître  — 
éteignit  le  soleil  dans  les  arts,  étouffa  toute  vie,  tout  ra3'on,  toute  vérité,  toute 
passion  en  peinture,  et,  par  suite,  dans  toutes  les  manifestations  plastiques.  Rien 
de  ce  qui  exige  du  go'ùt  n'échappa  aux  atteintes  de  la  férule.  Jusqu'au  mobi- 
lier, jusqu'à  la  mode,  tout  se  fit  pétrifiant  d'ennui  sous  l'influence  de  David.  Et 
cependant  une  page,  digne  d'un  plus  grand  que  lui,  dans  l'œuvre  de  David, 
son  Marat  assassiné^  ce  .Marat,  sinistre  héros  d'une  belle  peinture,  aurait  dû 
suffire  pour  éclairer  cette  dure  intelligence  et  l'amener  à  la  seule  théorie  vraie 
en  fait  d'art  :  la  passion. 

Car  voilà  ce  qu'ils  avaient  et  ce  qu'ils  étaient,  ce  qui  les  grandissait,  les 
exaltait,  les  faisait  artistes,  les  artistes  du  dix-huitième  siècle  :  ils  cro3'aient  à 
quelque  chose,  ils  croyaient  au  plaisir^  l'aimaient,  voulaient  le  rendre  et,  sous 
toutes  les  faces,  le  représenter,  le  communiquer;  ils  avaient  une  passion,  celle 
de  la  grâce  élégante,  de  tout  ce  qui  est  aimable,  charmant,  fait  pour  plaire,  la 
passion  de  la  femme,  de  tout  ce  qui  la  touche,  l'accompagne,  lui  est  séant,  en- 
cadre et  fait  ressortir  les  séductions  de  sa  beauté.  —  Sans  doute,  un  peuple 
artiste  peut  avoir  une  passion  plus  noble,  mais  telle  quelle  cependant,  il  n'en 
fallait  pas  davantage  pour  créer  tout  un  art. 


Et  le  plaisir  lui-même,  à  bien  y  regarder,  n'a-t-il  donc  pas  sa  noblesse,  lui 
aussi,  et  même  sa  moralité!  L'art  du  plaisir  est-il  un  art  frivole?  On  l'a  dit. 
Mais,  qui  dit  cela:  Le  très  suspect  puritanisme  des  races  m^'stiques  et  icono- 
clastes qui  condamnent  Part,  même  le  plus  élevé,  comme  un  plaisir.  Tous  les 
grands  civilisateurs  pourtant  ont  affirmé  la  grandiose  importance  des  arts  et 
des  enchantements  qu'ils  suscitent;  ils  ont  préconisé  l'utilité  sociale  et  la  né- 
cessité humaine  des  jeux,  des  fêtes,  du  plaisir. 

Dans  les  angoisses  du  combat  pour  l'existence,  dans  l'incertitude  de  l'équi- 
libre social,  diins  l'amertume,  dans  l'étonnante  et  constante  tristesse  des 
temps,  ces  délicatesses,  ces  gaietés,  ces  voluptés  mettent  un  rayon  de  lumière 
qui  illumine  les  sévérités,  les  soucis  et  les  ombres  de  l'heure  présente.  A  mer- 
veille, elles  s'associent  aux  mouvements  graves  et  puissants  de  la  philosophie 
des  empires,  comme  aux  profondes  ironies  de  la  politique. 

Il  V  a  chez  l'homme  une  réelle  noblesse  k  vouloir  et  à  savoir  orner  de  cette 
façon  l'aridité  de  son  séjour  terrestre,  à  en  dissimuler  les  douleurs  et  les  ter- 
reurs sous  un  voile  de  magniticence  qui  les  pare  sans  les  faire  oublier. 

Des  esprits  étroits,  d'assez  pauvres  moralistes,  chagrins  plutôt  qu'austères, 
dépourvus  d'histoire  et  de  philosophie,  ont  confondu  cette  faculté  privilégiée, 
ce  pouvoir  de  haute  origine,  avec  le  très  vulgaire  besoin  de  s'étourdir.  Ils  l'ont 
comparé  à  la  soif  de  quelques  malheureux  pour  les  boissons  enivrantes.  Ils 
n'ont  pas  compris  que  le  plaisir  est  une  des  lois  éternelles  de  la  nature 
humaine,  pratiquée  par  tous  les  peuples  et  dans  tous  les  âges,  loi  nécessaire, 
loi  d'équilibre  moral,  loi  d'harmonie  vraiment  providentielle. 

Le  comte  Joseph  de  .Maistre  a  osé  réhabiliter  le  bourreau  :  quel  penseur 
osera  donc  écrire  la  réhabilitation  du  plaisir  et  dire  enfin  tout  ce  qu'il  y  a  dans 
le  plaisir  de  sto'icisme  et  de  grandeur?  Ce  n'est  point  ma  tâche. 

Ma  tâche  ici  est  plus  modeste  et  j'y  reviens. 


I 


«  Il  ne  nous  reste  sur  la  vie  des  grands  maîtres  que  peu  de  renseignements 
auxquels  l'histoire  puisse  se  fier.  Il  est  fâcheux  que  nous  soyons  si  mal 
servis  dans  le  désir  naturel  de  nous  instruire  de  ce  qu'ils  ont  été,  de  la  vie 


(KlXRE    de     DELACROIX  Xlll 


qu'ils  ont  menée,  car  !c  plaisir  de  jouir  de  leurs  ouvrages  ne  nous  suffit  pas  : 
nous  voudrions  faire  connaissance  avec  leurs  personnes,  bien  plus,  avec  leurs 
bizarreries  et  leurs  passions;  nous  aimerions  au  moins  à  les  trouver  des 
hommes  comme  nous,  dans  la  partie  la  plus  vulgaire  de  la  vie.  Peut-être 
est-ce  un  secret  sentiment  de  jalousie  qui  nous  fait  désirer  de  les  rapprocher 
de  nous,  en  les  abaissant  à  notre  niveau.  Peut-être  est-ce  un  sentiment  de  ce 
genre  qui  a  contribué  à  défigurer  leur  histoire,  les  montrant  quelquefois  sous 
un  jour  trop  défavorable;  comme  aussi  une  admiration  excessive  s'est  plu 
souvent  à  les  exalter  outre  mesure. 

a  Presque  toujours,  les  événements  de  leur  vie  ont  été  arrangés  selon  le 
caractère  qu'on  leur  supposait  d'après  leurs  ouvrages.  Tantôt  ce  sont  des 
apologies  écrites  par  leurs  élèves  et  leurs  amis,  tantôt  ce  ne  sont  qu'anecdotes 
et  traditions  incertaines,  recueillies  par  des  hommes  d'une  époque  postérieure 
à  celle  où  ils  ont  vécu. 

'(  On  a  peine  à  se  figurer  qu'ils  étaient  souvent  des  hommes  simples, 
s'ignorant  presque  eux-mêmes,  échauffés  à  la  vérité  par  une  passion  douce 
pour  leur  art,  dont  ils  faisaient  l'occupation  la  plus  chère  de  leur  vie; 
poussés  plutôt  par  un  désir  d'exprimer  les  idées  qui  les  remplissaient  que  de 
jouer  un  rôle  et  de  poursuivre  un  fantôme  de  réputation.  En  général,  on  ne 
s'est  occupé  d'eux  qu'après  leur  mort,  ou  après  que  leurs  ouvrages,  ayant  jeté 
beaucoup  d'éclat,  il  était  difficile  de  remonter  aux  événements  qui  avaient 
entouré  le  berceau  de  leur  renommée.  On  peut  donc  dire  qu'ils  ont  reçu  la 
noblesse  de  leurs  ouvrages,  au  rebours  des  gentilshommes,  enfants  souvent 
dégénérés  d'illustres  pères.  Cet  éclat  de  leurs  travaux,  en  rejaillissant  sur  leurs  j 

personnes,  est  venu  trop  tard  pour  adoucir  l'amertume  d'une  vie  si  souvent  j 

pleine  de  traverses,  et  n'a  presque  jamais  servi  qu'à  éclairer  leurs  derniers  pas 
dans  une  carrière  pénible.  »  j 

Ces  regrets,  qui  sont  en  même  temps  des  vœux  quant  à  la  façon  dont  il  ' 

faudrait  écrire  la  biographie  des  inaîtres,  c'est  un  maître  qui  les  a  exprimés, 
c'est  Delacroix  lui-même  dans  son  Essai  sur  les  artistes  cclchres  (ancienne 
Revue  de  Paris,  tome  XI,  page  i38).  Nous  devons  donc  en  tenir  compte. 
C'est  pourquoi,  et  nous  ne  nous  lasserons  jamais  de  le  faire,  appelé  à  parler 
une  fois  de  plus  de  l'œuvre  considérable  d'un  génie  si  complet,  il  nous  a  paru 
intéressant  de  u  remonter  aux  événements  qui  ont  entouré  le  berceau  de  sa 


XIV  INTRODUCTION   A 


renommée  »,  de  rechercher  la  genèse  de  son  talent,  de  retracer,  poi:r  em- 
ployer le  mot  si  juste  de  Gœthe,  ses  «  années  d'apprentissage.  « 

Les  historiens  de  Eugène  Delacroix  ne  le  prennent  habituellement  qu'en 
1^22,  à  ce  premier  Salon  ot^i  il  exposa.  Dante  et  Vifffile.  Arrêtons-nous  d'abord 
aux  neuf  années  qui  précèdent  :  i8i3-i822. 

\Delacroix  (Ferdinand -Victor-Eugène)  est  né  le  7  floréal  un  Yl  (2(5  avril 
1708),  à  Charenton-Saint-Maurice,  aux  portes  de  Paris.  Son  père,  alors  mi- 
nistre de  la  République  Française  auprès  de  la  République  Batave,  ancien 
avocat  au  parlement,  avait  été  secrétaire  de  Turgot,  puis  député  de  la  Marne 
h  la  Convention;  plus  tard,  il  fit  partie  du  Conseil  des  Anciens,  fut  ambassa- 
deur en  Hollande,  préfet  des  Bouches-du-Rhùne,  après  le  iS  brumaire, et  enfin 
de  la  Gironde.  Il  mourut  à  Bordeaux  en  i8o5.  —  Sa  mère,  une  demoiselle 
Œben,  était  d'une  famille  d'artisans-artistes,  fille  de  l'ébéniste  Œben,  lui- 
même  élève  de  BouUe,  et  qui  réparait  les  œuvres  de  son  maître.  Il  sculpta 
des  bordures  d'estampes  pour  la  grande  marquise.  Madame  de  Pompadour; 
cela  seul  est  un  brevet  de  maîtrise. 

Le  plus  lointain  souvenir  que  l'on  ait  sur  Eugène  Delacroix  a  été  conservé 
par  Alexandre  Dumas  père  dans  un  de  ces  récits  où  son  invention  de  roman- 
cier n'était  point  chiche  d'ornements  imaginaires  ajoutés  à  un  fond  de  vérité. 
«  La  jeunesse  de  Delacroix,  dit-il,  fut  un  accident  éternel.  A  trois  ans,  il  avait 
été  pendu,  brûlé,  noj'é,  empoisonné,  étranglé.»  Le  docteur  ^'éron,  dans  ses 
Méi7ioires  d'un  Bourg-eois  de  Paris,  répète  l'anecdote  pour  lui  avoir  été 
confirmée  par  le  maître,  à  qui  il  aurait  dit  à  ce  sujet  :  "  La  Providence 
voulait  que  vous  fissiez  le  Massacre  de  Sci'o  et  vous  réservait  un  siège  à 
l'Institut.  )^  On  retrouve  la  trace  des  mêmes  faits  dans  les  Notes  de  Léon 
Riesener  publiées  par  M.  Philippe  Burty. 

Il  nous  reste  sur  l'enfance  de  Delacroix  d'autres  témoignages  où  apparaît  sa 
personnalité.  M.  Edouard  Rodriguos,  un  beau  et  excellent  vieillard,  bien 
connu  du  monde  musical,  et  mort  récemment,  racontait  à  i\I.  Alfred  Robaut, 
qui  nous  l'a  rapporté,  comment  il  Pavait  connu.  «  J'étais  bien  jeune,  quand 
je  vis  Eugène  Delacroix  pour  la  première  fois,  disait  M.  Rodrigues.  J'avais 
dix  ans,  et  lui,  sept.  C'était  chez  un  de  ses  oncles,  ami  de  mon  père.  «Vo3'ons, 
Eugène,  travailles-tu  bien?»  lui  dit  son  oncle.  <  Oh!  oui,  tiens,  je  vais  te 
réciter  la  dernière  fable  que  j'ai  -Dorise.  » 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX  XX' 


Fi  il  se  mit  à  débiter  avec  (eu  ces  quelques  vers  : 

Un  bloc  de  marbre  e'tait  si  beau 
Qu'un  statuaire  en  fit  l'emplette. 
Qu'en  fera,  dit-il,  mon  ciseau? 
Sera-t-il  dieu,  table  ou  cuvette? 
Il  sera  dieu;  même  je  veux 
Qu'il  ait  en  sa  main  un  tonnerre. 
Tremblez,  humains 


Il  paraît  que  ces  derniers  mots  surtout  furent  prononcés  d'une  façon  si 
énergique,  déclamés  avec  un  accent  si  terrible,  qu'on  ne  pouvait  croire  qu'ils 
sortissent  de  la  bouche  d'un  enfant.  Son  jeune  ami  en  fut  frappé  au  point  de 
ne  jamais  l'oublier.  Déjà  il  avait  le  feu,  la  passion,  la  faculté  de  s'assimiler  et 
d'exprimer,  qui  fait  les  grands  artistes  dramatiques.  Ne  faut-il  pas  voir  là 
l'origine  du  penchant  que  Delacroix  eut  toujours  pour  le  théâtre  comme  pour 
le  roman  d'action  et  qui  lui  inspira  tant  d'oeuvres  admirables,  notamment  les 
scènes  de  Faust ^  de  Gœ/-  de  Berlichingen.  d'Hamlei,  du  Co7'saire,  de  Lai'a, 
du  Giaour,  d'h'anhoè'?  Evidemment  il  n'arrivait  à  cette  justesse  si  expressive 
du  geste,  à  une  mimique  si  caractéristique  du  mouvement,  que  par  la  spon- 
tanéité avec  laquelle  il  évoquait  le  personnage  du  poète,  entrait  dans  son  rôle, 
se  le  jouait  à  lui-même,  comme  il  le  comprenait  et  comme  il  eût  voulu  qu'on 
l'eût  représenté.  Formuler  ainsi  un  type  original  et  lui  donner  !a  vie,  est 
le  don  le  plus  précieux  du  comédien.   Delacroix  l'avait. 

On  sait  aussi,  par  Riesener,  par  ^l.  Moreau,  qu'il  eut  très  jeune  un  goût 
déclaré  pour  la  musique,  il  le  conserva  toute  sa  vie.  Ses  lettres  en  font  foi.  Ce 
goût  eut  même  chez  lui,  pendant  quelque  temps,  l'ardeur  d'une  vocation  qui  ne 
céda  qu'à  l'entraînement  d'une  vocation  plus  forte.  En  1824.  à  l'époque  du 
Massacre  de  Scio,  il  n'avait  pas  encore  abandonné  son  instrument  favori,  le 
violon,  sur  lequel  il  se  plaisait  à  retrouver  les  mélodies  des  No:{:^e,  de  Tancrède, 
de  Don  Juan,  entendues  la  veille.  Auditeur  assidu  des  concerts  du  Conservatoire, 
plus  tard  il  ne  manque  pas  une  soirée  d'Halévy,  de  Berlioz;  il  est  l'anii  de 
Franchomme,  d'AUard,  de  Prudent,  de  Batta,  de  Delsarte,  de  Valentin  Alcan, 
ce  grand  maître  ignoré,  de  Chopin  surtout  dont,  à  diverses  reprises,  il  fit  le 


XVI  !NTR0DUC'I"10N    A 


portrait.  L'émotion  musicale  inspire  le  peintre.  "Il  nous  souvient  à  ce  propos,» 
dit  M.  Moreau.  u  qu'un  jour  du  mois  d'août  i856,  visitant  avec  Delacroix  ses 
fresques  de  Saint-Sulpice.  encore  enveloppées  de  leur  chemise  de  planches,  il 
nous  montrait  avec  complaisance  cet  ange  magnifique  qui,  dans  le  tableau  de 
VHéliodore,  frappe  le  profanateur  de  sa  verge  vengeresse.  Le  morceau  venait  à 
peine  d'être  achevé  et  le  maître  attribuait  sa  réussite  exceptionnelle  à  cet  état 
indéfinissable  de  la  pensée  dans  lequel  l'avaient  plongé  les  sons  de  l'orgue  jouant 
le  Dies  ira'.  Et  à  l'appui  de  cette  observation,  il  se  plaisait  à  nous  citer  un  se- 
cond exemple  de  la  sensation  éprouvée  et  du  résultat  obtenu,  à  propos  de  sa 
Dcsci-'iite  de  Croix  de  l'église  Saint-Denis  du  Saint-Sacrement  ;  là  c'étaient  les 
chants  religieux  du  mois  de  iNLarie  qui.  au  dire  du  maître,  avaient  favorablement 
influé  sur  l'exécution  de  son  œuvre  et  lui  avaient  inspiré  notamment  cette  pose 
si  douloureusement  abandonnée  de  la  Madeleine  évanouie.  » 

C'est  au  Lycée  Impérial  Louis  le  Grand';  que  Delacroix  iit  ses  études  universi- 
taires. Il  y  eut  pour  condisciples  le  docteur  Yéron  et  aussi  Philarète  Chasles, 
cet  esprit  éminent,  si  large  et  si  varié,  que  ses  contemporains  n'ont  pas  classé  à 
son  véritable  rang,  très  au-dessus  des  doctrinaires  et  des  pédants  pseudo-spiri- 
tualistes.  Philarète  Chasles  a,  dans  ses  Mémoires,  tracé  du  Delacroix  d'alors 
un  portrait  étrangement  vivant  et  à  coup  sûr  ressemblant. 

«  ...J'étais  au  lycée  avec  ce  garçon  olivâtre  de  front,  à  l'œil  qui  fulgurait,  à  la 
face  mobile,  aux  joues  creusées  de  bonne  heure,  à  la  bouche  délicatement  mo- 
queuse. Il  était  mince,  élégant  de  taille,  et  ses  cheveux  noirs,  abondants  et  cré- 
pus, trahissaient  une  éclosion  méridionale...  Eugène  Delacroix  couvrait  ses 
cahiers  de  dessins  et  de  bonshommes.  Le  vrai  talent  est  chose  tellement  innée  et 
spontanée  que,  dès  sa  huitième  ou  neuvième  année,  cet  artiste  merveilleux  repro- 
duisait les  attitudes,  inventait  des  raccourcis,  dessinait  et  variait  tous  les 
contours,  poursuivant  et  torturant,  multipliant  la  forme  sous  tous  les  aspects 
avec  une  obstination  semblable  à  de  la  fureur...  Tout  était  véhément  chez 
Delacroix,  même  son  amitié,  qu'il  m'a  conservée  jusqu'à  la  mort...  " 

C'est  Delacroix  en  i8i5.  Il  était  encore  au  lycée.  Déjà,  connaissant  le  peintre 
Guérin,  il  allait  voir  chez  ce'ui-ci  ses  tableaux  du  Salon  et  se  proposait  de  passer 
quelque  temps  dans  son  atelier,  quand  <'  il  ne  serait  plus  à  ce  lycée,  pour  avoir 
au  moins  un  petittalent  d'amateur.  »  ^Lettre  du  zb  août  i8i5.)  Les  premières 
impressior.s  pittoresques  lui  vinrent,  d'après  Riesener.des  .Viîr(rr5  du  Corrège, 


l.'O.UVRK    DE    DELACROIX  XVII 


qui  nous  turent  enlevés  précisément  en  cette  année  iSi3.  Beaucoup  plus  jeune, 
il  assistait  fort  ému  à  l'exécution  du  médaillon  de  son  père  par  un  sculpteur 
italien,  et  ce  n'est  pas  une  hypothèse  gratuite  que  d'attribuer  une  égale  influence 
à  la  vue  d'une  peinture  de  Goya  qu'il  eut  constamment  sous  les  yeux  pendant 
toute  sa  jeunesse,  et  même  beaucoup  plus  tard.  Je  parle  du  portrait  de  M.  Guil- 
lemardet,  ami  et  collègue  de  son  père  à  la  Convention,  et  qui  avait  signé 
comme  témoin  à  son  acte  de  naissance.  Les  fils  de  ce  Guillemardet  restèrent 
les  plus  intimes  amis  de  Delacroi.x.  Le  portrait  est  aujourd'hui  au  Louvre. 

«  Dès  sa  huitième  année,  il  couvrait  ses  cahiers  de  dessins  et  de  bonshommes.» 
dit  encore  Philarète  Chasles.  On  en  connaît  même  d'une  date  antérieure.  Sur 
un  petit  almanach  de  1804,  décrit  par  M.  Burty,  on  rencontre  des  dessins  enfan- 
tins à  la  mine  de  plomb,  une  marguerite,  un  profil  de  jeune  homme,  deux 
urnes,  deux  bonshommes  debout. 

En  181  3,  il  dessine  pour  son  camarade  de  collège,  Blondel,  le  frontispice  d'un 
petit  album  qu'il  accompagne  d'une  soixantaine  de  vers  (i)  où  l'imagination  res- 
sort déjà  dans  toute  sa  tendre  souplesse.  Si  les  vers  sont  malhabiles,  les  idées 
sont  charmantes  et  pleines  de  cœur.  Deux  amis  embrassent  des  carrières 
opposées.  Lui,  Delacroix,  étudie  les  poètes  anciens  et  se  dirige  vers  les  lettres 
et  les  arts.  Ce  qu'il  veut  surtout,  c'est  «  rester  simple  »  et  «  ne  pas  s'éloigner 
de  la  nature  ».  Son  ami,  au  contraire,  suivra  la  carrière  des  sciences  : 

Le  sentier  que  lu  suis  est  plus  âpre  et  plus  rude. 

Et  il  exprime  la  crainte  que  la  diversité  d'études  ne  refroidisse  leur  amitié  : 

Don  du  ciel,  aimable  amitié," 

Je  crois  pouvoir  compter  encore 

Sur  celui  que  choisit  mon  cœur. 
Combien  je  bénirais  ton  heureuse  puissance. 
Si  tes  efforts  pouvaient  combler  mon  espérance 
Et  d'un  feu  presque  éteint  ranimer  la  tiédeur! 

Dès  1S14,  il  fait  un  premier  essai  de  gravure  sur  un  fond  de  casserole:  un 
bossu,  un  profil  de  «  Bonaparte  »,  un  officier  bien  campé  sur  un  cheval  au  galop. 
Cela  est  encore  un  peu  puéril,  mais  un  burin  de  la  même  année  est  déjà  très 

(1)  Voir  au  supplément  (n°  1458)  la  composition  qui  accompagne  ces  vers. 


X\"!Ii  !NT?;;jnUCT10N   A 


supérieur.  Dans  les  bLincs.  sur  ki  pianchc,  retrouvcecn  quelque  tiroir,  d'un  en- 
tête de  lettre  ofricielle  de  la  préfecture  des  Bouches-du-Rhône,  il  grave  divers 
motifs  :  un  moine  assistant  un  coudamné,  une  tète  d'homme  à  cheveux  longs, 
que  ie  prendrais  volontiers  cour  un  portrait  de  Murât,  et  surtout  un  buste  d'of- 
tîcier  portant  cuirasse,  écharpe  et  bâton  de  commandement,  dans  le  goût  des 
cavaliers  de  Rubens  et  de  '\'an  Dyck  A  la  sûreté  du  trait,  ce  dessin  me  paraît 
exécuté  d'après  une  ancienne  gravure.  De  là  date  sans  doute  l'habitude  qu'il 
prit  et  conserva  -<  de  faire  c'naque  iour  des  croquis  en  quelques  traits  d'après  des 
gravures  dont  il  s'attachait  à  rendre  le  caractère  le  plus  saillant.  Rubens  lui  en 
avait  donné  l'idée.  Il  avait  lu  quelque  part  que  ce  fut  à  ce:  exercice  journalier, 
pendant  le  tem.ps  qu'il  passa  en  Italie,  qu'il  acquit  une  grande  facilite,  ainsi 
qu'à  des  études  profondes  d'anatcmie.  Celles  que  Delacroix  a  faites  lui-même 
et  qu'il  m'a  données  dans  ce  but  sont  extrêmement  remarquables.  »  Ce  détail 
nous  est  fourni  par  M.  Lassalle-Bordes  dans  certaines  Notes  comtnuniquées  à 
M.  Philippe  Burty,  où  l'ancien  praticien  de  Delacroix  a  parlé  de  son  maître 
en  des  termes  difficiles  à  qualifier,  et  qui  n'ont  fait  de  tort  qu'à  lui-même. 

En  iSi6,  Delacroix  entre  chez  Guerin,  le  peintre  de  Marcus  Se.xtiis,  qui 
travaillait  alors  à  son  tableau  de  Euce  et  Didoii.  Il  s'y  lia  avec  Géricault,  déjà 
célèbre  pour  avoir  exposé  Y  Officier  de  chasseurs  à  cheval  l.i'"^!2)  et  le  Cuirassier 
blesse  1814),  mais  qui  venait  encore  à  l'atelier  pour  y  peindre  le  modèle  vivant, 
li  entre  alors  dans  la  féconde  période  des  études  sévères,  fortement  discipli- 
nées, dessinant  sans  cesse,  d'un  libre  crayon,  par  le  relief  et  le  modelé,  d'après 
l'antique,  d'après  les  maîtres  italiens,  au  musée  du  Louvre;  participant,  sans 
succès  d'ailleurs,  aux  concours  d'esquisse  de  l'École  des  Beaux- Arts,  de  1818 
à  iS^e;  préoccupé  de  Raphaël;  copiant  en  maître  l'Enfant-Jésus  de  la  Belle 
Jar\ii!!ière[cene  copie  atteignit  en  vente  publique,  en  188 1,  le  prix  de  3,700  fr.); 
peignant  d'après  nature  et  la  figure  et  le  cheval-,  multipliant  les  portraits  de  ses 
maîtresses,  de  ses  amis,  de  ses  parents;  composant  et  achevant  sur  la  demande 
d'un  ami.  pour  Fcgiise  d'Orcemor.r.  une  Vierge  des  moissons  toute  imprégnée 
de  rapliaélisme;  et  entre  tencs,  comme  un  repos  d'esprit,  collaborant  par  la 
caricature  aux  journaux  satiriques  de  la  Restauration  :  au  Xain  jaune  et  surtout 
au  3//7-o/r;  acceptant  iSai  d'exccuter  au  lieu  et  place  de  son  ami  Géricault, 
déjà  malade,  une  Vic^-se  du  SacrJ-Cccur  pour  un  couvent  de  Nantes,  prépa- 
rant enfin  le  Dan-e  e!  l'irir:'c  qui  "e  mit  aussitôt  hors  de  pair. 


l.(KUVKF.     1)1-:     DF,I.ACRO!\  Xl\ 


II   — 


Le  Dante  et  ]''irgile,  exposé  au  Salon  de  1822,  fait  époque  dans  l'histoire  de 
recelé.  Gérard,  Gros,  les  deux  maîtres  écoutés  de  tous  en  ce  temps-là,  cxpiimè- 
rent  franchement  leur  sympathie  pour  le  jeune  talent  qui  se  révélait  tout  à  coup 
et  dans  une  direction  si  opposée  à  la  leur.  Gros  dit  :  «  c'est  du  Rubens  châtié.  » 
Gérard  dira  bientôt  :  «  il  court  sur  les  toits  »,  mais  inspire  M.  Thiers,  le  criti- 
que du  CoiisiitatiouJiel,  qui  le  premier  affirme  l'avenir  du  jeune  artiste. 

Assurément  ce  début  est  éclatant,  et  Delacroix  est  déjà  bien  affranchi  des 
timidités  et  des  disciplines  excessives  de  l'époque  :  mais, visiblement,  il  estsous  le 
joug  de  son  admiration  pour  Géricault,  qu'il  avait  vu  heure  par  heure  exécutant 
le  Radeau  de  la  Méduse  dont  certaines  colorations  se  retrouvent  dans  le  Dante. 
—  C'est  deux  ans  après,  en  1S24,  par  le  Massacre  de  Sciu,  que  se  révèle  dans 
tuute  son  originalité  le  génie  de  Delacroix.  En  face  de  cette  scène  de  terreur  et 
de  désolation,  si  émouvante  et  si  vraie,  il  est  important  néanmoins  de  constater 
que  le  peintre  s'inspirait  de  lui-même,  de  sa  propre  émotion,  de  son  imagina- 
tion ardente.  Il  n'avait  pas  vu  la  Grèce,  il  n'avait  pas  assisté  à  ces  com^bats  dont 
il  retraçait  la  poignante  image  avec  une  vraisemblance  que  le  spectacle  de  la 
réalité  peut-être  lui  eût  enlevée.  Nulle  de  ses  œuvres  ne  le  passionne  autant.  Il 
y  travaille  deux  grandes  années  «  et  cependant,  «  nous  dit  M.  Moreau,  «  dans  les 
derniers  mois  qui  précédèrent  l'ouverture  de  TExposiiion,  Delacroix  dut  redou- 
bler de  travail  et  d'efforts  pour  arriver  à  temps  :  tantôt  il  fait  avec  Emilie  Robert, 
son  modèle  favori,  des  séances  de  cinq  heures  pour  achever  le  beau  torse  de  la 
femme  traînée  par  le  Giaour  à  la  queue  de  son  cheval;  tantôt,  mécontent  tout  à 
la  fois  de  la  couleur  et  du  dessin  de  ce  cheval,  d'abord  peint  en  entier  d'inspi- 
ration, il  va  tout  exprès  à  la  poste  aux  chevaux  avec  Champmartin,  puis  au 
manège  avec  Scheffer.  demander  à  la  nature  cet  accent  suprême  de  vérité  inu- 
tilement cherché  jusque-là.  >.  Et  puis,  toujours  pressé  par  le  temps,  il  confie  à 
ses  amis  Fielding  et  Soulier  le  soin  d'ébaucher  diverses  parties  du  ciel,  certains 
coins  de  l'horizon,  que  néanmoins  il  lui  faudra  reprendre  lui-même  à  la  der- 
nière minute. 

Au  sujet  de  ce  tableau,  M.  F.  'N'illot,  qui  a  bien  connu  Delacroix,  a  signalé 
dans  une  revue  obscure  un  fait  capital  qu'il  faut  rappeler.  En  cette  année  1824, 
un  Français  avait  acheté  des  tableaux  du  grand  paysagiste  anglais  John  Cons- 


table,  dans  l'inteniion  de  les  ripporrer  i  Par:>  a:  d"en  faire  l'objet  d'une  spécu- 
lation. Ils  figurèrent  au  Salon.  De".;croix.  -ui  avait  été  à  même  de  voir  ces 
paysages  avant  l'exposition,  frappé  ie  leur  éclat  e:  de  leur  texture,  rentre  dans 
son  atelier,  reprend  son  Massacre  se  Scio  presque  terminé,  empâte  ses  lumiè- 
res, introduit  de  riches  demi-teintes,  donne  par  des  glacis  de  la  transparence 
aux  ombres,  fait  circuler  le  sang  e:  palpiter  îa  chair.  D'un  seul  coup  d'ceil,  il 
avait  surpris  un  des  plus  grands  secrets  de  la  puissance  de  Constable,  secretqui 
ue  s'enseigne  pas  dans  les  écoles  et  çae  :rop  de  professeurs  ignorent  eux-mêmes  : 
c'est  que,  dans  la  nature,  une  teinte  qui  semble  uniforme  est  formée  de  la 
réunion  d'une  foule  de  teintes  diverses,  perceptibles  seulement  pour  l'œil  qui 
sait  voir.  —  Cette  leçon,  Delacroix  s'en  était  trouvé  trop  bien  pour  l'oublier 
jamais.  C'est  d'elle  qu'il  conclut,  soy?ns-en  sûrs,  à  son  procédé  de  modelé  par 
hachures. 

En  1827,  bravant  les  critiques  passionnées  qu'avait  soulevées  le  Mass:icre  de 
Scio,  Delacroix  expose  douze  toiles.  notamn::e.nt  le  Marina  Faliero,  celui  de 
tous  ses  tableaux  de  chevalet  qu'il  préférait  et  qui  est,  avec  VÉvéque  de  Liège, 
dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure,  l'expression  la  plus  exacte  de  l'art  romanti- 
que, la  Mort  de  Sardar.apale.  qu'il  appelait  son  ^"\''aterloo,  œuvre  incomplète 
d'ailleurs,  avec  des  parties  admirables,  et  le  Chris'  au  jardin  des  Oliviers,  qui 
esta  l'église  Saint- Pau!-Saint-Lou:s.  au  Marais. 

Au  Salon  de  i83i,  Delacroix  reparait  avec  trois  ouvrages:  \t  Richelieu  disant 
sa  misse,  qui  a  été  brûlé  dans  l'incenile  du  Palais-Royal  en  1848,  la  Liberté 
guidant  le  peuple,  et  un  chef-d'œu\Te.  le  ^Lissacre  de  l'évêque  de  Liège. 

Je  m'arrêterai  longuement  à  ce  dernier  tableau  qui  résume  tout  le  génie  du 
romantisme,  sa  passion  pour  ie  moyen  âge.  l'intelligence  qu'il  en  avait,  et  qui 
montre  la  magnifique  virtuosité  de  la  'crosse  du  maître  à  cette  heure. 

On  sait  que  le  motif  est  emprunté  au  r:man  de  Walter  Scott,  Quentin 
Dunvard  :  «  Guillaume  de  La  IMark.  surnommé  le  Sanglier  des  Ardennes, 
aidé  des  Liégeois  révoltés,  s'empare  du  c'nàteau  de  l'évêque  de  Liège.  Au  milieu 
d'une  orgie,  dans  la  grande  salie  et  placé  sur  le  trcne  pontifical,  il  se  fait  amener 
l'évêque,  revêtu  par  dérision  de  ses  ha'r-its  sacres,  et  le  laisse  égorger  en  sa  pré- 
sence. "  Exécuté  en  18-27,  ^^  tableau  n'a  été  rxp:;é  que  cinq  fois  :  au  Salon  de 
1 83 1,  aux  Expositions  universelles  de  Paris  .;>rr  et  de  Londres  (i 862), à l'E.x- 
position  d'Alsace-Lorraine  ■1S74  .  e:  chez  M.  Georges  Petit  (1884I.  Jamais  le 


LŒUXRP:    de   DELACROIX  XXI 


grand  artiste  n'a  poussé  plus  loin  que  dans  cette  œuvre  la  magie  de  la  brosse, 
il  n'a  jamais  appliqué  plus  sûrement  son  merveilleux  instinct  de  composition. 

Dans  la  salle  immense  en  hauteur  et  en  profondeur,  sous  les  gigantesques 
trouées  qui  s'enfoncent  dans  une  ombre  sans  limites,  l'orgie  se  déroule  en 
ligne  serpentine  autour  delà  nappe  chargée  de  mets,  de  lumières,  de  cristaux 
et  d'orfèvreries.  L'évêque,  paré  de  sa  chasuble  d'or,  est  amené  par  une  foule 
hurlante,  en  face  du  Sanglier  des  Ardennes.  Ademi-dressé  de  l'autre  côté  de 
la  table,  pesant  de  tout  le  poids  de  l'ivresse  et  de  sa  lourde  armure  sur  ses 
deux  pomgs  armés  d'énormes  gantelets,  Guillaume  de  La  .'\ïark  donne  l'ordre 
d'assassiner  le  prélat.  Déjà  un  boucher,  les  bras  nus,  tire  son  coutelas,  le 
meurtre  sera  consommé  tout  à  l'heure;  et  la  victime,  pourtant,  indifférente  à 
son  propre  sort,  ne  voit,  ne  fixe  avec  épouvante  que  les  vases  sacrés,  profanés 
par  l'attouchement  sacrilège  des  soudards  et  des  filles;  ses  vieilles  mains, 
tremblantes  d'horreur,  se  dressent  vers  le  ciel.  Les  convives  indifférents  ou 
railleurs  se  retournent,  s'accoudent,  se  hissent  sur  les  escabeaux,  l'un  d'eux 
met  un  pied  sur  la  nappe  pour  mieux  voir;  ils  rompent  ainsi,  par  la  variété  de 
leurs  attitudes,  la  monotonie  de  la  ligne  régulière.  Du  milieu  des  ténèbres 
jaillissent  quelques  feux  lointains,  mystérieux,  flammes  vacillantes  accrochées 
aux  fûts  des  hauts  piliers,  et  çà  et  là  quelques  éclairs  lumineux  :  la  croix  in- 
cendiée parle  feu  d'une  torche,  le  luisant  pailleté  de  la  crosse,  la  mître  dorée, 
couverte  de  pierres  précieuses,  que  deux  bras  rouges  de  vin,  en  attendant 
qu'ils  se  rougissent  de  sang,  tiennent  suspendue  au-dessus  de  la  tête  du  prélat. 

-Mais  le  torrent  de  lumière  part  de  la  nappe  éblouissante.  Sur  elle  se  détache 
la  silhouette  élégante  des  hommes  d'armes;  c'est  elle  qui  renvoie  au  visage  de 
Guillaume  et  des  échevins  de  la  ville,  assis  à  ses  côtés,  l'éclat  des  fiam.beaux, 
des  plats  d'or  et  des  cristaux  scintillants. 

Delacroix,  nous  apprend  yi.  '^'illot,  éprouva  de  grandes  difficultés  à  réaliser 
l'effet  de  la  scène  tel  qu'il  l'avait  conçu.  Aussi  abandonna-t-il,  à  plusieurs 
reprises,  une  œuvre  qui  ne  le  satisfaisait  pas.  Enfin,  il  s'}'  remit  définitive- 
ment; l'homme  debout  vu  de  dos,  à  gauche,  le  préoccupait  beaucoup,  et  il  le 
recommença  sept  ou  huit  fois.  Quanta  la  nappe  blanche,  c'était  suivant  lui 
le  point  capital  du  tableau.  Un  soir,  en  dessinant  chez  son  ami,  il  lui  dit  : 
«  Demain,  j'attaque  cette  maudite  nappe  qui  sera  pour  moi  Austerlitz  ou 
Waterloo.  Venez  à  mon  atelier  à  la  fin  de  la  journée.  "  M.  A'illot  fut  exact  au 


XXII  IXTIÎODUCTIOX   A 


rendez-vous.  Delacroix  ,  vécu  d'une  courte  blouse  de  flanelle  rouge,  la  palette 
à  la  main,  lui  ouvrit,  et,  dès  la  porte,  lui  dit  avec  un  sourire  d'une  fmesse  inex- 
primable, en  pinçant  les  lèvres  et  en  hochant  la  tête  :  «  Eh  bien!  mon  cher, 
c'est  Austerlitz  ;  vous  allez  voir  cela.  »  En  effet,  la  nappe  blanche  flamboyait 
et  illuminait  la  sanglante  orgie.  «  Je  suis  sauvé,  ajouta  Delacroix;  le  reste  ne 
m'inquiète  plus;  je  vais  me  mettre  à  l'architecture,  je  changerai  ma  disposition 
première  et  m'inspirerai,  pour  la  charpente  de  la  voûte,  des  croquis  que  j'ai 
faits  au  Palais  de  Justice  de  Rouen.  » 

Dans  la  pense'e  de  Delacroix,  VErêqne  de  Liège  devait  surtout  être  vu  à  la 
lumière  de  la  lampe,  éclairé  par  un  réflecteur.  C'est  un  artifice  sans  doute  et 
Ton  peut  trouver  qu'en  somme  la  plus  belle  lumière,  celle  des  galeries  publi- 
ques, est  la  lumière  du  jour.  Cependant  nous  avons  vu  le  tableau  dans  les 
conditions  où  Delacroix  lui-même  avait  disposé  cet  éclairage  factice.  L'eftet 
ainsi  est  vraiment  saisissant,  il  tient  du  prestige  dioramatique,  rehaussé  par 
la  hautaine  énergie  d'une  création  magistrale:  c'est  l'illusion  d'une  réalité 
supérieure. 

Eugène  Delacroix,  il  est  coutumier  du  fait,  a  introduit  dans  cette  œuvre 
admirable  une  expression  tragique,  il  y  a  imprimé  un  aspect  de  grandeur 
solennelle  qui  élève  le  tableau  de  chevalet  aux  proportions  du  tableau 
d'histoire.  Qu'importent  les  dimensions  !  Le  poète,  en  l'artiste,  a  compris,  le 
peintre  communique  le  sentiment  de  la  sanglante  dureté  du  moyen  âge.  C'est, 
dans  cette  page  merveilleuse,  la  part  de  l'esprit.  La  part  des  yeux  n'est  pas 
moins  étonnante.  L'exécution  rappelle  les  plus  beaux  morceaux  que  l'on 
pourrait  citer  des  maîtres  les  plus  divers.  Non  qu'il  y  ait  in-iitation,  mais 
pour  déiinir  une  telle  virtuosité,  il  nous  faut  évoquer  les  noms  des  plus 
opposés  :  Rembrandt,  pour  la  puissance  mystérieuse  de  la  haute  architec- 
ture; Rubens,  pour  le  prodigieux  emportement  de  la  facture  dans  le  groupe 
de  l'évêque  ;  les  Flamands,  pour  la  finesse  spirituelle  des  indications  de 
lumière  sur  les  armes,  les  objets  luisants,  brillants,  accrochant  au  passage  un 
éclair  ou  un  reflet;  Chardin  lui-même,  non  comme  procédé  technique, 
mais  pour  l'analogie  du  rendu  de  certains  objets:  telle  coupe,  telle  pièce  d'or- 
fèvrerie, sans  couleur  propre,  sans  ton  local,  n'ayant  de  couleur  que  celle  des 
teintes  environnantes,  réfléchies  dans  une  extraordinaire  et  savante  mêlée  de 
reflets   et   de    contre-reflets  à  l'infini  entre-croisés   et   multipliés;   Delacroix 


L(1-;U\'HK    LU:.     L)1-:L.\CR()!.\  XXll 


lout  seul  ennn,  pour  l'a!  t  e-xquis  a\ec  lequel  il  jeuc  des  notes  échnamcs  et 
voilées  tour  à  tour,  et  les  rappels  harmonieux  de  ses  rouges  pe'netrants  et 
hardis.  Quelle  belle  application  de  cette  théorie  de  Delacroix  disantque  :  "  S'il 
faut  ébaucher  avec  un  balai,  on  doit  terminer  avec  une  aiguille,  o 

Décoré  en  1(S3j,  sans  doute  pour  son  tableau  de  la  Libcrlé^Ccxr  son  talent 
e'tait  toujours  furieusement  contesté,  Delacroix  désormais  ne  manque  pour 
ainsi  dire  plus  une  Exposition.  En  ]832,  il  fait  le  voyage  du  Maroc  et  en  rap- 
porte les  éléments  de  cet  admirable  joyau  :  les  Femmes  d\AIge)\  pour  le  Salon 
de  1834.  où  i!  expose  aussi  la  Bataille  de Nancj-  ci  l'Amende  Hoiio}\7bh%dor)t 
il  avait  emprunté  le  cadre,  comme  celui  de  VÉi'iqne  de  Liège,  à  l'admirable 
salle  des  Pas-Perdus  du  Palais  de  Justice  de  Rouen,  pendant  une  de  ses  excur- 
sions (i8?i)  à  son  cher  pays  de  Valmont,  près  de  Fécamp,  "  séjour  de  paix  et 
d'oubli  du  monde  entier  »  (i).  A  ce  même  Salon,  les  bons  juges  d'alors  refu- 
sèrent la  superbe  i^cv/co ;?/;•(?  de  cavaliers  maures,  que  Delacroix  estimait  assez 
pourtant  pour  en  faire  lui-même  une  reproduction  à  l'eau-forte. 

Rappeler  le;  principales  œuvres  exposées  successivement,  c'est  dénombrer 
les  victoires  du  maître  :  iSSb^lc  Prisonnier  de  Cliillon,  pour  ]e  duc  d'Orléans 
(on  refuse  Hamlefy^  —  i836,  son  premier  Saint  Sébastien;  —  iSSy,  la  Ba- 
taille deTaillebourg^  pour  A'ersailles;—  iS3S,  la  Mcde'e,  de  Lille:  les  Coni'ul- 
sionnaires; —  1839,  Cléopalre ;  Hamlet,  la  scène  du  cimetière  avec  Horatio 
et  les  fossoj'eurs:,  —  1840,  le  Trajan.  de  Rouen;  —  1841,  ]&  Prise  de  Cons- 
tantinuple  par  les  Croisés^  pour  le  Musée  de  Versailles;  la  Barque  de  Don 
A'a;/,  léguée  au  Louvre  par  'SI.  Ad.  Moreau.et  la  Noce  Juive.  Quel  éblouisse- 
ment!  —  1845,  le  Marc-Aiir'ele,àt  Lyon;  la  Sortie  du  Sultan  Abd-el-Rhaman^ 
du  Musée  de  Toulouse,  et  la  Sibylle  dont  Rachel  posa  le  mouvement;  — 
184(5,  VEnVerement  de  Rébecca;  Roméo  et  Juliette.,  cette  aurore  exquise:  Mar- 
guerite à  l'Eglise; — 1847,1e  Christ  eu  croix;  Musiciens  juifs; —  i8q8,C7/7-?.^/ 
au  tombeau;  Mort  de  Valentiri;  Mort  de  Lara;  Comédiens  arabes.,  du  Musée 
de  Tours  ;  —  1 84Q,  des  Fleurs  et  des  Fruits;  une  variante  des  Femmes  d'Alger; 

(i)  Dans  la  plus  ancienne  lettre  que  l'on  connaisse  de  Delacroix,  adressée  le  10  janvier 
1814  à  sonami  Félix  Louvet,  le  fils  de  l'auteur  de  Faublas,  il  donne  des  détails  sur  l'habi- 
tation d'un  de  ses  cousins,  propriétaire,  à  Valmont,  d'une  ancienne  abbaye  de  bénédictins, 
qui  lui  a  inspiré  une  foule  d'idées  romantiques.  Ce  mot,  à  cette  date,  sous  la  plume  du  futur 
chef  du  mouvement  romantique,  n'est-il  pas  curieux  à  noter? 


^^I^'  INTRODUCTION    A 


Othello  et  Desdémone;  V  Arabe  Syrien  et  son  cheval,  uneparle  incomparable;  — 
iS5o-5i,  La-are;  le  Giaoïir;  Macbeth;  le  Bon  Samaritain,  si  doux,  si  tendre; 
—  1853-57,  Saint  Etienne;  les  Disciples  d'Enunaus;  Pirates  enlevant  une 
femme;  —  1859,  son  dernier  Salon,  où  il  semble  réunir  comme  dans  un 
dernier  et  magnifique  effort  huit  chefs-d'œuvre  :  la  Montée  au  Calvaire;  le 
Christ  au  tombeau;  Saint  Sébastien;  Ovide  che:;  les  Scjthes;  Herminie  et 
les  Bergers;  ïEnlèvement  de  Rébecca;  Hamlet  tuant  Polonius;  les  Bords 
du  fleuve  Sebou. 

Je  n'ai  pas  mentionné  ici  l'Exposition  universelle  de  i853,  où  nous  retrou- 
vons un  choix  de  trente-cinq  tableaux  empruntés  aux  musées,  aux  églises,  aux 
collections  particulières.  Ce  fut  un  triomphe  sans  précédent,  le  triomphe  de  l'art 
vivant  sur  Fart  embaumé  de  l'école  académique.  Je  ne  me  suis  pas  encore 
arrête,  mais  j'y  arrive,  à  ses  admirables  peintures  décoratives  :  au  Salon  du  Roi 
et  à  la  Bibliothèque  de  la  Chambres  des  députés,  à  la  Bibliothèque  du  Palais 
du  Luxembourg,  à  la  Galerie  d'Apollon  du  Louvre,  à  la  chapelle  des  Saints- 
Anges  de  l'église  Saint-Sulpice,  au  Salon  d'Hercule  ou  de  la  A7/'.vde  l'ancien 
Hôtel-de-Ville,  brûlé  en  1871.  Dans  cet  œuvre  décoratif  immense,  Delacroix 
tour  à  tour  fait  passer  sous  nos  yeux  tous  les  drames  qui  s'agitent  dans  l'àme 
hilînaine  et  dans  la  nature,  et  les  revêt  d'un  somptueux  vêtement  de  formes 
et  de  couleurs,  varié  à  l'infini,  avec  une  fécondité  que  rien  n'épuise  ni  ne  lasse, 
la  fécondité  sereine  du  génie. 

On  ne  peut  imaginer  la  somme  énorme  d'études,  de  préparations,  de  projets 
de  compositions  qu'il  prodigua  dans  ces  travaux  gigantesques.  On  connaît  un 
dessin  du  char  d'Apollon  pour  le  plafond  du  Louvre  (voir  page  xxv).  Ne  restàt- 
il  du  maître  que  ce  croquis  où  il  a  fixé  en  quelques  coups  de  crayon  le  vertige 
du  mouvement,  cela  suffirait  pour  révéler  le  génie  absolum.ent  original  du 
maître  français.  Jamais  l'art  d'aucune  époque  n'a  exprimé  avec  une  égale 
puissance  l'emportement  d'allure  des  coursiers  héroïques  que  la  Fable  attelait 
au  char  d'Apollon.  Avec  quelle  facilité  d'invention  pittoresque  le  grand  artiste 
a  varié  l'attitude  des  nobles  animaux:  deux  d'entre  eux  sont  lancés  à  l'allure  du 
trot  tellement  allongé,  que  les  deux  autres,  pour  les  suivre,  s'enlèvent  au 
galop.  La  différence  du  mouvement  engendrcles  plus  curieuses  combinaisons 
de  lignes  décoratives.  Malgré  le  prestige  de  la  couleur  dans  l'œuvre  achevée, 
nous  considérons  l'étude  de  ce  dessin,  dont  les  moindres  hachures  ont  un 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


XXV 


XXVI  INTRODUCTION    A 


sens  si  nettement  intelligible,  comme  plus  instructif  encore  que  la  peinture 
elle-même. 

A  régal  de  tous  les  grands  maîtres  des  écoles  d'Italie,  Eugène  Delacroix  a 
eu,  au  degré  le  plus  élevé,  le  génie  de  la  décoration.  Je  ne  parle  pas  ici  de  l'art 
de  remplir  par  des  compositions  ingénieuses  certaines  surfaces  données  par 
l'architecture  et  d'un  périmètre  souvent  bizarre.  Cet  art,  Delacroix  a  montré 
dans  les  pendentifs  en   forme  d'hexagone  irrégulier,  à  la  Bibliothèque  de  la 
Chambre  des  députés,  à  quel  point  il  en  était  maître.  Je  parle  des  combinai- 
sons purement  décoratives  où  les  accessoires  et  l'ornement  jouent  le  rôle  prin- 
cipal. On  peut  voir  dans  le  Salon  du   Roi  ou  des  Fleuves^  de   cette  même 
Chambre  des  députés,  quelles  prodigieuses  ressources  d'invention  Delacroix 
a  mises  en  œuvre  dans  ce  travail  admirable,  trop  peu  connu,  et  quelle  rare 
conscience  il   apportait  à  l'exécution  des  grandes  pages   décoratives  qui    lui 
furent  confiées!  Chargé  de  peindre  le  motif  central  du  plafond  de  la  Galerie 
d'Apollon  au  Louvre:  Apollon  vainqueur  du  serpeni  Python,  tx.  voulant  main- 
tenir la  plus  parfaite  unité   entre  son  œuvre  propre  et  le  milieu   destiné  à  la 
recevoir,  il  commença  par  dessiner  l'ordonnance  architecturale  de  la  compo- 
sition de  Le  Brun,  où  son  plafond  allait  s^encadrer,  composition  magnifique 
d'ailleurs,  dont  l'éclat  et  les  complications  fastueuses  ont  déterminé  les  formes 
mouvementées  et  les  colorations  puissantes  auxquelles  s'est  arrêtée  la  volonté 
réfléchie  du  maître. 

Vingt  fois,  dans  la  décoration  de  la  Bibliothèque  de  la  Chambre  des  députés, 
Eugène  Delacroix  a  su  remplir,  avec  la  plus  rare  abondance  d'invention,  le 
cadre  exceptionnel  que  présentait  chacun  des  pendentifs  des  cinq  petites  cou- 
poles. La  base  étroite  de  l'hexagone  irrégulier  offrait  de  singulières  difficultés 
au  développement  de  la  composition  qui,  cependant,  devaitêtre assise  dans  le 
sens  de  la  largeur.  Delacroix,  le  plus  grand  génie  décoratif  du  di.x-neuvième 
siècle,  en  a  triomphé,  sans  jamais  se  répéter,  avec  un  bonheur  d'imagination 
toujours  renouvelé.  Les  vingt  pendentifs  exécutés  peuvent  être  vus  et  étudiés 
sur  place;  niais  que  de  projets  qui,  non  réalisés,  ont  été  retrouvés  dans  les 
cartons  du  maître  après  sa  mort!  Il  en  est  un  :  Jeunes  Jîlles  de  Sparte  s'excr- 
çant  à  la  Utile.  Rien  ne  saurait  exprimer  la  noblesse  et  la  grâce  touchante  de 
ces  exercices  charmants,  l'élégance  des  mouvements,  l'aisance  des  attitudes, 
la  souplesse  et  la  force  de  ces  jeunes  corps,  la  science  de  la  construction,  la 


LŒLVRi:    DE    DELACROIX  XXV  II 


beauté  des  emmanchements.  Cela  rappelle,  dans  une  forme  d'art  plus  haute, 
Tadmirahle  sentiment  du  tableau  qui  appartenait  cà  feu  M.  Maurice  Cottier  : 
Jeune  tigre  jouant  avec  sa  mcre. 

Mais  ce  qui  nous  arrête  tout  spe'cialement  au  point  de  vue  de  la  composi- 
tion, c'est  la  grandeur  des  groupes  considérés  isolémenî.  et  l'aspect  décoratif 
de  l'ensemble  comprise  la  façon  d'un  bas-relief.  Il  n'y  a  pas  un  détail  dans 
cet  ensemble  immense  qui  ne  fournirait  matière  à  de  précieuses  études.  J'en 
cite  un  exemple.  Chacune  des  cinq  coupoles  de  la  Bibliothèque  de  la  Chambre 
des  députés  est  divisée  en  quatre  parties  reliées  à  leur  intersection  par  une 
bande  d'ornements.  Le  centre  de  chaque  bande  est  occupé  par  un  mascaron 
différent.  M.  Fabius  Brest  a  recueilli  le  dessin  de  l'un  d'eux  dans  les  débris 
de  l'atelier  du  maître  qui  furent  vendus  surplace  après  la  Vente  posthume. — 
Elle  était  pourtant  bien  digne  de  figurer  aux  solennelles  enchères  de  l'hôtel 
Drouot,  cette  superbe  tête  de  jeune  femme  au  regard  profond,  aux  traits 
calmes, purs  et  si  nobles!  Quel  beau  modèlecelaferaitpour  nos  écoles  de  dessin! 
Et  si  simple!  Le  ton  chaud  du  papier  goudron  fournit  une  dem.i-teinte  vi- 
goureuse auprès  des  ombres  obtenues  par  un  lavis  de  sépia  rehaussé  d'huile, 
tandis  que  les  hachures,  largement  tracées,  accentuent  le  caractère  de  la  forme 
et  lui  donnent  un  relief  saisissant.  Delacroix  est  ici  sculpteur  autant  que 
peintre.  A  raison  de  la  place  que  la  lumière  réelle  occupe  dans  la  distribution 
architecturale  de  la  Bibliothèque  de  la  Chambre  des  députés,  il  a  fait  venir  en 
ce  motif  la  lumière  fictive  par-dessous-, —  c'est  ainsi  que  sont  éclairés  au 
théâtre  les  visages  des  comédiens.  Ce  renversement  de  la  lumière,  qui  con- 
tredit aux  habitudes  du  regard,  ajoute  un  attrait  de  curiosité  à  l'effet  puissant 
du  modelé  en  cette  simple  tête  décorative.  De  tels  exemples  de  perfection  se 
rencontrent  rarement.  Quelle  réponse  écrasante  au  préjugé  qui,  contrairement 
à  l'évidence,  a  si  longtemps  affirmé  que  cet  admirable  coloriste  ne  savait  pas 
dessiner  ! 


—  III  — 

Malgré  les  chiffres  très  élevés  et  de  nature  à  faire  illusion  que,  depuis  quel- 
ques années,  les  peintures  de  Eugène  Delacroix  atteignent  dans  les  grandes 


XXVIII  INTRODUCTION    A 


ventes  de  Thôtel  Drouoî,  il  ne  peut  échappera  Tobscrvateur  attentif  que  le 
public,  j'entends  le  public  des  amateurs,  reste  rebelle  au  génie  du  maître. 
Ses  œuvres  de  chevalet  ne  se  fixent  point  dans  les  collections.  Nous  les  voyons, 
à  des  intervalles  peu  éloignés,  de  nouveau  présentées  à  l'enchère,  provoquer 
sous  le  coup  de  marteau  du  commissaire-priseur  de  longs  retentissem.ents  de 
pièces  d'or,  d'épais  froissements  de  papier  de  soie  à  vignette  bleue,  puis  rentrer 
pour  un  temps  dans  l'onibre  de  quelque  galerie  privée,  mais  pour  un  temps 
fort  court.  Il  est  inutile,  je  pense,  de  citer  des  œuvres  et  des  nom.s;  chacun  les  a 
dans  l'esprit.  Il  y  a  là  un  fait  brutal,  inique,  déplorable,  contre  lequel  nous 
protesterions  en  vain  et  qu'il  vaut  m.ieux  tenter  d'expliquer. 

Eugène  Delacroix,  que  l'admiration  passionnée  de  quelques-uns  a  fait  si 
légitimement  illustre,  n'a  point  et,  à  vrai  dire,  n'a  jamais  eu  de  public  autre 
que  celui  des  artistes.  Entre  le  public  et  lui,  la  mésintelligence,  je  dirais 
volontiers  l'inintelligence,  date  de  1822,  de  son  début,  du  Dante  et  Virgile, 
et  dure  encore.  Si  M.  Thiers,  à  cette  date,  écrit  dans  le  Constitutionnel  quel- 
ques paroles  sympathiques  et  prophétiques,  c'est  qu'elles  lui  ont  été  soufflées 
par  un  peintre, par  le  baron  Gérard,  esprit  ouvert,  indépendant,  dont  le  salon 
était  alors  aussi  recherché  que  le  talent  et  dont  les  moindres  mots  faisaient 
autorité,  surtout  pour  M.  Thiers,  très  jeune  encore  et  fort  assidu  à  faire  sa 
cour  au  «  premier  peintre  du  roi  ».  Gérarddemeura  toujours  fidèle  à  Delacroix. 
Deux  ans  plus  tard,  en  1S24,  il  parlait  avec  éloges  de  l'auteur  du  Massacre 
de  Scia,  sauf  cette  seule  réserve:  ><  Il  court  sur  les  toits.  »  Et  qui  le  croirait,  le 
peintre  de  VAinoitr  et  Psj-ché  avait  un  goût  tout  particulier  pour  les  lithogra- 
phies de  Faust,  notamment  pour  la  scène  de  la  taverne.  Par  quels  courants 
mystérieux  se  forme  le  jugement  des  hommes,  même  celui  des  meilleurs  ? 
Dans  la  bienveillance  de  Gérard  pour  le  jeune  artiste,  n'entrait-il  pas  une  part, 
fût-elle  minime,  de  l'influence  exercée  par  Gœthe,  qui  avait  très  hautement 
loué  cette  interprétation  de  son  Faust  (i)':  N'oublions  pas,  en  effet,  qu'il 
existait  un  lien  commun  entre  Gœthe  et  Gérard,  je  veux  dire  le  baron  de 
Humboldt,  uni  d'amitié  avec  l'un  et  avec  l'autre  également.  On  sait,  d'autre 

;i)  n  S'il  me  faut  avouer  que  M.  Delacroix  a  surpassé  les  tableaux  que  je  m'étais  faits  des 
scènes  écrites  par  moi-même,  à  plus  forte  raison  les  lecteurs  trouveront-ils  toutes  ces  com- 
positions pleines  de  vie  et  allant  bien  au  delà  des  images  qu'ils  se  sont  crie'es.  »  [Entretiens 
de  Gœthe  et  A' Eckennann.) 


rPA'X'RE    DE    HE  LACROIX  XXIX 


p.iri.  que  Girodet.  lui  aussi,  fcliciui  Delacroix  t.L.i  les  figures  de  ia  mère  déjà 
morte  et  de  l'enfant  renversé  du  Massaa-e.  Il  n'y  trouvait  à  reprendre  qu'un 
œil  un  peu  dc'paysé  dans  le  visage  de  la  mère.  Sur  l'invitation  de  Delacroix, 
Girodet  ayant  à  plusieurs  reprises  essayé  de  rapatrier  cet  œil  égaré  et  n'y 
réussissant  qu'au  détriment  de  l'expression  si  émouvante  de  la  figure  :  «  Laissez 
donc  cette  incorrection,  finit-il  par  dire,  elle  est  nécessaire  «  (i). 

En  présence  de  Delacroix,  l'opinion  se  partage  aujourd'hui  en  trois  groupes  : 
1°  Les  admirateurs  convaincus,  fervents,  qui  jouissent  par  affinité  d'âme  de 
toutes  les  créations  de  son  génie  et  raisonnent  en  même  temps,  motivent, 
expliquent  leur  admiration  pour  son  talent  de  dessinateur  et  de  peintre. — 
2°  Ceux  qui  l'admirent  de  confiance,  par  contenance.  —  3"  Le  grand  nombre 
enfin  qui,  ne  comprenant  pas,  respectueusement  se  tait.  —  Nous  avons  gagné 
cela.  Autrefois,  je  parle  de  vingt-cinq  ans,  au  Salon  de  iS5q,  où  Delacroix 
fut  si  grand,  ce  dernier  groupe  formait  des  attroupements  ironiques,  scan- 
dalisés, scandaleux  plutôt,  devrions-nous  dire,  devant  VOj'îde  chc:[  les 
Scythes  et  VEnlèremciit  de  Rébecca  ^  ces  chefs-d'œuvre.—  Quelques-uns 
encore  lui  refusent  non  seulement  le  génie,  mais  simplement  le  talent,  le 
vulgaire  talent,  et  par  condescendance  lui  reconnaissent  certains  dons  de 
coloriste  (2).  Ceux-là,  l'urbanité  m'interdit  de  les  qualifier.  Mais  il  est  inté- 
ressant d'analvser  les  causes  de  ce  persistant  malentendu  entre  le  public 
français  et   un   tel   artiste. 

Une  des  raisons  pour  lesquelles  Delacroix  n'a  pas  été  compris  en  France, 
c'est  qu'il  est  venu  aussitôt  après  David  et  qu'il  avait  retrouvé  l'art  du  grand 
dessin  qui  ne  s'elTraie  d'aucune  difficulté  de  mouvement,  d'aucune  hardiesse 
de  geste  et  d'expression.  Le  dessin  des  ensembles  et  des  grandes  lignes, 
importé  par  l'école  des  Carrache,  s'était  m.aintenu  en  France,  malgré  les 
erreurs  du  goût  et  les  défaillances  de  la  main,  jusqu'à  la  fin  du  dix-huitième 
siècle.    Dans    ses    réformes,   David,  pour  modifier  l'esprit,  modifia  aussi  la 

(i)  C'est  là  une  variante  au  récit  du  même  épisode  donné  par  Théophile  Silvestre  dans  son 
Histoire  des  artisies  vivants.  Je  tiens  ma  version  de  M.  Frédéric  Villot,  dès  cette  époque 
ami  de  Delacroix,  et  qui  a  raconté,  dans  un  article  fort  ignoré  sur  Constable,  de  précieux 
détails  que  nous  lui  avons  empruntés,  précisément  sur  l'exécution  du  J\/a55i7cre  ie  Scîo. 

(2)  On  sait  avec  quelle  amertume  Delacroix  parlait  de  sa  réputation  de  coloriste,  exclusive 
de  tout  autre  mérite.  Voir  mes  Peintres  et  Statuaires  romantiques  :  Eugène  Delacroix. 


XXX  INTRODUCTION    A    ' 


lettre,  remplaça  le  style  lâché  par  la  rhétorique,  l'élégance  tourmentée  par  la 
raideur,  l'extravagance  du  mouvement  par  l'inertie,  la  vie  turbulente  par 
l'immobilité  du  marbre  voisine  de  la  mort.  Il  fut  pédant  par  horreur  de  ta 
corruption,  se  fit  Boileau  en  haine  de  l'Astrée.  Les  moyens  de  l'art  sont  la 
fiction  et  non  l'illusion.  Entre  l'artiste  et  le  spectateur,  il  doit  exister  un  accord 
préalable,  une  entente  commune,  inconsciente,  établie  par  l'habitude,  par  le 
milieu,  par  l'éducation,  et  parfaitem.ent  nommée  convention,  qui  permet  au 
premier  de  montrer,  au  second  de  reconnaître  sur  une  surface  plane  le  relief 
des  corps  ou  la  perspective  profonde  de  terrains  fuyant  jusqu'à  l'horizon. 
Chez  les  peuples  spontanément  artistes,  comme  ceux  de  l'Italie  au  seizième 
siècle,  cette  convention  est  universellement  connue.  L'art  peut  y  varier  ses 
procédés,  ses  formules,  ses  méthodes;  toujours  on  le  comprend,  chaque  trans- 
formation, chaque  extension  appliquée  aux  signes  représentatifs  rencontre 
aussitôt  un  regard  intelligent.  En  France,  non. 

La  lente  éducation  de  l'œil  par  l'image,  qui  de  toutes  parts  vient  au  devant 
de  chacun,  —  dans  la  rue,  par  l'estampe  à  la  vitrine  du  marchand,  au 
foyer,  par  le  journal  ou  le  livre  illustrés,  et  surtout  par  les  visites  de 
désœuvrement  ou  d'usage  mondain  aux  E.xpositions  (car  des  musées  il  n'y  a 
pas  à  parler,  qui  y  va,  sauf  les  artistes  et  les  touristes  :}  —  cette  éducation  col- 
lective impose  à  tous  une  certaine  fiction  esthétique,  la  convention  régnante, 
celle  de  l'école  à  la  mode.  La  somme  d'attention  dont  le  public  est  capable 
dès  lors  est  épuisée.  Se  présente-t-il  une  fiction  nouvelle,  jusqu'à  ce  qu'à  son 
tour  elle  s'impose  par  la  durée,  elle  est  déclarée  fausse,  ridicule,  poursuivie 
d'inintelligents  quolibets,  on  lui  refuse  le  droit  d'exister.  Dès  lors  on  s'explique 
combien  la  routine  fut  déconcertée,  lorsque  Delacroix  vint  bouleverser  les 
idées  reçues,  montrer  un  dessin   et  un  coloris  en  contradiction  déclarée  avec 


le  coloris  et  le   dessin  que  depuis  un  tiers  de  siècle,  depuis  le   Serment   des  | 

Iloraces.  on  avait  adopté  comme  la  formule  belle  par  excellence.  Développer 
toutes  les  richesses,  les  somptueuses  complications  d'une  science  que  l'école 
de  David  avait  oubliée,  méprisée  ;  remplacer  par  un  vaste  déploiement  des 
ressources  ainsi  perdues,  désormais  renouvelées,  rajeunies,  accrues  par  des 
dons  de  génie,  les  procédés  indigents  qui  constituaient  la  fiction  adoptée, 
n'était-ce  pas  troubler  en  véritable  fâcheux  notre  paresse  d'esprit  ? 
I  Pour  humiliante  qu'elle  soit,  ne  reculons  pas  devant  h  confession  de  nos 

i  i 


L'ŒU\'RE    DE   DELACROIX  XXXI 


l 

lacunes.    La  France  n'aime   point  l'art  pour  l'art  lui-même,  elle  n'aime  dans  1 

l'art  que  le  sujet,  le  motif,  l'anecdote,  c'est-à-dire  le  prétexte  de  l'art.  Elle  est  • 

à  peu  près  dénuée  du  sens  plastique  et  pittoresque,  comme  en  poésie  du  sens  | 

lyrique,  et  ne  veut  pas  l'avouer.  De  là  tant  d'admirations  qui  portent  à  faux,  j 

tant  d'engouements  éphémères,   parce  qu'il  manque  aux   talents  qui  en  sont  j 

l'objet,  les  qualités  de   fond,  les  qualités  éternelles   sur  lesquelles  repose   la  i 

durée  de  l'œuvre  d'art.   Les  mieux  doués,  parmi  ceux  qui  forment  le  public  i 

des  Expositions,  ne  paraissent  pas  soupçonner  qu'il  estnécessaire  d'exercer,  de 
cultiver  ses  sens,  pour  atteindre  à  la  pleine  jouissance  des  plaisirs  intellectuelb  | 

dont  les  sens  ne  sont  que  les  organes  sans  doute,  mais  les  organes  essentiels. 
On  ne  se  doute  pas  assez  qu'il  faut  avoir  le  regard  juste  pour  comprendre  et  | 

juger,  je  veux  dire  goûter  la  peinture,  la  statuaire  ou  l'architecture,  autant  que 
l'oreille  juste  pour  goûter  la  musique.  Suivant  jusqu'au  bout  la  comparaison  \ 

qui  est  rigoureuse,  ajoutons  que  le  regard  comme  l'oreille,  même  natu- 
rellement justes,  ont  besoin  d'une  éducation  progressive  pour  pénétrer  dans 
toutes  leurs  délicatesses  l'art  des  sons  et  l'art  des  couleurs.  Tel  percera  de 
prime-saut  l'esprit  de  surface  d'Auber  ou  d'Horace  Vernet  qui,  sans  études, 
tout  au  moins  sans  de  longues  fréquentations,  n'arrivera  jamais  à  pénétrer  les 
profondeurs  de  Beethoven  et  de  Rembrandt. 

En  1824,  l'art  officiel  en  était  encore,  en  France,  à  l'austérité  factice  et  à  la 
froide  correction  de  l'école  de  David.  (L'enseignement,  de  nos  jours, s'en  dégage 
à  peine,  et  point  par  la  bonne  porte.)  On  refusa  de  commencer  la  nouvelle 
éducation  devenue  indispensable  pour  entrer  dans  l'intelligence  des  procédés 
employés  par  Eugène  Delacroix.  Tout  en  ce  pays,  dans  les  habitudes  esthé- 
tiques et  dans  le  sang  de  la  race,  protestait  contre  l'originalité  du  peintre.  Son 
génie  était  en  contradiction  formelle  avec  le  génie  national.  —  Le  génie  fran- 
çais a  placé  son  idéal  dans  les  clartés  sereines  de  la  raison.  Par  ses  côtés  moins 
élevés,  il  est  négatif,  pratique,  utilitaire  ;  il  n'est  nullement  poète,  artiste  fort 
peu.  C'est  que  sans  doute  l'art  et  la  poésie  appartiennent  trop  au  sentiment,  à 
la  passion,  à  un  ordre  de  sensations  raffinées,  pour  s'allier  aisément  à  l'analyse 
et  au  raisonnement.  Aussi,  en  art,  notre  goût  est-il  raisonneur  et  abstrait.  Ce 
qui  l'arrête,  l'occupe  et  le  charme,  c'est  l'intérêt  du  sujet,  et  encore,  dans 
certaines  conditions  auxquelles  je  reviendrai  tout  à  l'heure.  La  couleur,  le 
plus  puissant,    le  plus  énergique  des  moyens  pittoresques,    n'exerce  sur  lui 


XXXII  INTRODUCTION    A 


aucune  action.  Il  en  a  laissé  les  joies  et  les  grandeurs  aux  peuples  encoi'e 
enfants,  étrangers  aux  phénomènes  de  la  spéculation,  aux  peuples  de  l'Orient 
et  du  Midi.  L'art  de  la  France,  c'est  la  parole,  peut-être  entre  tous  les  arts  le 
plus  grand.  Mais  notre  esprit  logicien  reste  fermé  aux  jouissances  purement 
esthétiques.  Aussi  ne  faut-il  pas  s'étonner  que  la  patrie  de  Nicolas  Poussin,  de 
Descartes  et  de  Bossuet,  qui  pour  tout  poème  épique  a  la  Henrtade^  soit 
privée  du  sens  qui  lui  permettrait  d'entrer  en  communication  parfaite  avec 
l'art  de  Delacroix. 

Succéder  à  David,  posséder  le  don  de  la  couleur  et  du  mouvement,  déjà  les 
conditions  étaient  mauvaises  pour  réussir.  Cela  seul  eût  suffi  à  compromettre 
le  succès  de  Eugène  Delacroix.  Mais,  en  outre,  il  se  dégage  de  son  œuvre  une 
influence  particulière,  qui  devait  achever  de  dresser  entre  le  peintre  et  le 
public  un  dernier  obstacle  que  celui-ci  jamais  ne  franchirait.  Bien  qu'il  eût 
l'esprit  remarquablement  clair  et  froid,  Delacroix  avait  l'âme  passionnée  et  de 
plus  troublée  autant  que  pas  une  en  ce  siècle.  Or  comme  l'âme  de  l'artiste  est 
au  moins  de  moitié  dans  ses  créations,  il  en  est  résulté  qu'en  tous  les  ouvrages 
de  Delacroix  il  règne  une  sorte  de  souffrance  cruelle  qui  agit  péniblement  sur 
le  spectateur.  Le  maitre  heurte  donc  ainsi  le  fond  du  caractère  national,  rail- 
leur, léger,  sceptique  et  qui  veut  qu'on  l'amuse.  Car  voilà  qui  est  fort  misérable 
et  triste  à  dire,  non  seulement  le  public  français  fait  passer  le  sujet  dans  l'art 
avant  l'art  même,  ainsi  que  nous  l'avons  constaté;  mais  de  plus,  en  matière 
de  sujets,  il  n'aime  que  le  sujet  gai.  Yo\'ez,  auprès  des  contemporains  de 
Delacroix,  la  fortune  de  Gavarni,  et  comparez  à  l'infortune  de  Daumier,  ce 
colosse  qui  fait  encore  peur  au  «  bourgeois  ».  Et  que  d'exemples  encore  on 
pourrait  citer  !  Quel  est  le  poète  national  ?  Béranger.  Quel  est  l'historien 
national?  'SI.  Thiers.  N'est-ce  pas  écrasant?  Qui  ne  connaît  l'estampe, 
d'après  Landseer,  je  crois,  représentant  une  scène  d'inondation.'  Une 
chienne  avec  ses  petits  a  été  emportée  par  les  eaux.  Sur  la  niche,  qui  flotte  à  la 
dérive,  la  lice  hurle  au  perdu.  L'éditeur,  la  gravure  achevée,  n'en  vendit  pas 
dix  épreuves  pendant  des  années.  On  admirait,  mais  c'était  trop  triste.  Subi- 
tement éclairé,  un  jour,  le  marchand  fait  ajouter  sur  la  planche,  à  l'horizon, 
une  toute  petite  barque,  montée  par  deux  hommes,  nageant  à  force  de  rames 
vers  l'épave  encore  vivante.  Les  chiens  seront  sauvés!  A  partir  de  ce  moment, 
p:;r  le  seul  fait  de  ccttcaddition  en  apparence  inoignifiantc,  l'estampe  fit  fureur, 


«F.rVHK     Di;    Dl.LACiîOIX 


N  X  X  I  I  I 


i-m^ 


■A\HÈ\\ 


XXXIV  INTRODUCTION    A 


j  il  \-  a  de  ceLiprès  d'un  demi-siècIc,  et  se  vend  toujours.  Dans  une  vente  récente, 

{  en  i!^82.  on  a   revu  les  Conviilsionnaires  de  Tanger^   un   des  chefs-d'œuvre 

j  parmi  les  tableaux  de  chevalet  de  Delacroix:  le  jour  de  l'exposition,  devant  ce 

j  spectacle  de  la  férocité  où  se  peut  porter  le  mysticisme  oriental,  l'impression 

du  public  était  à  peu  près  unanime  :  «  Cela  est  fort  beau,  c'est  possible,  mais 
ce  n'est  pas  gai,  et  je  n'aimerais  pas  de  vivre  avec  ce  spectacle  sous  les  yeux.» 
Et  en  réalité,  cela  est  beau,  cela  est  grand,  mais  celaest  tragique  (i). 

On  peut  en  dire  autant  de  l'œuvre  entier  du  maître.  Je  l'ai  écrit  ailleurs, 
"  Lutte  et  passion,  en  ces  termes  se  résume,  étudié  dans  son  esprit,  l'ceuvre  de 
Delacroix.  Le  titre  de  chacun  de  ses  ouvrages  pourrait  commencer  par  le  mot 
lutte  ou  le  contenir.  Le  drame  occupait  l'âme  de  l'artiste.  Toute  concep- 
tion chez  lui  était  violente.  Il  n'y  a  que  peu  d'images  de  repos,  peu  de 
sérénité  dans  son  œuvre;  à  peine  citerait-on  parmi  ses  tableaux:  Ovide  che:^ 
les  Scytiics^  et  là,  quelle  tristesse  amère  !  ou  Roméo  et  Juliette  s'étreignant 
dans  un  dernier  baiser  sous  les  lueurs  vermeilles  de  l'aurore;  et  ici,  quelle 
ardeur  de  passion  !  «  Donc,  nulle  sérénité  !  Delacroix  mit  dans  son  art  le  drame 
constant  qui  s'agitait  en  son  âme.  Il  ne  connut  pas  la  paix  intérieure  des 
tempéraments  adipeux,  lymphatiques  et  sanguins;  par  contre,  nul  ne  connut, 
ne  pratiqua  et  ne  traduisit  comme  lui  ce  qu'un  poète  lyrique,  JM.  Théodore 
de  Banville,  a  nommé  «  l'attirante  séduction  de  la  douleur  ».  Il  était  né  sombre, 
hautain,  ironique.  Aussi  que  retrouve-t-on  de  préférence  dans  ses  compo- 
sitions ?  La  haine  ou  plutôt  le  principe  toujours  actif  de  l'incessante  destruction, 
la  force  terrassant  la  faiblesse,  avant  Darwin,  le  combat  pour  l'existence,  ou  le 
combat  pour  la  volupté  du  combat,  mais  le  combat  toujours.  Rappelez-vous  : 
le  <(  Quatrième  chant  de  V Enfer  »,  le  Massacre  de  Scio,  Attila.  Poitiers,  Nancy, 
Tailleboitrg^  l'Entrée  des  Croisés  à  Constantinople,  la  Liberté,  Macbeth^ 
Hùinlet,  dont  nous  reproduisons  une  scène  page  xxxm,  Médée,  Ugolin,  Le 
Tasse,   V Enlèvement   de    Rébecca,  Gœt-  de  Berlichingen ,    le   Naufrage  de 

(i)  Ajoutons  au  dénombrement  des  causes  qui  entravèrent  la  popularité  de  Delacroix  que 
de  son  vivant,  c'est-à-dire  aux  beaux  jours  de  la  gravure  de  cor-imerce,  pas  une  de  ses  com- 
positions ne  fut  gravée  comm.ercialement.  Les  éditeurs  d'estampes  réservaient  leur  publicité 
pour  Horace  Vernet  et  Paul  Delaroche.  Les  artistes  graveurs,  d'autre  part,  sortis  de  l'Ecole 
des  Beaux-.\rts,  partageaient  l'horreur  de  leurs  professeurs  pour  le  maître  et  n'étaient  pas 
de  taille,  en  outre,  à  graver  ses  œuvres,  dont  l'interprétation  par  le  burin  exige  un  effort 
d'inteilizence  au-dessus  de  !a  courante  banalité. 


L-Œi:VRE     Dl£    DELACROIX  XXXV 


^on  Ju.jn_  Cl  UHU  son  Or/.;;/  -  a  part  la  Aoce  J.ive  el  les  Musiciens  arah's 
-ses  Tigres  dévorant  une  proie,  ses  Lions  combattant,  les  Serpents  stir 
la  défensive.  Voilé  par  la  vivante  magie  de  la  couleur,  par  Temportement 
du  dessin,  par  la  suprême  distinction  du  goût  avec  lequel  le  mélodrame  est 
évite  sous  1  enchanteresse  parure  de  l'art,  au  fond  de  cet  ceuvrc  in.mense 
.1   coule  un  Heuvc  de  sang.  Le  bourgeois  n'aime  pas  cela  (,^ 


—  n- 


Si  naturellement  la  pente  de  son  humeur  portait  Delacroi.x  aux  conceptions 
tragiques,  qu  ,1  n'a  pu  y  échapper,  même  dans  les  sujets  religieux,  quels  sont 
ses  motiis  de  prédilection }  Les  angoisses  du  Christ  au  Jardin  des  Oliviers  les 
angoisses  des  apôtres  pendant  la  tempête,  les  angoisses  des  saintes  femmes 
pansant  le  corps  percé  de  flèches  de  saint  Sébastien,  les  angoisses  des  chré- 
t.cns  relevant^  le  corps  lapidé  de  saint  Etienne,  celles  du  bon  Samaritain, 
cel  esde  la  mère  tenant  sur  ses  genoux  sacrés  le  corps  exsangue  du  crucifié 
celles  aussi  de  la  crucifixion  et  de  la  descente  de  croix.  Chargé  de  décorer  une 
chapelle  a  leghse  Saint-Sulpice,  celle  des  Saints-Anges,  reprendra-t-ii  un 
sujet  de  douceur,  qui  l'avait  déjà  occupé,  Taôu- et  l'Auge?  Non,  il  choisira 
rois  motifs  de  lutte:  La  lui  te  de  Jacob  avec  l'Ange;  Héliodore  chassé  dri 
ten,ple,  sur  les  parois  latérales  de  la  chapelle;  et,  au  plafond,  5^;-;;/ A//c/../ 
terrassant  h  démon.  Cette  trilogie  des  vengeances  angéliques  est  la  dernière 
œuvre  de  kugene  Delacroix,  la  dernière  grande  pensée  du  peintre 

;<  On  l'atiendait  avec  quelque  impatience  à  cette  épreuve,  disons-nous  plus 
cm,  volontiers  croyait-on  que  l'intensité  de  la  vie,  la  furie  du  mouven.ent  dans 
la)t  ne  s  obtenaient  que  par  une  sorte  de  fièvi-e  d'imagination  conduisant  les 
hasards  de  la  main  :  fougue,  désordre,  improvisation  passaient  pour  svno- 
nymes.  Orici  Delacroix,  pour  la  première  fois,  allait  avoir  à  triompher  d'un 
procède  qui  interdit  tout  hasard,  ne  permet  point  d'improviser,  car  il  n'autorise 
aucun  repentir.  C'était  bien  peu  connaître  cet  admirable  talent,  tout  de  réflexion 
que  de  douter  de  lui.  On  peut  dire,  en  effet,  d'une  façon  absolue,  que  Delacroix 
n  a  jamais  r,en  abandonné  à  la  fortune  de  la  brosse.  Ses  œuvres  sont  toujours 


(0  Et  c'est  aussi  pourquoi  l'Angleterre  ne  l'acceptera  n 


jamais. 


le  résultat  de  conceptions  longtemps  mûries  dans  sa  pensée  et  de  longues  pré- 
parations. Recherches  de  composition  sans  cesse  renouvelées,  corrigées,  amé- 
liorées, études  de  gestes,  de  mouvement,  d'expressions  variées  à  l'infini  :  tout 
dans  la  technique  de  Eugène  Delacroix  est  sage,  savant  et  prudent.  Jamais  il  n'a 
tracé  une  ligne  sans  d'avance  en  avoir  calculé,  mesuré  Teftet.  Que  lui  impor- 
tait donc  le  procédé  lent  de  la  peinture  à  la  cire  ?  Jusque-là  ses  grandes  décora- 
tions monumentales  avaient  été  exécutées  sur  toile  et  marouflées.  Il  avait  pu  en 
voir  la  fragilité,  sans  la  soupçonner  pourtant  aussi  grande  qu'elle  nous  a  été 
révélée  depuis  par  la  restauration,  devenue  nécessaire  en  1869,  du  plafond 
d'Apollon,  au  Louvre,  et  par  celle,  qui  date  d'hier,  des  coupoles  du  Palais  légis. 
latif  et  du  Luxembourg.  Je  suppose  donc,  sans  aucun  scrupule,  que  Delacroix, 
très  jaloux  de  la  postérité,  accueillit  avec  une  secrète  joie  l'occasion  de  fixer  sa 
pensée  dans  un  procédé  qui  assurait  à  celle-ci  la  durée.  Et  en  effet  la  patiente 
volonté  du  maître  bien  aisément  assouplit  le  moyen  qui  devait  s'opposer  à  la 
fougue  de  sa  main  et  lui  communiquer  la  flamme  de  son  génie  résolu.  » 

Dans  notre  analyse  de  la  trilogie,  nous  constatons  que  la  moins  parfaite  des 
trois  parties  est  le  plafond.  «  La  surface  n'est  pas  suffisamment  remplie,  le 
rocher  qui  porte  le  groupe  de  saint  Michel  et  du  démon  semble  d'une  dimen- 
sion démesurée,  sans  proportion  avec  l'exiguïté  des  figures.  Quant  au  démon 
lui-même,  il  rappelle  vraiment  par  trop  le  diable  légendaire,  cornu,  griffu,  velu, 
le  nez  en  bec  d'aigle,  le  sourcil  en  accent  circonflexe  sous  sa  couronne  d'or.  A 
la  composition  définitivement  adoptée,  je  préfère  de  beaucoup,  dans  sa  donnée 
générale,  celle  dont  il  existe  un  fort  beau  dessin  où  les  figures,  bien  plus  impor- 
tantes, remplissent  davantage  la  surface  à  décorer.  Apparemment  Delacroix 
aura  craint  de  trop  surcharger  le  plafond  en  augmentant  le  nombre  des  per- 
sonnages ou  en  les  grandissant.  »  Si  peu  d'illusion  du  réel  que  l'on  veuille 
demander  aux  arts  du  dessin,  l'esprit  admet  difficilement,  il  est  vrai,  les  entas- 
sements de  corps  ou  de  matières  inertes  se  superposant  à  l'endroit  où  les  yeux 
sont  accoutumés  à  rencontrer  l'espace  infini.  C'est  pourquoi  l'art  du  décora- 
teur exige  une  science  très  étendue.  La  représentation  de  sujets  réels,  histori- 
qLies  ou  religieux,  disposée  horizontalement  à  dix  mètres  du  sol,  est  tout  à 
fait  en  contradiction  avec  les  règles  élémentaires  du  bon  sens.  C'est  la,  et  là 
!  seulement,  que  l'allégorie   païenne  ou  catholique  peut  trouver  sa  raison  d'être 

dans  l'art  décoratif.   Les  dieux  ei  lc.>   démises  de  l'Olympe,  les  anges  du  ciel 


I.ŒUVRF.     i)K    DLll.ACKOlX  N  .\  \  \  !  I 


chrétien  agissent  dans  l'espace-,  que  nous  les  rencontrions  du  regard, au-dessus 
de  nos  têtes,  c'est  une  rencontre  à  laquelle  la  loi  ou  la  convention  religieuse 
apporte  la  suffisante  justification  d'une  vraisemblance  mystique.  Les  théâtres 
antiques  et  même  certains  temples  dans  l'ancienne  Grèce  n'étaient  point 
couverts.  Dans  les  conditions  atmosphériques  où  nous  sommes  placés,  l'archi- 
tecture doit  aviser  à  nous  défendre  contre  le  froid  et  les  pluies  par  des  combles 
à  pans  droits,  des  plafonds,  des  voûtes  ou  des  coupoles.  Le  plafond  corres- 
pond à  des  besoins  de  préservation  sous  nos  cieux  moins  cléments,  il  est  une 
nécessité.  Il  n'est  pas  moins  vrai  cependant  que  ce  mode  de  clôture  interpo- 
sant une  muraille,  si  nécessaire  qu'elle  soit,  entre  l'homme  et  les  nuées,  ne 
satisfait  nullement  et  même  contrarie  l'appétit  de  nos  sens  et  de  notre  imagi- 
nation pour  les  vastes  espaces.  Le  plafond  est  un  système  de  défense;  il  n'est 
pas  une  jouissance.  Il  est  une  nécessité,  avons-nous  dit,  il  n'est  pas  une 
beauté.  L'architecte  a  donc  dû  se  préoccuper  des  moyens  de  satisfaire  tout  à 
la  fois  au  vœu  de  l'imagination  et  au.x  exigences  du  climat.  Il  y  est  arrivé. 
Comment?  En  employant  les  magiques  ressources  de  la  peinture.  A  l'aide  de 
ces  procédés  merveilleux  qui  trouent  artificiellement  les  surfaces  solides  et 
leur  substituent  l'illusion  des  perspectives  infinies,  il  a  crevé  le  plafond  qu'il 
venait  de  poser  au-dessus  de  nos  têtes.  Par  ce  moyen,  il  réussit  à  observer  et 
à  concilier  les  deux  lois  que  je  rappelais  tout  à  l'heure  :  loi  de  conservation  et 
loi  esthétique.  Il  nous  garantit  contre  les  intempéries  des  saisons  et  trouve  en 
même  temps  un  élément  de  beauté  décorative  qu'il  ne  s'agit  plus  que  d'appli- 
quer avec  intelligence.  Les  temples  antiques ,  avons-nous  dit,  s'ouvraient 
.'  sous  le  ciel  «^snb  Jovc,  selon  l'expression  latine.  C'est  le  ciel  en  effet  et  ce 
qui  se  passe  dans  le  ciel  que  le  peintre,  devenu  le  collaborateur  de  l'architecte, 
devra  nous  montrer. 

Si,  par  une  fiction  consentie,  on  enlève  ça  et  là  quelques  morceaux  des  voû- 
tes et  de  la  toiture  d'une  église  catholique,  il  faut  que  nos  regards  rencontrent 
en  se  levant  vers  les  hauteurs  du  monument  le  développement  de  quelqu'une 
des  grandes  scènes  que  la  Foi  place  dans  le  paradis.  Le  caractère  de  l'édifice 
que  le  peintre  est  chargé  de  décorer  lui  imposera  nécessairement  le  caractère 
et  les  motifs  de  la  décoration.  Cela  va  sans  dire.  Mais  ce  qui  est  moins  unani- 
mement reconnu,  ce  que  nous  voyons  même  le  plus  souvent  méconnu,  c'est  ce 
principe,  à  mes  yeux  fondamental,  en  vertu  duquel  l'artiste  ne  saurait  peindre 


X  \  X  V  I  i  i  I  N  T  R  O  D  U  CT  I  O  N   A 


dans  un  plafoiid  autre  chose  que  l'espace  céleste.  Malgré  l'autorité  des  artistes 
illustres  qui  se  son:  prêtes  à  un  tel  contre-sens,  il  est  absolument  illogique  et 
partant  ridicule  de  poser  au  plafond  des  peintures  faites  d'une  part  pour  être 
vues  verticalement,  et.  d'autre  part,  représentant  des  terrains,  des  fleuves, 
des  arbres,  des  monuments.  Raphaël  a  commis  cette  faute  à  la  Faniésine  :  ce 
n'est  pas  une  excuse.  Je  sais  bien  que  toute  l'Ecole  française  en  ce  siècle  s'en 
est  autorisée.  Cette  considération  ne  me  trouble  pas  le  moins  du  monde,  et  je 
ne  vois  jamais  au  Louvre  les  plafonds  d'Ingres,  d'Alau.x,  de  Léon  Cogniet,  de 
Devéria.  sans  ce  sentiment  de  malaise  et  d'irritation  que  cause  un  spectacle 
absurde.  Eugène  Delacroix  lui-même,  si  grand  décorateur,  n'a  pas  complè- 
tement évite  le  péril  dans  son  admirable  plafond  de  la  galerie  d'Apollon. 
Toute  la  partie  centrale  de  l'œuvre  occupée  par  l'Apollon  exterminateur  des 
monstres  est  un  chef-d'œuvre  de  lumière,  de  mouvement,  de  couleur  et  de 
logique.  Mais  j'ai  toujours  peur  que  la  nymphe  couchée  au  premier  plan  ne 
glisse  sur  la  pente  des  roches  et  ne  tombe  au  milieu  de  la  galerie,  ce  qui  serait 
bien  fàc'neux.  non  seulement  parce  qu'elle  endommagerait  son  beau  corps, 
mais  parce  que  aussi  dans  sa  chute  elle  briserait  les  vitrines  où  sont  renfermées 
ces  merveilles  incomparables  :  les  gemmes  et  les  joyaux  de  la  couronne  de 
France. 

La  peinture  des  plaionds  ne  permet  que  l'ornement  proprement  dit  (des 
caissons,  des  rosaces,  etc.)  ou  la  représentation  de  l'espace  et  des  scènes  que 
peut  y  rêver  notre  imagination  mise  en  éveil  par  le  milieu,  par  la  destination 
de  réditice.  Dans  ce  dernier  cas.^  il  faut  que  le  plafond  rappelle  les  cons- 
tructions hypèîhres  de  l'antiquité  et  que  la  peinture  y  pratique  d'immenses 
ouvertures  sur  le  ciel.  A  de  rares  exceptions  près,  les  scènes,  les  groupes  que 
le  peintre  suspendra  dans  le  vide  sans  limites  seront  toujours  des  motifs  allégo- 
riques. Toujours  ils  de\ront  être  composés,  se  multiplier,  s'enchaîner  confor- 
mément aux  lois  de  la  perspective  verticale. 

Ce  ne  sont  pas  là  des  lois  nouvelles.  Le  Corrège,  à  Parme,  les  trouva  et  les 
1  appliqua  avec  le  bon   sens  et  l'audace  na'ive  du  génie.   De  ce  qu'à  Florence 

i  quelques  successeurs  du  maître,  \'asari,  F.  Zuccaro,  pédants  et  impuissants, 

I  ont  ouvert  la  porte  à  toutes  les  extravagances  de  la  «  perspective  curieuse  », 

i  conime  on  i'appe'ait,  le  principe  n'en  est  pas  moins  juste  et,  en  France  même, 

Mignird   au   ^'.-.'.-J-.-Gràce.  à    Saint-Cloud   et    à  Versailles,    a    prouvé    sans 


I.(ZUVRE    Di:    DELACROIX  XXXJX 


t,cn;e  rr:;,s  avec  u-lc,;:  ou^  ,a  ncrs]- active  xuuca'c  pLUi  iViiiicr  avtc  le  bon 
goût.  La  D/^.'u'  de  Prud'hon  au  Louvre  est  un  motif  de  plafond  très  accepta- 
ble; le  plafond  du  Salon  de  la  Paix,  à  l'Hôtcl-de- Ville,  malgré  les  ruines  des 
premiers  plans,  était  dans  les  mêmes  conditions.  Dans  ses  autres  peintures 
décoratives,  au  Luxembourg,  au  Palais-Bourbon,  Delacroix  a  observe  la  loi  de 
légèreté  aérienne  avec  une  aisance  d'autant  plus  grande  que  la  disposition  circu- 
laire à  base  cylindrique  des  hémicycles  et  de  la  coupole  lui  permit  de  donner 
aux  figures  une  assise  horizontale  solide,  et  de  ménager  au  zénith  les  clartés 
et  les  transparences  de  la  voûte  céleste.  Les  terrains  trop  apparents,  et  les 
eaux  qui  s'écoulent,  rendent  déjà,  dans  les  peintures  de  la  galerie  d'Apollon, 
la  vraisemblance  inadmissible;  il  en  faut  dire  autant  du  saint  Michel  de  Saint- 
Sulpice. 

Eugène  Delacroix,  quand  il  lui  appartenait  de  s'en  affranchir,  asuivi  les  erre- 
ments de  ses  prédécesseurs.  Ne  voyons-nous  pas  Le  Brun  accrocher  la  tente  de 
Darius  à  des  arbres  plantés  dans  les  plafonds  de  "\'ersailles!  Au  Louvre,  que  de 
contre-sens  de  ce  genre?  Des  foules,  des  batailles,  les  pyramides  d'Egypte  sus- 
pendues comme  une  menace  imminente  pour  le  visiteur!  Evidemment,  l'orne- 
mentation des  plafonds  exige  une  réforme  radicale  ou  plutôt  un  retour  aux  lois 
décoratives  que  des  peintres  inférieurs,  un  Le  Mo3'ne,  un  !Mignard  et  Boucher 
lui-même  n'ont  jamais  enfreintes.  La  chute  des  vices  de  Paul  Véronèse  est  un 
exemple  illustre  du  nombre  de  figures  que,  dans  cet  ordre  d'idées,  le  peintre 
peut  mettre  en  niouvement,  tout  en  restant  dans  la  mesure  de  la  logique  et  du 
bon  sens. 

Il  faut  conclure.  Je  demande  la  permission  de  reproduire  ici  quelques  lignes 
d'une  étude  que  je  publiais  au  lendemain  de  la  mort  du  maître  (14  août  i8h3). 
Je  n'ai  rien  à  changer  de  ce  que  je  disais  alors  : 

«  L'œuvre  de  Eugène  Delacroix  contient  la  sensation,  l'émotion  constante, 
l'émotion  aiguë  qui  conduit  en  un  instant  le  spectateur  par  toutes  les  phases 
de  l'activité  intellectuelle  surexcitée.  L'idée  fixe  du  maître,  si  je  ne  me  trompe 
pas,  a  été  de  rendre  pour  ainsi  dire  palpables,  visibles  au  moyen  des  couleurs 
et  des  formes,  les  combats  qui  s'agitent  au  secret  des  âmes.  Que  lui  importe  le 
sujet!  C'est  affaire  au  coloriste,  chez  lui,  que  de  le  traiter  en  grand  artiste. 
Qu'il  emprunte  le  décor  du  drame  aux  livres  saints  ou  à  l'antiquité  grecque, 
à  la  Rome  des  empereurs  ou  à  l'Italie  du  moyen  âge,  aux  conceptions  des 


XL  INTRODUCTION 


poètes  anglais  ou  au  génie  germanique,  le  décor  n'est  que  l'accessoire,  il  vient 
au  dernier  rang  de  ses  préoccupations.  Ce  qui  l'inquiète,  c'est  que  l'on  saisisse 
clairement  la  note  passionnée  qu'il  a  voulu  rendre,  c'est  qu'on  ne  se  méprenne 
point  à  son  sentiment,  c'est  que,  maintenant  comme  dans  deux  siècles  ceux 
qui  contempleront  de  ses  tableaux  frissonnent  du  même  frisson  que  lui-même 
à  l'heure  où  il  accomplit  son  œuvre.  Fût-on  disposé  à  lui  demander  compte  de 
n'avoir  pas  représenté  le  di.\.-neuvième  siècle,  qu'il  pourrait  répondre  :  «  Je 
«  suis  par  le  droit  de  postérité,  par  le  droit  de  l'esprit,  contemporain  des 
«  âges  les  plus  reculés.  J'ai  peint  mes  contemporains  de  tous  les  siècles; 
u  j'ai  peint  l'homme,  son  cœur,  son  âme,  sa  vie  secrète,  pourquoi  vous 
«  arrêter  à  l'épiderme,  à  la  guenille  du  costume?  »  Et  il  ne  ferait  que  reven- 
diquer les  libertés  légitimes  des  peintres  de  l'idée.  La  nécessité  du  réel  imposée 
à  la  représentation  des  mœurs  modernes  pouvait  gêner  son  expression  :  il  a 
préféré  parcourir  le  monde  antique  et  l'ère  chrétienne  dans  toute  leur 
étendue;  il  les  a  parcourus  avec  la  hautaine  supériorité  d'un  maître,  d'un 
Beethoven  faisant  sortir  du  clavier,  des  notes  les  plus  graves  aux  plus  hautes 
notes,  des  trésors  d'harmonie,  de  sensations  et  d'expression.  Voilà  pourquoi 
Delacroix  aura  raison  de  l'avenir,  il  a  traduit  absolument  l'homme  en  vivifiant 
son  texte  de  toutes  les  richesses  acquises  par  l'esprit  moderne.  » 

Au  début  de  cette  introduction,  je  disais  que  Delacroix  a  continué  le  mou- 
vement français  de  nos  chers  maîtres  du  dix-huitième  siècle.  Oui,.sans  doute, 
mais,  d'un  dernier  mot,  il  faut  établir  une  distinction  entre  leur  art  et  le  sien. 
L'art  du  dix-huitième  siècle  montra  la  grâce  amoureuse  et  le  vol  élégant  du 
moineau  de  Lesbie,  celui  de  Delacroix  déploie  la  grandeur  d'envergure  et  l'im- 
posante majesté  du  vol  de  l'aigle. 

ERNEST    CHESNEAU. 


FIN    DE  L'INTRODUCTION 


SIGNATURES   DE 

EUGÈNE   DELACROIX 


CERTE>,  il  s'en  faut  de  teaucoup  que  Delacroix  ait  adopté  une  signature  uniforme  pour 
ses  ouvrages  peints,  dessinés,  gravés  ou  litliograpliiés.  11  y  a  même  apporté  assez  de  variété 
pour  qu'on  trouve  quelque  intérêt  à  en  voir  reproduits  les  principaux  spécimens.  Sur 
beaucoup  de  ses  grandes  toiles,  il  a  tracé  son  nom  en  lettres  capitales,  mais  la  Liberté,  le 
Massacre  de  Scio,  la  Barque  de  Dante  et  d'autres  œuvres  encore,  sont  signées  en  caractères  italiques. 
Il  a  même  em.ployé  parfois  certaines  formes  de  lettres  contournées  et  capricieuses,  qui  portent  évi- 
demment la  marque  de  la  fantaisie  romantique. 

Année  lisiû  —  N'  2b  .Xnnce  iS3i  —  N°  355 

EUG-DE  LA  CROIX    £UG  DELACROSK 
ANN-lSlC)  p^  {531 

.\nnée  iS55-.ï:n  -  N°  4^^  ■^■'""  "^^^  "  ^'°  ''"^ 

EU&.DELftCROtX     \         f\     , 
F.  !834  [;^Y^(J^^^ 

Année  .S3î>  -  N"  668  Année  .S39  -  N°  6SS 

EXiCDELACR^OIX         £.j, /) eA^^o.-J6  . 
1858 


XLl! 


SIGNATURES    DE    DELACROIX 


Ces:  surtout  dans  les  premières  années  que  Delacroix  a  signé  presque  régulièrement  ses  tableaux 
en  capitales;  plus  tarJ  il  donna  moins  d'importance  à  une  formalité  qui  n'avait  plus  désormais  de 
raison  d'être,  alors  que  son  génie,  maître  de  lui,  imprimait  à  chacune  de  ses  œuvres  la  marque 
d'une  personnalité  bien  distincte. 


Anni;  iS-jS  —  N'  1040 


Année  1849  —  N"  10-4 


Année  iSSi  —  N°  nQi 


Année  iS5-  —  N'  i3i5 


Année  iiô3  —  N'  1450 


%     ^ 


357  —  N"  i3i5  Année  iiô3 

Les  aquareiles,  les  dessins,  les  gravures  et  les  lithographies  sont  généralement  signés  en  écriture 
courante,  bâtarde  ou  italique.  Une  simple  autographie,  cependant,  a  reçu  les  honneurs  de  la 
capitale.  Delacroix  ne  suit  que  Tinspiration  du  moment  et  signe  même  soit  en  rébus,  avec  un 
chiffre,  une  note  et  une  croi.-:,  soit  en  manière  de  fantaisie  italienne  :  Eue.  D£lle  ou  Della  sous- 
entendu  CROCE.  Pour  quelques  lithographies  il  se  contente  de  ses  initiales,  et  pour  un  grand  nombre 
il  ne  signe  pas  du  tout,  comme  pour  la  suite  du  Faust  n"'  l'iz  à  25 1),  le  Chev-tl  sauvage  terrassé 
par  un  tigre  (n»  2S8),  Le  lion  [n'  3oq!  et  Le  tigre  (n-  ?io)  qui  comptent  cependant  parmi  ses  plus 
belles  compositions.  Pour  les  études"sur  nature  qu'il  ne  signait  que  rarement,  il  h.-cait  volontiers 
son  souvenir  par  une  date  et  le  nom  du  pays^oà  il  avait  copié  le  motif;  nous  en  produisons  quelques 
exemples.  On  verra  aussi  qu'il  aimait  les  dédicaces. 


Anni5e  1824  —  N'"  96 


^'JziSzi 


.\nnés  1S2S  —  N»  2S9 


Année  1 333  —  N'  490 
Année  1S43  —  N»  Sij? 


/ls 


/S  4  3 


SIGNATURES    DE   DELACROIX 


X L  I II  i 


\  0 


l-t^it^ 


o^l.d  U.^td'^r'tA^ 


£iji^xAj^uA^^ 


Année  1S41  —  N»  So5 


Année  iSJi — N"  iiSo 


HH 


Année  ib':^  —  N»  1200 


■L^  a. 


Année  iS55  —  N«  12S0 


Année  iS5S  —  N"  i.î66 


^^^V.-</^       /r    OCX 


Année  iSr-  —  X» 


Cti^f-^L^t^vUl^     i^cep,    O.-^ 


Année  iS5S  —  N"  1370 


Mr^^§ 


'OC^'^^L^^^y^ 


Année  iSJo  —  N"  iSg 


X  L  1  \' 


SIGNATURES    DE    DELACROIX 


A  1.1  suite  des  signatur;.-»,  nous  donnons  comme  document  autographique  la  reproduction  d'une 
des  innombrables  pages  que  le  maître  a  couvertes  à  la  fois  de  notes  et  de  croquis.  C'est  un  sou- 
venir rapporté  du  voyage  que  Delacroix  lit  au  Maroc,  en  i832,  avec  son  ami  le  comte  de  Mornay. 

J^^  f  ayt-UJi-z  f     ^'     y  ■'■-  —  - 

t 


Peu  d'artistes  plus  que  Delacroix  se  sont  imposé  la  tâche  souvent  pénible  de  fixer  au  passage,  soit  par 
la  pensée  soit  par  le  dessin,  leurs  impressions  journalières.  Nous  aurons  l'occasion  au  cours  de  ce 
l'vrc  de  citer  beaucoup  de  ces  notes  fugitives  qui  contiennent  souvent  en  quelques  mots  le  résum.e 
..  -ran.ls  principe,  d'esthétique. 


PORTRAITS  DE 

EUGÈNE    DELACROIX 


N' ous  plaçons  ici.  ii  titre  de  préface,  deux  portraits  écrits,  l'un  par  Th.  Gautier,  qui 
peint  hdélement  le  Dtlacroi.x.  de  i83o,  l'autre  par  Al.  Dumas,  qui  retrace  avec 
verve  la  physionomie  du  maître,  arrivé  presque  au  terme  de  sa  longue  carrière 
artistique.  Le  premier  de  ces  portraits  fut  écrit,  de  souvenir,  en  iS6f  :  le  voici  : 
«Delacroix,  que  nous  rencontrâmes  pour  la  première  fois  quelque  temps  après  iS3o, 
était  alors  un  jeune  homme  élégant  et  frêle,  qu'on  ne  pouvait  oublier  quand  on  l'avait  vu.  Son 
teint  d'une  pâleur  olivâtre,  ses  abondants  cheveux  noirs  qu'il  a  gardés  tels  jusqu'à  la  fin  de  sa 
vie,  ses  yeux  fauves  à  l'expression  féline,  couverts  d'épais  sourcils  dont  la  pointe  intérieure 
remontait,  ses  lèvres  fines  et  minces,  un  peu  bridées  sur  des  dents  magnifiques  et  ombrées  de 
légères  moustaches,  son  menton  volontaire  et  puissant,  accusé  par  un  méplat  robuste,  lui 
composaient  une  physionomie  d'une  beauté  farouche,  étrange,  exotique,  presque  inquiétante. 
On  eût  dit  un  maha-rajah  de  l'Inde,  ayant  reçu  à  Calcutta  une  parfaite  éducation  de  gentle- 
man et  venant  se  promener  en  habit  européen  à  travers  la  civilisation  parisienne.  Cette  tète 
nerveuse,  expressive,  mobile,  pétillait  d'esprit,  de  génie  et  de  passion.  On  trouvait  que 
Delacroix  ressemblait  ii  lord  Byron,  et  pour  faire  mieux  sentir  cette  ressemblance,  Devéria. 
dans  une  même  médaille,  dessinait  leurs  profils  accolés.  Les  succès  refusés  au  peintre, 
r.homme  du  monde  -Delacroix  le  fut  toujours)  les  obtenait  sans  conteste.  Personne  n'était 
plus  séduisant  que  lui  lorsqu'il  voulait  s'en  donner  la  peine.  Il  savait  adoucir  le  caractère 
féroce  de  son  masque  par  un  sourire  plein  d'urbanité.  Il  était  moelleux,  velouté,  câlin 
comme  un  de  ces  tigres  dont  il  excelle  à  rendre  la  grâce  souple  et  formidable,  et,  dans  les 
salons,  tout.le  monde  disait  :  «  Quel  dommage  qu'un  homme  si  charmant  fasse  de  semblable 
peinture!  »  —  Le  second  portrait  ne  dilTére"  du  premier  que  par  la  forme  qui  distingue  les 
deux  écrivains.  Au  lieu  d'images  savantes,  de  psychologie  profonde,  le  lecteur  trouvera 
une  improvisation  brillante,  mais  il  y  reconnaîtra  cependant  le  Delacroix  des  anciens 
jours,  le  même  homme,  n'ayant  point  perdu,  malgré  vingt  années  de  luttes  et  de  souflrances, 
son  originalité  native  ;  o  Delacroix  est  de  la  tai'lle  de  Vcrnet.  presque  aussi  mince  que  lui, 
très  propre,  très  élégant,  très  coquet.  11  a  cinquante-cinq  ans,  les  cheveux,  les  favoris  et  les 
moustaches  noirs  comme  à  trente:  les  cheveux  ondulent  naturellement,  les  poils  de  la  barbe 
sont  rares,  la  moustache  est  un  peu  hérissée  et  ressemble  ;i  deux  pincées  de  tabac  à  fum.er  ; 
le  front  est  large,  bombé,  terminé  à  sa  base  par  deux  sourcils  épais,  recouvrant  des  yeux 
petits,  qui  etincellent  pleins  de  flamme  entre  deux  longues  paupières  noires  ;  la  peau  est 
brune,  bistrée,  mobile,  se  plissant  comm.e  celle  du  lion  i"  les  lèvres  sont  épaisses,  sensuelles, 
promptes  au  sourire,  et  en  souriant  découvrent  des  dents  blanches  comme  des  perles.  Tous 
ses  mouvements  sont  vifs,  rapides,  accentués;  sa  parole  peint,  ses  gestes  parlent  ;  son  esprit 
est  subtil,  discuteur,  prompt  à  la  répartie;  il  aime  la  lutte  et  s'y  déploie  ctincelant  d'aperçus 
nouveaux,  justes,  brillants:  à  côté  d'un  talent  hasardeux,  plein  de  caprices,  rempli  d'écarts, 
il  est  sage,  sobre  de  paradoxes,  classique  même;  on  dirait  que  la  nature,  qui  tend  a  tout 
équilibrer,  le  place  comme  un  habile  cocher,  bride  en  main,  pour  retenir  ces  deux  chevaux 
fougueux,  l'un  l'Im-aeination,  l'autre  la  Fantaisie.  »  —  D'autres  portraits  écrits  se  trouvent 
soit  par  fraements,  sbit  plus  complets,  dans  les  diverses  études  que  ses  contemporains  ont 


XL\'I 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


,8-24 


consacrées  à  Dilacroix  et  à  son  œuvre.  Nous  avons  choisi  ceux  qui  nous  ont  paru  re'sumer 
le  mieux  le  vrai  caractère  de  sa  physionomie. — De  bonnes  photographies  ont  été  exécutées  .^d 
vivum  par  .M.M.Victor  Laisné,  Carjat,  Léger  et  Bergeron,  Pierre  Petit.  Quelques-unes  nous 
rappellent  fidèlement  les  traits  de  ce  noble  visage,  sur  lequel  le  labeur  de  la  pensée  et  la  fièvre 
des  passions  supérieures  avaient  impri.mé  leurs  glorieux  stigmates.  Nous  avons  fait  reproduire 
en  héliogravure,  par  l'excellent  procédé  de  .M.  Fillon.  outre  un  portrait  du  maître  par  lui- 
même,  un  profil  superbe  d'mtelligence,  de  finesse  et  d'énergie;  nous  n'omettrons  pas,  en  cette 
circonstance,  de  remercier  .M.  Pierre  Petit  qui,  avec  son  obligeance  coutumière,  a  misa  notre 
disposition  le  cliché  original.  —  Mais  avant  de  commencer  la  nomenclature  des  portraits 
peints,  dessinés  ou  gravés,  nous  avons  encore  à  rappeler  ceux  que  Delacroix  a  exécutés 
d'après  lui-même  et  que  nous  avons  décrits,  chacun  à  leur  date,  dans  la  suite  de  l'œuvre. 

1°  —  i8i3.  —  Dessin. —  H.  o'"o6o,   L.  o'^oSj.  (Voir  le  n°  14.58.) 

2"  —  iSiQ.  —  Dessin  à  l'estompe.  —  H.  o^tôj,  L.  o™io8.  (Voir  le  n°  20.) 

3°  —  1821.  —  Toile.  —  H.  o'"40,  L.  o'^Si.  CVoir  le  n°  40.) 

4°  —  1823.  —  Toile.  —  H.  o-^SS,  L.  o"'27.  (Voir  le  n"  69.) 

5°  —  1829.  —  Toile.  —  H.  o™5i,   L.  o="64.   (Voir  le  n°  295.) 

6°  —  i832.  —  Croquis.  —  H.  o™i  i,  L.  C"!  r.  (Voir  le  n°  372.) 

7°  —   18.12.  —  Croquis.  —  H.  C"!  i,  L.  o"^!  i.  (Voir  le  n°  397.) 

8"  —  i8ôo.  —  Toile.  —  H.  0^66, -L.  o"^54.   (Voir  le  n°  141 1.) 

N°  9  :  Portrait  attribué  à  Géricault,  vers    1820 

Dessin  à  la  mine  de  plomb. —  Dimensions  inconnues.  —  Vente  de  ieu  Achille  Devéria 
(9  avril  i858).  n°  142  du  catalogue.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  un  portrait  en  pied  dont  nous  n'avons  pu,  malheureusement,  retrouver  la  trace.  Le 
procès-verbal  de  la  vente  Devéria  désigne  comme  acquéreur  .M.  Binder,  qui  possède  des 
œuvres  importantes  de  Géricault;  mais  la  collection  de  cet  amateur  a  été  soigneusement 
explorée  par  M.  Charles  Clément,  qui  a  consacré  un  travail  important  à  la  noble  figure  de 
Geri;ault  et  a  très  savamment  décrit  son  œuvre.  Il  a  affirmé  n'avoir  jamais  eu  connaissance 
du  portrait  en  pied  qui  fait  l'objet  du  présent  numéro.  —  On  sait  que  Delacroix  a  posé 
pour  un  des  naufragés  de  la  Méduse,  celui  qui  figure  nu  et  vu  de  dos,  le  bras  gauche 
étendu,  abattu  en  avant,  dans  l'admirable  tableau  du  Louvre. 

N"  10  :  Buste  peint  par  Steuben,  avant  1824 


on  ne  se  tro 


;    Toile.  • —  H.  o'"68,  L.  o'"54.  —  Non  catalogué  par  ^L  Moreau. 
C'est  M.  Dauvin,  marchand  d'estampes,  qui  nous  a  fait  connaître  cette 
toile,  en  octobre  1875,  et  nous  en  a  fourni  l'attribution.  Il  tenait  ces  détails 
de  madame  Steuben,  à  qui  l'œuvre  appartenait  encore.  A  n'en  pas  douter, 

'     c'est  bien  le  portrait  du  peintre  jeune,  à  la  moustache  naissante,  njais 
déjà  sérieux,  esprit  résolu,  partagé  entre  la  méditation  et  l'action  et  qui 

-    écrira  quelques  années  plus  tard  :  V  J'ai  vu  que  la  solitude,  pas  plus  que"  la 
distraction,  ne  pouvait  être  l'état  constant   d'un    homme  qui    veut  jouir 

;■    de  tout  l'açrément  possible.  11  faut  entremêler  l'une  et  l'autre  de  manière 
à  ce  qu'elles  se  succèdent  et  qu'il  s'ensuive  le  désir  de  l'état  dans  lequel 
uve  pas.  Il  faut  donc  toujours  désirer  quelque  chose  ou  respérer._ Quand  on  peut 
on.  aésire,  on  a  toute  la  somme  de  bonheur  accordée  à  notre  machine  piiisante.  « 


iS3i 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


X  L\'  1 1 


N"  II  :  Médailion  sculpté  par  David  d'Angers  en   1824 

>g|g;-..      Bronze.  —  Diamètre,  o'"io5.  —  Gravé  par    le  procédé  Achille  Collas 
'j^^A  F^"'^  ""^  ^^"^  '^^  '''^"'  vingt-cinq  portraits  contemporains.  —  Non  catalo- 
'^S'^j  ^1  8"^*^  P''-''  ^^-  Moreau. 
^^^^^vy    Celte  œuvre  fait  partie  d'une  suite  que  modela  David  d"Aneers.Eile  est  datée  «  1 824.» 

^-^"^--^  (On  trouve  des^  épreuves  au  prix  de  cinq  francs  chez^M.  Thiéhauh,  fondeur.) 
—  La  gravure,  exécutée  à  la  mê.rae  dimension  par  le  procédé  Collas,  porte  les  mêmes 
légendes  :  à  gauche  :  <■  Eugène  Delacroix;  »  h  droite  :  <.  pictor  »,  en  bas:  «  David,  1824.  » 

N°  12  :    Delacroix   à  vingt-six  ans,    par  A.   Colin   (1824) 


Dessin. — H.  o"i  22,  L.  0^^090. —  Gravé  à  l'eau-forie  par  Paul  Colin,  dans 
les  mêmes  dimensions,  pour  le  catalogue  de  la  vente  des  œuvres  de  son 
père  (1876).  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Delacroix,  coiffé  d'un  bonnet  à  rebords,  est  vu  de  profil  et  éclairé  de  dos.  La 
tête  se  trouve  enveloppée  d'ombre.  Le  maître,  en  veste   de  travail,  lient  d'un 
geste  à  peine  indiqué,  une  palette  et  un  appuie-main.  Le  dessin  n'a  pas  passé 
à  la    vente  d'Alexandre  Colin  {i  février  1S76).  Nous  ne  le  connaissons  que  par  l'eau-lorte. 


N°  13  :  Profil  dessiné  par  Tony  Johannot  en  1850 


Dessin  sur  bois  d"après  le  médaillon  de  David  d'Angers.'  —  Gravé  sur 
bois  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"22  pour  VHistolre  d'un  roi  de 
Bohême  et  de  ses  sept  châteaux.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

L'Histoire  du   roi  de  Bohême  et  de  ses  sept  châteaux,  qu'ont   rendue   pré- 
cieuse aux   bibliophiles   romantiques   les  fantaisies   dont  Tony    Johannot   a 
parsemé  le  texte,  est  l'œuvre  de  Charles  Nodier  qui  cite,  page  44,  les  noms 
de  Delacroix  et  de  Byron.  C'est  cette  citation  qu'accompagne  la  médaille  reproduite  ici. 


N°  14  :   Buste   peint  par  le    baron  de    Schwiter  en  183 1 


Toile. —  H.o'='54,  L.  o"65. —  Appartient  à  M. le  baron  de  Schwiter. 
—  Signé  et  daté  au  bas  à  droite  :  «  i83i  ».  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Joli  portrait  aux  lèvres  carminées,  peint  par  un  ami  dévoué  et  tout  disposé 
à  voir  en  beau  son  modèle;  notre  vignette,  d'ailleurs,  ne  rend  pas  très 
bien  la  ressemblance.  Le  baron  de  Schwiter  se  souvient  que  ce  portrait 
fut  terminé  la  veille  du  départ  de  Delacroix  pour  le  Maroc.  L'amitié  qui 
unit  Delacroix  au  baron  Schwiter  dura  jusqu'à  la  mort  du  maître,  qui  ne 
se  livrait  pas  facilement,   mais  qui  ne  se  reprenait  plus  quand   il   s'était 


donné  une  fois.  Il  fut  fidèle  aux  amis  comme  aux  souvenirs  de  sa  jeunesse. 


X  LV  H  I 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


i834 


N°  I  )  :  Portrait  peint  par  Dedreux-Dorcy,  vers  183 1 

Toile.  —  H.  o'"54,  L.  o"'65    environ.  —  Adjugé  à  la  Vente  posthume  de  Dedreux- 
Dorcy,  le  20  mars  1S75  :  i  17  tV.  à  M.  Benoit,  rue  du  Jour. 

Ce  portrait,  que   nous  n'avons  pas  vu,  a,   paraît-il,   une  certaine  analogie  avec  celui  que 
peignit  le  baron  de  Schwiter  en  la  même  année.  (Voir  le  numéro  précédent.) 


N°  16  :  Mi-corps  dessiné  par  Jean  Gigoiix  en  1832 


Lithographie.  —  H.  o"'iSo,  L.  o'"i5o.  —  Publié  dans  le  journal 
V Artiste,  en  i832. —  Signé  au  bas  à  droite:  J.  Gigoux.  —  Catalogue 
A.  Moreau,  p.  3. 

(i  M.  Jehan  Gigoux  maniait  le  crayon  lithographique  avec  la  dernière  habi- 
>  leté.  Dans  ce  portrait,  annoncé  par  iM.  Gigoux  comme  lithographie 
^,  tid'après  nature  »,  Delacroix  est  un  jeune  homme  brun,  au  visage  grave,  au 
-'"  regard  mélancolique,  à  la  bouche  large,  ombrée  par  une  fine  moustache 
noire.  Il  est  assis  sur  une  chaise,  la  main  d.'-oite  dans  la  poche  du  pan- 
talon; la  redingote  dessine  la  taille.  Des  mèches  noires  et  drues  retombent 
sur  le  front.  >>  (Philippe  Burty.) 


igemment 


N°  17  :  Tête  dessinée  par  madame  Villot  en  183} 

Croquis  au  crayon.  —  In-octavo.  —  Appartenait  à  M.  Riesener.  — 
Signé  :  «  Pauline.  »  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
C'est  sans  doute  à  une  époque  de  bal  costumé,  et  alors  que  Delaerois  prenait 
conseil  de  son  ami  Frédéric  Villot.  que  madame  Villot  aura  fait  ce  croquis.  Nous 
.  savons  qu'à  cette  même  époque,  Delacroix  se  proposait  d'assister,  en  costume 
A  d'officier  arabe,  h  un  bal  que  donnait  le  duc  d'Orléans,  quand,  le  jour  venu, 
■'  il  fut  pris  d'une  violente  migraine.  Avec  le  secours  de  sa  bonne  Jenny  et  d'un 
ami,  il  s'habilla  et  se  mit  en  voiture,  mais  en  arrivant,  ressentit  un  tel  malaise,  qu'il  peine 
il  put  paraître;  il  n'aimait  pas  il  faire  mauvaise  figure. 


N^'  18  :  Tête  dessinée  par  F.  Villot  vers  1834 

Dessin.  —  In-octavo.  —  Appartenait  à  M.  Riesener.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

En  cette  attitude  penchée   et  mélancolique,  avec  cet  air  de  Christ  au  Jardin 

des  Oliviers,  Delacroix  ressemble,  non  point  à  sa  nature_  physique,  mais  à  sa 

'    ::^.      nature  morale,  ii  la  fois  inspirée  et  anxieuse,  toute  de  génie  et  de  sensibilité 

•   '         maladive.   Il  a  peint  la   douleur  aussi  fortement   qu'il  l'a  ressentie,  et  s'il  a 

donné  tant   dintérct  trafique   h  ses  plus  belles   œuvres,  à  son    Cr.risl  au   Golgotka,  'à   son 

M.xrf.-re  de  s^:nt  Etienne,  ccsî  qu'il  v  réiiandait  toute  la  tristesiîde  ses  plus  mau-.ais  jours. 


m^ 


IS43 


PORTRAITS    DE     DELACROIX 


X  1. 1  X 


i\" 


i(y  ;   oL';.ie  perûL  p.u'  Com:ar:is  vers   183 


]0 


Toile.  —  H.  o">45,  L.  o"'3ô.  —  Appartient  à  M.  de  Courval-Pirnn. 
qui  le  tient  do  M.  Piron.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
«  Le  peintre  Philippe  Comairas  était  un  dilettante  en  fait  d'art  plutôt  qu'un 
producteur.  I!  aimait  les  aspects  pittoresques  des  phénomènes  extérieurs, 
il  goûtait  vivement  les  beautés  des  maîtres,  mais  il  redoutait  les  fatigues  de 
rexécuiion  et  la  lutte  ,  très  dure  en  effet,  qui  suit  les  douceurs  de  Li  con- 
ception, le  moment  où  il  unit  l'action  au  rêve.  Son  éloignement  pour  le 
travail  était  devenu  proverbial  pour  ses  amis.  Pendant  toute  sa  jeunesse,  il 
flâna  de  galerie  en  galerie,  d'atelier  en  atelier.  »  Il  devint  ainsi  l'ami  de 
toute  la  phalange  artistique  de  iSSo,  et  fut  lié  d'amitié  sérieuse  avec  Delacroix. 


[^M 


N°  20  :   Portrait  charge  publié  en  1839 


Lithographie.  —  H.  o'='3oo,  L.  o'^-23o.  —  Paru  dans  le  Charivari 
du  29  mars  i83g.  —  Catalogue  A..  Moreau,  pp.  3  et  4. 
On  lit  au  bas  de  ce  portrait  :  c.  Eugène  Delacroix,  pinceau  riche  et  sau- 
,  vage  —  Sait  donner  de  la  vie  à  ses  moindres  tableaux;  —  .Mais  il  faut 
l'empêcher  de  peindre  à  son  image, —  Car  ses  succès  alors  seraient  beau- 
coup moins  beaux.»  Delacroix  est  en  train  de  peindre  sa  Médée,  qu'il 
produ:s;itau  Salon  de  iS3S  et  qui  fut  publiée  à  la  même  époque  dans  le 
C/;ari'v<7rz' (voir  le  n"  66S).  On  ne  peut  refuser  à  cette  caricature  un 
certain  cachet  de  vérité,  et  dans  l'exagération  même  du  corps  si  fluet  et 
si  mince,  apparaît  la  distinction  qui  caractérisait  le  maitre  en  toute  sa 
personne.  La  tête  est  celle  d'un  rapin  vulgaire,  mais  le  geste  de  la  main 
nt  la  touche  est  assurément  bien  saisi. 


N^ 


Portrait  peint  par  Champmartin  en   1840 


Toile. —  Dimensions  inconnues. —  Salon  de  1840-. —  Non  catalogué  par  ^L  .Vioreau. 

Ce  portrait  fut  exposé,  sous  le  même  n"  236,  avec  ceux  de  Henriquel  Dupont,  Saint-Clair, 
Botta.  Léon  Cogniet,  Emile  Deschamps,  Ricourt,  Fedel,  Jules  Janin  et  Fouquet. 

N"  22  :   Portrait  gravé  en   1843 


Eau-forte.  —  H.  o"'o65,    L.  o^ooo.  —  Signée   Forbe.  —  Publié  dans 
la  Galerie  des  contemporains  illustres  [i  8:^3).  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  4. 

Ce  visage  vulsaire  ne  nous  rappelle,  par  aucun  de  ses  traits  essentiels,  le  cau- 

^Sj^^l^^V    seur  subtil,  l'e'crivain  distingue,  le  peintre  supérieur  qui,  pendant  cinquante 

f/7^^^s^  i  f    \ans.  anima  son  siècle  du  souïfle  de  son  génie.  Est-ce  bien  là  celui  qui  disait  : 

'-'-!:  />/\      «  Et  cependant,  il  n'vapas  a  reculer.  Dlmicandum,  c'est  une  belle  devise  que 

'  '  j'arbore  par  force  et  un  peu  par  tempérament.  J'y   joins  celle-ci  :  Renovare 

ammos...,  mourons,  mais  après  avoir  vécu.  » 


PORTRAITS     DE    DELACROIX 


[848 


N°'  23.  24  :  Deux  portraits  (1843 -1844) 


1°  Lithographie.  —  H.o"ii3,  L.  o^ioj. —  Publié  dans  la  Galerie  de  la 
Presse,  de  la  Littérature  et  des  Beaux-Arts ,  chez  Aubert,  galerie 
\'éro-Dodat.  —  Car.  A.  Moreau,  p.  4.5. 

2^  Gravure  sur  bois.  —  H.  o'^'opo,  L.  o"'ojo. —  Publié  par  l'Illustra- 
tion, numéro  du  2  mars  1S44,  accompagnant  an  article  intitulé:  Salon 
de  1S44.  Visite  dans  les  ateliers.  —  Catalogue  A.  Moreau,  pp.  4  et  5. 
Par  la  incture  simple  et  facile  en  même  temps  que  souple  et  délicate,  la  litho- 
graphie nous  semble  révéler  la  main  de  Menut  Alophe.  C'est  d'après  cette  lithographie  que 
notre  viqnette  a  été  exécutée,  mais  elle  convient  également  à  la  gravure  sur  bois  qui  oft're  le 
même  type.  Les  traits  du  visage  ont  une  grande  fermeté;  ils  laissent  cependant  apparaître  un 
peu  trop  cette  rudesse  de  conformaricn,  que  le  maître  mettait  tan:  de  soin  à  dissimuler  et  que 
l'on  retrouve  identique  dans  le  masque  de  Talleyrand. 


N°  2^-  :  Caricature  dessinée  par  Bertall  en   1844 


Gravure  sur  bois  d'après  le  dessin  de  Bertall.  —  In-octavo.  — •  Publié, 
en  1S-L4,  dans  le  Panthéon  du  Diable  à  Paris.  —  Non  catalogué  par 
^L  Moreau. 

On  voit,    représentés   ici.    la   plupart   des   peintres  modernes    dans  diverses 

attitudes.  Au   milieu  de  la   page    sont   les  deux  grands  champions  du  jour, 

Eugène    Delacroix   et   Jean-.\uguste-Dominique   Ingres.    Le   premier  tient 

gauche  une  vessie  de  couleurs;  près  de  lui  on  lit  sur  un  écriteau  attache  à  un 

pinceau  debout  :  i.  La  ligne  est  un  mythe La  nuit,  tous  les  chats  sont  gris.  «Le  second  tient 

dans  la  main  gauche  son  porte-cravon,  auquel  est  fiché  un  cartouche  portant  ces   mots  :  a  11 
n'y  a  de  gris  que  le  gris  et  M.  Ing.-es  est  son  prophète.  '> 


dans  la  main 


N"  26  :  Tète   dessinée  en   1848 


l'exam: 
conjec; 
robusti 
La  !ég 
l'amiiTl 
catoire 
lepein 
Oeorgi 
incons 


Dessin  ovale. —  H.  o™i^5.  L.  o'"!  lo. —  On  lit  au  bas  ;  «Amicus  amico. 

G5.  »    —  Offert   par   Delacroix  avec  dédicace  autographe  à  Jenny   Le 

GuiUou,  et  légué  par  elle  à  AL    Riesener,  à  qui    il    appartenait  encore 

en   1878.  —  Exposition  universelle  de  1878,  numéro  822  du  catalogue 

des  portraits   nationaux   Henry  Jouin.   —  Gravé  sur  zinc,  pour  l'Art., 

numéro  du  16  juin  1878.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  avions    d'abord   cru  que  ce   portrait  était  l'œuvre  de    Gavarni,   mais 

m  de  l'excellent  fac-simiié  qu'en  a  donné  l'Art,  nous  a  fait  rejeter  cette  première 

ure.  Les  mots  :   <.  .Amicus   amico  »   sont  écrits   d'une  plume  vigoureuse,  en   lettres 

a  très  éloignées  des  caracte.-ês  menus  et  réguliers  qui  distinguent  l'écriture  de  Gavarni. 

inde  noas"^ rappelle   bien  rias  la  main  de^George  Sand,  qui  crayonnait  volontiers,  et 

;  qui  unit   l'illustre  rom.;r.cière   à   Delacroix  justiiîcrait  bien  mieux,  la  formule    dédi- 

Cette  formule  s'expliquerriii  mal  de  la  part  de  Gavarni,  qui  n'aim  lit  pas  en  Delacroix 

tre  et  qui  ne   devait  pas  irrspirer   beaucoup  de   sympathie  à    l'homme.    D'autre  part, 

SanJ.  qui  a  pris  quelq-jrrjis  au  sérieux  le  sexe 'de  son  pseudonyme,  aurait  pu    sans 

quence  Signer  au  masc..;.:.. 


1 83- 


PORTRAITS    DE   DELACROIX 


LI 


N' 


27  :  Cancatiire  par  Bertall  parue  en   1849 

-.-  _    Gravure_  î-ur   bois   d'après    le  dessin   de   Beit;)!!.  —    H.  o"'2io, 
_      _:_/"•  1    '-^"^  '  L.  o'"2i5.    —  Publié  par  le  Journal  pour  rire,   en   1849,  sous  ce 
^7rr;j7i;]7G"»'-\    ^'''''■'  •  "   f^'-TU^l'^]"e  des  Ans.  Duel  à  outrance  entre  .\1.  Inqrcs, 
llJt^-^-'.ïî,  '„■>:;    le  Thiers  de  la  ligne  et  M.  Delacroix,  le  Proudhon  de  la  couleur.)) 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

On  lit  au  bas  :  «Il  n'y  a  point  de  quartier  à  espérer.  Si  M .  Ingres  triomphe, 
%  la  couleur  sera  proscrite  sur  toute  la  ligne,  et  l'insurgé  qu'on  trouverait 
;":'  muni  de  la  moindre  vessie  sera  livré  aux  derniers  supplices.  Si  Delacroix 
'^"-a  est  vainqueur,  on  interdira  la  ligne  avec  tant  de  rigueur  que  les  gens 
surpris  h  pêcher  à  la  ligne  sous"  le  Pont-Neuf  seront  immédiatement 
passés  par  les  armes.  Quelques  personnes  ont  bien  osé  parler  de  fusion  entre  la  ligne  et  la 
couleur,  mais  ce  projet  de  fusion  a  paru  si  ridicule  et  «-i  extravagant,  que  nous  n'eri  parlons 
ici  que  pour  mémoire.»  Sur  le  pot  à  couleur  que  tient  Delacroix"  à  l'arçon  de  la  selle,  on  lit  : 
«  La  ligne  est  une  couleur.»  Sur  le  caparaçon  du  cheval  :  «  Rafaël  est  un  rafale  et  un  réac...» 
«  ....  La  nuit,  seulement,  tous  les  chats  sont  gris»  ;  sur  lebouclierque  porte  Ingres  :  cRubens 
est  un  rouge  '.....  11  n'y  a  de  gris  que  le  gris  et  M.  Ingres  est  son  prophète.» 


N'' 28  :  Eau-forte  par  Bracquemond  (18^2) 


Eau-forte.  —  H.  o'"o8o,  L.  o'"o6o.  —  Gravé  d'après  la  photographie  de 
Carjat.  —  Signé  d'un  B.  —   Inédit.  —   Cat.  A.  Moreau,  p.  9. 

Vers  i852,  Théophile  Silvestre  pria  M.  Bracquemond  de  lui  graver  ce  portrait, 
et  il  ne  lui  laissait  que  quelques  heures  pour  l'exécution  d'un  travail  aussi  délicat. 
Peu  après,   l'artiste  apprit   de   l'écrivain  que  son  œuvre  ne  paraîtrait  pas  dans 

l'Histoire  des  Artistes  vivaKls,  parce  qu'elle  éiait  traitée  «  dans  un  sentiment  trop  linéaire.» 

Elle  est  cependant  empreinte  d'une  noble  énergie. 


NO 


29 


L'atelier  de  Eugène  Delacroix  en   18^2 


Gravure  sur  bois.  —  H.  o"200,  L.  o"'235,  à  pans 
coupés.  —  Publié  par  l'Illustration  du  2  5  septembre 
iS.^2.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  134. 

Ce  dessin  nous  montre  l'intérieur  de  l'atelier  occupé  par 
le  maître,  rue  Notre-Dame  de  Lorette.  n°  24.  Delacroix 
est  représenté  debout,  la  palette  à  la  main,  causant  avec 
un  visiteur,  près  de  sa  boite  à  couleurs  entr'ouverte.  Au 
second  plan,  un  jeune  collégien  qui  examine  les  œuvres 
pendues  aux  murailles,  et  plus  loin  à  gauche  un  quatrième 
personnage.  Les  murs  sont  couverts  de  plâtres  moulés  sur 
*-^^*  i.*^^^^^^^^^-"^---  l'antique.'et  d'œuvres  plus  ou  moins  anciennes  du  maître, 
'g'. <*i^.»^21i£®s^^Kg>rS j-  parmi  lesquelles  on  distingue  l'esquisse  du  plafond  de  la 
paierie  d'Apoiion  ivoir  le  n»  iiio,  ta  Mort  de  Marc-Aurèle  (voir  les  n^^  924  et  926),  et 
bien  d'autres  encore  que  l'exiguïté  de  la  gravure  ne  permet  pas  de  distinguer.  11  y  avait 
entre  autres;  La  rue  de  Tomber.  Desdémone  maudite,  le  Maréchal  ferrant,  etc. 


LH 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


i854 


N"  jo  :  Composition  par  Eugène  Lami.  vers   i8^' 


Aquarelle.  - 
M.  Moreau. 


Appartenait  ,    en    i8; 


M.    Hartmann.   —    Non    catalogué    par 


Cette  charmante  aquarelle,  qui  a  figuré  à  l'une  des  Expositions  du  Cercle  de  l'Union  artis- 
tique, en  1S75,  représente  un  salon  de  Paris  où  M.  Eugène  Lami  a  groupé,  un  peu  arbi- 
trairement, Delacroix,  Musset.  Mérimée,  Auber,  Gounod,  etc.  Les  aeux  premiers  étaient 
debout  près  d'une  cheminée. 

N°*  31,  7^  :  Portrait  gravé  sur  bois  en   1854 

gîpv  1°  Gravure  sur  bois.  —  H.   o'"i55,  L.  o"'i3o.  —  Gravé  par  Dujardin 

,^^'%-_  «^t  publié  par  Vlllustration,  en   1854.  —  Réimprimé  en   1864  dans  la 

.;^^^^     brochure  intitulée  :  «  Eugène  Delacroix  à  l'Exposition  du  boulevard 

'\^-<\lJ-?^\  des   Italiens,  par  H.  de  la  iMadelène.  »  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  5  et  6. 

_    ;    :■>'  ^■'■y'^  2"  Ce  même   portrait  (retourné)  a  été  utilisé   en   i85d  pour  un  autre 

'^^'y^\,^i.-    numéro  de  Vlllustration.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

'^^^''^\p}0^^  Nommé  membre  du  jury  des  récompenses  au  Salon,  Delacroix  décline 
^  '^"^  '  ^'"'  cet  honneur.  Il  n'est  pas  mauvais  de  remettre  sous  les  yeux  du  lecteur,  en 
ce  temps  de  compétitions  effrénées  ,  les  motifs  du  refus  :  «  Monsieur  le  Directeur,  je  vous 
prie  de  vouloir  bien  faire  agréer  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  le  motif  qui  m'oblige  à  me 
récuser  en  qualité  de  juré,  dans  la  commission  des  récompenses.  .le  me  trouve  moi-même  au 
nombre  des  exposants  :  j'ai  pensé  que  cette  raison  me  'permettrait  de  décliner  la  charge  aussi 
délicate  qu'honorable  que  M.  le  Ministre  voulait  bien  me  confier,  et  pour  laquelle  j'ose  le 
prier  de  recevoir  mes  respectueux  remerciements.  »  [Lettres,  édition  Burty.) 

N"  1 3  :  Mi-corps  gravé  par  Alphonse  Masson  en   i8^'4 


Eau-forte  et  roulette. —  H.o"'i55,  L.  o^'iiS.  —  Gravé  d'après 
une  photographie  et  publié  avec  le  fac-similé  de  sa  signature, 
dans  V Histoire  des  peintres  vivants,  de  Théophile  Silvestre.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  5. 

En  face  de  cette  tète  dont  le  regard  songeur  plonge  avec  mélancolie 
dans  le  néant  des  choses,  nous  nous  souvenons  de  ces  quelques  lignes, 
que  le  maître  écrivait  à  son  ami  Soulier,  en  iS."-!)  : 

<i  Dans  l'insomnie,  dans  la  maladie,  dans  certains  moments  de  solitude, 
quand  le  but  de  tout  cela  s'offre  nettement  dans  si  nudité,  il  faut  à 
l'homme  doué  d'imagination  un  certain  courage  pour  ne  pas  aller  au 
devant  du  fantôme  et  embrasser  le  squelette.  Quelle  ditTérence  dans  nos 
idées  exercent  quelques  années  seulement  !  Je  trouve  que  tous  les  livres  ne  sont  que  jieux 
communs.  Ce  qu'ils  disent  sur  l'amour,  sur  l'amitié,  roule  sur  une  demi-douzaine  d'idées 
banales  qu'on  a  eues  il  y  a  mille  ans.  Il  n'y  en  pas  un  qui  ait  jamais  peint,  à  mon  avis,  le 
désenchantement  ou  plutôt  le  désespoir  de 'l'âge  mûr  et  de  la  vieillesse.  .le  parie  que  tu  n'as 
jamais  vu  dans  les  livres  ce  que  tu  sens  là-dessus  comme  tu  le  sens..  L'homrne  passe  sa  vie 
dans  les  convulsions  de  l'inquiétude  et  dans  la  léthargie  de  l'er.aa;.» '/.^.'.'rcj,  édition  Burty.) 


PORTRAITS    iJK    1)  K  L  AC  i<  O  1  X 


N"  j4  :   Mi-corps  grave  p:ir  Alphonse  Masson  en    18^4 


E3u-forte  et  roulette.  —  H.  o'"i95.  L.  o'^'if,-.  —  Gravé  d";iprcs 
une  photographie  pour  VHistoire  des  peintres  vivants,  de  Théo- 
phile Silvestre.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  ii. 

Ce  portrait  n'a  pas  paru  dans  le  livre  de  Théophile  Silvestre;  il  n'a  été 
tiré  qu'à  un  petit  nombre  d'épreuves  volantes  et  il  peut  être  ainsi  consi- 
déré comme  inédit.  D'ailleurs,  sous  ce  visage  afiadi,  diminué  par  la 
suppression  des  principaux  reliefs  qui  en  marquent  le  grand  caractère, 
on  a  peine  à  reconnaître  le  grand  penseur  et  le  laborieux  ouvrier  qui, 
précisément  h  cette  époque,  venait  d'achever  les  plus  belles  épopées 
décoratives  dont  puisse  s'honorer  notre  siècle.  "Théophile  Silvestre, 
l'ami  des  bons  et  des  mauvais  jours,  le  lidéle  admirateur,  l'infatigable 
génie  méconnu,  ne  voulut  point  laisser  paraître  cette  image  alïaiblie  de  l'artiste 
ification  duquel  il  avait  dépensé  son  cœur  et  son  mtelligence. 


N''  3  5  :  Portrait  charge  dessiné  par  Eugène  Giraud  en  1856 


^5 


."V 


r 


qu  ilsva 
certains 


Dessin  rehaussé  à  l'aquarelle.  —  Di.mensions  approximatives  :  H.  o"'6o, 
L.  o'"70.  (La  tête  e.st  à  peu  près  grandeurnature,  elle  mesure  en  H.  o'"i4). — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

.M.  Eug.  Lami  en  a  fait  deux  copies,  il  en  conserve  une  dans  son  atelier,  il  a  offert 
l'autre  à  .\1.  Haro.  —  Eugène  Giraud  a  fait  ainsi,  pendant  vingt  ans,  aux  soirées  du 
Louvre,  tous  les  vendredis  de  carême,  le  portrait  charge  de  l'un  des  invités  du  comte 
de  Nieuwerkerke.  Le  collier  de  commandeur,  confe'ré  à  Delacroix  en  i855,  est 
indiqué,  et  c'est  même  à  propos  de  celte  distinction  que  le  portrait  fut  exécuté.  De- 
lacroix, peut-être  par  tradition  de  famille,  avait  toujours  eu  certaine  propension 
vers  les  fonctions  officielles.  En  1849,  ■'  avait  fait  des  démarches  pour  obtenir  la 
direction  des  Gobelins  :  en  i855,  il  rêva  la  direction  des  Beaux-Arts,  mais  renonça 
bientôt  à  cette  prétention.  Il  était  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  depuis  i83i  et 
officier  depuis  1846.  Il  aimait  les  honneurs,  en  homirie  qui  les  mérite  et  qui  sait  ce 
lent  aux  yeux  du  vulgaire;  if  les  rechercha  sincèrement  et  ne  fit  point,  comme 
artistes,  profession  de  les  mépriser  après  les  avoir  obtenus. 


N°  36  :  Portrait  anonyme  publié  en   i8)6 


Gravure  sur  acier.  —  H.  o"'o85,  L.  o'"o72.  —  Publié  en  tèie  de  la 
biographie  de  Delacroix,  par  Eugène  de  Mirecourt,  deuxième  série 
des  Contemporains.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Le  maître  est  vu  de  flice,  assis  devant  une  table  et  portant  un  porte-crayon. 
tri  VV-J':  j--  Au-dessous  du  trait  carré,  on  lit  à  gauche  ;  <i  Publié  par  G.  Havard  »;  au 
M  ^^^S.^'^y^--  niilieu  :  «  Eugène  Delacroix  »;  à  droite  :  «  Impr.  de  Mangeon,  67,  rue  Salnt- 
0^éi=?-=^»»^#-=^  Jacques,  Paris.  »  Ce  portrait  ne  peut  avoir  plus  de  prétention  que  la  biogra- 
phie qu'il  accompagne.  C'est  une  vignette  sans  valeur  réelle  servant  de 
frontispice  à  un  livre  de  crédit  fort  médiocre.  N'insistons  point  sur  de  pareils  ouvrages  que 
nous  signalons  au  public  par  simple  acquit  de  notre  conscience  d'iconographe. 


t-l\'  PORTRAITS    DE   DELACROIX  P.    i8û3 


N-^  37  :   Panthéon  Nadar  (1856) 

Lithographie.  —  Format  in-douze.  —  Non  catalogué  par  M.   Morcau. 
Ce  portrait,  exécuté  d'après  d'anciennes  lithographies,    fait  partie  du  cortège  des    célébrite's 
publiées  sous   le  titre  ;    Panthéon  N.tdar,  vers    i8?6.  Il  occupe,    dans    la  planche    format 
grand  monde,  la  droite  du  deuxième  rang  à  partir  du  bas  et  porte  le  n"  78. 

N"  38    :    Miniature  peinte  par  madame  Herbelin  en   18^7 

Ivoire. —  Dimensions  inconnues. —  Salon  de  iSSj. —  Non  catalogué  par  l\\.  Moreau. 

Ce   portrait  fut  exposé   sous  le  même  no  iSSg,  avec   ceux  de  Rosa    Bonheur,  Alexandre 
Dumas   fils.  Dauzats,  etc.  Nous  ignorons  ce  qu'il  est  devenu. 

N°  )9   :    Mi-corps  dessiné  par  Heim  en   1858 

^Ç^  Dessin  au  crayon  rehaussé  de  blanc.  —  In-folio.  —  Signé  au  bas  sous 

%^  Is  jambe  droite  et  daté  :  «  Heim,  i85S.  »  Delacroix  en  costume  de 

.."■•\"V'-"\  membre    de  l'Institut.  — Appartient  au  musée  du  Louvre. —  Non 

Tv  V'v'TÏv  catalogué  par  M.  Morsau. 

Ij^ilj'^T^i-        Exécuté  alors  que  Heim  était  dans   un   âge   très  avancé,    le   portrait  n'est 

■^^?^*^^~^^  P'"*^  parmi   les  meilleurs   de  la  belle  suite  que  ce  peintre  nous  a  laissée.  Il 

l'^-T^- .^ri'".— -4  '  manque  de  fermeté.  On  sait  que  dans  1-js   premiers  jours   de  janvier   iSSy, 

-  'iJ.ï=i*^!   i      Delacroix  se   présenta  une  fois  de  plus  à  l'Institut  et  fut  élu.  De  nombreux 

passages  de  sa  correspondance  à  cette  époque  montrent  à  quels  sentiments 

il  obéissait  en  persévérant  avec  une  telle  persistance  a  poser  sa  candidature 

si  souvent,  si  longtemps  déçue.  Il  était  mù  non  pas  par  une  étroite  ambition,   mais  par  le 

noble  désir  de  marquer   sa  place  parmi  les  meilleurs  de  son  temps,   d'aîTirmer  son   mérite 

devant  tous  ceux  qui  jugent  la  \aleur  de  l'homme  aux  broderies  de  son  habit,  de  donner,  en 

un  mot,  la  sanction  sociale  à  son  génie. 

N"  40  :   Gravure  sur  bois,  posthume  (1863) 

ali5(s  Gravure   sur  bois.  —  H.  o"M6o.   L.  o^iiS.  —  Publié  par  le  Monde 

t'^%  -i    illustré,  n°  du  23  août    iSôlî.   On  lit  au   bas  :  «  Eugène   Delacroi.K, 

.%iif^-\  membre  de  l'Institut,  commandeur  delà  Légion   d'honneur,  mort  à 

'v^S   >  Paris  le  i4aoiit  i8ô3.  »  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  7. 

.•       ■  ?,    "      Ce   portrait  accompagnait,  dans  \e  Monde  illustré,  un  article  nécrologique 

;'      ..^-'i       de  M.  Charles  Yriarteet  l'extrait  des  mémoires  consacrépar  Alexandre  Dumas 

■:■]■)    V'"xl\)  j  à  DeLicroix.  Il  a  été  utilisé  pour  le  journal  Éckos  de  Paris  du  ?.9  août  i863, 

■  '{'"tv^-^  ■-''  pour  VAlinanach  des  scènes  illustrées  de  l'année  i8ô3  et  pour  VAlmanach  de 

-••   '^'        la  Litiérature.  Il   présente   une  asse;;  vague   ressemblance   avec  le  type  du 

iîi-and  artiste;  mais  c'est  là  tout  son  mérite.  On  m  peut  d'ailleurs  demander  à  des  poriraits 

CiS  journaux  le  même  caractère,  le  même  s'ylu  qu'aux  œuvres  peintes  eu  gravées. 


PORTRAITS  DE  DELACROIX 


LV 


K°  4î  :   Composition  pobihume  (1803) 


Non  catalogué  par 


Toile.  —  Grandeur  nature. 
M.  Moreau. 

-M.  Fantin-Latour  peignit  cette  composition  peu  de 
temps  après  !a  mort  de  Delacroix.  C'est  un  groupe 
d'admirateurs:  les  trois  peintres  Louis  Cordier, 
\^  ^J^M  Alphonse  Legros  et  Whistler,  1  humoriste  Chanip- 
,^  ^S^^  tieury.  le  peintre  Edouard  Manet,  l'aqualbrtiste  Brac- 
■-< -,''^- ?-/'=-?(  quemond,  l'animalier  de  Balleroy,  le  poète  Charles 
'"  --^S-^â  Baudelaire,  le  critique  Edmond  Duranty,  tous  réunis 
-  "^^^,  devant  le  portrait  du  maître,  peint  en  ton  de  camaïeu, 
assez  semblable  à  celui  de  la  photographie  qui  a  servi 
de  modèle.  N'omettons  pas  de  citer  enfin  l'auteur  de  la  toile,  le  portraitiste  délicat,  Fantin- 
Latour,  qui  apparaît  h  gauche  en  manches  de  chemise. 

N"  42  :   Gravure  sur  bois,  posthume  (1863) 

Gravure  sur   bois.   —  H.   ©"'iS?,   L.  û"'iio.  —  Gravé  sur  bois  par 
Gusman,  d'après  un  dessin  de  H.  Rousseau.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  7. 

Peut-être  est-ce  dans  la  philosophie  quelque  peu  spleenétique  du  maître 
qu'il  faut  chercher  l'explication  du  nombre  immense  de  ses  travaux  .  Nous 
VV'^U:'ÀÎ^-:.  -  '■  lisons,  en  eflet,  dans  une  lettre  à  M.  Soulier  :  «  Le  vide  de  la  vie,  l'inu- 
>5i'É. 'i'.'»'''  '  tilité  lie  nos  souhaits  et  de  nos  regrets  ne  t'est  pas,  hélas!  plus  pesant  qu'à 
moi.  Tu  parles  de  la  solitude,  il  n'en  est  guère  de  plus  pesante  que  la 
mienne.  Je  n'ai  plus  même  pour  m'éiourdir  les  distractions  vulgaires  du 
monde.  Com.me  je  suis  habituellement  souffrant,  j'y  ai  entièrement  renoncé, 
et  je  passe  bien  souvent  ma  soirée  au  coin  de  mon  feu.  Les  illusions  s'en 
vont  une  à  une,  une  seule  me  reste,  ou  plutôt  ce  n'est  pas  une  illusion, 
c'est  un  plaisir  réel,  c'est  le  seul  où  l'amertume  du  regret  ne  se  mêle  pas:  c'est  le  travail. 
Mais  enlîn  c'est  ma  seule  passion;  puisse-t-elle  survivre  longtemps  à  toutes  les  autres!  Malgré 
l'inconstance  de  ma  santé,  je  travaille,  et  peut-être  à  cause  d'elle;  car,  comme  elle  m'est  un 
prétexte  suffisant  pour  me  dispenser  des  sottes  obligations  du  monde,  je  donne  à  la  peinture 
tout  le  temps  e;ue  je  dépensais  si  follement  et  si  inutilement.  »  iLcItres,  édition  Burty.) 

N°  43   :   Gravure  sur  bois,   posthume  (1863) 

/^         Gravure  sur  bois.  —  H.  ù-^iSo,  L.  o">i70.  —  Publié  par  VUnivers 
x".^        illustré,  n°  du  27  août  i863.—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
xHi^^îv        Ce  portrait,   qui  a  été  reproduit  dans  le   Musée  français-aiif^lais,  accovn'^-A- 
'-'■      '  ^nait,  dans  YUr.ivers  illustré,  un  fragment  extrait  de  l'œuvre  de  George  Sand. 

paru  dans  Vllluslration  en 
geste,  tout  au  moins  à 
et  tous  trois  procèdent 
certainement  d'un  mê.me  original,  une  photographie  sans  le  moindre  doute. 
Ce  sont  également  des  photographies  qui  ont  servi  de  modèle,  directement  ou  indirectement, 
à  la  plupart  des  portraits  qui  furent  publiés  après  la  mort  du  grand  artiste. 


*,_„"T4^!/rv\\  C'est  le  même,  en  sens  inverse,  que  celui  qui  a  paru 
\^W^^^î--  ^'^'-\  ('*'°''"  ^^  n"  Ji).  Il  ressemble  également,  comme 
V/    y^^T^''    celui  qu'a  publié  Théophile  Silvestre  Jvcir  le  n"  33), 


LV[ 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


1  864 


N°  44  :    Gravure   sur  bois,  posthume  (186 


^^\,  Gravure  sur  bois.  —  H.  o™i40.  L.  o"ii5.  —  Publié  dans  l'Illustra- 
^'*'^*^  ?/oH  anglaise^  numéro  du  29  août  i863.  —  On  lit  au  bas:  «  The  late 
S;  "'-^^       Eusénc  Delacroix.  «  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  8. 

i^T^M:^^  ''  Après  ma  mort,  il  ne  itra.  fait  aucune  reproduction  de  mes  traies,  soit  par  le 
'/^{ W^j.-"^  moulage,  soit  par  dessin  ou  photographie:  je  le  détends  expressément,  u 
^f('hif>AfA<<  Cette  clause  formelle,  consignée  par  Delacroix  dans  son  testament,  n'était 
'''"•■  '  qu'une  coquetterie  d'homme  de  génie,  que  la  loi  devait  être  impuissante  à  faire 
respecter.  Certes,  bien  des  reproductions  imparfaites,  telles  que  celle  dont  nous  donnons  ici 
le  croquis,  ont  altéré  l'intelligente  physionomie  du  maître,  mais  la  publicité  des  traits  est 
une  des  fatalités  qui  s'attachent  aux  grands  hommes.  N'est-ce  pas  ainsi  qu'on  paie  sa  gloire? 

N"  45  :   Gravure  sur  bois,   posthume  (i86^) 


Gravure  sur  bois.  —  H.  0^104,  L.  o'"090.  —  Gravé  par  Gérard  d'après 
un  dessin  de  Parent.  —  Publié  dans  le  Musée  des  Familles  et  dans 
VAlmanach  du  Musée  des  Familles.  — On  lit  au  bas  :  «  Eugène  Dela- 
croix. (Le  i3  août  i8ô3,  s'est  éteint,  à  l'âge  de  65  ans,  l'un  des  plus 
grands  peintres  de  cette  époque.  1»  Ce  portrait  a  paru  dans  les  Beaux- 
Arts  illustrés,  numéro  du  28  août  1876. 

Delacroix  était  né  le  23  avril   179S.  Il  avait  donc  connu   la   vie  et  ses  souf- 
frances pendant  soixante-cinq  ans,  trois  mois  et  quinze  jours. 


N°  46  :   Eau- forte  posthume  (1864) 


Eau-forte.  —  H.  o"'f  lo,  L.  ©'"loo.  —  Gravé  par  Jean  Gigoux  d'après 
son  dessin.  —  Publié  dans  la  Ga-ette  des  Beaux-Arts,  numéro  du 
i"^'  janvier  1864,  accompagnant  un  article  de  Charles  Blanc.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  S. 

M.  Jean  Gigoux,  qui  fut  un  ami  et  un  admirateur  de  Eugène  Delacroix,  possède 
dans  sa  belle  collection  de  dessins  une  suite  assez  nombreuse  d'études  toutes 


relatives  aux  belles  peintures  du  Palais-Bourbon. 


N"  47  :    Buste  posthume   (1864) 

Bronze. —  Grandeur  natui'e.  —  Commandé  à  M.  Carrier-BcUcase,  le  12  avril  1864. 
—  Salon  de  i865.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  buste  a  été  payé,  pour  le  coulage,  sept  cents  francs  par  la  Société  nationale  J.s  Beaux- 
Arts,  à  M.  Thiébaut.  fondeur.  M.  CarVier-Belleuse  n'a  point  accepté  d'honoraires.  Sur  le 
socle  est  écrit  ;  ^  A  la  mémoire  d'ii!ugène  Delacroix.  1 1  Soci.iré  des  Beau.'':-Artj.  l'î  aoûi:  io5')+.» 
Il  était  placé   au   milieu  des  salles  "de   l'Exposition  posthume,  bouievard   des  Italiens,  21",. 


IS64 


PORTRAITS    DE   DELACROIX 


LVII 


N"  ^8  ;   Médûilion  posthume  (1064) 


..^.^^«i  ^  Bronze.  —  Diamètre,  o"'?o.  — Modelé  par  Auguste  Preault  et  tiré  à  deux 
■/-■"•^w^îQv^"^ A  exemplaires  seulement,  dont  l'un  appartient  "à  .M.  Paul  Dutilleux. — 
\-  è^0U'  Auîographié  par  A.  Rohaut,  dans  les  dimensions  de:  Diamètre,  o"Moo, 
\^^^'^  pour  la  seconde  livraison  des  Fac-similés  de  dessins  et  croquis  oris^iiiaux 
^^^-"^  de  Delacroix  (iS55). —  Gravé  à  l'eau-forte  par  Gaucherel,  dans  les 
dimensions    de   :   Diamètre  :  ©'"qS.   —   Non    catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  49  :    Dessin  du  médaillon  précédent  (1864) 

Dessin  à  la  plume.  —  Diamètre  :  C^io.  —  Exécuté  d"après  son  médaillon,  par 
Préault,  qui  a  écrit  au  bas  :  «  Je  ne  suis  pas  pour  le  fini,  je  suis  pour  Tinfini.  »  Publié 
dans  l'Autogfaphe.  —  Non   catalogué   par  M.  Moreau. 

N"  50  :   Gravure  sur  bois,  posthume  (1864) 


^M 


■s^^Q, 


^S^^^^i  Gravure    sur    bois.  —    Intérieur    ovale,    encadré    de 
3?ir^?-^''^^< '  feuilles  de  chêne  et  de  laurier,  avec  banderolles  et  car- 
:.-    ^"^^^louches  :   H.  o"'o65,  L.  o'^ôo.  —  La  planche  entière  : 
H.o"'5oo,  L.  0^280. —  Publié  dansle  Journal  illustré, 
":.:  numéro  du  25  décembre  1864.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  8. 

^-'*  '   .     ^'  '-   '.  Ce  portrait,  qui  occupe  le  milieu  d'une  grande  page,  est  le 

v.^^-^^^^''  -_:;_■"  ,,^V.-^,.,;  \-J_-^„  centre  d'une  composition  décorative  où  se  trouvent  réunies 
-ir"  ~"^  ■>='=^^^^-=- — *-"-^*'—^--  (jj,  certaines  œuvres  de  Delacroix:  Dante  et  Virgile  aux 
enfers.,  la  i\'oce  juive.  Il  fut  publié  à  l'occasion  de  l'Exposition  posthume.  Cette  image  très 
médiocre  ressemble  plus  à  une  caricature  qu'à  une  œuvre  sérieuse.  Elle  est  bien  faite  pour 
justifier    la  crainte  du  maître  à   la  pensée  que  ses  traits  seraient   déshonorés  après  sa  mort. 


N°  5 1   :   Lithographie  posthume  (vers  1864) 


j<^^^,.  Lithographie  ovale.  —  H.  o"'i38,  L.  o'^M  i5.  —  Reproduction  d'une 

-"5te2C^-è\    photographie   de    Pierre    Petit,    par    Gomez;   planche    inédite.  — 
■rz^.'  .  -|^^.^    Qqx.  a.  Moreau,  p.  g. 

'I;?"-^  La  physionomie  de  Delacroix  exprimait  plus  de  finesse  que  de  bonhomie, 

..;flrj^57'  pl^s     de  mobilité   que  de    strén'ité.  Sous   une    courtoisie   apprise,   toute 

if.^,_-;2";    d'éducation  et  de  nécessité  sociale,  il  cachait  mal  une  brusquerie  d'impres- 

""fe-ijj     sion,  une  ardeur  des  sens,  une   véhémence  de  passions,  qui  vivifiaient  la 

^v        flamme  de  son  regard.  Ici,  tout  au  contraire,  la  face  est  lourde,  l'œil  atone, 

'■o^i'ij~>-  le  nez  épais,  c'est  une  tête  vulgaire.  Il  faut  bien  le  dire,  le  visage  du  maître 

tait  peu  à  la  traduction  plastique  et  la  tâche  des  interprètes  était  assez  malaisée.  Delacroix, 

se  jugeait  lui-même  en  artiste,  savait  cela  et  n'y  restait  pas  indifférent. 


LVIII  PORTRAITS    DE    DELACROIX  P.    iS65 


N°  52  :  Gravure  sur  bois,  posthume  (1864) 

Gravure  sur  bois.  —  H.    o'"oSo,   L.  o'^ooo.  —  Publie  par  le  journal 
l'Autographe,  numéro  du  i^''  mars  1864.  —  Cat.  A.  Morcau,  p.  g. 

Cette  gravure  accompagnait  un  article  biographique  qu'illustrait  en  même 
temps  le  fac-similé'  d'un  dessin  provenant  de  la  Vente  posthume  (Hercule  et 
Cacus,  n"  I  1 14'.  Le  mythe  était  bien  choisi  pour  symboliser  l'œuvre  morale 
du  maître.  Lui  ausfi  â  lutté  cont.-e  la  force  aveugle  et  brutaie;  mais  il  n'a 
pu,  comme  l'antique  héros  dont  il  a  glorifié  les  travaux  bieniaisanis,  vaincre 
l'ennemi  sans  cesse  renaissant.  Il  n'a  pu  non  plus  trouver,  après  la  lutte, 
peint  si  noblement   dans  son  Hercule  au  pied  des  colonnes. 

N°  )'}  :   E:m-forte  posthume  (1864) 

Eau-forte. —  H.  o'"i20,   L.  o"oSo. —  Gravé  par  Schutzenberger  pour 

le  frontispice  d'une  brochure  in-douze  d'Amédée  Cantaloube,  intitulée  : 

«   Eugène    Delacroix,   rhonime   et    Fartiste.   Dentu,    18G4.  »  —  Cat. 

"ï  J'iiv^,',  A.  Moreau,  p.  9. 

-,-  ,    :3-;_.;-=i^^  La  brochure  de  M.  Amédée  Cantaloube  fut  publiée  à  l'occasion  de  l'Exposition 

•^/>'X\J'^^^-''  posthume  formée  par  les  soins  de  M.  Martinet,  directeur  administrateur  de  la 

^-"^f-'Sir.-rS^     Société  nationale  des  Beaux-.'\rt5. Ouverte  le  i3  août  1SÔ4,  pour  l'anniversaire 

de  la  mort  du  maître,  cette  Exposition  fut,  nous  l'avons  du.  un  triomphe  décisif. 

N°  ^4  :   Gravure  sur  bois,  posthume  (vers  1865) 

Gravure   sur  bois.  —  H.  o'^ogS,   L.  ù'"075. —  Gravé  par  Maria   Chenu, 
d'après  un  dessin  de  G.  Perrichon.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  lo. 


/T. 


^^ 


gularite  de  ses  traits  et  enviait  le  beau  pr 
il  n'eût  pas  consenti  h  changer  sa  laideur  intelligente  pour  une  beauté  sans  expression. 

N°  55  :  Gnivure  sur  bois,  posthume  (î86)) 

Gravure  sur  bois.  —  In-douze.  —  Publié  dans  ÏAhnanach  des  gloires 
nationales  de  iS65  ;  d'après  un  Dessin  de  Jouffroy.  —  Non  catalogué 
par  NL  Moreau. 

Après  le  Panthéon  des  Illustrations  françaises,  voici  VAlnianacIi  des  gloires 
nationales.  Le  succès  incontesté  de  l'exposition  de  ses  œuvres  vengeait  Eugène 
Delacroix  de  toutes  les  injustices  dont  avait  souffert  son  génie,  et.  mieux  que 
L  io.-.r  où  l'Institut  lui  .ivalî  ouvert  .^es  portes,  i!  cntrr.it  dans  rim:T>or:ahté. 
Mais  ii  était  mort  meurtri,  et  ie  triomphe  arrivait  trop  tard. 


i865 


PORTRAITS    DE   DELACROIX 


LIX 


N"  )6  :   Gravure  sur  bois,  poslhume  (iB6^') 


bm 


M 


porains;  deux 


Gravure  sur  bois.—  H.  o'"i86.  L.  o'^' 147.  — Gravé  par  L.  SL-rif.kolT, 
d'aprésun  dessin  de  Henri  Rousseau,  sur  phoiograpiiie  de  Carjat. 
— Publié  dans  le  Magasin  pittoresque,  numéro  de  décembre  iS55. 
—  Cat.  A.  Morcau,  p.  10. 

Le  portrait,  de  forme  ovale,  est  entouré  d'un  cadre  carré;  les  écoinçons 
renferment,  en  haut,  des  couronnes  de  chêne  et  de  laurier,  et  en  bas, 
tine  palette  et  des  attributs  de  peinture.  Un  article  biographique  l'ac- 
compagne. La  couronne  et  les  palmes,  c'est  le  signe  de  la  "gloire,  la  seule 
récompense  que  le  noble  artiste  avait  demandée  en  vain  "à  ses  contem- 
;  plus  tôt,  elle  aurait  consolé  son  cœur  brisé  et  ravivé  ses  forces  épuisées. 


N"  57  :   Lithogniphie  posthume  (1865) 


-  .  Lithographie.  —  H.   o"2?o,    L.  o'"iqo.  —  Dessiné   sur  pierre  par 

G.  Fuhr,  d'après  une  photographie  de  Pierre  Petit,  et  signé  au  bas  à 

',    gauche. —  Imprimé  par  Lemercier  en   1865-07,  pour  être  inséré  dans 

^-   la  livraison  du  Panthéon  des  Illustrations  françaises  au  dix-neuvième 

l  siècle,  consacrée  à  Delacroix  (Victor  Frond,  directeur). 

;  La  photographie  qui  a  servi  à  cette  lithographie  est  aussi  celle  que  nous 
avons  utilisée  pour  ia  gravure  de  l'un  de  nos  portraits  publiés  hors  texte. 
C'est  l'une  de  celles  qui  reflètent  le  mieux  le  visage  du  maître.  Eugène  Dc- 
'■  V  lacroix  qui,  par  une  clause  de  son  testament,  interdit  la  reproduction  de  ses 
traits  après  sa  mort,  fut  de  son  vivant  très  soucieux  de  laisser  sa  fidèle  image  h  la  postérité. 
11  donnait  volontiers  son  avis  aux  artistes  qui  gravaient  son  portrait;  ainsi,  dans  une  lettre 
à  Théophile  Siivestre,  qui  faisait  exécuter,  pour  VHisioire  des  Ariisles  vivauti,  les  portraits 
décrits  plus  haut,  sous  les  n"^  33  et  34,  se  plaint-il  vivement  que  son  visage  soit  alourdi. 


?^. 


N°  )8  :  Buste  posthume  (1865) 


Marbre.  —  H.  o^Soo.  —  Exécuté  par  Antoine  Etex.  —  Salon  de 
i865.  —  Exposé  de  nouveau  en  1876,  en  plâtre  teinté  du  ton  de 
terre  cuite.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
La  tête  est  de  grandeur  nature;  l'habit  est  celui  de  membre  de  l'Institut. 
Sur  le  bandeau  uni,  form.é  par  la  saillie  de  la  poitrine,  on  lit  :  «  Eugène 
Delacroix  n.  Delacroix  était  très  frileux  et  s'enveloppait  le  cou  d'un  cache- 
nez,  même  à  l'atelier:  le  sculpteur  a  conserve,  malgré  l'habit  d'apparat, 
ce  trait  des  haoitudes  du  grand  artiste.  —  Le  grand  nombre  des  portraits 
du  maître  que  nous  avons  vu  publier,  en  1S64,  témoigne  de  l'immense 
K-i  popularité  qui  accueillit  son  nom,  dés  que  la  mort  eut  rappelé  ses  con- 
tem.porains  au  sentiment  de  la  justice.  Cette  vogue  ne  fut  point  passagère, 
et  les  hommes  de  notre  âge  applaudissent  encore  au  retour  d'opinion  qui  se  produisit,  il  y  a 
vingt  ans,  en  faveur  du  peintre  superbe  dont  l'oeuvre  non  seulement  domine  tout  son  siècle, 
mais  encore  occupe  une  place  d'honneur  parmi  les  oeuvres  de  tous  les  temps. 


N°  59  :  Eau-forte  posthume  (187^) 


LMPELACfïOl 

Eugène  Delacroi 


Eau-tbrte.  —  Cadre  intérieur  ovale  :  H.  o'"io5,  L.  o"'o8  i .  —  Cadre 
grisé  extérieur  carré:  H.  o'"i4!,  L.  C^oog. — Gravé  par  Emile  Boilvin 
d'après  une  photographie  et  publié  ea  tète  de  l'ouvrage  de  M.  A.  Mo- 
reau  :  «   E.  Delacroix  et  son  œuvre,  etc.  »  (1873.) 

On  lit  sur  le  fond,  à  gauche  :  E.  Boilvin;  au  bas  ds  la  marge  grisée: 
<i  Eugène  IDelacroix  "  et  sur  la  marge  extérieure,  à  gauche:  j  Jouaust  éd.  »; 
à  droite  :  «  Imp.  A.  Salmon.  «  —  Le  visage  est  vu  presque  de  face. 
La  photographie  qui  a  servi  d'original  a  cette  eau-forte  est  devenue  rare. 
Elle  est  d'ailleurs  parmi  les  meilleures  de  celles  qui  furent  e.'cécutées  d'après 
dont  elle  rend  bien  la  finesse  et  la  vivacité. 


N°  60  :  Gravure  sur  bois,   posthume  (1873) 


ik  Gravure  sur  bois.  —  Diamètre  :  0^04 1.  —  Dessiné  d'après  la  photogra- 
ÎA  phie  de  Pierre  Petit.  —  Publié  dans  l'ouvrage  de  M.  A.  Moreau  : 
^JE.  Delacroix  et  son  œuvre  {i8y3]. 

'.;V^\-^^    Nous  connaissons  plusieurs  états  de  cette  gravure,  dont  M.  A.  Moreau  a  sur- 
■CbCiîi*'        veillé  tout  spécialement  l'exécution  ;  il  voulait  une  image  digne  du  maître  dont 
il  admirait  si  passionnément  le  génie  et  dont  il  allait  vulgariser  l'œuvre.  Le  résultat,  cette 
fois,  ne  répondit  malheureusement  pas  à  ses  soins. 


N"  61  :  Eau-forte  posthume  (vers  1876) 


Eau-forte, 
d 


o'"o37,  L.  o'"o36.  —  Tiré  seulement  à  quinze  exemplaires,  au  bas 


'une  planche  (troisième  état)  représentant  la  Noce  juive,  gravée  par  Henri  Le 
t  signée  Chaplin  (voir  le  n^  6S7).  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N°  61  ;  Fantaisie  posthume  (1878) 


Dessin  à  la  plume,  ovale.  —  Gravé  sur  zinc  à  la  dimension  de  : 
H.  o"M33,  L.  o'"077,  pour  le  journal  La  Question,  numéro  du 
24  mars  1878.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
On  lit  en  tête  de  cette  page  fantaisiste:  «  Journal  de  la  torture. —  La 
question  artistique.  «  Le  médaillon  de  Eugène  Delacroix,  signé  :  .A..  T. 
(Adrien  Tournachon),  est  accolé  à  celui  de  Ingres.  Ils  sont  relies  par  une 
branche  de  laurier  et  adossés  à  une  colonne  brisée  sur  laquelle  sont  gravés 
les  noms  de  Michel-Ange,  Raph.iél,  Titien,  Léonard,  Rubens.  Le  soleil 
qui  luit  à  gauche,  derrière  un  peuplier  verdoyant ,  projette  encore  ses 
ravons  sur  les  deux  maîtres,  tandis' que  sur  la  droite  des  arbres  dénudés, 
symbole  de  la  mort,  abrii^.-.t  d'3u;ros  médaillons  de  a  Chose  et  Ma- 
chin  artistes  à  tous  crins  ».  —  Allusion  non  équivoque  a  la  triste  situation  de  l'arc  moderne. 


1 883 


PORTRAITS   DE   DELACROIX 


LXI 


N"  6j   :   Lithographie  posthume  (1881) 

Lithographie. — H.  o"';40,  L.  o"'ii<j;  la    tète   seule    mesure   o"Vi65.  —   Interprétée 
d'après  itne  photographie  de  Pierre  Petit,  par  Lessore.  —Tiré  seulement  à  cinquante 
exemplaires.  —  Non  catalogué  par  M.  .Morcau. 
Le  type  est  analogue  à  celui  du  n"  iSji. 

N°  64  :   Lithographie  posthume   (1881) 

Lithographie  ovale.  —  H.  o"'258,  L.  o"'2i-;  la  tète  seule  mesure  o"'ioS.  —  Inter- 
prétée d'après  une  photographie  par  Achille  Sirouy.  —  Salon  de  i8Si. 
Ce  portrait  ressemble  à  la  belle  eau-forte  grave'e  par  Bracquemond  (voir  le  n°  28).  Il  est  d'une 
facture  très  puissante,  mais  les  modelés  des  demi-tons  sont  peut-être  trop  accentués,  et  le 
visage  porte  les  traces  d'une  fatigue  qu'il  n'avait  qu'aux  jours  de  fièvre  morale  et  de  malaise 
physique.  L'œuvre  n'en  est  pas  moins  celle  d'un  artiste  très  consciencieux,  très  habile  et 
très  amoureux  de  son  sujet.  M.  Sirouy  est  l'un  des  interprètes  les  plus  ardents  et  les  plus 
autorisés  de  l'œuvre  de  Delacroix  (voir  les  n"'  198,353,462.1118,  1214). 


N"  6^  :  Statue  posthume  (1883) 


Pierre.  —  Grandeur  nature.  —  Exécutée  par  Ernest  Guilbert,  en  i8S3. 
f ',^-^  Bien  qu'il  fût  né  à  Cliarenion-Saint-Maurice,  Eugène  Delacroix  a  été  accueilli 
'k'-cL  '^^•^^  ^"^  chœur  des  Parisiens  illustres  qui  dressent  leurs  profils  sous  les  niches  du 
v'"'^ '--Xv  nouvel  Hôtel-de-Vil!e.  Sa  statue  est  placée  au  premier  étage  du  pavillon  sud-est, 
\^'  ^<^c"est-a-dire  en  façade  sur  le  quai.  Il  tient  de  la  main  droite  un  pinceau  et  de 
I   (   ■*'■    la  cauche   sa  palette,    ses  brosses  et  un  linge   d'essuie.   A  ses   pieds  sont  divers 

m  " 


[■r.,  ",..(<     urtiis  ic  (,iiu;:ui  ucb  l'diiiiciib  luubiici  qui  dressent  leurs  prot 

■'■)- ■■•X^,  nouvel  Hôtel-de-Vil!e.  Sa  statue  est  placée  au  premier  étage  du  pavillon  sud-est, 
"   '      "  '       "    "■  "  "  i.   Il  tien 

palette,  ses  brosses  et  un  hnge  dessuie.  A  ses  pieds  sont  divers 
attributs  du  peintre,  tels  qu'un  pot  à  couleurs,  des  portefeuilles  de  dessins  ,  etc. 
Comme  toutes  celles  qui  font  partie  de  la  mèm.e  décoration,  cette  statue  a  été  payée 
quatre  mille  francs.  Ce  n'est  pas  la  seule  que  Paris  doit  élever  au  grand  artiste. 
Bientôt,  par  les  soins  d'un  comité,  ardent  h  poursuivre  la  réalisation  de  ses  vœux,  nous 
verrons  s'élever  l'image  du  maître  sur  l'une  des  places  de  la  grande  cité  qu'il  a  contribué  à 
rendre  plus  glorieuse  par  la  puissance  de  son  génie.  Souhaitons  que  le  nouveau  monument 
soit,  par  son  ampleur  décorative,  digne  de  l'artiste  dont  il  devra  perpétuer  la  mémoire. 


m 


N"  66  :   Masque  posthume  (1883) 


.■1''^'%    Plâtre   et  bronze. —  H.  o"'022,   L.  o'"i6.  — Exécuté  par  Zacharie  Astruc. 
l^r^  ~  Salons  de  1882  et  de   i883.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

ij^  ,2^; f  C'est  sur  le  socle  d'une  statue  de  jeune  homme,  appelé  par  son  auteur  :  «  Le 
'^1^^  marchand  de  masques  »  que  se  trouve  cette  effigie  de  Delacroix,  à  côté  de  celles  de 
^■^  Barbey  d'Aurevillv,  Balzac,  de  Banville,  Berlioz,  Carpcaux,  Corot,  Dumas,  Faure, 
Gambetta,  Gouncd,  Hugo. 'M.  Zacharie  Astruc,  qui  a  connu  Delacroix,  a  très  heureusement 
utilisé,  dans  la  remarquable  exécution  de  ce  masque,  les  photographies  qui  nous  restent. 


LXII 


PORTRAITS    DE    DELACROIX 


iS65 


N"  6-j  :  Tombeau  de  Eugène  Delacroix  au  cimetière  de  l'Est 

Pierre  de  Volvic  et  granit. — 
H.  2">ôo,  L.  3"'3o.— M.  Dar- 
cy,  architecte.  —  Gravé  sur 
zinc  (perspective  et  détails) 
par  P.  Lorain,  pour  la  Galette 
des  architectes  et  du  bâtiment, 
iS65,  t.  III,  p.  3o7,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o^'ig,  L. 
o'"25.  —  Gravé  sur  cuivre  (élé- 
vation et  coupe)  par  Soudain, 
pour  V Architecture  funéraire 
de  César  Daly,  première  section 
B,  pi.  III,  dans  les  dimensions 
de  :  H.  o"'325,  L.  o^siS.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Delacroix  avait  dit  en  son  testa- 
ment :  0  Mon  tombeau  sera  au  cimetière  du  Pére-Lachaise,  sur  la  hauteur,  dans  un  endroit 
un  peu  écarté.  II  n'y  sera  placé  ni  emblème,  ni  buste,  ni  statue;  mon  tombeau  sera  copié  tris 
exactement  sur  l'antique,  ou  Vignole,  ou  Palladio,  avuc  des  saillies  très  prononcées,  contrai- 
rement à  tout  ce  qui  se  fait  aujourd'hui  en  architecture.  »  Pour  se  conformer  h  cette  volonté 
précise,  l'exécuteur  testamentaire,  M.  Piron,  de  concert  avec  quelques  amis  du  maître, 
choisit  pour  type  le  sarcophage  de  L.  Cornélius  Scipio  Barbatus,  découvert  en  17S0  sur  la 
voie  Appia.  Est-il  utile  de  rappeler  que  ce  sarcophage  se  compose  d'une  chambre  cubique  sur 
laquelle  vient  s'asseoir,  comme  un  couvercle,  une  table  ou  chevet  d'ordre  dorique,  munie 
d'accotoirs  aux  volutes  saillantes.  L'ornementation,  très  sévère,  ne  comporte  qu'une  rangée 
de  denticules  et  des  métopes  décorées  de  rosaces  entre  les  triglyphes.  M.  Darcy,  architecte 
distingué,  membre  de  la  Commission  des  monuments  historiques,  fut  chargé  d'exécuter  la 
copie  du  modèle  antique,  en  la  conformant  toutefois  aux  exigences  des  lois  modernes  en 
même  temps  qu'à  certaines  conditions  pratiques,  capables  d'en  assurer  la  conservation.  La 
partie  supérieure,  assise  sur  un  soubassement  de  granit,  est  taillée  dans  deux  blocs  délave  de 
■Volvic;  elle  porte  cette  simple  inscription  :  Eugène  Del.acroix;  mais  elle  n'est  point,  à 
l'exemple  du  sarcophage  antique,  creusée  en  forme  de  chambre  mortuaire.  L'hygiène  miO- 
derne  veut  qu'on  enfouisse  les  morts,  et  c'est  à  plus  de  trois  pieds  sous  terre  que  fut 
pratiqué  le  caveau.  Une  plate-forme  d'isolement  fut  établie  sur  la  face  antérieure  au  bord 
du  chemin  et  garnie  d'une  balustrade  de  bronze  d'un  style  très  pur,  que  M.  Darcy  a  su  très 
heureusement  harmoniser  avec  le  caractère  du  sarcophage  latin.  —  M.  Piron  mourut  avant 
l'achèvement  de  cette  tombe,  et  ce  fut  M.  le  baron  Rivet  qui  eut  l'honneur  d'en  présider  la 
consécration.  La  cérémonie  eut  lieu  le  22  mai  iS65,  à  neuf  heures  et  demie  du  matin.  — 
Pour  arriver  jusqu'au  monument,  qu'on  trouvera  dans  la  quarante-neuvième  section,  pre- 
mière division,  on  doit  d'abord  gravir  la  grande  avenue  qui  conduit  à  la  chapelle,  puis 
remonter  l'avenue  Feuillant  jusqu'au  chemm  de  la  Cave,  à  l'extrémité  duquel  est  l'allée  qui 
a  pris  le  nom  du  maître.  C'est  là  que  ses  admirateurs  et  ses  amis  viennent,  à  chaque  anni- 
versaire, saluer,  en  son  Immortalité  naissante,  le  glorieux  artiste  dont  nous  vénérons  la  mé- 
moire.—  A  quelques  pas  du  tombeau,  et  presque  sous  son  ombre,  une  simple  dalle  recouvre 
Ic-s  restes  de  Jenny  Le  GuiUou.  Deux  lettres,  J.  G.,  indiquent  seules  la  place  où  dort  la 
fidèle  servante,  qui,  pendant  vingt-huit  ans,  veilla  sur  la  santé  débile  et  garda  la  demeure 
du  maître. 


";N   des    P0.flTRA!T3 


L'OEUVRE  DE 


EUGÈNE  DELACROIX 


M  DCCC  XIII  —  M  DCCC  LXIII 


EUGENE   DELACROIX 

A   LAISSÉ 

NEUF  MILLE  CENT  QUARANTE   ŒUVRES  ENVIRON 

AU   NOMBRE   DESQUELLES 

SONT 

HUIT  CENT  CINQUANTE  TROIS  PEINTURES 

QUINZE   CENT   VINGT  CINQ  PASTELS 

AQUARELLES  OU   LA\'IS 

SIX  MILLE  SIX   CENT   VINGT   NEUF   DESSINS 

VINGT   QUATRE   GRAVURES 

CENT     NEUF     LITHOGRAPHIES 

ET  PLUS  DE 

SOIXANTE   ALBUMS 


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L'OEUVRE    DE 


EUGÈNE    DELACROIX 


Année 


N°  I  :  Croquis 


Eau-forte.  —  Hauteur  o'^oS,  Largeur  o'"85.  —  Appartient 
à  madame  veuve  Pierret.  —  Héliogravé  pour  le  Catalogue 
A.  Moreau.  —  Catalogue  A.  Moreau,  page  i5. 

Au  centre,  le  portrait  en  buste  du  premier  Consul;  h  droite,  un 
cavalier,  surmonté  du  mot  Buonaparle,  et  un  buste  d'officier;  à 
gauche,  une  tête  d'homme  chauve;  un  singe  en  costume  d'in- 
croyable  avec   cette  légende  :  le  Bossu.  —    Eugène    Delacroix 

exe'cuta,  sur  un  fond  de  casserole,  cette  planche  qui  est  son  premier  essai   de  gravure  à 

l'eau-forte  et  dont  il  n'existe  qu'une  épreuve. 


N°  2  :  Croquis 


ï^ 


Burin.  —  H.  o"i35,  L.  o'"i46.  —  Appar- 
tient à  madame  veuve  Pierret. —  Héliogravé 
pour  le  Catalogue  A.  Moreau.  —  Cat.  A.  Mo- 
reau, p.  i6. 

Sur  cette  planche,  qui  est  un  en-tête  de  lettre 
officielle.  Delacroix  a  gravé  le  portrait  d'un  offi- 
cier, portant  la  cuirasse,  l'écharpe  et  le  bâton  de 
commandement,  un  moine  assistant  un  condamné 
à  ses  derniers  moments,  une  tête  d'homme  aux 
cheveux  bouclés,  peut-éire  un  portrait  de  Murât. 
Auprès  de  la  tigure  formant  le  centre  de  la  plan- 
che sont  écrits  les  mots  Eug.  Delacroix  et  Au- 
rore. Epreuve  unique. 

Nous  attachons  h  ces   croquis  du  début  le  simple  intérêt  de  curiosité  que   présentent  les 
premiers  griffonnages  d'un  homme  appelé  à  devenir  un  si  grand  artiste. 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


l8l6 


Année   i8ï6 


N  "  j  :  Chasse  à  courre 


r3^^    Aquatinte.   —  H.  o-^oo;,  L.  o'"225.  —  Catalogue  A.  Mo- 
"v;- j    reau,  p.  i6. 

Au  milieu  d'une  allée,  à  la  lisière  J'un  bois,  diux  veneurs 
sautent  une  barrière.  Monté  sur  un  cheval  noir  qui  vient  de 
passer  l'obstacle,  le  cavalier  de  droite,  vèta  d'un  habit  clair, 
se  détache  sur  la  masse  sombre  du  feuillage.  Son  compagnon, 
pressé  de  rejoindre  la  meute  qui  galope  au  fond,  dans  la 
3  plaine,  frappe  à  coups  de  cravache  son  cheval  blanc.  M.  Au- 
guste, prix  de  Rome  pour  la  sculpture,  en  iSio,  grand  ami 
de  Géricault,  de  Horace  Vernet  et  de  Eugène  Delacroix,  avait  fait  un  desssin  d'après  lequel 
cette  planche  fut  exécutée.  Les  quatre  marges  de  l'unique  épreuve  de  cette  chasse  portent 
des  essais  d'aquatinte.  Delacroix,  en  eti'et,  fut  longtemps  préoccupé  des  procédés  de  gravure. 


N"  4  :  Troupes  anglaises 


^nciturts  publier. 


Eau-forte.  —  H.  o"-204,  L.  o"-i 65.  —  A  la  Bibliothèque 
nationale,  une  épreuve  coloriée.  —  Héliogravé  pour  le  Cata- 
logue A.  Moreau.  — ■  Cat.  A.  Moreau,  p.  20. 

Un  fantassin  de  l'armée  anglaise  s'avance  au  milieu  d'une  plaine. 
Des  mouchoirs  et  des  bas  achèvent  de  séc'ner,  accrochés  à  côté  de 
souliers  et  d'un  jupon,  au  canon  du  fusil  qu'il  porte  sur  l'épaule 
gauc'ne;  un  pain  est  piqué  à  la  baïonnette.  Sur  le  dos,  au-dessous  du 
sac,  et  sur  la  poitrine,  le  soldat  a  suspendu  de  petits  tonneaux.  De  la 
main  droite,  il_tient  une  petite  fille,  auprès  de  laquelle  marche  une 
femme  chargée  d'un  jeune  enfant  et  d'un  chaudron.  Dans  le  lointain, 
on  aperçoit  un  camp  et  un  fourgon  caché  par  un  pli  de  terrain. 
Souvenir  et  curieuse  satire  de  l'invasion,  innocente  réplique  aux 
même  époque  en  Angleterre  contre  la  France. 


N° 


Les  trois  Nains  littéraires 


.  L. 

io5. 


■142.  —  Eau-forte  par  Pierre  Adam. 


Dessin.  —  H.  o"'2o5 
Cat.  A.    Moreau,    p. 

Un  .■^inçre,  debout,  tjn  pied  sur  le  bord  d'une  tombe  ouverte  derrière 
lui,  l'autre  sur  le  couvercle  de  pierre,  où  se  lit  l'inscription  :  Ci-gît  le 
Naiu  jaune,  serre  entre  ses  brus  une  lonsue  plume,  une  marotte  et  de 

^  -^  ■  1  _• ">-i:r j.  1...- .1, 


y^rB^  nombreux  papiers,  que  deux  autres  singes  s'effurcent  de  lui  arracher  pour 


faite  à  l'occasion  do  l'un  des  nom- 
i'cpoque  de  lu  Restauration. 


jeter  dans  le  sépulcre. 
!:]iL^  Cette  caricature  aura  sans  doute  été 
;;ux  procès  du  A^ri'i!  Jaune,  journal  satirique  célèbre  à 


iSi' 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


N"  6  :  Artistes  dr:im;iLiques  en  voyage 


aux  mœurs  au  jour.  ci;t;e  pièce  a  été  exécutée  pou 


Lithographie.  — H.  o'''266,  L.O'"404. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  6-. 

Quatre  hommes  et  deux  femmes  sont 
montés  dans  une  voiture  que  traînent 
deux  haridelles  conduites  par  un  postil- 
lon casqué  et  cuirassé.  Ils  sont  assis  au 
milieu  des  décors  et  des  accessoires  de 
théâtre  dont  le  chariot  est  chargé.  L'un 
d'eux  apprend  un  rôle;  il  est  irrévé- 
rencieusement assis  sur  les  œuvres  de 
Voltaire,  de  Crébillon  et  de  Racine. 
Trois  ^personnages  chargés  de  palettes, 
de  boîtes  à  couleurs,  d'appuie-main.  de 
pinceaux  et  d'une  échelle  suivent  la  voi- 
ture h  pied.  Souvenir  de  quelque  lecture 
du  Roiuaii  comique  de  Scarron  adapté 
r  le  journal  le  Miroir. 


Année   iSi'y 

N""  j  :  Vésuvienne 

Lithographie (?j  —  Attiche  {:j  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  j'5. 

Nous  conservons  l'attribution  du  Catalogue   Moreau,  malgré  les  doutes  qu'elle  nous  inspire, 

les  Vésuvieiings  étant  un  groupe  de  femmes  socialistes  de  Ta  révolution  de  1848. 

N°  8  :  Les  Voltigeurs  de  Coblentz 

Lithographie.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  j3. 

Le  titre  fourni  par  M.  Piron,  adopté  par  M.  Moreau.  est  VoIi!£;eursdeLouisXIV,qiie 
nous  modifions  pour  éviter  toute  méprise  (Voir  n°  o). 

N°  9  :  Les  Voltigeurs  de  Coblentz 

Lithographie.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  j3. 

Dans  son  livre  :  Eugène  Delacroix;  sa  vie  et  ses  œuvres.  .M.  Piron  dit  :  i-  Je  me  rappelic 
qu'il  avait  fait,  étant  très  jeune,  deux  caricatures  pour  le  journal  le  Nain  jaune,  qui 
traitaient  de  ce  qu'on  appelait,  en  1S14,  les  voltigeurs  de  Louis  XIV.  »  Nous  avons  vai- 
nement cherché  ces  deux  pièces  dans  la  coilection  du  .\aiii  jaune.  Mécontent  de  ces 
planches,  l'artiste  aura  fait  etfacer  la   pierre   après  un  tirage  de  quelques  épreuves. 


L'ŒUVRE     DE     DELACROIX 


1S17 


N°  10  :  UAmbassadeur  de  Perse 


Lithographie.  —   H. 
Cataloî'ue  A.  Moreau 


80,  L.  o'"i90.  —  Héliogravure  pour  le 
Cat.  A.  Moreau,  p.  27. 

Nirza-Aboul-Hassan-Khan  est  debout,  tenant  de  la  main  droite  son 
sabre  un  peu  au-dessous  de  la  garde,  tandis  que  la  main  gauche,  charge'e 
de  bagues,  est  appuyée  sur  la  hanche;  il  regarde  vers  la  droite.  L'am- 
bassadeur est  coiffe  d'un  turban  et  vêtu  d'une  double  robe_  somptueu- 
sement brodée,  qu'un  manteau  recouvre  en  partie.  Des  poignards  sont 
passés  à  sa  ceinture.  Deux  Persans  causent  au  fond. 
On  remarquera,  à  cette  date,  l'attrait  que  les  personnages  et  les 
costumes  de  l'Orient  exercent  déjà  sur  Eugène  Delacroix.  Il  ne  laissse 
jamais  échapper  une  occasion  de  dessiner  une  figure  exotique.  J'ai  ra- 
conté ailleurs  (voir  /'.4;-/  et  les  Artistes  modernes]  le  singulier  concours 
de  dessin  auquel,  bien  plus  tard,  en  présence  de  Sainte-Beuve  et  de  A.  Peteiin,  se  prêta 
Delacroix  dans  un  salon  où  l'on  avait  fait  venir  un  jeune  Chinois  qui  servit  de  modèle. 


K'  Il  :   L'Esclave  favorite  de  l'ambassadeur  de  Perse 


période  s 


Lithographie.  —  H.  o'^25o,  L.  o^iSS.—  Héliogravure  pour  le 
catalogue  A.  Moreau.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  27  et  85. 
La  favorite  est  représentée  debout,  les  pieds  nus  à  côté  de  ses 
I  babouches,  sur  un  riche  tapis  d'Orient.  Elle  est  vue  de  profil,  tournée 
'  vers  la  gauche,  les  bras  chargés  de  bracelets  et  croises  sur  la  poitrine; 
une  sorte  de  couronne  garnie'de  perles  est  posée  sur  la  tète,  les  cheveux 
tombent  sur  les  épaules.  Elle  porte  d'énormes  boucles  d'oreilles  et  un 
long  collier.  Une  grande  écharpe  l'enveloppe  et  couvre  presque  tous 
ses   autres  vêtements. 

Dans   cette   lithographie,  comme  dans  la  précédente,  il  est  intéressant 
de  constater  la  simplicité  de  la  composition,  l'absence  de  mouvement 
qui  témoignent  ici  de  la  naïveté  du  jeune  artiste.  Il  est  alors  visiblement 
ivère  et  laborieuse  de  son  éducation. 


N°  12  :  Némésis 


de  la  Vente  posthume 


êsis  de 
soir? 


Toile.  —  H.  C'-^S,  L.  o'^Zo.    —  N" 

200   fr.  au  comte   Grymala. 

N'est-ce  pas  cette  composition  qui,  plus  tard,  inspira  la  Ne'n: 

thélemy  :  Cri  de  guerre,  datée  du  4  août  iS'3i,  5  heures  du 
Némésis,  laisse  là  ces  ministres  pyg.-nées. 
Prends  ton  sublime  vol,  plane  sur  nos  armées. 


Mêle  ta  voix  de  fer  à  l'ouragan  qui  tonne, 

Et  puis,  comme  autrefois .     , 

Crie  avec  les  Gaulois  :  <■  .\natheme  aux  Germains:  .. 


Cet:e    belle 
deur  du  îJcs 


iposition    porte   déjà    Tei-nrireinte  apparente  du  génie  de  Delacroix 
ipétuosité  du  raouve.aient. 


iSiS  L'ŒLn'RE     DE    DELACROIX 


■) 


Elisabeth 


Toile.  —  H.  o''5o,  L.  o"'40.  —  Non  signé  ni  daté.  —  Appanc-nait  à  madame 
veuve  Leblond.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  227. 

De  face,  elle  soutient  sa  tète  avec  la  main  droite.  Les  cheveux  avancent  sur  le  front  en 
grosses  coques.  La  tête  et  la  poitrine  sont  achevées,  la  main  et  les  vêtements  sont  légèrement 
indiquc's.  —  Buste  grandeur  nature. 

N"  14  :  Rose 

Toile.  —  H.  o'"58,  L.  o'"43.  —  Non  signé  ni  daté.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  228. 
Le  modèle  semble  dormir,  la  tête  appuyée  sur  un  oreiller.  Buste,  grandc-ur  nature. 
Est-ce  d'Elisabeth  ou  de  Rose  que  Delacroix  faisait,  en  cette  même  année  iSjj,  le  portrait  h 
la  plume  que  voici  :  n  Les  jolis  yeux!  Limpides  comme  de  belles  perles,  et  fins  et  doux 
comme  un  velours.  Pardon  de  l'image,  qui  n'est  qu'une  bêiise.  Le  nez  est  assez  original,  la 
narine  est  retroussée  fièrement  et  s'enfle  de  temps  en  temps  à  Tunisson  des  prunelles 
qui  se  dilatent  et  se  remuent.  La  bouche  est  d'une  élégance  charmante.  Mais  le  triomphe  de 
cette  tête,  c'est  dans  son  contour.  La  joue,  le  petit  double  menton,  la  manière  dont  tout  cela 
se  porte  sur  le  col  vaut  des  autels.  Oh!  la  singulière  petite  femme!  »  A  M.  Pierrci.  du  11 
décembre  1817  [Lettres  de  Eug.  Delacroix  publiées  par  M.  Ph.  Burty). 


N°  1 5  :  Académie 


Toile.  —  H.   o'''43,  L.  o"'32.  — Vente   post'nume,  n>  200.  —  Acheté  235  fr.  par  feu 
Eelly  et  200  fr.  par  M.  Brame  à  la  vente  Belly. 

M.  René-Paul  Huet  conserve  également  une  autre  académie  fort  belle  achetée  à  la  Vente 
posthume  par  son  père,  Tillustre  paysagiste  romantique,  qui  fut  un  des  amis  du  maître. 


Année   1818 

N"  16  :  Jésus  amené  devant  Caïplie 

[     -:  \  ^     - 1    Toile. —  H.  o"'20,    L-  o'"34. —  Concours  d'esquisse   à  TEcoIe  des 

iviyi^iJrfîîè.    Beaux-Arts. 
y^^M^2:^     E"    prcseiice    du    premier    sujet     religieux    traite   par    Eugène^  Delacroix, 
.<!rt~r5gsg?-a     qyg  l'Ancien   et  le   Nouveau  Testament  devaient  si  souvent  inspirer  et  d'une 
façon  si  puissante,  nous  n'hésitons  pas  k  reconnaître  que  cette  peinture  est 
d'une  grande  faiblesse.  C'est  tout  à  fait  une  œuvre  d'élève.  La  composition,  en  largeur,  met 
en   scène  quinze    figures.  On  y  retrouve    pourtant   la  trace  des  procédés  de  Eugène  Dela- 
croix, qui  y   sont  reconnaissables  dans  toutes  les  parties. 


LŒUVRE     DE    DELACROIX 


l8l8 


■N°  17  :  Le  Cri  public  après  le  souftlet 


Lithographie.  —  H.  o'"2i7,  L.  o"'29.  —  Non  signée. 

Nous  avons  vauiement  fouillé  la  collection  des  journaux 
satiriques  de  la  Restauration  pour  y  trouver  trace  de  l'épisode 
auquel  se  rapporte  la  caricature  de  Eugène  Delacroix.  Nous  sup- 
posons que  le  jeune  artiste  aura,  dans  le  goût  du  temps,  fait  allu- 
sion à  quelque  aventure  dont  M.  de  Saint-Cricq  fut  le  héros 
malheureux.  Ce  n'est  pas  le  moindre  tort  de  l'allégorie  en  général 
et  de  l'allégorie  politique  en  particulier  que  d'être  absolument  in- 
déchiffrable aussitôt  que  les  menus  faits  qui  l'inspirent  sont  ou- 
bliés, et  l'on  sait  combien  l'oubli  de  cette  sorte  d'événements  est 
rapide.  Ici,  l'on  reconnaît  le  comte  d'Artois  agenouillé  et  s'effor- 
çant,  il  l'aide  d'un  cric,  d'empêcher  un  personnage  de  la  cour 
d'être  écrasé  par  un  énorme  soufHetsur  lequel  le  Tempset  une  fi'- 
gure  symbolique  dont  le  sens  m'échappe  pèsent  de  tout  leur  effort. 
La  scène  se  passe  à  la  porte  d'une  prison  d'où  sort  un  personnage 
difficile  il  dctinir,  bourgeois  du  temps  ou  laquais,  portant  une  lettre  ou  un  journal  à  la  main. 
—  Cette  pièce  douteuse  n'est  pas  mentionnée  dans  le  Catalogue  A.  Moreau  et  nous  n'en 
avons  jamais  vu  qu'une  épreuve  achetée,  en   1S76,  au  marchand  Dauvin,  par  M.  JNIoignon. 


N"   18  ;    Petite  fille  nue 


___^,^,_^^___--._.,-^  Toile. —  H.  o'"64,  L.o'"8o.  — 'Vente  Constant  Dmilieux,  1874, 
^Çîrr^Tr"^?..^^ ;>:**:;  n"  2  du  catalogue  :  2,000  fr.  —  Lithographie  par  Alfred  Robaut 
È^J  _   -~:     ",  ~  '".:-.t    dans  les  dimensions  de  o'"o88  sur  o'"i  I S. 

Sv"./  .  ■  --  ^<>ï$  Quand  Delacroix  peignit  cette  figure  d'étude,  il  était  encore  dans 
'^'  '  _i^  ~_^,'.-r^'1^:^  l'atelier  de  Guérin,  le  peintre  du  Marcits  Se.vtiis.  C'est  dans  cet  alelier 
^.~ ^Z^-^l^_:-^^^  qu'il  rencontra  Géricault  et  se  Ha  d'amitié  avec  lui;  quoique  celui-ci 
^~' :-- ^nçT^^^c-;^^^  eût  déjà  exposé  VOfficier  de  Chasseurs  et  le  Cuirassier  blessé 
quatre   ans  auparavant,  il  revenait  encore  chez  Guérin  de  temps   en 

temps  pour   peindre  d'après  le  modèle  vivant.  On  y  remarque  déjà  le  procédé  du  modelé 

par  hachures,  qui  est  devenu  comme  la  signature  du  maître. 


N° 


Dames  romaines 


Tûile.    —    H.  o^-^'iz  ,  L.  o"'40.    —   Concours    d'esquisse  à 
FÉcoIe  des  Beaux-Arts.  — -  Appartient  à  U.  Chenavard. 
«  Dames  romaines  se  dépouillant  de  leurs   bijoux  en  faveur  de  la 
patrie. 


nation  complète  du   motif  traité  par  les 


comoense  en  ces  con- 


cours de  l'Ecole  des  Bcau\-.-\rts,  auxquels,  pourtant,  il  ne  renonça  qu'en  1S21 


i8i9 


UŒUVRE     DE     DELACROIX 


IN     20 


Ponrait  de  Eugène  Delacroix 


Dessin.    —   H.   0^167,   L.  o"'io8. 
de   roriginal,  par  M.  Frédéric  Villot. 


Gravé  dans  les  dinicnsions 
Cat.  A.  Moreau,  p.  5. 
Ce  portrait,  où  le  jeune  artiste  s'est  représenté  en  buste  et  de  face, 
vivenient  cdniré  à  gauche  et  le  côté  droit  du  visage  perdu  dans  rombre.' 
a  été  exécuté  à  l'estompe,  sous  la  lumière  d'une  lampe. 
La  planche  de  .M.  Villot,  achetée  à  la  vente  de  cet  amateur  par  l'édi- 
teur A.  Quantin,  a  été  tirée  en  bistre  et  les  épreuves  placées  en  tête  de 
la  première  édition  in-8''  des  Lettres  de  Eugène  Delacroi.w  réunies  par 
M.  Philippe  Barty.  Il  a  été  fait  pour  cette  édition  un  tirage  de  cinquante 
épreuves  avant  la  lettre.  Les  épreuves  r.ncienncs  sont  presque  toutes  frap- 
sec  du  monocramme  de  M.  Frédéric  \'illot. 


N""  2 1  :   Portrait  d'un  officier  turc 

Dessin  à  la  sépia.  —  Gravé  à  la  manière  noire,  vers  1846,  par 
M.  Frédéric  Villot,  dans  les  dimensions  de  o^'ogo  sur  o"'o75.  — 
Cat.  A.   Moreau,  p.  99. 

Le  personnage  en  buste,  presque  de  face,  est  vêtu  d'une  robe  à  larges 
plis  et  coiffé  d'un  vaste  turban.  —  Sur  la  planche  gravée  par  M.  Villot, 
Louis  Marvy  a  gravé  un  paysage.  Vendu  après  la  mort  de  M.  Villot,  le 
cuivre  dont  il  n'avait  tiré  que  six  épreuves,  a  été  acheté  par  le  marchand 
'.^'/;-î*^  d'estampes  Mriheu,  qui  en  a  fait  tirer  de  nouvelles  épreuves. 
•  ■>  /  -i'f  .'■I'  ^^'  Frédéric  Villot.  dont  le  nom  commence  h  figurer  dans  ce  livre  et  v 
^'^  — '^T'""-'^''  reparaîtra  souvent,  fut  un  ami  de  l'intimité  de  Eugène  Delacroix.  Amateur 
éminent,  M.  Villot  s'essavait,  non  sans  talent,  à  tous  les  procédés  de  peinture  et  de  gravure. 
Il  a  de  la  sorte  reproduit  soit  h  l'aquarelle,  soit  à  l'cau-forte  et  à  la  manière  noire,  certaines 
œuvres  de  son  ami.  Il  a  même  ciselé  dans  l'or  une  bague  dont  Eu^.  Delacroix  avait  composé 
le  dessin  pour  madame  \'iilot  et  précieusement  conservée  par  son  iils. 


Année   1819 

N°  22  :  Jésus  devant  Pilate 


^^^s'  =irif  I  Toile.    —     H.     o'"240 ,    L.    o"'355 

W^^ii  f'  ^^,~  .-^^ — \  M.  Alfred  Robaut.  —  Sisné  au  bas  et 

tts^î^ii^^^  J^-^.:  Jl  ,,  ,    -  ,  ■■.■"■..■ 


—      Appartient 
lauche. 


Malgré  la  symétrie  très  intentionnelle  de  la  composition,  on 
trouve  encore  dans  cette  esquisse  la  grande  curiosité  du  mou- 
vement déjà  si  remarquable  dans  la  i\enicsis.  Quarante  ans  plus 
tard,  Delacroix  recommandait  avec  instance  la  recherche  du 
mouvement  à  un  jeune  peintre,  M.  Alphonse  de  Neuville.  iMais 
ce  qui  est  surtout  remarquable  dans  cette  superbe  esquisse,  c'est 
la  grandeur  et  la  noblesse  de  l'expression  dans  une  extrême  variété  dattitudes  écrites  avec 
une  rare  finesse  jusque  dans  les  parties  d'ombre,  dans  le  goût  de  l'école  auquel  le  jeune 
artiste  se  croyait  encore  tenu  de  sacrifier. 


«i?«S« 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


KS19 


N° 


3 


Scène  d'intérieur 


Aquatinte.  —  H.  0^189  ,  L.  o"i3i.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  17. 

Nous  ne  trouvons  de  trace  de  cette  pièce  que  dans  le  livre  de  M.  Moreau,  qui  la  décrit 
ainsi  ;  n  Une  femme,  les  épaules  couvertes  d'une  mante,  se  tient  debout  devant  une  autre 
femme;  celle-ci,  assise,  a  sur  ses  genoux  un  petit  enfant  demi-nu  qui  se  détourne  en  riant.  ■> 

N°  24  :  L'Enfant  Jésus,  d'après  Raphaël 

Toile.  — ■  H.  o'"-'6o,  L.  o'^So.  —  N"  i5-  de  la  Vente  posthume.  —Cat.  A.  Moreau, 
p.  319. 

Adjugé  au  prix  de  5, 000  francs  à  M.  Sourigues.  —  N"  23  de  la  vente  de  cet  amateur 
en  18S1,  où  cette  adniira'ole  copie  fut  achetée  5,700  francs  par  M.  Haro. 


N°  25 


La  Vierge  des  Moissons 


et  les  fonds,  cepenJa 


Toile.  —  H.  i™25  ,  L.  o"'74.  —  Appartient  à  Téglise 
d'Orcemont,  arrondissement  de  Rambouillet  (Seine-et-Oise  ). 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  219. 

Ce  tableau,  exécuté  dans  le  courant  de  l'été  iSig,  sur  la  demande 
d'un  ami,  a  été  donné  par  l'artiste  à  l'humble  église  de  cette  com- 
mune. Il  y  est  placé  dans  la  nef,  à  gauche,  au-dessus  du  petit  autel 
de  la  Vierge  et  dissimulé  par  une  statue  en  bois  peint,  flanquée  de 
deux  grands  cierges.  Si  l'on  n'était  pas  prévenu  qu'on  va  voir  une 
peinture  de  Delacroix,  qui  a  signé  cette  toile  en  bas,  à  droite  sur 
trois  lignes  : 

EUG.   —  DE    L.V   CROIX  ' 

A>JN.      —        1S19 

.•ET.    —   2  1    — 

on  passerait  volontiers  devant  sans  s'arrêter.En  effet  le  jeune  artiste, 
:j1    alors  âgé  de  vingt  et  un  ans,  n'a  pas  osé  s'affranchir  de  la  tradition. 

Il  apréîéré  Interpréterune  composition  de  Raphaël. —  Les  accessoires 
int,  accusent  bien  la  manière  de  Eugène  Delacroix. 


N°  26  ;   Même  sujet 


Toile.  —  H.  o"'4i,  L.  o"'37.  —  Esquisse  du  tableau  précédent. 

Cette  esquisse  n'a  pas  été  raoJiliée  dans  l'exécution  déiinitive  de  la  grande  composition. 


N°  27  :    Même  sujet 


Papier.  --  H.  o"'3:j  ,  L.  o'-' iz.  —  Variante  légcrc  —  .Appartient  ù  NL  Choquet. 
Il  existe  aussi  une  aquarelle  de  o'-'i^  ^\xv  C'iS  et  possédée  par  le  ménic  amateur. 


iSi9  LŒUVRE    DE    DELACROIX 


N'^  28  :   Même  sujet 

Papier.  —    H.  o--'oS6  ,   L.  o"'o58.   —  Vente    posthuine.  —  Ap- 
panient  à  M.    Robaut. 

Toutes  ces  compositions  ont   e'té    visiblement  exécutées  sous   la   préoc- 
cupation des  Vierges  de  Raphaël.  Et  c'est  à   cette   intention  qu'il  fît  la 
copie  [x.  n"  241  de  l'Enfant  Jésus  de  la  Belle  Jardinière.  On  raconte 
,-  ^.  j^Zl  '    ^  '^^  propos  une  anecdote  qui  mente  d'erre   rapportée.  Cette  copie  resta 

S-rî7.i^-^''' '  :  pendant  quelques  semaines  dans  l'atelier  de  M.  Haro,  chargé  de  la 
restaurer.  M.  Ingres,  familier  de  la  maison,  Vy  vit  et  fut  frappé  de  sa 
beauté.  11  se  montrait  intrigué  d'en  connaître  l'auteur.  Comme  on  savait 
__^  _  _ -,  ^  ^  quelle  était  sou  horreur  pour  le  talent  de  Delacroix,  on  le  laissa  chercher 
i^^^^^^^^^c"  d'abord,  et,  sur  son  insistance,  enfin  on  le  lui  nomma:  «  Le  misérable! 
^  '  ~^    s'écrie-t-il.  Et  il  fait  sa  peinture!  »  Les  anecdotes  de  ce  genre  sont  nom- 

breuses da.-;s  la  vie  des  deux  peintres  dont  l'anîagouisme  est  resté  célèbre. 
La  mort  de  ^L  .Alfred  Bruyas,  le  généreux  amateur  qui  légua  sa  magnifique  collection  au 
musée  de  Montpellier,  a  privé  le  public  du  très  important  catalogue  de  cette  galerie,  qtj'il 
avait  rédigé  avec  la  collaboration  de  Théophile  Silvestre,  mort,  lui  aussi.  —  Le  premier 
volume  si  intéressant  de  ce  catalogue  a  été  imprimé,  mais  n'est  pas  dans  le  commerce.  Nous 
en  détachons  un  extrait  des  agendas  de  Eugène  Delacroix  sur  Raphaël  :  «  Rapkaél  —  Admi- 
rable balancement  de  lignes.  Sans  doute  c''est  à  cela  qu'il  doit  sa  plus  grande  beauté.  Har- 
diesses, incorrections  que  lui  fuit  faire  le  besoin  d'obéir  h.  son  style  et  à  l'habitude  de  sa 
main...  Le  Jugement  de  Paris  de  Raphaël,  dans  une  épreuve  affreuse.ment  usée,  m'apparaît 
sous  un  jour  nouveau  depuis  que  j'ai  admiré  son  admirable  entente  des  lignes...  » 

N"  29  :   Étude  d'enfant 

Dessin  aux  deux  crayons.  —  H.  o'^'43,  L.  o"'2j.  —  Provient  de 
la  vente  posthume  et  appartient  à  ^L  Alfred  Robaut. 
Tout  en  reconnaissant,  comme  nous  l'avons  fait  plus  haut  (v.  n°  28), 
que  Eugène  Delacroix  a  composé  la  Vierge  des  moissons  sous  l'empire  de 
Raphaël,  nous  devons  dire  aussi  cependant  qu'il  fit,  en  vue  de  ce  tableau, 
des  études  nombreuses  et  très  sévères  d'après  le  niodcle  vixant.  —  Le 
dessin  aux  deux  crayons  que  nous  reproduisons  ici,  est  une  étude  de 
l'Enfcnt  Jésus  qui  figure  dans  la  composition.  Le  jeune  artiste  avait  fait 
poser  une  petite  fille"  n'avant  pas,  sans  doute,  de  jeune  garçon  à  sa  dispo- 
sition. Très  beau  dessin,  d'ailleurs,  d'une  exquise  élégance  d'attitude  et  de 
geste,  et  très  achevé,  malgré  la  grande  simplicité  du  moyen. 

N"  30  :  Cheval  au  pâturage 

'  Toile.  —  H.  C"! 5,  L.  o'"2i. 

La  première  étude  de  cheval  peinte  par  Delacroix  d'après  nature. 
Déjà  le  tvpe  élégant  et  fin  de  l'animal  appartient  à  la  race  de  prédi- 
lection de  l'artiste.  Il  a  fait  aussi  sans  doute  quelques  études  de  chevaux 
de  travail;  M.  René-Paul  Huet  en  possède  une  fort  belle.  Mais  il  n'y 
apportait  point  la  même  curiosité  constante  que  Géricault,   dont  l'in- 


fluence pourtant  est  très  sensible  en  cette  sorte  d'œuvres. 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1S20 


Année   1820 


N°3i-:  La  Consultation 


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Lithographie.  —  H.  o^'rgo.  L.  o"'247.  —  Ventes 
Parguez,  22  avril  i36i  :  35  fr.; —  Demolombe,  2  février 
i863:  i5  fr. —  Vente  posthume  Delacroix,  février  1864: 
7  fr.  (cinq  épreuves';  Langlois,  juin  1868:  i  fr.  jS;  Villot, 
décembre  1875  :  i5  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  68. 

.Auprès  d'un  agonisant  couché  dans  un  grand  lit  à  rideaux, 
quatre  médecins,  réunis  en  consultation,  sont  assis  en  cercle 
et  dans  les  attitudes  les  plus  grotesques,  au  milieu  de  la 
chambre.  Ils  discutent  avec  énergie.  L'un  d'eux  surtout,  placé 
de  profil,  a  droite,  et  dont  les  cheveux  se  hérissent,  fait  de  grands  gestes  pour  convaincre  un 
de  ses  confrères,  assis  en  face  de  lui,  le  chapeau  sur  la  tête  et  la  canne  entre  les  jambes. 
Derrière  ce  dernier,  la  Mort  accroupie,  symbolisée  par  un  squelette,  aiguise  sa  faux  sous  les 
yeux  du  malade.  —  Cette  satire,  ni  signée  ni  datée,  lithographiée  chez  Motte,  parut  en 
mars  1S20,  dans  le  journal  le  Miroir.  Il  existe  de  cette  pièce  des  épreuves  en  couleur  dont 
le  coloris  a  certainement  été  indiqué  par  le  maître  lui-même. 


Année   1021 


N°  32  :  Portrait  de  L.-P.  Louvel 

Lithographie.  —  H.  0^170,  L.  o''i4o.  —  Ala  Bibliothèque 
nationale. 

Louis-Pierre  Louvel,  e.mployé  à  la  sellerie  du  roi,  né  à  Paris 
en  17S3,  assassina  le  i3  février  1820,  à  la  sortie  de  l'Opéra,  le 
duc  de  Berry,  hls  du  comte  d'Artois  depuis  Charles  X.  Condamné 
I  à  mort  par  la  Cour  des  pairs,  Louvel  fut  exécuté  le  7  juin. 
'  En  quelles  circonstances  Delacroix,  un  an  après  l'attentat,  fut-il 
conduit  à  faire  ce  portrait?  Sans  doute  il  c^da  à  quelque  obsession 
de  sa  pensée.  Ce  regard  de  fanatique  tenta  la  prodigieuse  activité 
d'esprit  de  l'artiste  qui  fut  l'un  des  plus  grands  travailleurs  de  ce 
siècle.  Le  travail  était  chez  lui  autre  chose  que  cette  pénible  corvée 
don:  Gros,  par  exemple,  un  grand  artiste  pourtant,  calculait  la  du- 
rée montre  en  main.  Delacroix  travaillait  avec  passion  et  sans  trêve  autre  que  celle  de  la 
maladie,  de  la  fièvre.  Le  travail  était  la  vie  même  de  cette  organisation  ardente  à  toute 
jouissance,  parce  qu'il  était  pour  elle  l'occasion  de  jouissances  perpétuelles. 
Peut-être  aussi  ce  portrait  lui  fut-il  demandé  par  quelque  éditeur.  Quoi  qu'en  dise  Delacroix 
dans  une  lettre  à  M.  Pierret  ;du  3o  août  iS2-i\  il  n'était  rien  moins  qu'entendu  en  affaires,  et 
les  ed'.teurs  le  savaient  bien,  qui  oubliaient'de  le  rémunérer  et  parfois  même  signaient  ses 
planches  d'un  autre  nom  que  le  sien. 


lS2I 


UŒUYRE    DE    DELACROIX 


l3 


N- 


T) 


Pierres  gravées  et  médailles  antiques 


^     .\  VI  -1,     Feuille  de  croquis  à  la  plume.  ■ —  H.  o"'25o,  L.  o'"3i5.  —  Reproduit 
^.'^  %ji  "^'r    mais  iuédit  eu  _/iic-5/);z;7e   de  même  dimension    par  A.   Robaut  dans 
"    "."^L     sa  publication  de  Dessins  et  C7-oqins  originaux,  i865. —  Provient  de 
^Vf^N^--       -''^"  des  albums  du  maître  et  appartient  à  M.    Philippe  Buriy. 
(^y-^^'C^^^.   Jusqu'aux  miettes  même  tombées  de  la  table  de  Eugène  Delacroix,  tout  ce 
•<^'    J  =S'-4ii    que  sn  main  a  touché  est  digne  d'être  recueilli  et  mérite  d'être  étudié.  Nulle 
,     ^ï»  Q>.  *    part  le  procédé  de  synthèse  particulier  à  ce  puissant  dessinateur  n'est  aussi 
r    ei-        saisissant    que  dans  ces    feuilles  de  croquis  d"après  l'antique.  Non  seule- 
ment   il   détermine   d'un  accent  rapide  et  ferme  tout  le  caractère  d'une  tête;  mais  on   ne 
saurait  trop  admirer  l'admirable  décision  de  cette  plume  qui,  d'un  seul  trait,  fixe  toute  l'ana- 
'tomie  d'un  mouvement,  comm.e  dans  la  première  tête  à  gaucho  de  la  troisième  rangée. 


N"  34  :   Moine  en  prière 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"Mo6,  L.  o''"igo.  — 
"Vente  Villot,  1 1  février  i865:  55  fr.  —  Gravé  à  Teau-forte  par 
F.  Villot  en  1843.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  96,  297. 

Etendu  à  l'intérieur  d'une  grotte,  les  mains  jointes  dans  un 
mouvement  d'extase,  l'anachorète  baise  un  crucifix  posé  sur  le  sol,  à 
quelque  distance  d'une  tête  de  mort.  Pour  s'isoler  dans  la  prière,  il 


a  tourné  le  dos  à  la  lumière  et  rabattu  son  capuchon  sur  ses  yeux. 


N°  -^y.  Vierge  du  Sacré-Cœur 


Toile.  — •  H.  i™3o,  L.  i^jo  —  Au  couvent  des  Dames  du  Sacre- 
Cœur  à  Nantes  (?)  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  220. 

L'œuvre  ne  porte  pas  de  signature.  Elle  avait  été  commandée  par  le 
comte  de  Forbin  à  Géricault  qui,  malade,  en  abandonna  l'exécution  à  son 
ami.  L'Etat  paya  cette  toile  i,3oo  francs. 


J^  ■■^'■»!_?,; VS<^  Nous  avons  eu  quelque  peine  à  obtenir  des  renseignements  précis  sur  le 
^fi^  ~i!  4?^  lieu  où  se  trouve  actuellement  ce  tableau.  Aucune  des  Dam.es  du  Sacré- 
'îyT^'-.     :    ' 'iirj    Cœur  ne  le  connaissait,  n'avait  souvenir  de  l'avoir  vu.   Il  n'était  non  plus 


''/<SS';  '-Sir-i    Cœur  ne  le  connaissait,  n'avait  souvenir  de  l'avoir  vu.   Il  n'était  non  pk 

/iÏT'"  ^■^i;^»J  dans  aucune  autre  église  de  Nantes.  D'une  nouvelle  enquête,  il  résulterait  que 
'['^^»V  ;j^p \j5^  l'œuvre  est  restée  dans  une  ancienne  chapelle  dépendantj  ii  est  vrai,  du  cou- 
.>-fT?-.'  -.- i^i^^  vent  du  Sacré-Cœur,  mais  depuis  longtemps  abandonnée.  N'y  aurait-il  pas 
lieu  de  la  dei)lacer  et  de  lui  donner  asile  dans  la  chapelle  cctueile  du  couvent  f  Pour  ne  rien 
déguiser  de  la  vérité  sur  ce  point,  jedois  dire  que  les  recherches  faites  à  notre  sollicitation  par 
divers  habitants  de  Nantes  n'ont  abouti  qu'à  des  o«- i;/.  et  que  personne  n'a  pu  voir  le  tableau. 


N''  36 


Vierge  du  Sacré-Cœur 


Toile.  —  H.    o'"4i,    L.    o"27.  —  N"   1 33    de  la   'Vente   posthume   :    420  francs  à 

M.  Isamberi.  —  Racheté  depuis  par  M.  Haro.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3 18. 

C'est  d'après  cette  tcile  que  nous  reproduisons  le  tableau  de  Nantes.  ('V.  la  gravure  du  n°  35.) 


N°  }7'  :   Deux  Anges 


Toile.   —  H. 
Verdier. 


L.   o™24.  —  Appartient  à  M.  le  Docteur 


Etude  pour  le  groupe  d'angci  placé  à  la  gauche  de  !a  tîgure  prin- 
cipale dans  la  Vierge  du  Sacré-Cœur  de  Nantes  (v.  n^  35). 
Le  21  fe'vrier,  Delacroix  écrit  à  son  ami,  M.  Soulier  :  «  Je  travaille 
à  mon  tableau  depuis  le  commencement  du  mois  de  janvier.  Il  com- 
mence à  se  débrouiller,  mais  rinspiration  me  manque.  Point  de  flam- 
beau qui,  du  premier  coup,  ait  jeté  une  vive  lumière  sur  la  route  que 
j'ai  à  suivre.  Je  fais,  je  détais,  je  recommence  et  tout  cela  n'est  point  ce  que  je  cherche 
encore.  Il  faut  dire  que  la  fièvre,  qui  m'avait  quitté,  m'a  repris  et  m"a  laisse  beaucoup 
moins  de  temps  pour  le  travail.  » 


N°   ^,8 


Vierge  Consolatrice  des  Affligés 


_    ■  _       ,    ,  Croquis    lavis    d'une    première    composition    avec    variantes   du 

'f/t^.:^'^^^  ^     tableau  de  Nantes   (voir  n'^  35  et  3ô\  — Appartient  à  M.  Choquct. 
c  i'7^'.-:'>.,  :~~l    Cette  composition  n'est  point  l'esquisse   du  tableau  de  Nantes,  mais  la 
7     ,  .  '>'~;-><"    première  pensée,  très  modifiée  depuis,  de  ce  tableau.   Les  variantes,   en 
;      \'  ;,  '--5'     effet,  sont  considérables.  La  Vierge,  ici,  n'est  plus  assise  sur  des  nuages,_ 
-i-'j    elley  apparaît  à  mi-corps,  le  buste  penché  en  avant.  L'artiste  a  modifié 
,  "'*'     dans  un  sens  tout  opposé   le  groupe  des    figures   du  premier  plan  qui, 
.'•\i".  .  dans  le  premier  pro|et,  sont  entières,  et  réduites  au  buste  dans  la  çom- 
-  '">y^.,  position  définitive.  Celle-ci  a  gagné  ii  cette  double  inversion  un  équilibre 
.__  c'.xi^M' J'^fis  les  rapports   de  proportion  qui   faisait  évidemment  défaut  à  l'en- 
,,>-■--'"" -^-iTy^J^    semble  que  nous   reproduisons.  Nous  rétablissons  aussi  le  titre  exact  du 
■"^'  -- '  -^■^■-^--  -     sujet,  qui  n'est  pointc.Notre-Dame-des-Sept-Douleurs  »,  dont  les  attributs 
devraient  être  un  cceur  percé  de  sept  glaives.  Tout  ici,  dans  l'attitude  de  la  \'ierge  comme 
dans  celle  des  figures  suppliantes  ou  désolées,  indique  clairement  la  trente-cinquième  invo- 
cation des  Litanies  de  la  Vie-ge  :  Consol.iiri.va/fHctorum. 


N"  J9  :   Croquis  d'après  des  maîtres  italiens 

Croquis  à  la  plume.  —  H.o'"365,  L.  o™23o.  —  Autographié  en  fac- 
similé  de  même  dimension. 

Delacroix  travaillait  sans  relâche,  avec  une  égale  et  constante  _passion. 
Depuis  ks  créations  de  l'art  antique,  depuis  les  œuvres  des  maîtres  des 
grandes  écoles  jusqu'aux  moindres  accidents  de  la  vie  et  du  mouvement 
dans  l'homme  et  dans  la  nature,  toute  forme  vue  était  aussitôt  pour  lui ^  une 

trfig^c^    forme  dessinée.  Croquis  ou  pensées,  au  crayon   ou  à  la  plume,  sans  relâche, 
f/'^fj   m   il  traçait  sur  des  albums,  sur  des  feuilles  volantes  ou  sur  des  papiers  h  dessin, 
^f     (^    des  notes  de  toute  sorte.  Un  rapprochement,  une  remarque,_  une  réflexion, 
'  ^'    une  forme,  un  mouvement  traversait  son  esprit,  et  aussitôt  il  griffonnait  à 

la  hâte,  sur  le  premier  papier  venu  sous  sa  main  quelques  mots  ou  quelques  traits  rapides  et 
vifs  que  souvent   il    n'aura  plus  revus. 
On  remarquera  que  la  feuille  reproduite  ici  e;t  chai-gée  de  croquis  en  sens  inverse. 


L'ŒUVRE   DE  DELACROIX 


ib 


N"'  40  :   Porrr;nt  de  Eufrcne  Dei;icroix 


fll'ii':''  •i---'-^A:'.", '■'  '!    Toile. —   H.    o"'_[o,    L.    o'"3i.  — Non  signé  ni  daté. — Vente 
il    .       ,-■  i     Carrier,  5  mai  1875  :  5o  fr.  —  Appartient  à  M.  A.    Robaut. 

En  ce  porirnit.  qui  est  le  plus  ancien  des  portraits  peints  de  Eugène 
Delacroix,  l'artiste  s'est  représenté  en  pied,  vêtu  d'un  élégant  costume 
dans  le  goùi  de  Vclazquez.  Derrière  la  toiie.  sur  le  chàfsis,  E.  Dela- 
croix avait  écrit  au  crayon  (.Raveswood.),  sans  doute  pour  Ra\ens\vood, 
le  nom  de  l'amant  de  Lucie  de  Lammermoor.  Delacroix  avait  donné 
ce  portrait  h  Carrier  au  moment  où  il  venait  de  l'achever.  —  Non 
catalogué  lors  de  la  vente  posthume  de  ce  dernier,  qui  d'ailleurs  passa 
inaperçue,  ce  portrait  fut  adjugé  à  un  marchand  au  prix  de  5o  francs 
et  racheté,  le  lendemain  même,  à  un  prix  beaucoup  plus  élevé  par 
M.  Robaut.  —  Nous  ne  laisserons  pas  échapper  l'occasion  qui  nous 
c-st  offertt:  ici  de  rendre  hommage  à  la  mémoire  d'Hippolyte  Carrier,  miniaturiste  distingué, 
homme  d'un  goût  fin,  sûr,  qui  "fut  Tami  des  romantiques  et  parlait  d'eux  avec  une  chaleur 
commuuicative.  Nouslui  devons  dvs  renseignements  sur  ses  contemporains. 


N"  AI   :   La  Favorite 


:^5:nr7    Aquarelle.   —  H.    o'''i8,  L.  o"'i4. 
■"'    iSûfr. 


Siané. 


Vente  Sakakine, 


Tous  les  regards  étaient,  à  cette  date,  tournés  vers  l'Orient.  La  lutte 
de  la  Grèce  contre  la  Turquie  passionnait  la  jeunesse.  Tous  les  arts  s'en 
inspiraient.  Cette  charmante  aquarelle  ainsi  que  le  numéro  46,  sont  les 
premières  traces  que  nous  rencontrons  dans  l'œuvre  de  Delacroix  de  ce 
mouvement  des  esprits,  qui  devait  lui  inspirer  un  peu  plus  tard  la  glo- 
rification de  la  Grèce  sur  les  ruines  de  Missolonghi. 

En  présence  d'une  telle  variété  de  sujets  et  d'études  de  toute  sorte,  on 
demeure  confonda.  On  se  rend  compte  decette  supériorité  acquise  au  prix 
de  l'incessante  réalisation  de  tout  ce  qui  présentait  à  ses  yeux   ou    à    sa 

pensée  un  caractère  esthétique.  On  sait  maintenant  que  nul  n'a  plus  dessiné  que  Delacroix; 

)e  pourrais  dire  dès  maintenant  que  nul  n"a  mieux  dessiné. 


N°  42  :    Un  bonhomme  de  lettres  en  méditation 


Lithographie.  —  H.  o-^'i/S,  L.  o'''22i. —  Ni  signé  ni  daté. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  70. 

Caricrjure  contre  les  écrivains  de  la  presse  monarchique  et 
catholique.  On  jouait  alors  une  pièce  intitulée  :  le  F.iu.v  Bon- 
homme. De  là  l'entrée  du  mot  (.bonhomme  »  dans  la  polémique 
contre  l'ancien  régime.  Z,e  Aliroi:-  du  27  juin  1S21  termine  ainsi 
l'explication  de  la  lithographie  :  «  Ne  nous  fatiguons  pas, 
lecteur,  a  chercher  une  ressemblance  particulière  dans  les  traits 
généraux.  Le  personnage  que  vous  avez  sous  les  yeux  est  un 
être  idéal.  Composé  de  détails  empruntés  aux  uns  et  aux 
autresj  ce  bonhomme  est  le  type  de  la  sottise,  comme  la  \^énus  de  Zeuxis  est  celui  de  la 
beauté.  »  Les  accessoires  caractéristiques  sont  l'éteignoir,  la  robe  de  chambre,  la  perruque 


i6 


L'ŒUVr<E     DE     DELACROIX 


1821 


à  la  hrigadière,  l'épee  en  crois  avec  un  paranluie,  uns  bouteille  d'eau  miraculeuse,  des  livres 
bien  pensants,  et,  au  mur,  le  portrait  de  Marlborough.  Dans  l'article,  il  est  fait  allusion  à 
Chateaub'riand  et  à  des  personnages  désignés  sous  les  nom.3  de  marcjuis  de  Crochepatte, 
M.  de  Clopineau  (Talleyrand \  Frère  La  Crescelle  (probablement  I.acretelle  jeune,  rallié  à 
la  Restauration),  etc.,  etc.  —  Voir  la  lettre  du  24  janvier  1SÔ2,  adressée  à  M.  Ph.  Burtv,  qui 
l'avait  interrogé  au  sujet  d'un  certain  Portrait  de  M.  Jérôme  iV.  année  i825).  Nous  repro- 
duisons le  passage  de  cette  lettre  relatif  au  Bonhomme  de  lettres.  <•  La  caricature  du  Bon- 
homme  de  lettres  n'est  pas  non  plus  de  ma  main.  Je  ne  sçais  >ic)  quel  accident  a  empêché 
de  tirer  mon  dessin  :  il  a  été  reproduit,  mais  maladroitement,  par  un  de  mes  amis  qui  dessi- 
nait à  peine.  J'ai  fait  antérieurem.ent  un  ou  deux  dessins  pour  ètVe  gravés  dans  le  Xaiu  Jjune. 
mais  ils  ont  été  arrangés  au  gré  du  directeur  du  journal.  Tout  cela  est  bien  obscur  et  ne 
mérite  pas  de  tixer  l'attention.  Il  existe,  je  me  le  rappelle,  un  certain  combat  du  Constitu- 
tionnel contre  la  Quotidienne  qui  est  une  affreuse  lithographie  de  n:-.a  façon  et  je  ne  scais  si 
cela  a  paru.  »  (V.  n"  45.) 

N"  4}  :  Le  Grand -Opéra 


Sans  date  ni  signature. 


Lithographie.  —  H.  o''''20o,  L.  o''-i4 
—  Catalogue  A.  Moreau,  p.  67. 

Cette  caricature  a  paru  dans  le  journal  le  Miroir,  numéro  du  26 
juillet  1821.  C'est  donc  bien  à  tort  qu'on  y  veut  voir  une  charge  du  grand 
Vestris,  qui  s'appelait  lui-même  le  diou  de  la  danse.  Le  célèbre  danseur 
avait  quitté  le  théâtre  en  1781  et  était  mort  en  180S-  Si  le  personnage 
vieux,  laid,  couronné  de  roses,  forcé  de  s'aider  de  balais  en  guise  de  bé- 
quilles pour  prendre  du  parcours,  qui  figure  ici  est  Vestris,  ce  serait 
donc  Marie-Auguste,  fils  naturel  du  précédent  et  qui  dansait  encore  k 
l'Opéra  en  iSr8,  âgé  de  cinquante-huit  ans.  Comme,  à  cette  date,  il  jouait 
le  rôle  de  l'Amour  dans  le  ballet  de  Psyché,  les  contemporains  l'avaient 
surnommé  le  Père  l'Amonr.  t.  Nous  ne  savons  pas,  disait' .'<?  Sliroir,  si  le  Grand-Opéra  se 
vouera  un  peu  plus  au  culte  de  Polymnie  dès  qu'il  sera  installé  dans  son  local;  mais,  comrne 
jusqu'à  ce  jour,  il  n'a  guère  voulu  sacrifier  qu'à  Terpsichore.  nous  le  présentons  au  public 
appuyé  sur  ses  b-iUets.  » 


N°  44  :   Le  Théâtre-Italien 


Lithographie.  —  H.  o"'2oo  ,  L.  o""i40.  —  Sans  date  ni  signature. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  ôj. 

Comme  la  précédente,  cette  caricature  a  para  dans  le  journal  le  Mi- 
roir, celle-ci  à  la  date  du  i3  août  1821.  Elles  sortent  l'une  et  l'autre  des 
presses  lithographiques  de  C.  Motte.  On  sait  que  Delacroix  était  pas- 
sionné ce  musique,  il  ne  s'est  pas  abandonné  ici  à  son  humeur  satii|i- 
que.  Pour  svmboliser  le  Théâtre-Italien,  il  choisit  Rossini  jeune,  déjà 
glorieux,  emplissant  la  scène  de  son  génie,  co.-nme  il  l'occupe  en  cette 
image  par  l'attitude  plaisante  du  grand  écart.  De?  poches  du  maestro 
sortent  de  nombreuses  partitions,  et  ce  chacune  de  ses  mains  il  soutient 
un  de  ses  opéras;  à  gauche,  le  Barbier  de  Sévills;  à  droite,  Othello; 
sa  plus  récente  création  s'échappe  de  son  cerveau.  A  cette  date,  182  r, 
c'est  Mathilde  de  Sabran.  Le  Miroir  reproche  à  son  collaborateur  (>  M.  Lacroix  »,  de 
n'avoir  pa;  signé  c  cette  nouvelle  atircssion  des  détracteurs  do  l'ancien  régime  musical  »,  et 


l831 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


17 


N"  45  :   Duel  polémique  entre  dame  Qiiotidieniie 
et  messire  Journal  de  Paris 


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leur  universel,  en  bonnet  de  coton  et  assis  sous  un  dais 


Lithographie.  —  H.  o"'-20o  ,  L.  o"'296.  —  Sans  dote  ni 
signature.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  68. 

Cette  caricature  a  paru  dans  le  journal  le  Miroir  du  20  sep- 
tembre 1821.  Le  champion  de  la  Quotidienne,  monté  sur  Ros- 
sinante, coiffé  de  l'armet  de  don  Quichotte,  vêtu  d'un  costume 
troubadour  de  <.  Jeanne  d'Arc  »,  est  armé  d'une  lance  et  d'une 
plume  de  paon.  Son  adversaire  a  enfourché  l'âne  de  Sancho 
Pança.  Il  est  coiffé  d'un  pot  surmonté  d'une  girouLlte  et  est 
armé  d'une  plume  d'oie  et  d'une  fourchette.  Les  journaux  du 
temps  sont  témoins  du  duel  qui  a  pour  juge  du  camp  le  Aloni- 


N"  46  :  Cavalier  turc  au  coup  de  feu 

Toile.  —  H.  o'"28,  L.  o^ai.  —  N"^  79  de  la  Vente  posthume, 
35o  fr.  —  Appartient  à  M.  le  Docteur  Horteloup. 
Les  «  cavaliers  turcs  »  sont  nombreux  dans  l'œuvre  du  maître  ;  celui-ci 
est  le  premier.  On  pourrait,  pour  le  distinguer  des  autres,  l'appeler  le 
Cavalier  turc  au  coup  de  feu.  Il  est  d'une  allure  superbe  d'ailleurs  et  il 
semble  que  les  plus  beaux  cavaliers  turcs  de  Decamps  soient  inspirés  de 
celui-ci.  Delacroix  professait,  d'ailleurs,  une  grande  et  sincère  estime  pour 
le  talent  de  cet  artiste.  Sollicité  par  M.  Moreau  père  d'écrire  pour  la 
Revue  des  Deux  -Mondes  un  article  sur  Decamps,  il  s'excusa  de  ne  point 
le  faire  et  ajouta  :  «  Je  crois  que  sa  perte  est  trop  récente  (iSûo)  non  seu- 
lement pour  qu'il  puisse  être  )ugé  complètement,  mais  aussi  pour  qu'un  jugement  ait  tout 
l'intérêt  qu'il  pourrait  avoir  plus  tard.  —  Permettez-moi  d'ajouter  que  ce  grand  artiste  a  eu 
de  son  vivant  la  bonne  fortune  d'être  goûté  sans  conteste  du  public  et  des  artistes;  pas  une 
voix  ne  s'est  élevée  contre  tous  les  genres  de  succès  qu'il  méritait  et  qu'il  a  obtenus.  » 


N°  47  :  Une  Mulâtresse 


Toile.  —  H.  G"' 80,  L.  o'"64.  —  Alusée  de  Montpellier. 

Cette  figure  peinte,  de  grandeur  nature  jusqu'aux  genoux,  fait  partie  de  la  collection 
léguée  à  la  ville  de  Montpellier  par  M.  Alfred  Bruyas.  Cet  amateur  eminent  avait  entrepris, 
avec  le  concours  de  Théophile  Silvestre,  la  rédaction  et  même  l'impression  d'un  catalogue 
infiniment  précieux  de  sa  galerie.  La  mort  successive  des  deux  collaborateurs  est  venue  inter- 
rompre leur  œuvre  commune.  Le  premier  volume  de  ce  catalogue  seul  a  été  imprimé,  mais 
n'a  pas  été  mis  dans  le  comm.erce  de  librairie.  Les  bonnes  feuilles  appartiennent  à  la  muni- 
cipalité de  Montpellier.  —  Pour  la  première  fois  que  nous  rencontrons  une  peinture  de  la 
collection  Bruyas,  nous  ne  pouvons  nous  abstenir  de  rendre  hommage  à  cet  amateur  d'un 
goût  si  sîir  et  d'un  caractère  si  généreux.  Nous  avons  déjà  emprunté  à  son  catalogue  une 
pensée  de  Delacroix  sur  Raphaël.  Ajoutons-y  celle-ci  sur  Michel-Ange  :  <i  Pense  au  grand 
Michel-Ange;    nourris-toi  de  ses   grandes    et  sévères  beautés!   » 


i8 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1822 


Année   1822 


N°  48  :  Waverley 


rdvèque  d 
Durward, 


s^-^O  Dessin  au  crayon  noir  estompé.   —    H.   o'''285  ,    L.   o"'2ro.  —    Non 
.-.    catalogué  par   M.   Moreau.  —  Vente  du    14  décembre  1S74  à  l'hôtel 
;,  Drouot:  40  francs. 

_  -  Nous  sommes  tout  près  de  conside'rer  nous-r.ième  comme  excessif  le  scru- 
_  -S;  pule  de  conscience  qui  nous  fait  cataloguer  ici  ce  très  médiocre  dessin  dont 
"_'.■'  l'attribution  nous  paraît  fort  contestable.  En  tout  cas  faudrait-il  le  reporter 
-a  une  date  antérieure,  et  Walter  Scott  a-t-il  mieu.N.  inspiré  Eugène 
Delacroix  qu'en  ce  premier  essai.  Nous  retrouverons  plus  loin  :  l'Ermite  de 
^^ — ;-_  Copman'nurst,Front-de-bœufet  le  Juif,Front-de-bœufet  laSorcière,laniortde 
2  Liège,  la  Fiancée  de  Lammermoor,  Ivanhoë,  l'Enlèvement  de  Rebecca,  Quentin 
Redgauntlet,  Richard  Cœur-de-Lion. 


N^ 


49 


Dante  et  Virgile 


-X^  5^1 


s-^^i~-V-^  Toile.  —  H.  i™So,  L.  2'"40.  —  Au  musée  du 
Louvre.  —  Gravé  à  l'eau-forte,  par  Bouruet  : 
o'"i85  sur  o"*225;  par  d'Henrict  :  o'''2i5  sur 
0^279;  lithographie  par  Célcstin  Nanteuil 
0^^482  sur  o™65o.  Nombreuses  gravures  sur 
,  bois  pour  publications  illustrées,  notamment 
^  r Illustration  et  YHistoire  des  peintres  de  toutes 
les  écoles. — Cat.  A.  Moreau,  pp.  89,  116,  i32, 
1 39,  167,  1S8  et  206. 

Le  titre  complet  de  cette  admirable  composition  qui 
fut  l'œuvre  de  début  de  Eugène  Delacroix  au  Salon  de 
1S22  est  celui-ci:  «  Dante  et  Virgile  conduits  par 
Phlégias,  traversant  le  lac  qui  entoure  les  murailles  de  la  ville  infernale  de  Dite.  Des 
coupables  s'attachent  à  la  barque  et  s'efforcent  d'y  entrer.  Dante  reconnaît  parmi  eu.x  des 
Florentins.  »  On  sait  quel  fut  le  succès.  Immense.  Delacroix  avait  exécuté  ce  tableau  en 
quelques  semaines.  Il  écrit,  en  effet,  le  i3  avril  1S21,  à  son  ami  Ch.  Soulier;  «...  Je  sors 
d'un  travail  de  chien  qui  me  prend  tous  mes  instants  depuis  deux  mois  et  demi.  J'ai  fait 
dans  cet  espace  de  temps  un  tableau  assez  considérable  qui  va  figurer  au  Salon.  Je  tenais 
beaucoup  à  m'y  voir  cette  année,  et  c'est  un  coup  de  fortune  que  je  tente.  »  —  Le  Salon 
n'eut  lieu  qu'en  1S22.  Le  tableau  fut  acheté  par  l'Etat  <io!(fe  cents  frênes. 


N"'  50  :  Dante  et  Virgile 


Toile.  —  H.  o"'25  ,  L.  o''34.  —  Réduction  du  précédent  avec  une  légère  suppression. 
Appartient  à -NL  Charles  Narrey,  à  qui  il  a  été  légué  par  M.  Alphonse  Royer.  qui  l'avait  lui- 
même  reçu  de  Eugène  Delacroix. 


-C- 


1822 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


19 


..  ,i 


N°  ^  I  :  Portrait  du  général  Charles  Delacroix 


^  --^  V.  'S  -^  -  -  ^^»f 


Toile.  —  H.  o™3q  ,  L.  o'"20.  —  Appartient  à  la  famille 
de  NL  Léon  Riesener  à  qui  Eugène  Delacroix  Tavait 
légué  par  testament.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  228. 

Le  général,  tête  nue,  en  veste  de  coutil  blanc,  le  col  de  che- 
mise largement  rabattu,  est  nonchalamment  couché  sur  le 
gazon  de  son  jardin,  dans  ce  bien  de  famille,  nous  dit 
i\l.  Moreau,  qu'on  appelait  le  Louroux  et  dont  on  aperçoit  la 
maison  basse  dans  le  fond  du  tableau.  Delacroix  y  séjourna 
en  1822  (voir  lettre  du  iS  août  à  M.  Pierret,  édition  Burty) 
et  y  fit  alors  ce  portrait.  A  ce  propos,  nous  donnons  ici  la 
généalogie  du    peintre  : 

Claude  Delacroix,  régisseur  du  comte  de  Belval,  et  sa  femme 
Marguente-Louise  Flizc,  décédés  à  Givry.  en  Argonne,  eurent 
huit  enfants  dont  l'aîné,  Charles  Delacroix,  avocat  au  Par- 
lement, ancien  premier  commis  du  contrôle  des  finances, 
préfet  a  Bordeaux  et  à  Marseille,  puis  ministre  des  Affaires 
étrangères,  eut  lui-même  quatre  enfants  :  1"  Henriette,  de- 
venue madame  Je  Vcrnmae:  2'^  Charles,  général,  aide  de  camp  du  prmce  Eugène,  dont  nous 
reproduisons  le  portrait  ;  'i^  Henri,  mort  engagé  volontaire  à  Friedland;4»  Eugène  Delacroix. 


~%(^:-=< 


N°  52  :  Académie 


tous  les  élèves 


Dessin  au  crayon  noir  rehaussé  de  blanc.  —  H.  o™6o  ,  L.  o™45. 
—  Appartient  à  M.  Alfred  Robaut  depuis  la  Vente  posthume. 

Cette  académie  est  datée  au  verso  :  «  1822,  3"  trimestre,  23  septembre. — 
M.  Meynier,  professeur.  —  E.  Delacroix,  élève  de  M.  Guérin.  —  Place 
72.  »  bans  les  Notes  sur  Delacroix  que  Léon  Riesener  a  fournies  à 
M.  Ph.  Burtv,  nous  trouvons  le  passage  suivant  :  «  Ce  fut  mon  père  qui 
lui  conseilla  l'atelier  de  M.  Guérin.  Delacroix  venait  de  perdre  sa  mère. 
11  avait  perdu  son  père  beaucoup  avant...  Arrivant  à  l'atelier,  bien  élevé, 
il  se  lia  avec  Scheffer,  Champmartin,  les  principaux  élèves  de  Guérin.  Le 
talent  ne  se  développe  pas  inopinément;  Delacroix  m'a  parlé  de  l'intluence 
qu'un  certain  Champion  avait  eue  sur  le  talent  de  Géricault  lui-même  et 
de  l'atelier  Guérin.  » 


N° 


53 


Grec   en  embuscade 


Aquarelle.  —  H.  o"'20,  L.  o™26.  —  Signé  au  bas,  à  droite. 
—  Vente  hôtel  Drouot,  avril  1881.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Cette  aquarelle,  comme  la  précédente,  comme  tant  d'autres  com- 
positions de  l'année  1823,  met  en  lumière  ce  que  j'appellerai  les 
procédés  d'entraînement  de  Eugène  Delacroix;  on  y  voit  claire- 
ment par  quelle  succession  d'efforts  il  préparait  ses  grandes  com- 
positions, comment  il  créait  peu  à  peu  le  milieu  ambiant  dans 
lequel  devait  se  développer  en  une  floraison  magnifique  sa  pensée  pittoresque. 


A 


v-.^.f^'^   f  A   r-,.r^> 


•V.^»^'^ 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1822 


J 


N°  54  :  Épisode  des  guerres  entre  les  Turcs  et  les  Grecs 


^ 


Aquarelle, 
vrier  1 880 


—  H.    o"'20  ,    L.  o'"24.  —  Vente  Boulanger,   fé- 
195  francs.   —  Non  catalogué   par  M.    Moreau. 

Delacroix  préludait  alors  au  Massacre  de  Scio,  qui  devait  être  la 
grande  œuvre  du  Salon  de  1824.  Le  i5  septembre  il  écrit  à  son  ami 
Charles  Soulier  qui  était  alors  à  Naples  :  «  ...  J'ai  moi-même 
quelques  petites  choses  à  te  demander.  Je  me  propose  défaire  pour 
le  Salon  prochain  un  tableau  dont  je  prendrai  le  suiet  dans  les 
guerres  récentes  des  Turcs  et  des  Grecs.  Je  crois  que  dans  les 
circonstances,  si  d'ailleurs  il  y  a  quelque  mérite  dans  l'exécution, 
ce  sera  un  moyen  de  me  faire  distinguer.  Je  voudrais'  donc  que  tu  m'adressasses  quelques 
sites  de  ton  pays  de  Naples,  quelques  esquisses  pochées  de  sites  marins  ou  de  montagnes 
bien  pittoresques.  Je  ne  doute  pas  que  ■cela  ne  m'inspire  pour  le  lieu  de  la  scène.  » 


N°  ^  5    :   Lisette 


Vente  à  l'hôtel  Drouot  en  mai 


Toile.  —  H.  o"'25,  L.  o"'33. 
1879. 

Delacroix  nerveux,  fiévreux,  bilieux,  a  toujours  aimé  le  spectacle  de 
la  santé  chez  la  femme.  Une  lettre  du  iS  aoiit  à  M.  Pierret  en  témoigne 
sous  une  forme  amusante.  Elle  est  datée  du  Louroux,  propriété  de 
son  frère  le  général:  «  Je  t'écris  à  une  toise  et  demie  de  distance  de  la 
plus  charmante  Lisette  que  tu  puisses  imaginer.  Que  les  beautés  de  la 
ville  sont  loin  de  cela!  Ces  bras  fermes  et  colorés  par  le  grand  air 
sont  purs  comme  du  bronze...  Dis  à  notre  ami  Félix  iGuillemardetI  que  malgré  son  anti- 
pathie pour  les  bas  bleus,  je  crois  qu'il  rendrait  les  armes  à  Lisette.  Et,  du  reste,  ce  n'est 
pas  la  seule  ;  toutes  ces  paysannes  me  paraissent  superbes.  Elles  ont  des  tètes  et  des  formes 
de  Raphaël  et  sont  bien  loin  de  cette  fadeur  blafarde  de  nos  Parisiennes.  Mais,  hélas!  malgré 
quelques  larcins,  nos  affaires  ont  bien  de  la  peine  à  avancer  auprès  de  ma  Zerline.  —  Sœr 
Amor!  »  (Edition  Burty).  Zerline,  bas  bleus,  Lisette,  il  s'agit  ici  d'une  servante. 


N°  56 


Le  déménagement  de  dame  Censure 


Lithographie.  —  H.  o'"i95  ,    L.  o'"355. 
ni  daté.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  70. 


—   N 


1    signe. 


Caricature  politique  pour  le  journal  Le  Miroir,  publiée  le  1 1 
février  1S22.  D'un  édifice  dont  la  porte  grillée  est  surmontée 
de  l'écriteau  Maison  à  louer  s'éloigne  une  charrette  traînée 
par  un  âne  et  dans  laquelle  s'opère  le  déménagement  du  per- 
sonnel et  du  mobilier  de  la  censure.  Un  diable  cornu,  ailé, 
griffu,  conduit  l'attelage  qui  n'en  peut  mais.  Sur  le  chariot 
sont  entassés,  dans  l'ordre  suivant,  un  pain  de  sucre,  une  chaise,  une  masure,  d'Outre-Zèle, 
Cadet-Roussel,  un  vieillard,  une  lourde  oie,  un  anonyme.  L'anonyme,  c'est  le  diable.  Les 
autres  figurations  ont  la  prétention  de  rappeler  les  noms  des  censeurs.  Il  est  clair,  par 
exemple,  que  la  lourde  oie  qui  pèse  sur  l'arrière-train  de  l'ànon  est  une  allusion  àM.de  Lour- 
doueix.  Àmsi  des  autres.  —  Des  ciseaux  ailés  s'échappent  des  fenêtres  de  la  maison  à  louer. 


l822 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N°  57  :  La  Leçon  de  Voltige 


Lithographie.    —    H.  o"'2o3  ,   L.  o"'3oo. 
ni  daté.    —    Cat.  A.   Moreau,   p.  69. 


Ni 


f'.^^'vio     Dans  un  cirque  forain,  un  marquis,  un  chevalier  et  d'autres 
^.^    personnages  ridicules  galopent  en  cercle  et  portent  des  ban- 
k    nières  sur  lesquelles  on  lit  :  Vasselage,  XIV»  siècle,  Coutume 
4    de  Gascogne,  Droits  du  Seigneur,  Capitaineries,  etc.  La  plu- 
^^    part   des  cavaliers    sont    désarçonnés.  Au   centre  se  tient  un 
général  à  cheval  assisté  d'un  écuyer  debout  auprès  de  lui.  Le 
général  porte  un  étendard  avec  ces  mots  :   Gloire,   Honneur, 
Patrie.  —  Cette  caricature  politique,  dont  les  légendes  seules 
rendent  l'ironie  saisissable,  a  paru  dans  le  journal  Le  Miroir,  du  8  mars  1822. 


N"  58  :  Les  Écrevisses  à  Longchamp 


Lithographie.  —  H.    o"'20o  ,    L.   o"'3o7.    —  Ni  signé, 
ni  daté.    —   Cat.  A.  Moreau,  p.  69. 

Cette  caricature  politique,  parue  le  4  avril  1822  dans  le 
journal  Le  Miroir,  représente  la  promenade  de  Longchamp 
qui  avait  lieu  le  Vendredi  saint  dans  l'avenue  des  Champs- 
Elysées.  Le  groupe  principal  se  compose  d'anciens  émigrés 
en  perruque  et  l'épéeen  verrouil  ou  en  costume  troubadour,  et 
d'une  marquise  à  paniers  et  poudrée,  portant  un  chapeau 
chinois  en  guise  d'ombrelle.  Ils  sont  tous  montés  sur  une 
écrevisse  qui  nécessairement  marche  à  reculons.  Une  autre 
écrevisse  porte  une  chaise  en  façon  de  trône  où  siège  un  pain  de  sucre.  Dans  l'esprit  de 
la  caricature  du  temps,  le  pain  de  sucre  désignait  suffisamment  le  roi  Charles  X.  A  gauche,  deux 
personnages  au  pied  d'un  arbre  sifflent  le  cortège. 


N°  59  :  Gare  derrière  !  !  ! 


Lithographie.    —    H.  o"'24o ,    L.   o'"3io. —    Ni    signé 
ni  daté.   —    Cat.  A.  Moreau,  p.   69. 

Caricature  politique  publiée  par  le  journal  Le  Miroir,  du  3o 
mai  1822.  Une  sorte  de  Croquemitaine  ridicule  en  costume 
de  général,  coiffé  sens  devant  derrière  d'un  chapeau  à  plumet 
flétri  et  tenant  un  bâton  de  commandement  au  poing  gauche, 
s'escrime  d'un  cimeterre  tout  ébréché  contre  des  quartiers  de 
roc  dispersés  à  ses  pieds  sur  le  sol.  La  malice  fort  pauvre  de 
cette  caricature  consiste  dans  ce  fait  qu'en  développant  le 
bras,  le  matamore  va  frapper  la  montagne  en  forme  de  pain 
de  sucre  qu'il  est  chargé  de  défendre  et  derrière  laquelle  se 
dissimulent  des  personnages  effarés.  —  Nous  avons  déjà 
vu  que  Delacroix  n'avait,  à  juste  titre,  qu'une  fort  médiocre  estime  pour  ces  péchés  de  jeu- 
nesse. Mais  en  matière  de  catalogue  et  d'inventaire,  on  n'a  le  droit  de  rien  omettre.  Par  ces 
faiblesses  mêmes  qui  les  rapprochent  de  nous,  les  grands  artistes  sont  plus  humains. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1823 


Année  1828 


N°6o  :  Portrait  de  Thaïes  Fielding 


Toile.  —  H.  o'"32,  L.  o"'24.  —  N»  75  de  la  Vente  posthume  :  390  fr. 
à  M.  Piron.  — ■  Vente  Piron  après  décès,  21  avril  i865  :  io5  francs 
à  M.    le   baron   Rivet.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  229  et  3i3. 

Thaïes  Fielding,  aquarelliste  anglais,  se  lia  d'intime  amitié  avec  Delacroix 
pendant  un  séjour  assez  long  qu'il  fit  h  Paris  à  cette  époque."  Delacroix  vécut 
quelque  temps  avec  Fi'.-lding,  raconte  L.  Riesener  dans  ses  Notes  publiées  par 
M.  Burtv.  (I  Pour  faire  du  calélematin,on  ajoutait  de  l'eau  et  un  peu  de  café 
sur  le  marc  de  la  veille  dans  l'unique  bouilloire,  jusqu'à  ce  qu'on  fût  forcé 
de  la  vider,  De  temps  en  temps,  on  avait  un  gigot  en  provision  dans  l'ar- 
moire, auquel  on  coupait  des  tranches  pour  les  rôtir  dans  la  cheminée.  Mais  un  jour  les 
deux  amis  partageant  ce  déjeuner  se  fâchèrent.  Fielding  disait  très  sérieusement  qu'il  des- 
cendait du  roi  Bruce.  Delacroix  l'appelait  0  sire  ».  Mais  Fielding  ne  pouvait  sur  ce  sujet 
admettre  la  plaisanterie  et  se  fâcha  pour  toujours.  »  Pour  toujours  est  de  trop,  car  Delacroix 
s'afflige  en  1823  du  départ  du  0  bon  Thaïes  »  et  quand  notre  maître  à  son  tour  ira  à  Londres 
en  1825,  c'est  avec  les  Fielding  qu'il  passera  le  meilleur  de  son  temps. 


N°  61  :  Portrait  d'enfant 


Toil 


H. 


20,  L. 


Appartient  à  M.  Soulier  fils. 


Ebauche  intéressante  où  la  tète  seule  et  les  cheveux  sont  à  peu  près  terminés. 
Ce  portrait  passe  à  tort  pour  celui  d'un  enfant  de  Thaïes  Fielding. —  Fils 
d'un  père  et  d'une  mère  artistes  (le  père  était  peintre  de  portraits,  la  mère 
peignait  à  l'aquarelle  des  fleurs,  des  animaux),  les  Anglais  Fielding  étaient 
quatre  frères  :  Théodore,  Copley,  Thaïes  et  Nathan,  tous  artistes,  aqua- 
rellistes de  talent,  quoique  d'un  mérite  inégal;  le  plus  célèbre  est  Copley 
■  787-1 85 5).  Thaïes  seul  vint  en  France.  Il  n'était  pas  marié.  Thaïes  mourut 
de  quarante-quatre  ans. 


N°  62  :   Portrait  de  M.  Soulier 


dan 


Aquarelle.—  H.  o"'ii5,  L.  o'"85o. 

M.  Soulier  fut  comme  MM.  Pierret,  Piron,  Guillemardet,  un  ami  de  la 
première  heure.  A  propos  d'une  lettre  du  10  décembre  181 8,  qui  fut 
adressée  à  M.  Soulier  par  Delacroix,  M.  Ph.  Burty  ajoute  :  «  M.  Soulier 
le  connaissait  depuis  1816.  11  lui  avait  enseigné  l'aquarelle,  procédé  de 
peinture  alors  presque  inconnu  en  France  et  que  lui-même  avait  appris,  en 
Angleterre,  de  son  ami  Copley  Fielding.  »  11  était  alors  surnuméraire  et 
secrétaire  de  l'intendant  du  Domaine  extraordinaire.  Horace  Raisson,  homme 
de  lettres,  journaliste,  et  qui  fut  l'un  des  collaborateurs  de  Balzac,  était 
au  de  M.  Soulier;  c'est  Raisson  qui  lui  amena  Eugène  Delacroix. 


i823 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


23 


N°  6j  :  Portrait  en  pied  de  M.  Soulier 


Sépia. 
fils. 


H.  o"26o,  L.  o-oiSS.  —  Appartient  à  M.  Paul  Soulier 


dit  qu'il  était  dans  le 


En  manches  de  chemise  et  gilet  blanc,  les  jambes  croisées,  le  modèle, 
assis  sur  un  tabouret  de  paille  devant  une  table  de  bois  blanc  sur  la- 
quelle est  posé  un  pupitre  à  musique,  chante  en  s'accompagnant  d'une 
guitare.  Dans  le  fond,  une  autre  guitare  suspendue  au  mur  et  un  cha- 
peau de  haute  forme  sur  une  seconde  table.  —  Cet  intérieur  est  sans 
doute  celui  que  M.  Soulier  occupait  alors.  «  l'humble  chambrette,  la 
plus  haute  de  la  place  Vendôme,  à  l'hôtel  du  Domaine  extraordinaire,» 
où  Delacroix,  Raisson  et  Soulier  enluminaient  "  en  s'amusant  »  le 
bois  et  le  fer  de  dessins  de  machines  destines  à  être  joints  à  des  brevets 
d'invention.  C'était  Horace  Raisson  qui  avait  eu  l'idée  de  cet  enlumi- 
nage  poum  faire  gagner  quelques  sols»  h  ses  camarades.  Nous  avons 
mèriie  bureau  que  AL  Soulier  et  lui  avait  amené  Eugène  Delacroix. 


N°64  :  Portrait  en  buste  de  M.    Pierret 


Toile.   —  H.   o™26,  L.  o"'20.  —  Non  signé  ni  daté.  —  Appar- 
partient  à  madame  veuve  Pierret.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  228. 

Portrait  admirable  de  simplicité  savante  et  de  caractère.  Le  visage, 
de  face,  entièrement  rasé,  a  fourni  au  peintre  une  belle  étude  de  mo- 
delé délicat  et  fin.  Les  cheveux  sont  ramenés  en  mèche  épaisse  sur 
le  front.  Le  regard  est  doux  sous  les  lunettes,  le  nez  ferme,  la  bouche 
d'un  beau  dessin.  Largement  ouvert,  l'habit  laisse  voir  une  haute 
cravate  noire  et  un  gilet  de  nankin  à  collet  droit. 
M.  Pierret  était  un  ami  d'enfance  de  Eugène  Delacroix.  La  première 
des  cinquante  lettres  publiées  par  M.  Philippe  Burty,  et  que  le  maître 
lui  adressa,  est  datée  du  i  i  décembre  1817.  Il  mourut  en  1854.  Ma- 
dame veuve  Pierret  a  toujours  mis  la  plus  grande  obligeance  h  com- 
muniquer les  documents  restés  entre  ses  mains  à  tous  ceux  qui  se 
sont  occupés  de  Delacroix.  Nous  lui  en  adressons  ici  nos  plus  vifs  remercîments. 


N°65  :  Portrait  en  buste  de  M.  Leblond 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o""!?,  L.  o"'ii.  —  Non  signé  ni 
daté.  —  Appartenait  à  madame  veuve  Leblond.  —  Cal.  A.  Moreau, 
p.  228. 

Ce  profil,  un  peu  tourné  vers  la  droite,  avec  l'œil  largement  ouvert,  est 
intéressant  surtout  parce  qu'il  consacre  le  souvenir  d'un  homme  qui  fut, 
avec  MM.  Pierret,  Henri  Hugues,  Félix  Guillemardet,  Champmartin, 
Piron,  Soulier,  Riesener,  Comairas,  Leliévre  et,  plus  tard,  M.  Villot,  des 
'^>siC'''"X  plus  anciens  et  constants  amis  de  Eugène  Delacroix.  Son  nom  revient  fré- 
"  quemment  dans  la  correspondance  du  maître  avec  les  termes  de  la  plus 
sincère  affection.  Il  a  dû  lui-même  recevoir  bien  des  lettres  de  son  illustre  ami;  il  n'y  en  a  pas 
une  seule  dans  l'édition  de  M.  Burty,  qui  n'aura  pu  en  avoir  communication. 


24 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


[823 


N°  66  :  Orpheline  au  cimetière 


Toile. —  H.  o'"65,L.  o"'54. —  Salon  de  1824. —  Non  signé  ni  date. 
—  Appartient  au  docteur  Gebaûer,  héritier  de  madame  veuve 
Leblond. 

Assis  de  face,  la  tête  penchée  en  arrière  et  tournée  à  droite,  le  modèle 
a  les  yeux  levés  vers  le  ciel,  le  cou  et  le  haut  de  la  poitrine  découverts, 
la  main  droite  posée  sur  les  genoux. 

Cette  puissante  étude  a  été  faite  au  moment  où  Delacroix  préparait 
"a  grande  composition  du  Massacre  de  Scio;  elle  rappelle  le  mouve- 
ment de  la  vieille  femme  grecqueagenouillée  auprès  du  corps  de  sa  fdle 
morte,  dans  ce  tableau.  Le  maître  y  attachait  une  certaine  importance, 
car  il  l'exposa  au  Salon  de  1824.  C'est  à  cette  intention,  assurément, 
paysage,  un  cimetière  de  campagne,  pour  motiver  l'expression  de  la  figure. 


Jeune  fille  debout  dans  un  cimetière 


Toile.   ^  H.  on^4i,    L.  o^Sj.  —  Vente  X'-%  i'"'' mai  1874: 
1,100  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 

L'orpheline  est  debout,  le  bras  droit  plié,  la  main  il  la  ceinture;  de  la 
main  gauche  pendante,  elle  tient  un  léger  bouquet  de  fleurs.  Elle 
avance  parmi  les  tombes  éparses  du  petit  cimetière  d'un  village  dont 
on  aper..oit  dans  le  fond  le  modeste  clocher  parmi  de  molles  verdures. 
Le  paysage  monte  par  de  douces  collines  jusqu'à  l'horizon. 
Nous  pensons  que  Delacroix  aura  voulu  traiter  en  soi  le  sujet  qu'il 
avait,  une  première  fois,  adapté  par  occasion  à  une  étude  taite 
d'abord  à  toute  autre  intention.  --  Voir  le  numéro  précédent.  — 
Combien  n'est-il  pas  intéressant,  grâce  aux  rapprochements  amenés 
par  l'ordre  chronologique  que  nous  avons  adopté,  de  pénétrer,  comme 
nous  le  faisons  ici,    dans  l'intimité  des  conceptions  d'un  maitre,  de 


voir  l'idée  première  accidentellement  enfantée  se  développer  et  revêtir  une  forme  définitive. 


N"  68  :  Portrait  de  M.  X. 


Dessin  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i6o,  L.  o"'i25.  —  N"  32i  de  la 
Vente  posthume.  —  Appartient  à  M.  A.  Robaut. 

Dans  son  très  précieux  livre  sur  l'œuvre  de  Eugène  Delacroix,  M.  Ad. 
Moreau  a  consacré  toute  une  partie  aux  «  Portraits  peints  et  dessinés» 
par  le  maître,  o  En  dressant  la  liste  chronologique  de  tous  ceux  dont 
nous  avons  pu  retrouver  la  trace  et  constater  l'authenticité,  dit-il,  nous 
pensons  avoir  accompli  un  travail  curieux  à  plus  d'un  titre.  «  Rien  de 
plus  juste.  C'est  là,  en  effet,  un  côté  du  génie  de  Delacroix  fort 
peu  connu.  Quoiqu'il  ait  peint  et  dessiné  un  grand  nombre  de  portraits, 
surtout  dans  sa  jeunesse,  comme  ils  étaient  destinés  à  des  amis  très 
intimes,  ils  sont,  pour  la  plupart,  restés  ignorés  du  public.  Nul  plus 
que  lui,  pourtant,  n'aurait  pu  dire  avec  notre  admirable  La  Tour  parlant  de  ses  modèles  : 
0  Ils  croient  que  je  ne  saisis  que  les  traits  de  leur  visage,  mais  je  descends  au  fond  d'eux- 
mêmes  à  leur  insu  et  je  les  remporte  tout  entiers.  » 


[823 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


2S 


N°69 


Portrait  de  Eugène  Delacroix 


de  Scio 


Toile.  —  H.  om35,  L.  o"'27. —  Lithographie  par  Alfred  Robaut  :  omio5 
sur  o'"o82. —  Vente  Constant  Dutilleux,  1874  :  2,7 5o  tr  —  Appartient  à 
M.  le  baron  de  Beurnonville.  —  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 
Ce  portrait  est  l'un  des  premiers  que  le  maître  ait  peints  d'après  lui-même. 
Celui  qui  est  entré  au  Louvre  en  1872,  après  la  mort  de  Jenny  Le  Guillou,  an- 
cienne servante  de  Delacroix,  est  de  1829.  On  reconnaît  l'époque  du  Massacre 
i  puissance  dans  les  lumières,  la  transparence  dans   les  ombres  sont  les  mêmes. 


N"  70  :  Portrait  de  Juliette  Pierret  enfant 


Toile.  —  H.  o"'22,  L. 
madame  veuve  Pierret. 


20.  —  Non   signé  ni  daté.   —  Appartient  à 


Souvenir  d'intime  amitié  donné  par  Eugène  Delacroix  à  son  camarade  d'en- 
fance le  plus  cher  et  qui  l'avait  puissamment  soutenu  de  son  admiration.  Il 
lui  écrivait  en  octobre  1820  :  0  Pourquoi  es-tu  le  seul  qui,  en  dépassant 
énormément  ce  que  mes  plus  forts  accès  de  vanité  m'aient  pu  inspirer,  m'as 
pourtant  un  peu  remis  h  mon  rang?...  Ton  sufiVage  tout  seul  dans  une  ba- 
lance emportera  tous  les  autres  réunis  dans  l'autre.  Puisque,  le  premier,  tu 
m'as  dit  que  tu  sentais  quelque  chose  dans  ce  que  je  fais,  il  est  juste  que  tu 
aies  ta  récompense  du  bien   que    tu   m'as   fait  et  du  courage  que  tu  m'as  donné.  » 


N-71,72 


Deux  études  de  chevaux 


10  Cheval  rouan.  —    Toile.  —  H.  o">3o,   L.  o'"40. 
—  Vente  posthume  :  620  fr. 

2-  Cheval  dans  une  écurie.  —  Toile.  —  H.  o™3i, 
L.  o">40.- — Vente  posthume  :  400  francs  à  M.  Bornot. 
La  robe  du  cheval,  en  notre  étude  n»  2,  est  bai-cerise: 
d'une  traînée  de  pinceau,  le  maître  a  posé  sur  le  sol  un 
ton  de  paille,  pour  indiquer  la  litière  de  l'écurie. 


N°  7}  :  Relais  de  quatre  chevaux 

Toile.  —  H.  0-24,  L.  0"'3i.  —  N»  2o5  de  la  Vente  posthume  : 
435  francs  à  M.  Delille. 

Cette  magnifique  étude  ne  sortit  jamais  de  l'atelier  de  Delacroix.  Si 
elle  avait  été  connue,  elle  lui  eût  concilié  sans  doute  le  bon  vouloir 
d'un  autre  peintre  également  passionné  pour  le  cheval,  qui  Jev^i't 
être  un  peu  plus  tard  l'artiste  non  le  plus  illustre,  mais  le  plus  célèbre 
de  l'Ecole  française,  Horace  Vernet,  dont  l'antipathie  a  1  égard  de 
Delacroix  était  déclarée  et  se  manifesta,  notamment  en  1849,  dans 
les  élections  à  l'Académie.  Voir  la  lettre  du  29  août  à  L.  Riesener  (édition  Burty). 


26 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1823 


N°  74  :  Cheval  de  charrue 


Chevalier  et  Pi^fre 


Toile.  —  H.  o"44,  L.  C^Sô.  —  N"  204  de  la  Vente  posthume  : 
450  fr.  —  Appartient  à  madame  la  baronne  Rivet. 

n  Le  baron  Charles  Rivet,  dit  M.  Burty,  qui,  de  nos  jours,  a  attaché  son 
nom  à  la  fondation  de  la  troisième  République,  demeura  un  des  fidèles 
amis  de  cœur  de  Delacroix.  Celui-ci,  dans  un  premier  testament  que  lui 
fit  déchirer  sa  gouvernante,  Jenny  LeGuillou,  l'avait  désigné  comme  son 
légataire  universel.  C'était  un  homme  de  grand  sens  et  de  mœurs  aimables.» 
Il  avait  été  aussi  l'ami  et  le  camarade  d'atelier  de  Bonington.  Delacroix 
lui  légua  en  mourant  un  tableau  inachevé  de  Bonington,  précisément, 
et  une  petite  toile  du  même  portant  deux  sujets  en  grisaille. 


N- 


7  ^ ,  76  :  Etudes  de  chevaux  à  1  écurie 


1°  Cheval  blanc.  —  Toile.  —  H.  o™45, 
L.  o'"54.  —  Vente  posthume:  i,o8o  fr. 
2"  Deux  chevaux. —  Toiie.  H.  o"3i, 
L.  o'"40.  —  Vente  posthume  :  480  francs 
à  M.  Bornot,  cousin  de  Delacroix.  — 
Appartenait  à  feu  M.  Gavet,  gendre  de 
M.   Bornot. 


Delacroix  tenait   beaucoup   à  la  première  de 
ces  deux  études,  et  il  l'avait  accrochée  dans  sa  salle  à  manger. 


N°'77,  78  :  Deux  costumes  d'Orient 


Toiles.  —  Mêmes  dimensions  :  H.  o^SS,  L.  o'"24.  —  Non 
signé  ni  daté.  —  N"  188  de  la  Vente  posthume.  —  Appartient 
à  M.  Mercier. 

Les  deux  figures  sont  debout';  l'une  est  vue  de  dos,  l'autre  de  face. 
Nous  retrouverons  quelque  chose  du  grand  mouvement  ondulé  de 
la  draperie  de  l'homme  vu  de  dos  dans  le  costume  du  Giaour  pour  le 


"     I    I   ■   I    la  arapene  ue  1  iioiuiiic  vuuc  uus  uana  it  ^woLuiin-  wu  vji^^iv^ui  ^-v.*.  x.- 

magnifique  Combat  du  Giaour  et  du  Pacha,  appartenant  à  madame  Mahler,  et  si  peu  connu. 


N'''  79,  80  :  Deux  études  d'officiers  grecs 

Toiles.  —1°  H.  o'"25,  L.  0"'i8.  —  Appartient  à  M.  le  baron  de  Schwiter.  — 
2° Même  sujet  :  H.  o"'4o,  L.  o"'3o.  —  Vente  Richard  Wallace,  1877  :  280  fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  269. 

La  première  de  ces  deux  toiles  est  une  charmante  esquisse  précieusement  conservée 
par  M.  le  baron  de  Schwiter,  qui  fut  l'un  des   amis    auxquels  le  maître  confia  par 
testament  le  soin  de  classer  tous  ses  dessins  après  sa  mort.  C'est  elle  que  nous  reproduisons. 


i823 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N°8i  :  Grec  blessé 


Atjuarelle. —  H.  o™022,  L.  o'"oi6.  —  Lithographie  par  M.Jean 
Gigoux  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i25. 

Groupe  de  deux  figures  en  costume  grec,  compose'  d'un  soldat  assis, 
blessé,  le  bras  droit  en  écharpe  et  tenant  de  la  main  gauche  un  verre 
que  la  femme  debout  auprès  de  lui  vient  de  remplir.  Dans  le  fond,  un 
autre  blessé  avance  en  s'appuvant  également  sur  une  femme.  —  Il  n'y 
a  d'autre  trace  de  cette  aquarelle  que  la  lithographie  de  Gigoux  repro- 
duite ici.  —  C'est  là  encore  une  de  ces  études  par  lesquelles  le  maître 
se  préparait  au  Massacre  de  Scio.  On  reconnaît  déjà  dans  l'attitude  des 
femmes  toute  l'exquise  tendresse  que  Delacroix  impose  aux  Saintes 
Femmes  près  du  Crucifié  ou  de  saint  Sébastien.  Personne  n'a  su  comme 

lui  exprimer  la  profonde  passion  de    la    charité  chez  la  femme.  Il  n'est  point  de    sentiment 

humain  qu'il  n'ait  connu  et  fait  passer  dans  son  œuvre. 


N°  82  :  Costume  de  Calcutta 


Toile.  —  H.  o'"45,  L.  C^S/.  —  N"  184  de  la  Vente  posthume  : 
65o  fr.  — Appartient  à  M.  Ph.  Burty.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  32i. 
Le  personnage,  aux  longues  moustaches  noires  finement  effilées  et  relevées 
en  croc,  le  cou  nu,  vêtu  d'un  costume  de  couleur  bleu  foncé  à  parements 
jaunes  et  plastron  rouge,  coiffé  d'un  chapeau  à  larges  bords,  est  assis  de 
trois  quarts,  tourné  à  gauche,  les  bras  retombants  et  les  jambes  croisées 
l'une  sur  l'autre.    Sur   le  fond  neutre   s'enlève  en  clair  une  draperie  posée 

sur  le  dossier  d'une  chaise. 

1;=3  Aujourd'hui  que  le  romantisme  a  rompu  toutes  les  entraves  qui  retenaient 
'  l'école  française  enchaînée  aux  colorations  pâles  des  plâtres  académiques, 
cela  paraît  tout  simple  qu'uri  artiste  se  plaise  à  étudier  les  détails  pittoresques  d'un  costume 
exotique.  Mais  n'oublions  point  que  nous  sommes  ici  en  1823,  au  temps  des  Ajax  insultant 
les  dieux,  et  qu'alors,  0  Rien  que  la  mort  ne  pouvait  expier  son  forfait,  a 


N°8}  :  Académie  de  femme 

Toile.  —  H.  o™8i,  L.  o"65.  —  N°  200  de  la  Vente  posthume.  — 
Appartient  à  M.  Jehan  Duseigneur  fils,  après  avoir  appartenu 
successivement  à  Téminent  critique  d'art  Théophile  Thoré  et  à 
M.  Paul  Lacroi.x. 

Delacroix,  qui  a  fait  un  certain  nombre   d'académies  de  femme,  fut  le 

plus  chaste  des  peintres.  Il    faut  que   le  nu  s'impose  par  le  caractère  du 

sujet  pour  qu'il  l'introduise  dans  ses  compositions.  Quand  il  le  rencontre, 

iHaawH  jB^aB.-v'        i    '^  '^  traite  en  maître,  comme  dans  les  peintures  décoratives  du  Salon  du 

.^^^'^^^  —  '    roi.   dans  V Orphée  du  Corps  législatif  et  dans  la  Mort  de  Sardanapale; 

'^^s^J^=^-_r=A    mais  il  ne  le   cherche  point.  Nul  n'est   plus  éloigné  que   lui  des  motifs 

^'-"1    de  pure  volupté.  Quand  l'amour  passe  dans  son  œuvre  —  et  il  y  passe 

bien  rarement  —  il   le  conçoit  dans  les  ironies  de  Faust  ou  dans  les 

rayonnements  de  Juliette  et  Roméo  ;  songénie  plarîe  toujours  au-dessus  des  ardeurs  lascives. 


28 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1824 


N°'  84,  8^   :  Deux  costumes  souliotes 

Toiles.  —  1°  H.  o"'4o,  L.  o"26;  2"  H.  o™4o,  L.  o™3i  —  N"^  177  et 
178  de  la  Vente  posthume.  —  Le  11°  177  Vente  posthume  :  58o  fr.,  à 
M.  Petit.  —  Cat.  A.  Morcau,  p.   320. 

Ces  études  de  costumes  souliotes  furent  faites  en  vue  du  Massacre  de  Scio. 
Mais  Delacroix  ne  pouvait  se  défendre  de  mettre  en  mouvement  même  les 
objets  inanimés  qui  posaient  devant  lui.  Il  a  donné  à  celui  que  nous  repro- 
duisons l'attitude  de  la  danse;  c'est  le  n"  178  de  la  Vente  posthume.  Dans  le 
n''  177,  le  personnage,  vu  de  face  comme  ici,  a  le  pied  posé  sur  une  pierre. 
'  J    Les  costumes  et  les  armes  sont  d'une  grande  somptuosité  et  d'une  coloration 

éclatante  qui  contrastent  heureusement  avec  les  tons  blancs  de  la  fustanelle. 


N"  86  :  Nègre  à  cheval 


Lithographie. —  H.  o™i64,  L.  o"'2ro.  —  Vente  posthume, 
trois  épreuves  :  32  francs. 

Les  jambes  et  les  bras  nus,  coiffé  en  arrière  d'une  petite  calotte 
de  forme  conique,  vêtu  d'une  veste  sans  manches  et  d'un  jupon 
blanc,  le  nègre  monte  un  cheval  de  race  anglaise  vu  de  profil  et 
marchant    au  pas  relevé  vers  la  droite,  au  milieu  d'une  vaste 
-«"^    plaine.  L'animal,  en  simple  tapis  de  selle  sans  surfaix  apparent, 
,    çi_r-T^    est  bridé;  les  branches  du  mors  sont    visibles    et    l'on  aperçoit 
,i^  sj-^gj    un  gland  de  soie  floche  attaché  à  la  sous-gorge.  La  tète  du  cava- 
lier paraît  petite,  mais  on  ne  considérera  que  la  justesse  et  l'ai- 
sance du  mouvement. 
La  lithographie  n'est  pas  signée  en  toutes  lettres,  elle  l'est  seulement  des  initiales  E.  D. 


Année   1824 


Delacroix  et 


N°  87  :  Milton  soigné  par  ses  filles 

Toile.  —  H.  o™oo,  L.  o"'oo(?)  —  Salon  de  1827.  — Au  duc  de 
Fitz-James.- — Cat.  A.  Moreau,  p.  170. 

Ce  tableau,  peint  en  1824,  exposé  à  la  Société  des  Amis  des  Arts, 
puis  au  Salon  de  1S27,  fut  acheté  par  M.  le  duc  de  Fitz-James  et 
passa  en  Angleterre.  Nous  en  donnons  une  idée,  pensons-nous,  en 
reproduisant  un  croquis  à  la  plume  de  o"M75  suro"'iqo  de  la  collec- 
tion Riesener. —  Si  M.  Moreau  ne  lui  assignait  expressément  la  date 
1S24,  nous  aurions  reporté  l'exécution  de  ce  tableau  après  le  voyage 
de  Londres,  qui  est  de  l'année  i825.  C'est  à  partir  de  ce  moment, 
en  effet,  que  le  grand  courant  passionné  des  poètes  anglais,  Shakes- 
peare, Byron  et  aussi  Walter  Scott,  pénétre  dans  l'âme  de  Eugène 
y  dépose  le  germe  des  plus   hautes  concuptions  romantiques. 


iS24 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


29 


N°  88  :  Le  Tasse  dans  la  Maison  des  Fous 


Toile.  —  H.  o"'4g,  L.  o™6o.  —  Signé,  non  daté.  — 
Salon  de  1839. —  Exposition  universelle  de  i855.  — 
Vente  A.  Dumas  fils,  i865  :  14,000  francs. —  Vente 
Khalil  bey,  1868  :  lô.Soo  francs.  —  Vente  Carlin, 
1872  :  40,000  francs.  —  Gravé  à  Peau-forte  par  L.  Fla- 
meng.  • —  Lithographie  en  sens  inverse  par  Mouilleron, 
pour  la  publication  Le  Mont  Carmel  et  les  chrétiens 
d'Orient  (1844).  —  Gravé  sur  bois  dans  le  vrai  sens  pour 
le  Monde  illustré  (num.  du  11  janvier  1868).  — Cat.  A. 
Moreau,  pp.  92,118,119,144,160,  191,257,287,323. 
Les  fous  regardent  curieusement  le  poète  assis  et  qui  détourne 
sa  tête  pensive  appuyée  sur  la  main  gauche.  Dans  le  fond,  un  gardien  fait  claquer  son  fouet. 

—  Cet  admirable  tableau  fut,  d'après  M.  Moreau,  exposé  au  Salon  de  iSSg.  Il  ne  figure  pas 
au  livret,  mais  ce  n'est  pas  une  raison  négative  pour  cette  époque.  Il  existe  plusieurs  varian- 
tes du  même  motif.  —  L'œuvre,  à  peu  près  achevée  à  cette  date  [1824),  fut,  comme  les  Natche^, 
mterrompue  par  le  Massacre  de  Scio  et  revue  et  signée  seulement  en  1825  pour  M.  Formé. 

—  Voirie  numéro  suivant  et  aux  années  1825  et  1S27. 


N°  89  :  Le  Tasse  en  prison 


Dessin.  —    Gravé   à    Teau-forte    par   A.    Devéria.    —    H.   o"'i79, 
L    o"i  i5.  —  Fragment  du  précédent.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  92. 

C  est  la  figure  isolée  du  poète  dans  le  tableau  précédent,  avec  de  sensibles 
différences  dans  le  costume  et  dans  l'ajustement  du  manteau  qui  recouvre 
ICI  lavant-bras  droit.  —  Dès  1S19,  Delacroix  se  montre  bien  vivement 
préoccupé  de  ce  noble  sujet.  «  N'est-ce  pas  que  cette  vie  du  Tasse  est  bien 
mteressante?  écrit-il  à  M.  Pierret.  Que  cet  homme  a  été  malheureux! 
Qu  on  est  rempli  d'indignation  contre  ces  indignes  protecteurs  qui  l'op- 
primaient sous  prétexte  de  le  garantir  de  ses  ennemis  et  qui  le  privaient 
de  ses  chers  manuscrits!  Que  de  pleurs  de  rage  et  d'indignation  il  a  dû 
\erser  en  voyant  que  pour  les  lui  enlever  plus  sûrement,  on  l'accusait  de 
folie  et  d'impuissance!  Qu'il  a  dû  de  fois  user  sa  tète  a.  ses  barreaux  en 
pensant  à  la  bassesse  des  hommes.  »  (Lettres,  publication  Burty.) 


N°  90  :  Etude  d'intérieur 


Aquarelle.  —  H.  o'"i55,  L.  o™2io.  —  Vente  posthume  :  5o  francs. 
—  Vente  Constant  Dutilleux  :  3  10  francs  à  M.  Burguières.  —  Litho- 
graphie à  la  plume  et  cliché  pour  le  catalogue  delà  vente  parAlf.  Ro- 
baut  :  o'"78  sur  o'"  i  o5 . 

Ce  n'est  pas  là  un  sujet  bien  intéressant,  diront  ceux  qui  demandent  il  la 
peinture  des  anecdotes  et  des  histoires.    Non,  assurément;  mais,  outre  les 

qualités    pittoresques  de  cette  charmante  aquarelle,  est-il   possible  de   rencontrer  une   plus 

lidèle  expression  de  l'intimité  d'un  ménage  de  garçon? 


3o 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1824 


N°9i  :  Massacre  de  Scio 


Toile.  —H.  4"'22,  L.  3"'57.  —  Salon  de  1 824.  ■ 
Acheté  par  l'Etat  :  6,000  francs.  —  Exposition 
universelle  de  i855. — Gravé  à  Teau-forte  par 
Masson.  —  Lithographie  par  Blanchard.  —  Gravé 
sur  bois  pour  Ylllustratinn  et  pour  l'Histoire 
des  Peintres.  —  Appartient  au  musée  du  Louvre. 
—  Cat.  A.  Moreau,  pp.  gS,  117,  142,  160,  167. 
Le  titre  exact  du  tableau  est  :  Scènes  des  massacres 
de  Scio.  La  peinture  était  achevée,  déposée  au  Lou- 
vre où  se  faisaient  alors  les  expositions  annuelles, 
quand  Delacroix  vit  les  tableaux  de  Constable  qu'un 
spéculateur  français  avait  envoyés  au  Salon.  11  fut 
tellement  frappé  de  l'admirable  facture  de  l'illustre 
paysagiste  qu'il  obtint  de  faire  descendre  son  tableau 
dans  la  salle  des  Cariatides  et  là  le  reprit  et,  en  quatre 
lours,  le  transforma  complètement  (voir  la  notice  de 
M.  Villot  sur  John  Constable).  M.  Lassalle-Bordes, 
qui  fut  un  des  praticiens  du  maître,  prétend  que 
celui-ci  retoucha  de  nouveau  le  tableau  en  1847,  au 
moment  où  il  terminait  la  coupole  du  Luxembourg. 
(1  II  trouvait  que  les  tons  avaient  poussé  au  jaune.  »  Après  le  Massacre  de  Scio,  M.  de 
La  Rochefoucauld,  alors  directeur  général  des  beaux-arts,  aurait,  d'après  les  Notes  de 
L.  Riesener,  fait  appeler  Eugène  Delà^croix,  non  pour  lui  commander  des  travaux,  mais  pour 
lui    recommander   a    de  dessiner  d'après  la  bosse  «. 

Delacroix  ne  connaissait  pas  la  Grèce,  où  il  n'avait  jamais  voyagé,  lorsqu'il  a  peint  le  Mas- 
sacre de  Scio;  cela  ne  l'a  pas  empêché  de  tirer  de  son  sujet  un  grand  effet  de  vraisemblance 
poétique  qui  s'élève  jusqu'à  la  terreur.  La  santé  de  la  main  a  rendu  fidèlement  la  fièvre  de 
la  pensée  qui  agitait  tous  les  esprits  en  1824  au  seul  nom  de  la  Grèce.  La  peste,  la  corrup- 
tion, la  mort  physique  et  la  mort  du  cœur  se  partagent  l'attention  troublée  par  cette  horrible 
scène  de  destruction,  où  la  vieillesse  s'hébête  de  folie,  où  l'enfance  affamée  s'attache  aux 
seins  taris  d'un  cadavre,  où  la  mâle  vigueur  s'écoule  en  flots  de  sang  par  de  béantes  bles- 
sures, où  la  beauté  virginale  est  livrée  dans  sa  pure  nudité  aux  meurtrissures  d'un  cheval 
furieux.  0  Ces  scènes  horribles,  dont  nul  ménagement  académique  ne  dissimule  la  hideur, 
a  dit  Théophile  Gautier,  ce  dessin  fiévreux  et  convulsif,  cette  couleur  violente,  cette  furie 
de  brosse  soulevaient  l'indignation  des  classiques  dont  la  perruque  frémissait  comme  celle  de 
Haeadel,  et  enthousiasmaient  les  jeunes  peintres  par  leur  hardiesse  étrange  et  leur  nouveauté 
que  rien  ne  faisait  pressentir.  Aujourd'hui,  le  Massacre  de  Scio  est  devenu  classique  à  son 
tour;  on  le  copie,  on  l'étudié,  on  l'admire.  «  C'est  l'Orient  et  sa  cruauté  dans  l'homme  et 
dans  la  nature  :  la  peste  et  le  meurtre. 


N°^  92,  93  :   Etudes  pour  le  Massacre  de  Scio 


Toile.  —  H.  c^qS,  L.  i"'3o.  —  Salon  de  1824.  —Vente  du  1 1  mai    1876,  à  l'hôtel 
Drouot  :  3,65o  francs  à  M.  Auguste  Vacquerie.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  167. 
La  plus  importante  est  une  étude  du  groupe  de  la  mère  couchée,  morte,  et  de  l'enfant.  II  en 
existe  une  autre  réduction  de  o"'4o  sur  o"'5o  qui  a  successivement  appartenu  à  MM.  Jeanron, 
Niel,  Martin,  Burty,  Barbcdienne,  Charly. 


1824 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


3i 


N°  94  :  Tête  de  vieille  femme  pour  le   Massacre  de  Scio 


Aquarelle. —  H.   o"'!/,  L.  o™i4.  —  Appartient  à  M.   A.  Robaut 
depuis  la  Vente  posthume. 

Cette  admirable  étude,  d'une  puissance  de  relief  extraordinaire,  d'une 
expression  saisissante,  avec  ses  yeux  glauques  ourlés  de  rouge  et  sa  bouche 
édentée,  tordue  par  l'âge,  cette  tête  si  curieusement  encapuchonnée  a 
été  visiblement  faite  d'après  nature  comme  une  .préparation  pour  la 
vieille  femme  du  Massacre  de  Scio,  dont  il  y  a  aussi  une  étude  peinte. 
La  vue  de  cette  admirable  aquarelle  me  remet  en  mémoire  un  passage 
de  la  très  remarquable  étude  de  Henri  de  la  Madeleine  :  «  Que  de  sottises 
n'a-t-on  pas  dites  et  "  redites  sur  le  dessin  de  Delacroix?  Vicieux,  extra- 
vagant, caricatural,  informe,  c'était  une  horreur  pour  les  calligraphes. 
effet,  comprendre  les  admirateurs  des  Favarger  ou  des  Vital  dans  ce  dessin 
prompt  comme  la  parole  même,  né  d'une  inspiration  impérieuse.  » 


N°  95  :  Tête  de  femme  pour  le  Massacre  de  Scio 


Toile. — H.o"'42,L.o™34. — Au  docteur Gebauer. — Cat.A.Moreau,p.i68 

Cette  étude,  conforme  à  l'exécution  définitive,  est  celle  de  la  femme  grecque 
accroupie  au  premier  plan  à  droite,  la  poitrine  découverte,  auprès  de  la  mère 
couchée  morte  et  dont  l'enfant  cherche  à  prendre  le  sein.  Nous  renvoyons 
l'amateur  curieux  de  pénétrer  le  secret  des  procédés  intellectuels  d'Eugène 
Delacroix  h  la  toile  que  nous  avons  reproduite  sous  le  n"  66.  Ce  rapproche- 
ment montre  avec  quelle  certitude  de  conception  et  d'exécution  il  trans- 
formait la  réalité  étroite  fournie  par  le  modèle  vivant.  C'est  le  mouvement  de 
l'Orpheline  de  1823  qui  est  devenu  celui  de  la  mère  de  1824. 


N°  96  :  Cavalier  grec  blessé 


Aquarelle.  —  H.  0^19,  L.  o™23.  —  Signé,  daté. 
Cette  aquarelle,  vernie  et  encadrée  sans  marge,  fait  l'eflet  d'une  pein- 
ture à  l'huile.  On  lit  au  bas,  h  gauche  :  «  Eug.  Delacroix  h  son  ami 
Th.  Fielding,  novembre  1824.  »  —  Ce  morceau  précieux  appartenait 
à  M.  Guillaume,  de  Bruxelles,  en  1874,  et  a  passé  depuis  entre  les 
mains  de  M.  Arthur  Stevens  et  de  M.  F.  Petit.  —  D'après  la  tradition. 
Thaïes  Fielding  aurait  collaboré  h  l'exécution  du  ciel  dans  IcMassacre 
de  Scio,  mais  j^ai  dit  comment  Delacroix,  par  des  reprises  successives 


en  1824  et  en  1847,  ne  laissa  rien  subsister  de  ce  premier  travail. 


N°  97  :  Mademoiselle  La. 


Toile.  —  H.  o"^6o,  L.  o™4o.  —  Non  signé  ni  daté.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  229. 

Cette  demoiselle  La...,  représentée  en  buste,  vêtue  d'une  robe  de  couleur  foncée  serrée  à  la 

taille  par  une  large  ceinture  à  haute  boucle,  est,  pensons-nous,  un  modèle  du  nom  de  Laurc. 


N°  9^  •  Aline  la  mulâtresse 


Toile.  —  H .  o'"6o,  L.  o"'48  —  Signé  à  droite  à  hauteur  de  l'épaule: 
Eug.  Delacroix.  —  Appartient  au  docteur  Gebaûer.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  229. 

Le  modèle,  vu  presque  de  face,  est  coiffé  d'un  vaste  turban  bleu.  La 
robe  grise,  très  ouverte,  est  fixée  au  corsage  de  dessous  par  une  large 
broche  de  forme  carrée,  dorée  et  ornée  de  pierres  de  couleur.  Un  châle 
rouge  descend  des  épaules  pour  envelopper  les  bras.  —  Malgré  l'indica- 
tion du  Catalogue  A.  Moreau,  cette  étude  est  signée  en  toutes  lettres. 
Nous  rectifions  aussi  les  dimensions.  —  M.  Moreau  catalogue  également 
une  variante  de  cette  étude,  non  signée  ni  datée,  dans  les  dimensions  de 
non  22),  variante  qui,  peut-être  même,  n'est  pas  de  la  main  de  Delacroix. 


N°  99  :  Aline  la  mulâtresse 


^"^ 


Toile.  —  H.  o™320,  L.  o"'235.  —  N"  igS  de  la  Vente  posthume  : 
3So  francs  à  M.  le  baron  Rivet.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  32 1. 
Cette  toile  n'est  pas  une  variante  des  précédentes,  c'est  une  étude  entiè- 
I  rement  nouvelle.  Le  modèle,  presque  de  face,  est  tourné  dans  le  sens 
I  opposé  (ici  à  droite).  Il  n'y  a  plus  ni  broche,  ni  châle,  ni  turban,  et  le 
nu  de  la  poitrine  est  beaucoup  plus  accusé.  Curieux  de  tout  ce  qui  pou- 
vait lui  offrir  un  élément  nouveau  décoloration,  Delacroix  étudiait  alors 
le  jeu  particulier  de  la  lumière  absorbée,  et  non  plus  réfléchie,  par  la 
peau  dans  les  races  où  la  nature  a  varié,  comme  un  fondeur  merveilleux, 
toutes  les  patines  du  bronze. 
--''  11  existe  encore  d'autres  études  de  femme  en  buste  vêtu,  non  signées  ni 
datées  d'ailleurs,  et  de  dimensions  variées,  généralement  de  o™73  sur  o™6o  ou  de  o™35  sur 
o"'22.    L'une  des  plus  intéressantes  figure  sous  le  numéro  97. 


.^ 


-'^M 


N°  100  :  Scène  de  «  Don  Juan 


'i  Toile.  —  H.  o'"54,  L.  o"'44.  —  Signé.  —  Salon  de  i838.  — 
Appartient  à  M.  Marmontel.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  177. 
C'est  une  scène  du  dernier  acte,  celle  du  souper.  Don  Juan  répond 
par  des  railleries  aux  larmes  de  dona  Elvire  qui  le  supplie  d'ab- 
jurer son  impiété,  quand  Leporello  annonce  l'arrivée  du  Comman- 
deur. En  entendant  les  pas  lourds  de  la  statue,  don  Juan,  d'un 
air  de  défi,  se  soulève  à  demi  sur  son  fauteuil.  La  porte  s'ouvre, 
et  Leporello  recule  avec  des  gestes  de  terreur  effarée. —  Ce  tableau, 
int  dans  une  gamme  de  tons  un  peu  sombre,  ne  fut  exposé  qu'en 
iS38.  A  cette  époque,  Delacroix  terminait  le  salon  du  Roi  à  la 
-^  Chambre  des  députés;  il  tenait  cependant  à  ce  que  son  nom  figurât 
au  livret  du  Salon.  C'est  alors  qu'il  se  sera  décidé  à  envoyer  ce 
tableau  peint  en  1824  et  qui  opposait  une  note  sévère  aux  splen- 
deurs de  la  Médée  et  des  Couvulsionnaires.  Quelle  variété  de  génie  chez  le  peintre  qui 
pouvait  exposer  la  même  année  trois  ouvrages  d'un  caractère  si  différent! 


i824 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


33 


N°  loi  :  Cheval  effrayé  par  Torage 


Aquarelle.  — 
de  Schwiter. 


H.  o™235,  L.  oni32o.  —  Appartient  à  M.  le  baron 


M.  le  baron  Je  Schwiter  futundes  meilleurs  amis  de  Eugène  Delacroix, 
qui  lui  légua,  en  mourant,  un  tableau  de  Watteau,  un  de  Chardin  et 
un  grand  paysage  inachevé  de  Thaïes  Fielding  et  le  désigna  pour 
concourir  au  classement  de  ses  dessins.  Il  avait  reçu  cette  précieuse 
aquarelle  d'un  si  beau  mouvement,  en  échange  d'une  collection  d'em- 
preintes de  médailles  que  Delacroix  a  maintes  fois  dessinées.  Voir  années  1824  et  1S25. 


N°  102  :  Cheval  arabe 


Sépia.  —  H.  o'"i9,L.  o'"23. —  Appartenaità  mad.  Leblond. 

L'admirable  observateur  que  Delacroix!  Tout  homme  qui  aura 
partagé  la  vie  d'un  camp  de  cavalerie  demeurera  frappé,  comme 
nous  le  sommes  en  face  de  ce  dessin,  du  développement  extraor- 
dinaire de  cette  faculté  chez  le  maître.  Bridé,  sellé,  harnaché, 
l'animal  s'est  détaché  du  piquet.  Avec  quelle  gaieté  d'enfant  mutin, 
quelle  innocente  malice,  il  s'échappe  d'un  trot  léger  pour  le  plaisir 
de  faire  courir  son  gardien,  ici,  un    Arabe  !   Il  n'y   met   pas  de 


méchanceté,   l'aimable  animal;  tout  à  l'heure,  il  se  laissera  reprendre,  remettre  au  piquet. 


N°  103  :  Scène  du  Sabbat 


Toile.  —  H.  o"'3i,  L.  o'^Sg.  —  N"   142   de  la  Vente  posthume  : 
410  francs  à  M.  Haro. 

C'est  une  simple  ébauche,  intéressante  surtout  par  la  belle  disposition  de 
la  ligne  diagonale  qui,  des  masses  de  rochers  placés  a  gauche,  s'élève  vers 
les  hautes  ruines  en  forme  de  falaises  qui  dressent  leurs  cimes  dans  le 
vaste  ciel  et  vers  lesquelles  s'élance,  comme  à  l'assaut,  la  bande  des  sor- 
ciers, larves,  lémures,  afrites,  goules,  lamies,  psylles,  brucolaques  et 
autres  esprits  nocturnes. 

N°  104  :  La  fiancée  de  Lammermoor 

Aquarelle.  —  H.  o"'i85,  L.  o'"265.  —  Vente  Villot,  iSjS  : 
45  francs.  —Appartient  à  M.  Marquet  de  Vasselot,  statuaire. 
a  On  entra  dans  l'appartement,  et  la  première  chose  qu'on  vit  fut  le 
corps  de  Bucklaw  étendu  derrière  la  porte  et  nageant  dans  son  sang.  « 
C'est  une  des  dernières  scènes  du  roman  de  Walter  Scott,  une  indi- 
cation plutôt  qu'une  œuvre  définitive.  Delacroix  reviendra  plus  tard, 
en  1827,  au  même  roman  et  choisira  un  autre  motif.  —  A  la  vente 
Villot,  du  6  décembre  iSyS,  cette  aquarelle  fut  réunie  à  un  dessm  à 
la  mine  de  plomb  d'après  Géricault;   le   prix  de  45  francs  porte  sur  ce  lot  de  deux  pièces. 


H 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


1824 


N"  10)  :  Portrait  en  pied  de  M.  Soulier 


Toile.  —  H.  i'"42,  L.  r 
tient  à  M.  Soulier  tils. 


'10.  —  Ni  signé  ni  daté   —  Appar- 


Peinture  inachevée.  La  tête  et  la  main  droite  seules  sont  termi- 
nées ou  à  peu  près;  le  reste  n"est  qu'indiqué,  quoique  la  toile  soit 
couverte  partout.  —  L'œuvre  a  été  peinte  dans  l'atelier  de  De- 
lacroix dont  on  reconnaît  les  propres  meubles.  Le  maître  eut 
toujours  le  désir,  qu'il  ne  réalisa  pas,  d'achever  ce  portrait.  On  le 
rendit  au  modèle  à  la  mort  de  Delacroix.  —  M.  Soulier,  le  teint 
pâle,  les  cheveux  châtain  foncé,  vêtu  de  drap  bleu  sombre,  est  assis 
de  face,  les  jambes  croisées,  la  main  gauche  appuyée  sur  un  livre 
posé  à  plat  sur  sei  genoux.  Le  fauteuil  et  le  canapé,  les  mêmes 
que  dans  le  portrait  de  M.  F.  Villot,  sont  en  bois  d'acajou  et  re- 
couverts d'étoffe  verte.  Dans  le  fond,  une  draperie  rouge  et  la 
fameuse  guitare  que  nous  avons  déjà  vue  dans  un  précédent  por- 
trait de  M.. Soulier.  — Ajoutons,  pour  compléter  les  renseigne- 
à  donnes  sur  cet  excellent  ami  de  Delacroix,  que  M.  Soulier  avait  étudié  l'aqua- 
l'atelier  de  Copley  Fielding,  à  Londres,  et  que  c'est  par  lui  et  chez  lui,  dans  la 
de  la  place  Vendôme,  que  Delacroix  connut  Thaïes  Fielding.  (Voir  n^^Go  à  63.) 


N°  106  :  Le  modèle  Rose 


Toile.  —  H.o™32,  L.  o"'48.  —  Au  docteur  Gebaûer. 

D'une  lettre  sans  date  à  M.  Pierret  (M.  Burty  dit  «  vers  i  823  »,  nous 
nous  crovons  dès  lors  autorisé  à  adopter  1824),  nous  détachons, 
malgré  là  dernière  ligne  un  peu  libre,  les  lignes  suivantes  qui  se 
rapportent  manifestement  h  notre  étude  :  0  ...  Je  suis  fâché  de  ne 
t'avoir  pas  vu,  mon  petit  ami.  Mais,  du  moins,  fais-moi  le  plaisir  de 
m'en  dédommager  en  venant  demain  travailler  avec  moi.  J'aurai 
modèle  depuis  sept  heures  du  matin,  rue  de  Sèvres,  n°  11...  J'avais  tâché  de  déterminer 
Félix  (Guillemardet,  qui  faisait  son  droit)  à  venir  nous  tenir  compagnie  demain.  Mais  il  m'a 
dit  que  le  régime  dotal  l'emporterait  sur  le  fessier  de  mademoiselle  Rose  pour  cette  fois.  « 


croi 


N°  107  :  Scène  d'adieux 

tf'*-"    Aquarelle.  —  H.  o"M5o,  L.  o"'io5.  —  Appartient  à  M.  Haro. 
f^rîjii^     Les  amants,  au  moment  de  se  séparer,  se  tiennent  étroitement  embrassés 
'~~'^tJ^'     dans   l'allée   verdoyante  d'un  parc.  —  Encore  un  projet  abandonné  (Voir 
'     n"  1 1  4).  <(  Si  je  ne  suis  pas  agité  comme  le  serpent  dans  la  main  de  la  Pytho- 
nisse,  je  suis  froid:  il  faut  le  reconnaître  et  s'y  soumettre.  Tout  ce  que  j'ai 
fait  de  bien  a  été  fait  ainsi.  »  (Extrait  des  agendas  de  Eugène  Delacroix,  dans 
le   catalogue  imprimé  et   non  livré  au  public  de  la    magnifique   collection 
léguée  par  M.  Alfred  Bruyas  au  musée  de  Montpellier.  Ce  catalogue  avait 
été  rédigé  par   le  donateur  avec    la  collaboration  infiniment  précieuse   de 
Théophile  Silvestre).  —  La  scène  n'est  pas  à  ce  point  particularisée  qu'il  y 
ait  le  moindre  intérêt  à  nommer  ces  amants.  Cela  importe  peu,  car  Dela- 
X  ne  s'y  est  arrêté  que  pour  indiquer  le  mouvement  d'un  groupe  de  deux  figures. 


N°  io8  :  Les  Natchez 


Toile.   —  H.  o"'90,  L.  i^^ie.  —  Signé  à  droite.  —  Salon  de 

i835.  —  Vente  Paturle,  28  février  1872:  19,000  francs  à 
M.  Febvre.  — Gravé  à  Feau-forte  :  0^097  sur  o"' 128  par 
Bracquemond  pour  le  catalogue  de  cette  vente.  —  Cat.  A. 
Moreau,  pp.  8g,  160,  175,  252. 

Inutile  de  dire  que  le  sujet  est  emprunté  à  Chateaubriand.  Fuyant 
le  massacre  de  leur  tjibu,  les  deux  jeunes  sauvages  remontent  le 
cours  du  Meschacebé.  Pendant  le  voyage,  la  jeune  femme  a  été 
prise  des  douleurs  de  l'enfantement.  Les  Natchez  ont  quitté  leur 
pirogue;  le  père,  agenouillé  sur  le  sable,  tient  dans  ses  bras  le  nouveau-né  que  la  mère, 
assise  sur  le  sol,  regarde  avec  tendresse.  —  L'exécution  du  Massacre  de  Scio  interrompit 
celle  des  Natchez.  Ce  dernier  tableau  était  déjà  fort  avancé  h  cette  date.  Cependant,  il  ne 
parut  qu'au  Salon  de  i835.  Mis  en  loterie  à  Lyon,  au  profit  d'une  œuvre  de  bienfai- 
sance, en  iSjS,  par  M.  Rivet,  préfet  du  Rhône  et  ami  du  maître,  il  fut  gagné  par  M.  Pa- 
turle. Il  avait  été  payé  1,200  francs  à  l'artiste,  qui  écrivit  à  M.  Rivet,  après  le  tirage  de  la 
loterie^  :  «  Que  j'aurais  désiré  que  mon  triste  tableau,  s'il  vous  a  plu  le  moins  du  monde, 
vous  tût  échu!  Je  crains  bien  qu'il  ne  se  présente  de  sitôt  sous  ma  main  un  sujet  aussi 
conciliant,  si  je  puis  parler  ainsi.  Mes  inclinations  tragiques  me  dominent  toujours  et  les 
Grâces  me  sourient  rarement...  » 


N°^  109,  no,  III,  1 12  :  Feuilles  de  croquis  d'après  l'antique. 


I  "  Médailles  et 
monnaies. —  Des- 
sin à  la  plume. 
—  H.  o'"i95,  L. 
o"3oo.  —  Appar- 
tient à  M.  Burty. —  Publié  en  fac-similé  dans  V Autographe 
au  Salon,  n^imévo  du  10  juin  1864. 
2»  Fragments  étrusques.  —  Dessin  au  crayon.  — H.  o"^i3o,  L.  o"'20o.  —  Mêmes  indi- 
cations complémentaires  que  ci-dessous. 

3"  Médailles.  —  Dessin  à  la  plume.  —  H.  o™ioo,  L.  0^170.  —  Lithographie  de 
mêmes  dimensions  par  Alfred  Robaut,  dans  la  troisième  série  de  ses  «  Fac-similés  de 
croquis  et  dessins  originaux  de  Eug.  Delacroix,  1 865,  chez  l'auteur  »  Planche  tirée 
à  dix  épreuves  seulement,  non  publiée. 

4°  Médaille  de  Syracuse.  —  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  Diamètre  o"'o6o.  — • 
Mêmes  indications,  sauf  le  chiffre  du  tirage  qui  est  de  i5o  et  le  numéro  delà  série,  qui 
est  la  première.  La  médaille  orne  la  couverture  de  cette  série. 

Delacroix  avait  étudié  l'antique  avec  la  passion  qu'il  apportait  à  toute  chose.  Nous  l'avons 
vu  (n"  loi)  échanger  une  aquarelle  importante  contre  une  collection  d'empreintes  de  médailles, 
celles-là  mêmes  assurément  d'après  lesquelles  les  croquis  que  nous  donnons  ici  furent 
exécutés.  Médailles,  pierres  gravées,  trépieds,  carquois,  figures  d'ornement,  animaux  symbo- 
liques, tètes  casquées,  etc.,  ce  que  Delacroix  recherche  dans  ces  dessins  au  trait,  c'est  le  type 
essentiel  de  l'objet,  ce  qui  caractérise  cet  objet,  en  éliminant  l'accident  et  jusqu'au  détail 
pittoresque.  De  là  cette  grandeur. 


36 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


1824 


N°  113  :  Mort  de  Caton 


nous  fait  1 
conserve  1' 


Toile.  —  H.  o™6o,  L.  o"'44.  ■ —  Lithographie  par  J.  Laurens  : 
o'"23  suro"'i7.  — Appartient  au  musée  de  Montpellier,  galerie 
Bruyas. 

C'est  une  académie  que  Delacroix  a  reprise  et  complétée  en  lui  don- 
nant l'intérêt  d'une  composition.  On  se  demande  si  le  maître  n'eut  pas 
alors  la  pensée  de  se  mesurer  avec  Louis  David,  qui  exposait  précisé- 
ment au  Salon  de  1824  une  figure  académique  dans  une  attitude  ana- 
logue. Cette  académie  de  David  était  très  célèbre  dans  les  ateliers.  Il 
l'avait  peinte  en  1779,  pendant  son  pensionnat  de  Rome.  Elle  servit 
longtemps  de  modèle  à  ses  élèves  avec  une  autre  académie  d'homme  vu 
de  dos.  Cette  dernière  était  connue  sous  le  nom  d'Hector;  la  première, 
qui   est  au   Louvre,  sous  le  nom  de  Patrocle.  Le  Caton  de  Delacroix 

|effet  d'une  réminiscence  très  intentionnelle  du  Patrocle.   Malgré  tout,    l'œuvre 

allure  tendue  des  morceaux  académiques. 


N°  1 14  :  Camp  romain 


Aquarelle.  —  H. 
bas  à  gauche.  — 
\illot. 


D"'i55,  L.  o-^ 
Appartient 


Î95.  —  Signé  au 
à    M.    Georges 


C  est  là  un  des  innombrables  projets,  moins  que 
i.ela,  une  des  innombrables  pensées  qui  traversèrent 
le  cerveau  de  Eugène  Delacroix  en  son  incessante 
activité,  pensée  non  réalisée  cette  fois.  Aura-t-il 
manqué  d'obstination?  0  Sorti  d'un  travail,  »  a-t-il 
écrit  quelque  part,  0  impossible  de  s'y  remettre.  11  y 
a  une  croûte  à  rompre  pour  s'y  remettre  de  cœur, 
quelque  chose  comme  un  terrain  rebelle  qui  repousse  le  soc  et  la  houe.  Mais  après  un 
peu  d'obstination,  cette  rigueur  s'évanouit.  Tout  à  coup,  il  est  prodigue  de  fleurs  et  de  fruits, 
on  ne  peut  suffire  à  les  cueillir.  « 


N°  1 1 5  :  Portrait  d'Abel  Widmer 


Toile  ovale.  —  H.  o™6o,  L.  o"'5o.  —  Appartient  à  M.   Arosa. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  23o. 

En  1824,  puis  en  1825,  et  de  1828  à  1834,  avec  une  lacune  en  i83i, 
Delacroix  fit,  au  prix  de  cent  francs,  pour  son  ami  M.  Goubau,  chef 
d'institution,  le  portrait  à  l'huile,  en  buste,  des  élèves  lauréats  au  con- 
cours général.  M.  Goubau  est  le  fondateur  du  collège  Chaptal.  Dans  le 
principe,  la  pension  portait  le  titre  de  Institution  Saint-Victor  et  était 
située  rue  Chantereine,  devenue  rue  de  la  Victoire.  C'est  en  i  S3o 
qu'elle  fut  transférée  rue  Blanche,  où  elle  devint  collège  Chaptal,  au- 
jourd'hui boulevard  des  BatignoUes.  Le  lauréat  de  1824  s'appelait  Abel 
Widmer.  Redingote  bleu  foncé,  gilet  montant,  col  et  cravate  blanche 
Widmer  mourut  très  jeune,  vers  i833. 


i825 


L'ŒUVRE  DE   DELACROIX 


Année   1826 


N°  116  :  Desdemona  et  Emilia 


Appartient  à  M.  Soulier  fils.  —Non 


Toile.  —  H.  o"'24,  L.  o"' 
catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  la  dernière  scène  du  quatrième  acte  d'Othello,  dans  l'appartement  de 
Desdemona.  Othello,  Lodovico  et  les  gens  de  leur  suite  sont  sortis.  Emilia 
commence  de  défaire  sa  maîtresse,  la  romance  du  Saule  est  chante'e. 
La  conversation  s'engage  sur  l'infidélité  des  femmes.  «  desdemona. 
Oh!  ces  hommes!  ces  hommes!  ...  Crois-tu  en  conscience,  dis-moi  cela, 
Emilia,  qu'il  y  ait  des  femmes  qui  offensent  leur  mari  d'un  si  gros  outrage. 
—  ÈMiLiA.  Il  y  en  a  de  telles,  cela  n'est  pas  douteux...  —  desdemona.  Je 
ne  crois  pas  qu'il  existe  une  telle  femme.  — emilia.  Oui,  il  en  existe  par 
douzaines,  et  autant  encore  par-dessus  le  marché  qu'il  en  faudrait  pour 
peupler  le  monde  pour  lequel  elles  auraient  joué....»  Suit  le  grand  monologue  d'Emilia  qui 
se  termine  par  ces  mots  :  «  Ainsi  donc,  que  nos  maris  nous  traitent  bien,  ou  bien  qu'ils 
sachent  que  nos  péchés,  ce  sont  leurs  péchés  qui  nous  les  enseignent,  »  et  auquel  l'innocente, 
la  triste  Desdemona  coupe  court  par  ces  mots  :  «  Bonne  nuit,  bonne  nuit;  que  le  ciel 
m'accorde  des  mœurs  qui  me  permettent  non  de  tirer  le  mal  du  mal,  mais  de  me  corriger 
par  le  mal!  »  Elles  sortent.  Le  drame  approche,  la  fin  tragique  qui  arrêtera  Delacroix  plus  tard 
en  1848  et  en  i85o. 


N°  117  :  Macbeth  consultant  les  sorcières 


Lithographie.  — H.  o'"322,  L.  o"'25o.  —  Premier  e'tat.  "Ventes 
de  la  Combe,  i863  :  72  francs;  Dubois,  1866  :  3o  francs.  — 
Deuxième  état.  Vente  Parguez,  1861  :  25  francs.  —  Troisième 
état.  Vente  posthume  1864  (cinq  épreuves)  :  5i  francs;  Ventes 
Burty,  Paris,  décembre  1874:  3o  francs;  Burtv,  Londres,  1876: 
20  francs ;Villot,  1875  (mauvaise  épreuve):  16  francs;  Sensier, 
décembre  1877  :  10  francs.  —  Quatrième  état.  Vente  Soleil, 
janvier  1872:  7  fr.  — Cinquième  état.  Vente  Langlais,  1868, 
(deux  épreuves):  3  fr.  5o. —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  40,  41. 

Le  premier  état,  dont  il  n'a  été  tiré  que  six  épreuves,  ne  porte  ni  signa- 
ture ni  lettre,  les  bords  ne  sont  pas  rectifiés.  —  Dans  le  deuxième 
état,  certains  clairs  ont  été  ajoutés  à  la  pointe  avec  la  signature  à 
gauche.  0  E.  Delacroix  »,  sans  lettre,  bords  rectifiés.  —  Troisième  état.  Au  bas  à  droite, 
«  Lith.  de  G.  Engelmann  »;  au  milieu,  0  Toil  and  trouble,  fire  burn,  and  cauldron  bubble» 
(c'est  le  refrain  des  sorcières  dans  la   scène  de  la   caverne  qui  ouvre   le  quatrième  acte  de 

«  Macbeth  :   »   «    Double,    double  toil    and   trouble,  etc Redoublons  de  travail   et  de 

peine;  brûle,  feu  ;  bouillonne,  chaudron)  ».  —  Quatrième  état,  non  signalé  par  M.  Moreau  ; 
Le  nom  de  G.  Engelmann  effacé;  il  ne  reste  que  les  mots  «  Lith.  de  »  (épreuve  de  la  Vente 
Soleil).  —  Cinquième  état.  En  bas  à  droite  :  «  Imp.  Bertauts,  R.  Rodier,  Paris  »;  au  milieu  : 
(I  Macbeth  »  et  le  texte  de  Shakespeare. 


38 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


1825 


N°  118  :  Macbeth  consultant  les  sorcières 

Xoile. —  H.  o"'32,  L.  o'"25. —  Sans  changements.  — Appartient  à  M.  Albert  Hccht. 
Macbeth  debout  en  costume  écossais  a  pénétré  dans  la  caverne  ténébreuse  où  les  trois  sor- 
cières se  tiennent  accroupies  autour  d'un  chaudron  bouillant,  et  les  interroge  :  «  Je  vous  en 
conjure,  par  la  science  que  vous  possédez,  quelle  que  soit  la  manière  dont  vous  l'avez  ac- 
quise, répondez-moi.  »  —  Admirable  interprétation  de  cette  admirable  scène! 
Dans  l'exécution  de  cette  toile  étrange,  Eugène  Delacroix,  se  souvenant  du  procédé  litho- 
graphique qu'il  avait  adopté  pour  l'exécution  du  numéro  précédent,  a  travaillé  en  rnaints 
endroits  la  pâte  avec  une  pointe  ou  le  manche  d'une  brosse,  de  même  qu'il  avait  traité  la 
pierre  à  coups  de  grattoir. 


N° 


119 


Portrait  de  M.  Jérôme 


Dessin  ou  sépia.  —  H.   o™i29,  L.  o™85o.  —  Gravé  à  l'aquatinte, 
par  Hocquart.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  io5,  106. 

Eugène  Delacroix  interrogé  par  M.  Burty  au  sujet  du  dessin,  lui  répond 
le  24  janvier  1862  :  «  Je  n'ai  aucun  souvenir  de  AL  Jérôme,  ni  d'avoir 
rien  fait  qui  ait  trait  à  cela.  »  M.  Burty  ajoute  cependant  :  a  Quoi  qu'en 
dise  Delacroix,  la  gravure  qui  parut  en  tête  du  Manuscrit  de  feu  M.  Jé- 
rôme (Paris,  1825,  un  vol.  in-b",  fatras  politico-économique,  publié  par 
François  de  Nantes),  dut  être  gravée  d'après  une  sépia  de  lui.»  C'est  par 
suite  d'un  lapsus  que  M.  Burty  a  écrit  François  de  Nantes,  il  s'agit  ici 
de  François  de  Neufchâteau,  écrivain  et  homme  d'État,  né  h  SafFais 
(Meurthê),  en  ijSo,  mort  en  1828,  membre  de  l'Institut,  classe  des 
Lettres,  en  1797;  poète  et  auteur  dramatique  médiocre  qui  publia,  de 
1810  à  1828,  plusieurs  ouvrages  sur  l'agronomie.  —  Nous  reproduisons 
la  lettre  de  l'aquatinte  :  En  haut,  au  milieu  :  «  Ceci  est  le  véritable  portrait  de  feu  Monsieur 
Jérôme  »;  en  bas,  à  gauche:  «  Delacroix  del.  »;  à  droite  :  «  Hocquart  jeune,  sculp.»;  au  milieu  : 
«  'Venez  avec  moi  dans  le  pays  des  loups,  peut-être  y  trouverez-vous  quelque  chose  à  ap- 
prendre. » 


N°  120  :  Portrait  de  Désiré  Pellerin 


Toile.  —  H.  o"^6o,  L.  o"'5o.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  A  appar- 
tenu à  MM.  Rigaut  et  Alfred  Rehaut,  aujourd'hui  dans  la  collection 
de  M.  de  Beurnonville.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  23o. 

Désiré  Pellerin  était  un  élève  de  l'Institution  Saint-'Victor  dirigée  par 
M.  Goubau,  ami  de  Eugène  Delacroix.  Nous  avons  dit  (voir  noiiS,  année 
1824I  dans  quelles  conditions  le  peintre  déjà  célèbre  fit  pendant  sept  ans 
ks  portraits  des  élèves  de  cette  pension  qui  remportaient  des  prix  au 
Concours  général.  Le  lauréat  de  1S25  pour  le  second  prix  de  Géographie, 

Liasse  de   sixième,  était    Désiré  Pellerin.    C'est  bien  un    type   de   jeune 

piocheur  tout  d  ins  sa  physionomie,  ces  cheveux  incultes  que  le  passage  habituel  de  la  main 
a  redresses,  It  Iront  puissant,  le  regard  de  ces  yeux  bleu  foncé,  la  bouche  ferme  révèlent 
l'énergie  et  la  constance  de  la  volonté.  Habit  noir-bleu,  gilet  jaune  à  raies  brunes,  gants  gris- 
ardoise.  Comme  Abel  Widmer,  le  lauréat  du  second  prix  de  Mathématiques  élémentaires 
en  1824,  et  qui  survécut  dix  ans  à  peine  h  son  succès.  Désiré  Pellerin  mourut  jeune,  en  1837. 


N°  1 2 1  :  Portrait  de  Mademoiselle  Claire  Pierret 


Toile.  —  H.  o'"39,  L.  o^S  i . 
à  madame  veuve  Pierret. 


Non  signé  ni  daté.  —  Appartient 


C'est  à  M.  J.-B.  Pierret  que  Delacroix,  pendant  son  séjour  h  Londres,  aux 
mois  de  mai,  juin,  juillet  et  août  1825,  écrit  le  plus  souvent  et  avec  le 
plus  d'eftusion.  Ces  lettres  sont  charmantes  et  l'on  y  voit  poindre  le 
germe  de  ses  grandes  et  prochaines  compositions  shakespeuriennes.  Telle 
est,  par  exemple,  celle  du  27  juin  :  n  J'ai  vu  Richard  III^  joué  par  Kean 
qui  est  un  très  grand  acteur,  quoi  qu'en  dise  l'ami  Duponchel  qui  l'ap- 
pelle le  Philippe  de  l'Angleterre  (Philippe  était  un  célèbre  auteur  de 
mélodrame).  Je  ne  saurais  être  de  son  avis.  Young  ne  me  plaît  pas 
autant.  Je  l'ai  vu  dans  plusieurs  pièces,  entre  autres  la  Tempête  qu'on  a  remise  à  la  scène. 
On  a  changé  le  commencement  de  Richard  :  au  lieu  de  la  mort  de  Clarence,  ils  ont  mis  la 
mort  de  Henri  VI,  qui  est  aussi  de  Shakespeare;  mais  dans  la  deuxième  partie  de  Henri  VI, 
Richard,  qui  n'est  encore  que  Glocester,  vient  dans  sa  prison  et  l'assassine  à  coups  d'épée.  Ce 
moment  a  été  terriblement  rendu  par  Kean,  ainsi  que  mille  autres  dont  je  ne  manquerai  pas 
de  te  rebattre  les  oreilles.  J'ai  vu  aussi  Othello  par  lui.  Les  expressions  d'admiration 
manquent  pour  le  génie  de  Shakespeare  qui  a  inventé  Othello  et  lago.  Je  suis  obligé  à 
mon  grand  regret  de  manquer  une  représentation  demain  où  Young  doit  jouer  le  rôle 
de  lago  avec  Kean  dans  Othello.  Quoique  à  des  théâtres  différents,  ils  se  réunissent  pour 
un  bénéfice.  Je  pense  voir  aussi  Hamlet.  »  Et  au  mois  d'août  :  n  Je  suis  inconsolable  d'avoir 
manqué  Hamlet,  par  Young.   »  Il  le  vit  plus  tard  et  y  trouva  son  propre  Hamlet. 


N°  122  :  Portrait  de  Fabbé  Martial  Marcet 


Litliographie.  —  H.  o'"i3o, 
Vente  Sensier  :  7  francs. 


L.  125. — ^  Vente  Parsuez   :    6    francs.   — 


Le  jeune  ecclésiastique  est  représenté  en  buste,  en  soutane  et  rabat,  tête  nue  et 
de  trois  quarts.  La  légende  de  la  lithographie  relevée  par  M.  Moreau  manque 
de  clarté.  Nous  la  reproduisons  en  signalant  le  vague  que  la  présence  de  deux 
noms  d'artistes  fait  planer  sur  l'authenticité  de  l'attribution  :  «  En  bas,  à 
gauche:  «  Devéria  d'après  nature  »;  à  droite  :  «  Eug.  Delacroix  u;  au  milieu  : 
«  Lith.  de  Langlumé  et  G",  —  M.  Martial  IVIarcet  ». 


N°  I2J  :  Portrait  de  M.  Pierret 

Toile.—  H.  o™32,  L.  o"'24. —  N°  yj  de  la  Vente  postliume  :  600  francs 
à  M.  Bornot.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  23o,  3i3. 

Le  vieil  ami  de  Eugène  Delacroix,  dont  nous  avons  déjà  vu  le  portrait  plusieurs 
fois,  est  représenté  ici,  assis  les  jambes  croisées,  le  coude  gauche  appuyé  sur 
une  table.  Il  est  coiffé  d'un  large  turban  et  revêtu  d'un  costume  turc  composé 
d'une  tunique  vert  foncé,  rehaussée  de  passementeries  d'or  et  d'une  ceinture 
d'un  ton  violet  neutre.  La  table  sur  laquelle  il  est  accoudé  est  d'un  ton  violet 

.    rougeàtre.  —   Cette   belle  étude   de  costume  pour   laquelle  posa  M.  Pierret, 

n'est  pas  signée.  Elle  resta  dans  l'atelier  de  l'artiste  jusqu'à  sa  mort.  Delacroix  l'a  souvent 
consultée,  notamment  pour  le  Turc  à  la  Selle  (1828)  et  pour  le  Turc  assis  (184G). 


40 


L'ŒUVRE   DE  DELACROIX 


1825 


N°  124  :  Portrait  de  M.  Washington 

Toile.  —  H.  o"'46,  L.  o'"35.    —  N°  76  de  la  Vente  posthume.  —  Appartient  à  ma- 
dame Pastré  de  Regny.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  23o. 

M.  Washington  était  également  un  ami  de  Delacroix  qui  l'a  représenté  debout,  en  costume 
grec,  et  tenant  un  fusil  à  la  main. 

N  -  1 2  5  :  Portrait  de  M.  Soulier 

Toile.  —  H.  o™45,  L.  o"'38.  —  Non  signé.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  23o. 
Il  est  représenté  debout,  une  main  dans  le  gilet,  l'autre  cachée  derrière  le  dos. 

N°  126  :  Pâtre  romain 


anciens  et  modernes. 


Toile  de  6.  —  Peinten  1825  pour  M.  Du  Sommerard. —  Salon 
de  1827.  —  Lithographie  par  Mouilleron:  o"^i5~  sur  o'"i98.  — 
Le  premier  état  de  cette  lithographie  portait  en  bas  à  gauche  : 
«  Cabinet  de  M.  Dugléré.   »  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  i33  et  169. 

Le  pâtre,  couvert  d'une  peau  de  mouton,  tête  nue,  agenouillé  au  bord 
d'une  mare,  se  penche  pour  y  tremper  ses  lèvres.  —  La  lithographie 
de  Mouilleron  a  paru  sous  le  titre  :  da  Mort  du  Brigand  »  dans  la 
publication  del'imprimeur-lithographc  Bertauts,  intitulée: <■  Les  Artistes 
'  L'homme  peut  bien  être  un  brigand,  mais  il  ne  meurt  pas,  il  boit. 


N°  127  :  Mendiant  anglais 


^^  Aquarelle.  — H.  o"'2o5,  L.  o'"i40.  —  Vente  Villot,  i865  :  3o5  fr. 
—  Gravé  de  mêmes  dimensions  à  Teau  forte,  par  M.  F.  Villot.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  108. 

Étude  sinistre  de  la  misère  londonnienne.  *  Je  me  suis  cruellement  ennuyé 
pendant  les  premiers  jours,  »  écrit-il  de  Londres,  le  6  janvier  1825  ;  «  j'ai 
été  sur  le  point  de  repartir  sans  cérémonie.  Cela  vient  de  ce  que  je  ne 
faisais  que  voir  de  côté  et  d'autre  sans  autre  fruit  que  me  fatiguer.  Depuis 
que  je  me  suis  mis  à  travailler,  je  me  plais  ici.  Je  suis  très  flâneur  à  la 
vérité,  mais  pas  badaud...  Les  chevaux,  les  voitures,  les  trottoirs,  les  parcs, 

la  Tamise,  les  bateaux  de  la  "Tamise,  les  bords  de  la  Tamise,   Richmond  et  Greensvich,  tout 

cela  demanderait  des  volumes  de  lettres.  » 


N°  128  :  Deux  chevaux  de  ferme  anglais 

Panneau.  —  H.  o'"oo,  L.  o"'oo  (?) —  Salon  de  1827.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  1Ô9. 


i825 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


41 


N"  129  :   Cheval  de  ferme  rouan  vineux 

Aquarelle.  —  Vente  Villot,  i865  :  45  francs.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  293. 

Etude  faite  en   Angleterre.  Le  cheval,  dit  M.  Moreau,  est  harnaché  et  représenté  fuyant,  vu 
de  croupe. 

N"'  130,  i}i  :  Combats  de  chevaux 


1°  Toile.  —  H.  o'"27,  L.  o'"32.  — 
Signé,  daté.  —  N°  82  de  la  Vente 
posthume  :  i,6o5  francs  à  M.  Van 
Cuyck,  7  février  1867  :  750  francs.— 
Cat.  A.  Moreau,  p.  3i3. 
2°  Toile.  —  H.  o"'35,  L.  o'"45.  — 
Signé,  daté.  —  N°  82  de  la  Vente 
posthume  :  2,400  francs  à  M.  Delille. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Superbes  études  de  mouvement  que  l'artiste  retrouvera,  consultera  dix  ans  plus  tard  au 
moment  de  la  Bataille  de  Tailleboiirg,  où  il  y  a  une  si  furieuse  mêlée  de  chevaux  et  qu'il 
a  reprises  plusieurs  fois,  notamment  la  première  pour  divers  Combats  du  Giaour  et  du 
Pacha  et  surtout  pour  le  Choc  de  cavaliers,  dont  la  peinture  fut  refusée  au  Salon 
de  1834.  (Voir  aux  années  iS33etiS45.) 


N°'  1 3  2,  I  ^  ^  :  Tombeaux  d'Adrien  et  de  Nicolas  d'Estouteville 


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I 


Sépias. —  1°  H.o"M8,  L.  0^26. 
—  2°  H.  o"^i8,  L.  o'"23.  — 
Partie  du  n°  597  de  la  Vente 
posthume,  à  M.  Bornot. 

Ces  dessins  ont  été  faits  dans  les 
ruines  de  l'abbaye  de  Valmont, 
près  de  Fécamp,  qui  appartiennent 
à  M.  Bornot,  cousin  de  Delacroix, 
et  où  il  allait  souvent  dans  sa  jeunesse.  Léon  Riésener,  dans  ses  Notes,  parle  de  ce  pays 
et  des  séjours  qu'il  y  fit  avec  Delacroix.  «  A  Valmont,  en  Normandie,  nous  avons  passé 
quelques  vacances.  Tantôt  il  était  tout  feu  pour  le  travail  et  faisait  des  aquarelles  délicieuses 
qui  ont  été  vues  à  sa  vente;  tantôt  ne  pouvant  s'y  mettre,  il  se  mettait  à  mouler  avec  passion 
les  figurines  qui  ornent  les  tombeaux  des  moines  d'Estouteville,  fondateurs  de  l'abbaye  de 
Valmont.  Nous  travaillions  à  ces  moulages  quelquefois  après  dîner,  malgré  les  observations 
du  domestique  du  propriétaire  absent,  car  l'église  servait  de  bûcher.  C'était  dans  l'arrière- 
saison.  L'eau  gelait.  Le  toit  de  l'église  était  à  jour.  Les  rayons  de  la  lune  y  pénétraient  et 
étincelaient  dans  les  feuillages  couverts  de  rosée  qui  poussaient  dans  la  nef  Nous  nous 
donnions  l'un  après  l'autre  le  spectacle  des  ombres  immenses  que  nous  projetions  avec  art 
sous  les  colonnades  des  bas-côtés.  »  [Lettres,  édition  Burty.)  Delacroix  écrit  aussi  en  1S29, 
qu'il  moula  «  certaines  petites  figures  qui  ornent  les  tombeaux  et  sont  d'un  très  beau  style.  » 


42 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


1825 


N°  134  :  Le  Chevalier 


Aquarelle.  —  H.  o"M  5o,  L.  o^r  10.  —  Appartient  à  madame  veuve 
Pierret.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N'est-ce  pas  ici  encore  un  souvenir  de  l'abbaye  de  Valmont?  Non  que 
nous  supposions  que  Delacroix  ait  copié  cette  figure  sur  place.  Mais 
n'aura-t-il  pas  été  tenté  de  rendre  la  vie  à  quelqu'un  de  ces  seigneurs 
d'Estouteville  dont  la  grande  allure  en  la  rigidité  de  leur  tombeau  l'avait 
vivement  frappé?  Il  aura  disjoint  ces  mains  réunies  pour  l'éternité  dans 

_    __  ^        1^  prière  et  rendu,  pour  la    durée  d'un  mince  papier  taché  de  couleur, 

'  la  vie,  le  mouvement,  la  fière  tournure  des  mœurs  héroïques  au  châtelain 
de  Valmont.  Le  trait  sculptural,  la  solennité  de  la  pose  font  penser  à  la  statue  du  Comman- 
deur de  Don  Juan.  C'est  une  statue,  mais  une  statue  prête  à  s'animer. 


N°  I  ]  ^  :    Le  Tasse  dans  La  maison  des  fous 


substitué  un  crucifix  à  la  petite  baie  du  fond. 


Dessin.  —  H.  o'"i8o,  L.  o™225.  —  Signé  au  bas  à  gauche 
et  daté  1825. —  Exposition  posthume  de  Tœuvre  de  Eugène 
Delacroix  au  boulevard  des  Italiens.  —  Lithographie  par 
A  Devéria  :  o'"i44sur  o"'i70.  —  Gravé  sur  bois  pour 
L  Univers  illustré  du  10  septembre  1864.  • —  Appar- 
tient à    M.   Paul   Meurice.  —  Cat.   A.  Moreau,  p.  144. 

Cette  composition  présente  de  nombreuses  différences  avec 
celle  de  1823.  Les  fous  debout  qui  harcèlent  le  poète  sont  de 
plus  petites  proportions  et  le  maître  a  ajouté  iine  figure  de 
plus,  celle  du  fou  accroupi  qui,  par  une  affreuse  ironie,  simule 
1  action  d'écrire.  Dans  la  muraille  du  même  côté,  il  a  ouvert 
une  fenêtre  grillée  où  apparaît  une  figure  de  folle,  enfin,  il   a 


N°  136:  Tarn  O'Shanter 


Toile.  —  H.  0^26,  L.  o,3o.  --  Signé  en  bas  à  droite.  —  Peint 
en  1825  pour  madame  Dalton.  —  Salon  de  i83i.  — Vente  B..., 
3o  mars  i855  :  8o5  francs.  —  Vente  marquis  de  L...,  4  février 
i865  :  2,3oo  francs.  —  Vente  Khalil-Bey,  16  février  1868,  à 
M.  Verdier:  3, 750  francs. —  Photolithogra'phié  par  M.  G.  Arosa: 
o'"94o  sur  o'^i  18. — Lithographie  dans  le  sens  opposé  par  Mouil- 
lerbn  :  0^245  suro™3o5.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  172,248. 
Sujet  tiré  d'une  ballade  écossaise  de  Burns.  —  La  lithographie  de  Mouilleron  est  intitulée 
oLa  Course  effrénée»  et  porte  en  haut,  à  gauche  :  0  Souvenirs  d'artistes  u;h  droite,  le  nombre 
559  :  en  bas  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix  pinx^.  —  La  Course  effrénée  «;  au  milieu  :  c<  Imp. 
Bertauts  Paris»;  adroite:  «"A.  Mouilleron,  Paris».  Le  tirage  est  fait  sur  papier  bleuté. 
M.  Moreau,  aux  deux  pages  de  son  livre  où  il  parle  de  ce  sujet,  donne  deux  dates  différentes: 
1825  et  1827.  —  Le  tableau  n'étant  pas  daté,  nous  adoptons  la  première,  car  M.  Moreau  dit 
expressément  que  la  peinture  fut  exécutée  en  1825  pour  madame  Dalton.  (Voir  à  1827.) 


N°  137  :  Odette  et  Charles  VI 


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,     ,     Toile.  —   H.  0^343,  L.  o'"265.  —  Signé  au  bas  à 
>^^  droite.  • —  Lithographie  par  Maurin,  de  mêmes  di- 
/   mensions.  —  Appartient  à  M.  Dumas-Descombes. 
—   Cat.  A.  Moreau,  p.  116. 

>;'■     }  '^  .  ^       . 

Ce  tableau  peint  en  1825  porte  encore  derrière  le  châssis 
le  nom  de  M.  F.  Leblond,  pour  qui  il  a  été  peint.  Le  possesseur 
actuel  le  tient  de  son  oncle  M.  Dumas-Descombes. 
La  lithographie  porte  en  bas  a  gauche  :  c  Delacroix  pt.  »,  à  droite: 
(I  Maurin  del.  »;  au  milieu:  0  Lith.  de  Villain  »,  letitre  etun  timbre 
sec  ovale  avec  les  mots  0  Sazerac  et  Duvalv  autour  d'une  lyre.  Mal- 
heureusement cette  lithographie,  oui  a  l'avantage  de  représenter  le 
tableau  dans  son  vrai  sens,  a  complètement  altéré  l'expression  du 
page  qui  enlève  l'épée  des  mains  du  roi,  et  surtout  le  personnage 
d'Odette  dont  la  tète  est  tournée  davantage  dans  le  sens  du  trois 
quarts,  ainsi  que  nous  la  rétablissons  par  un  croquis  complémentaire.  La  différence  est  telle- 
ment marquée  qu'on  supposerait  volontiers  que  Delacroix  a  modifié  cette  partie  du  tableau 
après  l'exécution  de  la  lithographie.  Le  Charles  VI  du  compositeur  Halévy  est  de  1843; 
l'œuvre  de  Eugène  Delacroix  est  donc  antérieure  de  dix-huit  années. 


N°  138  :  Don  Quichotte  dans  sa  librairie 


Toile.—  H.  o'"40,  L.  o^Si.—  Signé,  non  daté.— Vente  Du  Som- 
merard,  12  décembre  1843:  100  francs.—  Vente  Durand- Rud, 
28  janvier  1854:  400  francs.  ^  Vente  Bouruet-Aubertot,  22  février 
i86q  :  6,85o  francs.  —  Vente  Frémyn,  6  avril  iSjS  :  6,200  francs. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  243. 

Ce  tableau  commencé  le  6  avril  1824,  puis  interrompu,  n'a  été  terminé 
qu'en  1823.  Il  est  très  coloré,  très  étudié  dans  le  rendu  des  détails  de 
nature  morte,  tels  que  les  reliures  des  livres  de  chevalerie  sur  lesquels 
médite  don  Quichotte  tout  de  noir  vêtu  et  coiffé  d'un  bonnet  de  nuit. 


Toute  la  lumière  du  tableau  est  concentrée  autour  des  deux  petits  vases  posés  sur  la  table. 


N°  139  :  Le  duc  de  Bourgogne  montre  sa  maîtresse 
au  duc  d'Orléans 


Toile.  —  H.  o"'oo,  L.  o^oo  (?)— A  appartenu  au  prince  Napoléon. 

—  Ventes  6  mars  1843  :  3oo  francs;  25  janvier  1864:  1,200  francs. 

—  Cat.  A.  Moreau,  p.  264. 

Nous   reproduisons  une  partie  de  ce  tableau  d'après  une  eau-forte  de 
M.  Frédéric  Villot.  Dans  la  composition  complète,  le  duc  de  Bourgogne 

est  agenouillé  sur  un  coussin;  on  voit  dans  le  fond  un  dressoir  charge  d'orfèvrerie. 
M.  Villot  a  fait,  en  1829,  une  copie  de  ce  tableau;  elle  était  chez  le  pnnce  Napoléon  a  cote 
de  l'original  et  on  l'attribuait  à  tort  à  Decamps. 


44 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


[825 


N°  140  :  Odalisque 


Toile.  —  H.  o'"370,  L.  o"'445.  —  Non  signé.  —  N°  69 

de    la  Vente   posthume  :  705    francs  à   M.   Baroilhet.  — 

\  ente  Baroilhet,    16  mars   1872:  i,o5o  francs.  —  Vente 

_  _     Dassonville,  mars  1879:   5oo  francs.  —  Cat.  A.  Moreau, 

jîl^r^  P  3i3. 

Ce  n'est  qu'une  esquisse.  Le  modèle  vu  de  face,  couché  sur  le 

i.oté  droit,  a  la  tète  renversée  sur  des  coussins;  la  main  droite 

s  approche  d'un  narghilé  posé  à  terre.  Dans  le  fond  une  tenture 

t-t    une  échappée  de   paysage.  On   reconnaît  dans  cette  étude 

le  type  physiologique  de  la  temme  robuste,  forte,  aux  ampleurs 

massnes  que  Delai.roi\  a  gcncrakment  introduite  dans  ses  compositions  héroïques.  L'attitude 

ICI  et  le  narghilé  qui  ont  tau  baptiser  cette  toile  l'Odalisque  ne  sont  en  réalité  qu'accessoires, 

un  simple  prétexte  pour  une  superbe  étude  de  nu. 


N°  141  :  Archers  de  la  garde  écossaise 


Aquarelle.    —    H.    o^iS,    L.   o'"20.   — ■  Appartient   à 
M.  Soulier  fils.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  une  ébauche,  mais  saisissante  par  la  beauté  du  geste  et 
du  mouvement,  inspirée  h  coup  sûr  par  le  chapitre  V  du 
Quentin  Duryvard  de  Walter  Scott,  n  Ce  corps  célèbre  qu'on 
'  nommait  les  archers  de  la  garde  écossaise  avait  été  formé  par 
Charles  VI  avec  plus  de  raison  qu'on  ne  peut  en  alléguer 
généralement  pour  entourer  un  trône  d'une  troupe  de  soldats 
mercenaires.  Les  dissensions  qui  avaient  arraché  à  ce  mo- 
narque plus  de  la  moitié  de  son  royaume  et  la  fidélité  douteuse  et  chancelante  de  la  noblesse 
qui  défendait  encore  sa  cause  rendaient  imprudent  et  impolitique  de  confier  h  ses  sujets 
le  soin  de  sa  sûreté  personnelle.  Les  Ecossais  étaient  les  ennemis  héréditaires  de  l'Angleterre, 
les  anciens  amis,  à  ce  qu'il  semblait,  les  alliés  naturels  de  la  France.  Ils  étaient  pauvres, 
courageux  et  fidèles.  La  population  surabondante  de  l'Ecosse,  le  pays  de  l'Europe  qui 
voyait  partir  le  plus  grand  nombre  de  hardis  aventuriers,  fournissait  toujours  de  quoi 
recruter  leurs  rangs.  Leurs  prétentions  à  une  antique  noblesse  leur  donnaient  en  outre  le' 
droit  d'approcher  de  la  personne  d'un  monarque  de  plus  près  que  toute  autre  troupe.  » 


N°  142   :   Bonaparte 


Aquarelle.  —  Diamètre  o"^075.  —  Don  de  Jenny  à  M.  Alfred  Robaut.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  avons  dit  plus  haut  comment  Jenny  «  dont  les  soins  passionnés  et  jaloux,  dit 
M.  Burty,  ont  prolongé  le  souffle  frêle,  toujours  menacé  »  de  Delacroix,  avait 
possédé  bien  des  œuvres  de  son  maître.  Voici  l'article  du  testament  qui  la 
concerne  :  n  Je  lègue  ii  Jeanne-.Marie  Le  Guillou  une  somme  de  cinquante   mille 

francs  (So.ooo  fr.i,  plus  ce  qui  sera  h  sa  convenance  dans  mon  mobilier enunmotce 

qu'il  lui  plaira  de  choisir  pour  se  composer  le  mobilier  d'un  petit  appartement  convenable.» 


i825 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


45 


N°  143  :  Tête  de  jeune  garçon 


PasteL  —  H.  o^Sg,  L.  0^29.  —  A  appartenu  à  Jenny    Le  Guilloii 
qui  en  fit  don  à  Constant  Dutilleux.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

M.  Philippe  Burty  nous  a  dit  dans  sa  précieuse  édition  des  Lettres  de  Dela- 
croix, comment  la  gouvernante  de  Delacroix  était  entrée  en  possession  d'un 
certain  nombre  d'ouvrages  de  son  maître  :  «  Jenny  ou  Jeanne  Le  Guillou  , 
,  ^^  dont  le  rôle  auprès  de  Delacroix  pourrait  être  dénaturé  injubîement,  n'était 
s^  pas  une  nature  vulgaire.  C'était  une  paysanne  des  environs  de  Brest,  douée 
d'instincts  délicats.  Quelquefois  dans  l'atelier  elle  disait  spontanément  en 
face  d'un  croquis  ou  d'une  peinture  :  0  Monsieur,  je  trouve  cela  très  bien.  — 
«  Cette  Jenny  s'y  connaît,  s'écriait  Delacroix  ravi!  Eh  bien,  Jeanne,  je  vous  le  donne!  »  Et 
il  écrivait  son  nom  au  revers.  De  là  à  renouveler  l'anecdote  de  Molière,  la  distance  est 
grande. —  Malheureusement,  vers  la  fin,  malade,  soupçonneuse,  elle  fit  le  vide  autour  de 
son   maître  qui  ne  pouvait  se  passer  de  ses  soins.  » 


N°'  144,  145,  146,  147,  148:   Cinq  feuilles  de  médailles 


i"    Lithographie.   —    Six 

médailles.   —    H.  o'^iqo, 

L.  o'"26o. —  Signé  en   bas 

j\        >         yj         «ffitt-KF  \ ''»  <yr»-'"  «5K«ii^      Bv.:^^  ''^    milieu  :  «  Eug.  Dela- 

(-#'     A   Kr^P     ^^^^<,'^rh.    ^^rf^^'.^T^^'-Toix,  1825.» —  Vente  de 

^  '  La  Combe  (i"^'' état)  :  10  fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  38. 
^"  Lithographie  —  Quatre  médailles.  —  H. 
o"  182,  L  o"  00  — Signé  à  gauche  :  "  Eug. 
Delacroix  i8''i  — Vente  de  La  Combe  (pre- 
mier ettt)  10  francs. — Vente  posthume  (même 
état)  i3  francs  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  39. 
\'^?'J  ^°  Lithographie  —  Neuf  médailles.  —  H. 
^^^^  o"'2io  L  o"  3oo — Signé  en  bas  et  au  milieu: 
Eug  Delacroix,  1825  ».  —  Vente  de  La 
Combe  (premier  état)  :  10  francs.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  39. 
4°  Lithographie.  —  Sept  médailles.  —  H.  0^282,  L.  o'"240.  —  Signé  en  bas  à  gauche  : 
«Eug.  Delacroix,  1825.»  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3g.  (Il  existe  de  cette  planche 
un  état  antérieur  non  signalé  par  M.  Moreau  et  dans  lequel  la  médaille  dite  de  Syra- 
cuse occupe  la  place  prise  ici  par  la  médaille  au  hibou.) 

5°  Lithographie.  —  Douze  médailles.  —  H.  0^240,  L.  o'"3o5.  —  Signé  en  bas  et  au 
milieu  :  «  Eug.  Delacroix,  1825.  »  —  Vente  de  La  Combe  (premier  état),  43  francs. — 
Vente  posthume  (deuxième  état),  16  francs.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  39,  40. 

A  l'exception  de  notre  n°  2,  le  premier  état  de  ces  lithographies  ne  porte  pas  de  nom  d'impri- 
meur; le  deuxième  état  porte  au  bas  à  droite:  <i  Lith.  de  G.  Engelmann  »;  le  troisième  état 
à  droite,  tantôt  en  haut,  tantôt  en  bas  :  0  Imp.  Bertauts,  Paris  u,  et  h  gauche  :  «  Publié  par 
l'artiste.  »  —  Le  troisième  état  de  notre  n"  2  porte  en  bas  à  droite  :  «  Imp.  Bertauts,  R.  Ro- 
dier,  Paris  ».    (La  série  des  cinq  planches  atteint  généralement  le  prix  de  i5  à  25  francs.) 


46 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


1825 


N°  149  :  Thésée  vainqueur  du  centaure  Euryte 


Lithographie.  —  H.  0^140,  L.  o™  170.  —  Ni  signé,  ni  date.  —  Vente 
de  La  Combe,  2  février  1 863  :  2 1  francs.  —Vente  Villot,  décembre  1 876  : 
10  francs.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  28. 

Cette  lithographie  fut  exécutée  par  Delacroix  en  1825,  h  son  retour  de 
Londres, d'après  le  dessin  qu'il  avait  fait  au  British  Muséum  d'une  des  métopes 
du  Parthénon.  Thésée  saisit  aux  cheveux,  de  la  main  gauche,  le  centaure  Euryte  qu'il  vient 
de  frapper  et  qui  porte  la  main  à  sa  blessure.  C'est  par  inadvertance  que  M.  Moreau 
intitule  cette  rarissime  lithographie  :  «  Thésée  domptant  le  Minotaure.» 


N°  150  :  Dix  médailles  antiques 


Lithographie.  —  H, 
Vente  Parguez,  186 
épreuve)  :    8  francs. 


o'"i8o,  L.  o™22o.  —  Ni  signé,  ni  daté. — 
I  :  5o  francs.  —  Vente  Dubois  (  la  même 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  38. 


La  plus  importante  de  ces  dix  médailles  représente  une  Victoire 
allée,  debout  et  en  pied.  Dans  l'espace  demeuré  libre,  malgré  la 
'i  |u\taposition  des  médailles,  Delacroix  a  dessiné  ici  un  large  motif 
d  ornement,  ailleurs  une  sorte  d'oiseau  héraldique  et  auprès  de  ce 
dernier  ces  mots;  a  Third  lithographie  essay  (Troisième  essai  de 
lithographie)  «qui  permet  de  supposer  que  ce  dessin  a  été  fait  après 
le  voyage  à  Londres,  qui  est^de  la  même  année  iSaS,  sinon  à  Londres  même.  —  11  n'y  a 
qu'un  état  de  cette  lithographie,  fort  rare  d'ailleurs,  mais  dont  nous  avons  vu  cependant  une 
épreuve  chez  M.  Moignon  et  une  autre  chez  M.  Engelmann. 


N°'  1(1,152:  Deux  feuilles  de  médailles  antiques 

1°  Gravure  en  bois. —  Dix-sept  médailles. 
^  —  H.  o"M2o,  L.  o™i75.  —  Cat.  A.  Mo- 
^  reau,  p.  i  34. 

2°  Gravure  en  bois.  —  Trois  médailles. 
—  H.  o"'6o,  L.  o"'9o.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  134. 

La  plupart  des  médailles  groupées  dans  notre  n"  i  figurent 
déjà  dansles  lithographies  originales.  (Voir  n°*  i3q  à  143).  Cette 
reproduction  porte  au  bas  et  au  milieu  l'inscription  suivante  : 
«  Interpré  tation  de  Médailles,  pierres  gravées  en  camées  antiques,  tirées  du  caljinet  du  duc  de 
Blacas.  »  —  Le  n»  2  a  été  publié  dans  la  Gjjette  des  Beaux-Arts,  tome  XVI,  1=''  janvier  18G4. 
En  bas  sur  la  médaille  de  gauche  représentant  un  homme  couché,  on  lit  :  «  M.  Deschamps,  se». 
En  définissant  le  dessin  de  Prud'hon,  Delacroix  a  donné  l'exacte  définition  de  sa  propre  ma- 
nière de  dessiner  et  de  peindre  :  «  Prud'hon,  dit-il,  est  peintre  d'abord,  c'est-à-dire  que  sur 
un  champ  auquel  il  donne  avant  tout  la  profondeur,  il  dispose  des  groupes  entourés  d'air  et  de 
lumière.  11  s'attaque  h  la  plus  grande  difficulté  de  son  art,  qui  est  d'obtenir  la  saillie.  Ce  qui 
caractérise  l'antique,  c'est  l'ampleur  savante  des  formes  combinées  avec  le  sentiment  de  la  vie, 
c'est  la  largeur  des  pians  et  la  grâce  de  l'ensemble.» 


i826 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


47 


Année  1826 


1 54  :   L'Empereur  Justinien  composant  ses  Institutes 

1°  Toile.  • —  H.  3"'70,  L.  2'"75.  —  Signé,  daté,  1826.  —  Détruit. 
—  Exposition  universelle  de  i855.  — Cat.  A,  Moreau,  pp.  188  et  209. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o'"22,  L.  o"'i6.  —  Vente  A.  de  la  Fizelière, 
8  novembre  1878.  —  Appartient  à  M.  A.  Robaut. 

Le  tableau,  qui  décorait  l'un  des  grands  panneaux  de  la  salle  des  se'anccs  de 
la  section  de  l'Intérieur,  au  Conseil  d'État,  a  été  brûlé  dans  l'incendie  de 
ce  palais,  en  1871.  De  toutes  les  compositions  que  ce  motif  a  inspirées  à  Dela- 
croix, celle  qui  se  rapproche  le  plus  du  tableau  est  l'aquarelle  ayant  appartenu  à 
M.  Albert  de  la  Fizelière  et  que  nous  reproduisons  ici. 


N°'  15^,  156,  1^7,  1 58  :  Études  et  variantes  du  Justinien 

1°  Croquis  plume. — 
H.  o'"29,  L.  o'"27. — 
N''46  des  fac-similés 
de  M.  Alf.  Robaut, 
avec  une  ligne  auto- 
i^raphe. 

2°  Toile.— H.  o">32, 
L.    o'"24.  —    Vente 
Carrier,  1875,  à  M.  Robaut.  —  Esquisse  très  co- 
lorée; la  draperie  du  fond  est  jaune. 

3°  Toile.  —   H.   o'"55,    L.    o"^^6.  —   N°  53  de  la  Vente  posthume:  56o  francs  au 

paysagiste  Corot.  —  Appartient  à  M.   Robaut.  —   Esquisse;  la  draperie  du  fond  est 

rouge.  —  Cat.  A  Moreau,  p.  304,  3ii. 

4°  Toile.  —  H.  o"'29,  L.  o'"2o.  —  Appartient  à  M.  Ph.  Burty.  —  Esquisse. 

«  Tout  le  Bas-Empire,»  aditTh.  Gautier,(!est  résumé  dans  la  figurede  Justinien;  aux  larges  dra- 
peries antiques  commencent  à  succéder  les  brocarts  constellés  de  pierreries,  le  luxe  asiatique  de 
Constantinople  ;  quelque  chose  de  subtil  et  d'efféminé  se  glisse  dans  la  majesté  impériale,  » 


N°  1 59  :  Le  docteur  Faust 

Toile. — H.  o'"48,  L.  o"'40. — Signé. ^  Salon  de  1827. —  Lithographie  par  Eug.  Dela- 
croix (Voir  année  1827). — Ventes  Hôtel  Drouot,  26  février  i853  :  680  francs;  22  mars 
1869:  7,600  francs.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  54,    170,  247. 

Il  serait  superflu  de  décrire  ce  tableau  dont  nous  reproduisons  plus  loin  la  lithographie  ori- 
ginale.  Il  fut  exécuté  pour  l'imprimeur  Motte  et  vendu  par  celui-ci  à  l'un  des  frères  Devéria. 


48 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


1826 


N"  1 60  :  Le  doge  Marino  Faliero  condamné  à  mort 


Toile.  —  H.  i"'45,  L.  i^M  5.  —  Salon  de  1827.  —  Expo- 
sition universelle  de  i855.  —  Gravé  à  Teau-forte  par 
L.  Flameng  dans  les  dimensions  de  o'"240  sur  o^iSg. 
—  A  fait  partie  des  collections  Isaac  Péreire  et  Sir  Richard 
Wallace. —  Cat.   A.  Moreau,  pp.  94,  168,  189. 

Le  corps  du  doge  Marino  Faliero,  condamné  à  mort  pour 
avoir  conspiré  contre  la  République  de  Venise,  gît  décapité 
au  bas  de  l'escalier  du  palais  ducal. —  M.  Lassalle-Bordes, 
dans  les  notes  qu'il  a  communiquées  à  M.  Burty.  dit  :  <i  Je 
voulus  savoir  quel  était  celui  de  ses  tableaux  auquel  il  donnait 
la  préférence.  11  me  répondit  que  celui  pour  lequel  il  avait 
tou]ours  eu  un  faible  était  la  Décapitation  du  doge  Marino 
Faliero  à  l'escalier  des  Géants.»  Rien  de  plus  vraisemblable. 
En  effet,  Delacroix  ne  manque  jamais  h  le  citer  dans  ses 
lettres  de  candidature  à  l'Académie  des  Beaux-Arts.  Delacroix 
l'acheva  en  avril  1826.  (Voir  la  lettre  du  21  avril  à  M.  Soulier, 
édition  Burty. I  Après  lavoir  exposé  au  Salon  de  1827,  il  l'envoya  à  Londres.  «  Tu  sauras, 
écrit-il  encore  à  son  ami  Soulier,  en  mars  1828,  que  mon  tableau  de  Marino  Faliero  est  à 
British  Gallery  et  que  les  journaux  anglais  en  ont  fait  des  éloges  magnifiques.»  Cela  le 
consolait  un  peu  de  l'échec  de  son  Sardanapale  h  Paris,  la  même  année.  Vendu  primitivement 
1  ,Soo  francs,  le  Marino  Faliero  fut  plus  tard  racheté  par  lui  3, 000  francs.  S'il  passait  en  vente 
publique  aujourd'hui,  ce  dernier  prix  serait  décuplé  deux  ou  trois  fois. 


N°  161  :  Même  sujet 

Papier.  —  H.  o'"35,  L.  o"'27. —  Esquisse  du  numéro  précédent.  —  Vente  F.  Villot, 
1 1  février  i865  :  420  francs. 

Il  a  passé   également  à  la   vente  posthume  quelques  études  de  tête,  croquis  à  la  plume  sur 
papier  de  sous-main. 


N"  162  :  Aspasie  la  Mauresque 


Toile.  —  H.  o"'27,  L.  0^22.  —  Non  signé.  —  A  appartenu  à 
M.  L.  Riesener.  — Vente  F.  Villot,  i865:  141  francs.  —  Ap- 
partient à  M.  Rouan. —  Cat.  A.   Moreau,  p.  2?  i . 

Delacroix  a  repris  par  trois  fois  cet  intéressant  modèle  en  cette  même 
année  1826.  L'un  des  portraits  où  la  Mauresque  est  représentée  de 
grandeur  nature  jusqu'aux  genoux,  mesure  imoo  sur  o"70.  Le  second, 
dont  les  dimensions  sont  de  o^So  sur  o'^ab,  la  montre  avec  les  cheveux 
relevés,  enroulés  au  sommet  de  la  tète  et  retenus  par  un  peigne  de  haute 
forme.  Le  troisième,  que  nous  reproduisons,  a  appartenu  à  M.  Frédéric 
Villot, puis  à  M.  Léon  Riesener.  Le  modèle  ici  est  vu  de  face,  la  poitrine 
largement  découverte  ;  la  tète,  inclinée  à  sa  droite,  couronnée  de  che- 
veux noirs  comme  du  jais  et  disposés  en  bandeaux  négligés,  se  détache  sur  un  fond  rouge.  . 


1826 


L'ŒUVRE  DE   DELACROIX 


49 


N°  i6p  Portrait  du  duc  de  Blacas 


•^    Lithographie. —  H.  o'"i4o,  L.   o'"i65. —  Vente   posthume 
'premier  état)  :  8  fr.  —  Vente  Villot  (même  état):  21  francs. — 
/         Gat.  A.  Moreau,  p.  29. 


Blacas  (Pierre-Louis-Jean-Casimir)  de  la  famille  des  Blacas  d'Aulps 
duVar,  né  en  1770,  avait  émigré  k  vingt  ans  et  était  revenu  servir 
^  quelque  temps  en  Vendée  sous  le  drapeau  royaliste.  Il  s'attacha  à  la 
fortune  du  comte  de  Lille,  Louis  XVIII.  A  la  Restauration  de 
1814,  il  fut  nommé  ministre  de  la  maison  du  roi  et  pendant  son 
ministère  créa  le  Musée  égyptien  du  Louvre.  Après  avoir  rempli 
diverses  ambassades,  il  suivit  le  roi  Charles  X  en  exil.  Grand 
amateur  des  arts,  collectionneur  d'antiquités,  associé  libre  des 
Académies  des  Inscriptions  et  des  Beaux-Arts;  il  fut  le  protecteur 
zélé  de  Champollionle  jeune.  On  voit  que  le  duc  de  Blacas  n'était  pas  le  premier  venu. 


N°  164  :  Un  roulier  à  l'auberge 


Lithographie.  —  H.  o^igô,  L.  o'"i45. —  Signé.  —  Cat.  A.  Mo- 
reau, p.  322. 

Le  trait  carré  qui  délimite  notre  reproduction  n'existe  pas  dans  l'ori- 
ginal. Cet  original  est  signé  dans  le  bas  d'un  monogramme 
formé  d'un  L  majuscule  à  gauche  et  d'une  croix  h  droite.  Assis  en 
plein  air  dans  une  cour  d'auberge,  auprès  d'une  table  chargée  d'un 
pot  et  d'un  verre,  le  roulier,  coitTé  d'un  bonnet  de  coton,  vêtu  d'une 
blouse  longue  et  de  hautes  guêtres,  fait  le  geste  d'appeler  quelque 
servante.  Sur  une  feuille  de  papier  à  demi  roulée  et  tombée  à  terre, 
on  lit  le  mot  «  Passavant.  »  Derrière  lui  on  voit  l'arrière-train  d'un 
camion  chargé  et  recouvert  d'une  bâche.  —  On  a  pu  croire,  à  en  juger 
seulement  d'après  ses  grandes  compositions,  que  Delacroix  reculait 
devant  les  manifestations  de  la  vie  moderne;  notre  lithographie 
prouve  au  contraire  que  son  génie  n'était  réfractaire  à  aucune  des  formes  du  réel  et  de  l'actuel. 
Il  est  difficile  d'imagmer  rien  de  plus  vrai,  de  plus  caractéristique,  de  plus  expressif.  A  coup 
sûr,  Charlet,  que  Delacroix  prisait  si  haut,  Charlet  n'eût  pas  fait  mieux. 
M.  le  baron  de  Schwiter  a  affirmé  à  M.  Robaut  qu'il  n'a  pas  l'épreuve  le  Roulier,  dont  parle 
M.  Moreau.  C'est  sansdoute  chez  M.  Leblond  que  celui-ci  aura  vu  l'épreuve  en  question;  — 
M.  Leblond  possédait  en  effet  la  série  complète  et  presque  l'historique  de  cette  planche. 
Il  avait  de  ce  sujet  ; 

1°  Le  dessin,  crayon  et  sépia,  signé  au  bas  à  gauche  :  o"20O  sur  o'"oi4  . 
2°  Deux  épreuves  en  noir  de  la  lithographie  qui  en  est  la  copie  intégrale  avec  addition,  sur  la 
bâche  de  la  charrette,  des  lettres  OP  (retournéesjN"  i,et  sur  le  sol  à  droite,  une  lettre  de  voiture 
du  roulier,  avec  le  mot  «  Passavant.  «  Comme  signature  il  y  a  au  bas,  à  gauche,  un  L  et  à  droite 
une  croix,  à  droite  et  au  bas  seulement  un  trait  carré  :  o^'igS,  o'"i40. 

3"  Une  épreuve  coloriée  de  cette  planche,  blouse  bleue,  culotte  de  peau  jaune  et  raies  rouges 
sur  le  bonnet  de  coton. 
Cette  épreuve,  qui  a  été  rognée  fortement,  d'un  centimètre  environ  en  haut  et  en  bas  et  d'un 


5o 


L'ŒUVRE  DE   DELACROIX 


1826 


demi-centimètre  à  droite,  ne  mesure  plus,  par  suite  de  cette  mutilation,  que  o°i8osur  o"i36. 

40  Deux  épreuves  très  intéressantes  de  cette  même  planche  à  l'état  inachevé  et  ne  donnant  que 

la  partie  supérieure  jusqu'à  la  naissance  des  jambes. 

A  la  fraîcheur  du  crayon,  qui  diffère  ici  complètement  des  épreuves  précédentes,  il  est  aisé  de 

voir  que  Delacroix  s'est  décidé  à  la  terminer,   après  qu'on  a  fait  subir  a  la  pierre  l'opération 

nécessaire,  qui  consiste  à  la  dépréparer  pour  aciduler  de  nouveau  après  les  retouches  et  ajoutés. 

De  même  qu'au  dessin  (n"  i)  on  ne  voit  ni  lettres,  ni  numéro  sur  la  charrette. 

La   vignette  mesure   en  cet  état  o'"  142    sur  o™i44,    et  le    râteau  dépression  a   écrasé   le 

^rain  du  papier  sur  o^^iSo  sur  0™i68. 

Enfin  sur  l'une  de  ces  deux  épreuves,  Delacroix  a  esquissé  au  crayon  lithographique,  en  bas  a 

gauche,  la  feuille  de  papier  roulée  avec  le  mot  0  Passavant»  écrit  h  l'envers,  comme  il  se  proposait 

de  le  faire  sur  sa  pierre  pour  l'avoir  définitivement  h  l'endroit  sur  le  tirage. 

C'est    cette   même    épreuve    que  Delacroix    a   eue   sous   les   yeux  pour  reprendre  sa  pierre. 

L'épreuve  inachevée  n"  4  a  reçu  aussi  quelques  coups  de  crayon  lithographique  sur  la  figure, 

notamment  à  l'œil  gauche  et  sur  la  lèvre  supérieure. 

On  ne  connaît  pas  d'autres  épreuves  que  celles  indiquées  ci-dessus,  qui  sont  par  conséquent 

de  la  plus  grande  rareté. 


N°  16^'  :  Le  roulier  à  la  cuisine 

(fe\\    Dessin  mine  de  plomb.  —  H.  o"23,  L.  025. 
M.  Huet.  —    Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


Appartient  à 


■<  On  remarque  dans  ce  dessin  la  solidité  et  lasimplicité  de  la  compo- 
'1  sition.  Le  roulier,  son  fouet  passé  dans  le  bras  droit,  la  pipe  à  la 
;•  bouche  et  assis  à  califourchon  sur  une  chaise,  écoute  le  récit  que  fait 
",  un  homme  coiffé  d'un  haut  bonnet  et  familièrement  assis  sur  un 
■1  baquet  retourné.  Dans  le  fond  une  vieille  femme  prête  aussi  l'oreille 
et  sur  le  devant  une  jeune  fille  approche  du  feu  un  vase  en  terre; 
-  un  chien  lévrier  nonchalamment  couché  paraît  se  chauffer.  Les 
attitudes  sont  indiquées  avec  tant  de  naturel  qu'on  prend  à  cette  scène  le  plus  vif  intérêt. 


N°'  166,  167  :  Le  soir  d'une  bataille 


I    Toile.  —  H.  o'"44,  L.  o'"55.  —  Signé 

1  droite.  —  Gravé  à  Teau-forte  par  Mar- 

itial   pour  le  catalogue  de  la  vente  La  Ro- 

;  i.heb.:o"'i24  sur  o""  148. — Vente  posthume, 

.  17    février  1864  :  3, 100  francs.  —  Ventes 

P    Demidoff,  1868:  5,800;  de  La  Rocheb., 

fW^^^^^^^l   is-      (     00,  Hôtel  Drouot,  1875  :   2,400.  —  Cat.  A.  Moreau, 

^•^  -^ ^=^-^^  pp   q5^  283,  3i2       _ 

2°  Sépia.  —  Etude  pour  le  numéro  précédent. 
Dans  le  numéro  i ,  un  cuirassier,  tête  nue,  blessé,  se  soulève  entre  deux  cadavres  de  chevaux 
et  interroge  du  regard  le  champ  de  bataille  abandonné,  éclairé  par  les  dernières  lueurs  du 
soleil  couchant.  Admirable  tableau  d'un  effet  moral  saisissant;  en  outre,  merveilleux 
morceau  de  peinture.  Le  cheval  gris  à  crinière  blanche,  couché  au  premier  plan,  avec  une 
large  blessure  au  flanc,  est  un  chef-d'œuvre  d'exécution  brillante,  libre,  souple,  d'une  saveur 
exquise  et  d'une  adresse  incomparable. 


N°'  i68,    169  :  Mort  de  Sardanapale  —  Esquisses 


1°  Toile.  —  H.  o"78,  L.  o'"gj. 
Non  signé.  —  Esquisse  du    ta- 
bleau de   1827.  —  Appartient  à 
madame    la   baronne   Rivet.    — 
^    Gat.  A.  Moreau,  page  170. 
?    2°  Croquis  plume  et  crayon.  — 
H.   o"'28,    L.    o"'4o.    —     Non 
signé.    —    Première  pensée    du 
tableau  de  1827.  —Vente  Saucède,  14  février  1879  : 
i3ofr. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
En  se  reportant  à  l'année  1827,  on   remarquera    les    nom- 
breuses variantes  que    le  maître  a  introduites  dans  la  composition  détinitive  de  ce  tableau 
qui  devait  être  pour  lui  l'occasion  de  tant  de  blessures  d'amour-propre. 


N°  170 


Le  comte  Palatiano 


Toile. —  H.  o"4i,  L.  o"'33.  —  Salon  de  1827. —  Gravé  à  la 
manière  noire  par  Frédéric  Villot,  dans  les  dimensions  de  o'"2io 
sur    o'"i4o. —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  9g,  168,  23  i. 

Le  modèle  est  représenté  debout  dans  le  costume  de  Palikare,  si  cher 
à  Delacroix.  La  tête  seule  au-dessous  de  la  coiffure  mesure  ©""oSS  sur 
o™026.  On  distingue  dans  le  fond  deux  figures  vaguement  indiquées.  — 
M.  Villot  qui  a  gravé  ce  tableau  en  avait  fait  aussi  une  copie  de  petites 
dimensions  qui  appartient  à  son  fils.  Dans  la  gravure  la  composition  est 
retournée,  M.  Villot  ayant  tracé  son  dessin  sur  le  cuivre  dans  le  sens  de 
l'original.  Constamment,  au  cours  de  l'année  182J,  c'est-à-dire  aux  ap- 
proches du  Salon  de  1824,  où  il  allait  exposer  le  Massacre  de  Scio,  nous 
voyons  Eugène  Delacroix  multiplier  les  études  de  costumes  grecs.  Il 
fallait  que  la  fièvre  de  l'hellénisme  l'eût  bien  profondément  atteint,  puisque  deux  ans 
après  le  Massacre,  il  a  conservé  la  passion  pittoresque  des  vestes  brodées  et  des  fustanelles. 


N°  171 


L'Aveugle  de  Jéricho 


Toile.  - —  H.  o'"87,  L.  o'"56.  —  Non  signé.  —  N°  1 1 1  de  la  vente  pos- 
thume :  1,400  francs  à  M.  Dauzats.  —  Vente  du  marquis  du  Lau,  5 
mai  1869  :  2,o85  francs  à  M.  F.  Bischoffsheim. — Cat.  A.  Moreau,  p.  3i6. 

Même  en  ce  croquis  de  très  petites  dimensions  que  nous  en  donnons,  l'Aveugle 
de  Jéricho,  qui  n'est  pourtant  qu'une  simple  étude  d'académie,  nous  apparaît 
comme  une  des  plus  nobles  inventions  du  maître.  La  grandeur  du  style  ne 
doit  rien  ici  aux  conventions  d'école;  comme  toujours  chez  Delacroix  elle 
résulte  de  l'admirable  justesse  de  l'observation  et  donne  la  synthèse  d'une 
expression;  dans  cette  toile,  cette  expression  est  celle  de  la  cécité  qui  se 
manifeste  dans  la  douloureuse  hésitation  de  ses  pas  incertains. 


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52 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1826 


N°  172  :  Jeune  Turc  caressant  un  cheval 


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Toile.  —  H.  o"'3  i ,  L.  o'"40. —  Non  signé  ni  daté.  —  Salon 
de  1827.  —  Appartient  au  Musée  de  la  ville  de  Luxem- 
bourg jGrand-duché  de  Luxembourg^  par  legs  de  M.  J.-P. 
Pescatore  de  Paris.  —  Photographié  par  Braun.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  169. 

Malgré  l'extrême  simplicité  du  motif,  ce  tableau  est  à  coup 
sûr  un  des  plus  charmants  que  l'étude  du  cheval  ait  inspirés 
a  Eugène  Delacroix.  L'animal,  de  noble  race,  très  doux,  est 
surpris  et  fixé  par  l'artiste,  non  seulement  dans  l'exquise 
beauté  de  ses  formes,  dans  la  naturelle  aisance  de  son  mou- 
vement, mais  aussi  dans  son  intelligente  et  tendre  intimité  avec  son   cavalier  habituel. 


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N°  17^  :  Turc  assis 


Toile.  —  H.    o'"45o,  L.   o"'375.  —  Non   signé.  —   Appartient  à 
M.  P.  Tesse.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

(I  Si  vous  n'êtes  pas  assez  habile  pour  faire  le  croquis  d'un  homme  qui  se 
jette  par  la  fenêtre,  pendant  le  temps  qu'il  met  à  tomber  du  quatrième 
étage  sur  le  sol,  vous  ne  pourrez  jamais  produire  de  grandes  machines.» 
C'est  Delacroix  qui  a  écrit  cette  note  sur  un  de  ses  carnets  et  il  a  bien 
prouvé  dans  l'œuvre  que  nous  reproduisons,  son  habileté  à  saisir  les 
mouvements  rapides,  car  le  personnage  qu'elle  représente  n'est  déjà  plus 
assis  et  n'est  pas  encore  debout.  Il  s'ajoute  à  cette  pièce  un  autre  intérêt, 
on  croit  que  le  maître  a  fait  ici  le  libre  portrait  du  chanteur  Baroilhet  qui 
n'était  pas  seulement  un  grand  artiste  lyrique,  mais  fut  toute  sa  vie  un 
amateurpassionné  de  peinture.  Baroilhet,  né  en  i8o5,  mourut  en  187 1. 


N°  1 74  :  Nature  morte 


Toile.  —  H.  o^So,  L.  i'"oo.  —  Signé,  non  daté. 
—  Salon  de  1827. —  Exposition  d'Alsace-Lorraine 
au  Palais- Bourbon,  en  1874.  ■ —  Appartient  à 
M.  Ad.  Moreau.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  169. 

Ce  tableau  a  été  peint  à  Beffes,  en  182Ô,  pour  le  général 
de  Coètlosquet,  dit  M.  A.  Moreau  qui  le  décrit  ainsi  : 
(I  Des  homards,  un  faisan  doré,  un  lièvre,  un  fusil  et  un 
carnier  au  premier  plan  ;  au  fond,  un  paysage  avec  des 
cavaliers  en  habit  rouge.  » 

Les  natures  mortes  d'animaux  ne  sont  point  nombreuses 
dans  l'œuvre  de  Delacroix.  Il  était  cependant  singuliè- 
rement sensible  à  leur  beauté  pittoresque.  Après  une 
visite  au  Jardin  des  Plantes,  il  achète  un  agenda  et 
l'étrenne  par  une  description  de  ce  qu'il  vient  de  voir.  Ne 
pouvant  la  reproduire  ici,  nous  renvoyons  à  notre  volume  Peintres  et  statuaires  romantiques. 


1826 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


53 


N°  17)  :  Odalisque 


Toile. —  H.  0^24,  L.  o'"34.  —  Non  signé. —  N°  72  de  la  vente 
posthume  :  410  fr.  à  M.  Haro.  —  Non  catalogué  par  M.  A.  Mo- 
reau. 

On  ne  confondra  pas  cette  Odalisque  avec  celle  qui  figurait  à  la  vente 
posthume  sous  le  n»  69.  Cette  dernière  est   l'esquisse  du  tableau  qui  a 
été   lithographie    par    Debacq   (voir   année    i825|.   La  figure   ici   n'est 
point  drapée,  les  bras  sont  relevés  et  la  composition  est  vide  d'accessoires. 


N°  176  :  Le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers 

Toile.  — H.  2'"94,  L.  3'"62.  —  Salon  de  1827.  —  Exposi- 
tion universelle  de  i855. —  Exposition  universelle  de  1878, 
pavillon  de  la  Ville  de  Paris.  —  A  l'église  Saint- Paul- 
Saint-Louis  de  Paris  (rue  Saint-Antoine)." —  Lithographie 
par  Hip.  Poterlet.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  124,  168,  220. 

Nous  ne  saurions  sincèrement  mettre  ce  tableau  au  rang  des 
autres  sujets  religieux  de  Eugène  Delacroix.  C'est  une  peinture 
opaque,  lourde,  noire,  que  l'humidité  de  l'église  a  sans  doute 
rendue  plus  sombre  encore  qu'elle  ne  l'était  primitivement. 
Cependant  l'artiste  a  longuement  et  fréquemment  cherché  l'attitude  du  Christ  agonisant  au 
Jardin  des  Oliviers,  comme  on  peut  le  voir  par  les  nombreuses  études  que  nous  reproduisons. 
C.  Dutilleux  avait  vingt  ans  lorsqu'il  écrivit  en  1827,  au  sujet  de  ce  tableau:  «  Je  voudrais  un 
peu  plus  de  majesté  dans  le  Christ,  mais  les  anges  sont  composés  comme  par  Raphaël.» 
Le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers  a  inspiré  des  compositions  que.  malgré  leur  peu  de  mérite, 
nous  mentionnons  par  excès  de  scrupule.  C'est  d'abord  une  lithographie  signée  .A.B.  (.\uguste 
Bouquet),  haute  de  0^148,  large  de  o'"  193,  parue  dans  le  n"  i  91  du  journal  La  Caricature,  et 
représentant  «  l'Agonie  de  la  Liberté  ».  Ensuite,  il  a  été  fait  d'après  le  même  tableau  une  mau- 
vaise lithographie,  exécutée  dans  les  dimensions  de  o"23o  sur  o"i320,pourun  titre  de  Chemin 
de  croix  édité  sur  papier  de  couleur  par  Basset,  rue  Saint-Jacques,  64. 


N°*  177,   178  :  Le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers 


1°  Aquarelle. —  H.  o"2o5,  L.  o"'28o. 
—  Collections  du  docteur  Baude  et 
de  Alphonse  Royer.  —  Appartient  à 
M.  Charles  Narrey. 
2°  Pastel.  —  H.  o'"25,  L.  o"'34.  — 
Appartient  à  M.  Haro. 

Un  autre  pastel  du  même  sujet  a  été  exécuté  en  1847  et  offert 
par  Delacroix  a  madame  Roche  «  en  souvenir  de  ses  bontés». 
Il  la  prie  <  de  lui  donner  une  place  dans  son  oratoire  »  (voir 
correspondance,  édition  Burtyi.  Nous  le  plaçons  ici  pour 
cpuiser  le  sujet,  mais  nous  aurons  soin  de  le  rappeler  à 
l'année  1847.    L  envoi  d  ailleurs  ne  parvint  a  destination  qu'en  i85o. 


34 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1826 


N°^  179,  180,  181,  182,  183  :  Le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers 


?4'?;VL/^ 


1°  Croquis  mine  de 
plomb.  —  H.  o"25, 
5  L.  o™35.  —  Lith.  en 
fac-similé  par  A.  Ro- 
baut. 


\'ente    Paravev 

Nourrit,   qui  lui-même  le  tenait  de  Eugène  Delacroix 


^^f^4:^^=^^   fSepia.-H.  0-095, 
icaSÊi^ ■ —      .  --^  -i^   ^    o'"i90.  —  Appar- 


tient a  M  Ch  Narrey. 
^°  Toile  —  H  o™25,'  L.  o™35.  —  Signé 
au  bas  a  droite  — Robe  rosàtre,  draperie 
bleue  —  Appartient  à  M.  Auguste  Vac- 
quene 

4°  Aquarelle  —  H.  o'"24o,  L.  o^iqj. — 
Appartient  a  M.  le  comte  Doria. — Gravé 
a  1  eau-forte  en  mêmes  dimensions,  par 
F.  Villot. 

L.    o'"34.  —  Signé   au  bas   à  droite.  — 
A   appartenu    d'abord   au   chanteur 


N°  184  :  Tête  d'Indienne 


Toile. —  Dimensions  inconnues.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  169. 

Nous  ne  trouvons  trace  de  cette  tète  d'étude  qu'au  livret  du  Salon  de  1827  et  dans  le  catalogue 
de  M.  A.  Moreau. 


N""  18)  :  Le  Tasse  en  prison 


Sépia. —  H.  o'"2oo,  L.o"'i65.—  Non  signé. —  Appartientà  M. Cho- 
quer.—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

On  voit  avec  quelle  persistance  Delacroix  revient  à  ce  sujet  qui  l'avait  si 
douloureusement  impressionné  dans  ses  lectures  de  jeunesse.  J  ai  déjà  cité 
un  fragment  d'une  lettre  à  ^L  Pierret  (septembre  1819)  où  il  exprime  son 
émotion  avec  tant  de  véhémence.  Voici  la  fin  de  ce  passage  sur  le  Tasse: 
«On  pleure  sur  lui....  On  s'agite  sur  sa  chaise  en  lisant  cette  vie;  les 
4,  yeux  deviennent  menaçants,  les  dents  se  serrent  de  colère.  Un  de  mes 
regrets  est  de  n'avoir  p'u  lire  la  belle  élégie  de  lord  Byron  ;  je  dis  belle 
parce  qu'il  a  l'âme  trop  brûlante  et  que  le  sujet  lui  convient  trop  bien  pour 
qu'il  ne  l'ait  pas  saisie  dans  le  bon  sens.  Je  n'ai  pu  en  apercevoir  que  quel- 


Dis-moi  ce  que  tu  en  penses  et  quel  effet  elle  t'a  produit.»  Delacroix  était  à  la 
rsqu'il  écrivit  ce  qui  précède  et  il  ne  s'y  amusait  guère,  car  il  dit  encore  à  son  ami 


ques  traits. 

campagne  '       . 

Pierret  :  »  Je  ne  suis  vraiment  heureux  ici  que  lorsque  je  lis. 


lorsq 


1826 


L'ŒUVRE   DE  DELACROIX 


55 


N°  186  :  Tête  de  jeune  fille 


Croquis   à  la   plume.   —   H. 
Appartient  à  M.  Alf.  Robaut. 


'Mo,     L.    O^OQ.    - 

Non    catalogué 


-   Non  signé.  — 
par  M.  Moreau. 


fait 
insu 


C'est  là  un  de  ces  vifs  croquis  où  Delacroix  en  quelques  traits  de  plume 
,\,  exprimait  la  synthèse  d'un  visage,  d'un  personnage,  d'une  époque.  En  le 
I  voyant  on  se  rappellera  la   belle  pensée  recueillie  dans  ses  agendas  par 
'■  M.  Piron  et  publiée  par  lui  :  «  Qui  dit  un  art  dit  une  poésie.  Il  n'y  a  pas 
d'art  sans   but    poétique...    Devant    la    nature   elle-même,   c'est    notre 
imagination  qui    fait  le  tableau  :   nous  ne   voyons   ni   les  brins  d'herbe 
dans  un  paysage,  ni  les  accidents  de  la  peau  dans  un  joli  visage.  Notre 
œil  dans   l'heureuse   impuissance    d'apercevoir    ces    infimes    détails    ne 
percevoir  à  notre  esprit  que  ce  qu'il  faut  qu'il  perçoive  ;  ce  dernier  fait  encore  à  notre 
un  travail  particulier...  sa  jouissance  dépend  de  sa  disposition  présente.  » 


N°  187  :  Cheval  en  liberté 


Aquarelle.   —   H.  o"'i5,  L.  o" 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


3.  —  Siané  au  bas  à  droite.  — 


L'énergie  du  mouvement  et  l'ampleur  de  la  forme  font  songer  à 
Rubens  dont  Delacroix  disait  :  «  J'aime  son  emphase,  j'aime  ses  formes 
outrées  et  lâchées.  Je  les  adore  de  tout  mon  mépris  pour  les  sucrées  et 
les  poupées  qui   se  pâment  aux  peintures  à  la  mode  et  à  la  musique  de 

M.  Verdi J'ai  fait  quelques  croquis  d'après  les  chasses  de  Rubens; 

,j^--  -^:--^^.     il  y   a    autant  à    apprendre    dans    ces  compositions,    dans   ces   formes 

;^-   „-{^.;:   :^      boursouflées   que   dans  des  imitations  exactes Il  y  a  beaucoup  d'aca- 

î^^^SjB-aJ  démique  dans  Rubens,  surtout  dans  son  ombre  systématiquement  peu 
empâtée  et  marquant  sur  le  bord.  Titien  est  plus  simple  sous  ce  rapport  et  surtout 
Murillo....  Rubens  à  travers  ses  couleurs  crues  et  ses  formes,  arrive  à  un  idéal  des  plus  puis- 
sants. La  force,  la  véhémence,  l'éclat  le  dispensent  de  la  grâce  et  du  charme.    » 


N"""  188,   189  :  Portraits  du  baron  Schwiter 


1°  Lithographie.  —  H.  o™22o,  L.  o'"i95.  —  Signé 
au  bas  à  gauche.  —  Dans  le  fond,  à  droite  :  ^ÈT'* 
XXL  —  Ventes  Parguez,  1861  :  10  francs;  De 
La  Combe,  i863  :  8  francs;  Dubois,  1866  :  8  fr. 
Vente  posthume,  1864,  sur  chine  :  6  francs.  — 
Cat.  A.   Moreau,  p.  28. 

2''  Dessin  à  la  plume.  —  H.  o™i8,  L.  o"M6.  — 
Photolithographié  par  Lefman  (cinq  épreuves).  — 
Appartient  à  M.  Schwiter. 


Delacroix,  écrivant  en  i832  à  M.  Villot,  lui  parle  de  M.  Schwiter:  «  Pierret 
n  est  pas  ici ,  il  est  parti  ex  abrupto  pour  suivre  Schwiter  à  Nancy  et  de  là  à  Strasbourg,  oîi  il 
\a  voir  du  gothique  et  des  oncles  qui  lui  donneront  à  dîner  et  à  coucher.')  (Lettres,  édit.  Burty.) 


56 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1826 


N"  190  :  Portrait  du  baron  Schwiter 


Toile.  — H.  2">3i,  L.  i"'5o.  —  Signé  au 
bas,  à  gauche. —  Refusé  au  Salon  de  1827. — 
Cat.    A.  Moreau,  p.  23 1. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  ce  que  nous  avons 
de|à  dit  de  la  lointaine  et  longue  amitié  qui  unissait 
Delacroix  et  M.  le  baron  Schwiter.  —  M.  Moreau 
nous  fournit  un  détail  intéressant  sur   l'exécution 
du  grand  portrait  en    pied.    Le   fond    de    paysage 
lurait  été   peint  en   partie    par  Paul    Huet.  —   Ce 
tableau  ayant  été  refusé  au  Salon  de    1827,  Dela- 
croix le  reprit  un  peu  plus  tard  et  le  termina  définitivement  en  i83o. 
Ce  porti  lit  qui  était  connu  h  l'atelier  sous  le  sobriquet   :  la  boîte    à 
violon    est  eertainement,  de  tous  les  portraits  de  M.  Schwiter, le  plus 
ressembhnt   et  c  est  ce  qui  nous  a  induit  à  donner  le  détail  de  la  tète 

1    dans  des  proportions  qui  permettent  d'en  apprécier  les  traits. 

^  Dans  une  lettre  de  1S25  à  M.  Pierret,  je  trouve  le  passage  suivant  : 
<  M  Louis  Schwiter  a  qui  )e  prends  la  liberté  de  me  rappeler,  sera  assez  bon  pour  me  faire 
savoir  par  ton  moyen  et  en  l'informant  de  la  délicieuse  M"»  Sophia,  dans  laquelle  des 
Prince's  street  habite  la  nymphe  pour  laquelle  j'ai  un  anneau.  Ily  a  à  Londres  une  dizaine  de 
Prince's  street,  et  Londres  est  fort  grand.  » 


N°  191  :  Proteus  et  Julia  déguisée  en  page 


Sépia.  —  H.  o'"22,  L.  o'"i6.  —  Non  signé.  —  Appartenait  à 
M.  Leblond.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  la  scène  iv  du  quatrième  acte  des  Deux-  gentilshommes  de  Vérone  où  la 
douce  Julia,  l'amante  abandonnée  de  Proteus,  après  avoir  offert  ses  ser- 
vices à  celui-ci,  accepte  de  porter  un  message  d'amour  à  la  chaste  Sylvia. 
PROTEUS  :  Dis  à  ma  dame  que  je  lui  rappelle  la  promesse  qu'elle  m'a 
faite  de  son  divin  portrait.  Ton  message  achevé,  reviens  dans  ma  chambre 
où  tu  me  trouveras  triste  et  solitaire.  (Il  sort.) 

JULIA  :  Combien  y  a-t-il  de  femmes  qui  voudraient  faire  un  pareil  mes- 
sage ?  Hélas,  pauvre  Proteus  !  tu  as  pris  un  renard  pour  gardien  de  tes  brebis.  Hélas  !  pauvre 
fou!  pourquoi  est-ce  que  je  le  plains,  lui  qui  me  méprise  de  tout  son  cœur.'' 


N"  192  :  Croquis  divers 


Lithographie.  —  H.  o"'2io,  L.  o"'340.  —  Vente  posthume  : 
9  fr.  —  Ventes  Dubois,  20  fr.;  Villot  :  22  fr.  ;  Parguez  :  5o  fr. — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  2g. 

C'est  une  pierre  d'essais,  car  les  motifs  y  sont  disposés  dans  l'ordre  le 
plus  arbitraire;  le  Turc  et  l'homme  d'armes  dans  un  sens,  les  ruines 
romantiques  en  sens  opposé,  et  dans  une  autre  direction  deux  por- 
traits, ceux  de  deux  amis  du  maître,  Frédéric  Soulier  et  Horace 
Raisson.    Nous  ne  connaissons  pas  d'autre  portrait  de  ce  dernier. 


1827 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


57 


N°  193  :  Le  Message 

Lithographie.  —  Dimension  de  la 
pierre:  H.  o"26o,  L.  o"^35o.  —  Vente 
posthume,  17  francs. —  Vente  Villot, 
18-5  :  3o  fr.  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  29. 

Cette   lithographie  a  été  faite  par  Dela- 
croix d'après  une  aquarelle  de  Boning- 
ton.  Nous  donnons  par  surcroît  le  motif 
principal  dans  des  dimensions  plus  étendues  et  propres  à  le  rendre  plus  lisible. 


N°  194  :  La  Fuite  du  contrebandier 

Lithographie.  —  Trois  états  :  premier  et  deuxième:  H.  o'"io2 
L.  o^igo;  troisième:  H.  o"'OQO,  L.o^iSo. — Signé:  E.  Lacroix. 
—  Vente  posthume  (premier  état)  :  10  fr.  —  Vente  De  La 
Combe:  27  fr.  —  Ventes  Langlais  et  Dubois  (deuxième  état)  : 
2  fr.  —  Cat. A.  Moreau,  p.  42. 

Cette  lithographie  accompagnait  une  Ballade  de  Bétourné, musique, 
de  Th.  Labarre,  comme  l'indique  la  lettre  du  troisième  état  avec  la 
mention:  0  Prix  :  2  fr.,  à  Paris,  chez  Troupenas,  éditeur  du  répertoire  des  opéras  français, 
rue  Saint-Marc,  23.»  Le  premier  état  sans  aucune  lettre;  le  second  avec  l'indication  en  bas, 
à  droite  :  «  Lith.de  Engelmann,  rue  du  Faubourg-Montmartre,  n"  6.  0 


Année  1827 

N"®  195,  196:  Assassinat  de  Tévêque  de  Liège 

Esquisses  et  variantes  du  tableau 
de  1829, exposé  en  i83i. 
i"  Toile.   —   H.  o'"27,  L.    o"'39. 
—  Lithographie  en  sens  inverse, 
par  Mouilleron,   notre  vignette  le 
reproduit  de  ce  même  côté  :  o'"  1 5  3 
sur  o™2i  3. Eau-forte  parCh.Cour- 
try:  o™oqo  sur  o'"i3o  pour  la  ga- 
lerie Durand-Ruel.    —  Cat. 'A.    Moreau;  p.  ii3. 
2°  Toile.  —  H.  o"'59,  L.  o"'72.  —  N°  55  de  la  Vente 
posthume  :  2,1 25  francs.  —  A  appartenu  à  M.  Rœclerer,  du  Havre,  et  à  M.  Binant. 


58 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1827 


N° 


197 


Tarn  O'Shanter 


Toile.  —  H.  o"'26,  L.  o™3o.  —  Signé  en  bas  à  droite.  —  Salon  de  i83i.  —  Ventes 
B.,  i855  :  8o5  fr.;  marquis  de  L.,  i865  :  2,3oo  fr.;  Khalil-bey,  1868  :  3,-50  fr.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  248. 

Nous  avons  reproduit  l'esquisse  de  ce  tableau  à  l'année  1S25.  Delacroix  a  dû  exécuter  au 
moins  deux  fois  ce  même  sujet,  ainsi  que  le  dit  M.  Moreau;  en  1S25,  d'abord,  pour  madame 
Dalton,  et  ensuite  pour  un  autre  ami,  en  1S27,  ainsi  que  le  constate  une  lettre  inédite  qui 
nous  est  passée  sous  les  yeux  :  «  Mon  cher  ami,  je  vous  envoie...  C'est  une  ballade  écossaise 
très  célèbre  de  Burns,  le  poète  populaire  du  pays.  Tarn  O'Shanter  est  un  fermier  qui  passe  la 
nuit  près  du  sabbat  des  sorciers.  Ceux-ci  se  mettent  à  ses  trousses,  et  en  tête  une  jeune  sor- 
cière qui  prend  la  queue  de  son  cheval  jusqu'à  ce  que  ladite  queue  lui  reste  à  la  main.  J'ai 
omis  cet  épisode.  Ne  le  vernissez  que  dans  quelque  temps.  » 


N°  198  :   La  Mort  de  Sardanapale 


Toile.  —  H.  3™95,  L.  4™95.  —  Salon  de  1827. 
—  Gravé  à  Teau-fone  par  F.  Régamey  :  o^gSo 
sur  o"Mog;  par  Greux  :  o™ioo  sur  o'"i26.  —  Li- 
thographie par  Sirouy  :  o"'427  sur  o™537.  — 
Bois  du  Monde  illustré  :  o'"223  sur  o™287.  — 
Voir  Tesquisse  à  Tannée  1826  et  la  réduction  à 
Tannée  1844.  —  ^^^-  ^-  Moreau,  p.  169. 
En  février  et  mars  1828,  Delacroix  écrit  à  son  ami 
Soulier,  le  6  février  1828  :  <i  J'ai  effectivement  fini 
mon  Massacre  n"  2  (la  Mort  de  Sardanapale).  Mais 
]'ai  eu  à  subir  des  tribulations  assez  nombreuses  de 
MM.  les  très  ânes  membres  du  Jury.  J'en  aurai  long 
à  te  dire  sur  ce  chapitre  .  Je  continue  ma  lettre  à  deux 
jours  d'intervalle.  C'est  ce  matin  qu'on  a  rouvert  le 
Salon.  Ma  croûte  est  placée  le  mieux  du  monde.  De  sorte  que,  succès  ou  non  succès,  ce  sera 
à  moi  qu'il  faudra  m'en  prendre.  J'ai  éprouvé,  en  arrivant  là-devant,  un  effet  abominable,  et 
je  ne  souhaite  pas  que  l'excellent  public  ait  mes  yeux  pour  juger  mon  chef-d'œuvre.  C'est 
malheureux  que  je  tombe  à  t'écrire  un  jour  où  je  suis  aussi  vexé.  Mais  ce  sera  pour  toi  la 
peine  de  m'avoir  écrit  si  peu  de  chose.  Quel  exécrable  métier  que  de  faire  consister  son 
bonheur  dans  des  choses  de  pur  amour-propre!  Voilà  six  mois  de  travail  qui  aboutissent  à 
me  faire  passer  la  plus  foutue  des  journées.  Du  reste,  je  suis  habitué  à  ces  choses-là,  et  ne 
t'alarme  pas  trop  pour  l'amour  de  moi.  C'est  peut-être,  comme  toutes  les  autres  fois  où 
le  premier  aspect  de  ma  sacrée  peinture  accrochée  à  côté  de  celle  des  autres  me  jugule  com- 
plètement. Cela  me  fait  l'effet  d'une  première  représentation  où  tout  le  monde  sifflerait.  » 
1 1  mars  1 828  :  0  Je  ne  fais  pas  encore  grand  chose,  je  suis  ennuyé  de  tout  ce  Salon.  Ils  fini- 
ront par  me  persuader  que  j'ai  fait  un  véritable  fiasco.  Cependant,  je  n'en  suis  pas  tout  à  fait 
convaincu.  Les  uns  disent  que  c'est  une  chute  complète;  que  la  <c  Mort  de  Sardanapale  »  est 
celle  des  romantiques,  puisque  romantiques  il  y  a;  les  autres  comme  ça  que  je  suis  inganno, 
mais  qu'ils  aimeraient  mieux  se  tromper  ainsi  que  d'avoir  raison  comme  mille  autres  qui  ont 
raison  si  on  veut  et  qui  sont  damnables  au  nom  de  Tàme  et  de  l'imagination.  Donc,  je  dis 
que  ce  sont  tous  des  imbéciles,  que  ce  tableau  a  des  qualités  et  des  défauts,  et  que  s'il  y  a 
des  choses  que  je  désirerais  mieux,  il  y  en  a  pas  mal  d'autres  que  je  m'estime  heureux  d'avoir 
faites  et  que  je  leur  souhaite...  Tout  cela  fait  pitié  et  ne  mérite  pas  qu'on  s'y  arrête.  » 


1827 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


59 


N°  199  :   Le  Tasse  dans  la  maison  des  fous 


Toile.  —  H.  o"'6o,  L.  o'"5o.  —  Lithographie  par  Mouilleron 
dans  les  dimensions  de  o™i8o  sur  o™i53,  et  par  un  anonyme 
dans  les  dimensions  de  0"'4o  sur  o™3o.  —  Signé  au  milieu  en 
bas.  —  Refusé  au  Salon  de  iSSg.  —  Appartient  à  M.  Bis- 
choffsheim.   —  Cat.  A.  Moreau,  p.  118. 

Cette  nouvelle  variante  du  Tasse  n'est  pas  la  moins  émouvante 
de  toutes  les  compositions  que  ce  sujet  a  inspirées  à  Delacroix  et 
que  nous  avons  déjà  rencontrées  dans  son  œuvre  (voir  année  1824^ 
Ce  que  Th.  Gautier  a  dit  de  l'une  d'elles  s'applique  également  à 
celle-ci  :  «  Le  malheureux  poète  est  assis,  triste  et  songeur,  au 
milieu  d'une  bande  de  fous;  il  n'écoute  pas  leurs  cris  insensés,  il  ne 
regarde  pas  leurs  gestes  extravagants,  mais  il  s'interroge  lui-même 
avec  effroi.  Serait-il  fou,  en  effet?  Question  terrible  et  qu'il  n'ose 
résoudre.  »  —  Ici,  le  poète  est  seul  dans  sa  chambre,  l'aliéné  à  barbe  rousse  a  disparu,  mais 
n  d'autres  grimacent  et  gambadent  au  fond,  secouant  les  grelots  de  leur  démence  aux  oreilles 
du  poète  qui  bientôt  sera  fou  comme  eux.  »  On  ne  peut  rien  imaginer  de  plus  saisissant. 


N°  200  :  Épisode  de  la  guerre  en  Grèce 


Toile.  — H.  o'"65,  L.  o'"8o.  — Vente  Hôtel  Drouot,  20  avril 
1874  :  25,3oo  fr.  —  Gravé  à  Teau-forte  par  Bouruet  :  o"'26  sur 
©■"Sa.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  8 1 . 

Le  prix  de  ce  tableau  en  1874  en  dit  assez  toute  l'importance.  Voir 
la  variante  à  l'année  i856.  La  peinture  de  1827  est  entièrement 
exécutée  au  vernis  copal,  nous  dit  M.  Moreau,  et  le  cavalier  princi- 
pal porte  le  costume  de  Palikare  du  comte  Palatiano,  dont  Eugène 
Delacroix  avait  fait  le  portrait  en  pied  reproduit  par  nous  à  l'année 
1826.  —  La  gravure  de  M.  Bouruet  est  exécutée  en  sens  contraire, 
telle  que  nous  la  donnons  ici.  Comme  elle  ne  porte  ni  lettre  ni  signature,  elle  fut  indiquée  au 
catalogue  de  la  Vente  posthume  comme  pièce  originale,  sous  le  n°  686,  avec  le  titre  de  : 
«  Cavalier  turc  poursuivant  des  Grecs  sur  un  champ  de  bataille.  » 


N°  201  :  Mort  de  Hassan 


Toile.  —  H.  o"'32,  L.  o'"40.  —  Signé  en  bas  à  gauche.  — 
Ventes  Didier,  3  mai  1849:500  fr.;  A.  H.,  29  mars  1854  : 
55o  fr.;  X.,  8  mai  1861  :  gSo  fr.;  Barthélehiy,  14  décem- 
bre 1871  :  5,600  fr.;  Ad.  Liebermann,  8  mai  1876  :  7,100  fr.; 
i  Beurnonville,  avril  1880  :  7,900  fr.  —  Appartient  au  baron 
^  de  Beurnonville.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  244. 

Ce  motif,  emprunté  au  Giaouràp  lord  Byron,  est  aussi  connu  sous 
le  titre  de  «  Grec  mort  »  et  de  0  Épisode    de  la  guerre  de  l'Inde'pen- 
dance  1).  L'attitude  de  la  mort  violente  est   saisissante  de  vérité  et 
contraste  en  même  temps  que  le  feu  sinistre  de  l'incendie  avec  l'éclat  joyeux  du  costume. 


6o 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1827 


N"  202  :  Combat  du  Giaour  et  du  Pacha 


Toile.  —  H.  o'"58,  L.  o"'72.  —  Salon  de  1827.  —  Signé  en  bas 
à  gauche.  —  Gravé  par  Bouruet-Aubertot.  —  A  appartenu  à 
M.  Alexandre  Dumas  père  et  appartient  aujourd'hui  à  M.  Mah- 
1er.  —  Gat.  A.  Moreau,  pp.  82,  i6q. 

Le  vrai  titre,  celui  du  Salon  de  1827,  est  0  Scène  de  la  guerre  actuelle 
des  Turcs  et  des  Grecs  ».  Mais  nous  lui  laissons  le  titre  romantique 
consacré  par  Théophile  Gautier  dans  les  Beju.x--Arts  en  Europe  :  «  Il 
existe  un  autre  Combat  du  Giaour  et  du  Pacha,  que  nous  nous 
souvenons  d'avoir  vu  jadis  chez  Alexandre  Dumas,  et  que  nous  au- 
rions bien  voulu  retrouver  h  l'Exposition  universelle  de  i855.  Nous  regrettons  que 
M.  Delacroix  n'ait  pu  se  procurer  le  chef-d'œuvre  d'après  lequel  Poterlet  avait  esquissé  une 
magnifique  pochade,  aussi  chaude  de  ton  que  l'original.  »  • —  Cette  copie,  retouchée  par  le 
maître,  appartenait  à  Th.  Gautier  et  fut  achetée  à  la  ventede  ce  dernier  par  madame  Alice  Ozy. 


N"  203  :  Combat  du  Giaour  et  du  Pacha 


Lithographie.  —  H.  o^Sô,  L.  o'"25.  —  Premier  état.  Ventes 
Parguez,  1861  :  3y  fr.;  posthume,  1864  :  3o  fr.;  Gihaut,  iBjS  : 
3o  fr.;Burty,  1874:  82  fr.;  Villot,  1875  :  40  fr.  —  Deuxièmeétat. 
Ventes  De  La  Gombe,  t863  :  i5  fr.;  Dubois,  1866  :  16  fr.;  Lan- 
glais,  186S  :  I  I  fr.  5o  ;  Soleil,  1872  :  3i  fr.;  Sensier,  1877  :  10  fr. 
—  Gat.  A.  Moreau,  p.  3o. 

Nous  reproduisons  le  premier  état.  Dans  le  second,  les  croquis  de  la 
marge  inférieure  ont  disparu.  En  outre,  les  demi-teintes  existent  à  peine 
et  les  blancs  sont  durs,  autrement  dit,  le  modelé  du  premier  état  est 
plus  velouté.  Les  croquis  de  la  marge  représentent  une  tête  de  lévrier 
et  une  étude  pour  la  figure  du  pacha.  —  Les  dimensions  du  deuxième 
état  sont  :  H.  on'So,  L.  o°'24. 
Cette    composition,  qui  diflère  absolument  de   la  précédente,  n'a  rien 

de  commun  non  plus  avec  le  tableau  exposé  au  Salon  de  i835,  rien  que  la  grandeur  tragique 

du  combat. 


N"  204  :  Porte-Étendard 


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Aquarelle  gouachée.  —  Format  in- 12.  —  Vente  Villot,  1 865  :  2iofr. 
—  Appartient  à  M.  Villot  fils.  —  Gat.  A.  Moreau,  p.  295. 
Le  cheval  gris  pommelé  est  lancé  à  cette  grande  allure  de  galop  qu'affec- 
tionnait Velazquez  en  ses  portraits  de  l'infant.  Le  cavalier  e'st  coiffé  d'un 
casque  couronné  par  un  cimier  en  forme  d'aigle.  —  Peut-être  trouvera-t-on 
la  tête  du  cheval  un  peu  petite;  mais  il  est  clair  que  Delacroix  n'a  cherché  là 
que  le  mouvement,  et  que  l'aquarelle  a  été  faite  seulement  pour  la  belle  ligne 
de  l'élan,  prise  par  le  dessous  du  ventre,  ligne  qu'il  a  tant  cherchée,  dont 
nous  trouvons  le  premier  effort  dans  le  Waverley  de  1S22,  et  qu'il  a  depuis 
si  magnifiquement  réalisée  dans  ce  Choc  de  cavaliers  maures  refusé  au  Salon  de  1834. 


N°'  205,  206  :  La  Grèce  expirant  sur  les  ruines  de  Missolonghi 


i"  Toile.  —  H.    2"m3,  L.  i'"42.   —  Au  musée  de  Bordeaux.   — 

Lithographie   par  Alf.   Robaut  dans  les  dimensions  de  o""!  12  sur 

o™o75.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  199. 

2°  Esquisse  peinte.  —   H.  0^41;  L.  o"'28.  —  Appartient  à  M.  Alf. 

Robaut. 

La  Grèce,  représentée  par  une  jeune  femme  en  costume  hellène,  est 
debout  parmi  les  ruines.  Elle  va  succomber  et  montre  ses  mains 
désarmées.  Derrière  elle,  un  soldat  turc  plante  un  étendard  sur  les  dé- 
combres de  la  cité. 

Ce  tableau  a  été  acheté  par  la  ville  de  Bordeaux  à  Eugène  Delacroix  en 
i853,  à  l'exposition  de  la  Société  des  Amis  des  Arts;  il  fut  payé  2,5oo  fr. 
D'une  lettre  à  Théophile  Silvestre  du  3i  décembre  i858,  il  résulte  que  le  maître  l'exposa  à 
Londres  avec  le  Marina  Faliero,   deux  ou  trois  ans  après  son  voyage  en  Angleterre. 


N°  207  :   Jeune  femme  au  grand  chapeau 


Toile.  —  H.  o"'26,  L.  o'"2i.  — Appartient  au  statuaire  Christophe- 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  petite  toile  n'est  pour  ainsi  dire  qu'une  ébauche,  mais  elle  est  mar- 
quée au  sceau  de  la  plus  exquise  distinction  et  comme  couleur  et  comme 
composition.  11  semble  qu'on  retrouve  là  le  souvenir  d'une  femme  que 
Delacroix  a  aimée  et  qu'il  se  serait  plu  à  costumer  dans  le  goût  des  por- 
traits de  Lawrence  qu'il  avait  vus  en  Angleterre.  Trente  ans  plus  tard  (i  858), 
il  écrit  à  Théophile  Silvestre  :  «  Peut-être  trouverais-je  dans  Lawrence  une 
exagération  de  moyens  d'effet  qui  sentent  un  peu  trop  l'école  de  Rey- 
nolds; mais  sa  prodigieuse  finesse  de  dessin,  la  vie  qu'il  donne  a  ses 
emmes,  qui  ont  1  air  de  vous  parler,  lui  donnent,  comme  peintre  de  portraits,  une  sorte  de 
supériorité  sur  Van-Dyck  lui-même,  dont  les  admirables  figures  posent  tranquillement. 
L'éclat  des   yeux,   les  bouches   entr'ouvertes   sont  rendus   admirablement  par  Lawrence.  » 


N""  208   :   Cavalier 


Aquarelle  gouachée.  —  H.  o"'[47,  L.  o'"i  16.  —  Gravé  à  l'eau-forte 
de  mêmes  dimensions  par  M.  Villot.  —  Ventes  Villot,  i865  :  3o5  fr.; 
Diaz,  1877  :  800  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  295. 

L'eau-forte  de  M.  Villot  a  été  exécutée  en  1S47;  c'est  d'après  elle  que  nous 
reproduisons  ici  ce  cavalier,  qui  a  la  fière  tournure  du  Gattamelata.  Cepen- 
dant nous  devons  dire  que  le  graveur  en  a  agi  très  librement  avec  le  modèle, 
où  le  fond  est  occupé  par  des  montagnes  et  est  tenu  dans  une  gamme  de 
tons  très  clairs  ainsi  que  le  terrain.  Il  ne  subsiste  ici  de  l'œuvre  originale 
que  la  grande  allure  de  l'ensemble,  comparable  à  celle  des  plus  belles 
statues  équestres  de  la  renaissance  italienne,  comme  le  Gattamelata  que 
nous  rappelions  tout  à  l'heure,  ou  ce  Colleone,dont  Bonington  a  laissé  une  si  brillante  aqua- 
relle bien  connue  des  familiers  du  Louvre. 


62 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1827 


N°  209  :  Deux  hommes  d'armes  en  costume  Louis  XII 

Aquarelle.  —  Vente  Villot,  i865  :  200  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  295. 

N°  210  :  La  Prière 

Aquarelle,  —  Vente  Du  Sommerard,    1843  :   36  fr. —   Vente  Binant,  1844   :    21    fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  287. 

N°  21 1  :  Jane  Shore 

Aquarelle.  —  H.  o"'27,  L.  o™32.  —  Signé,  daté  «  1827». —  Lithographie  en  1828.  — 
Vente  Villot,  t865  :  i55  fr.  à  M.    Lecesne.   —   Cat.  A.  Moreau,  pp.  42,  286. 

N°  212  :   Seigneur  vénitien  assis 


à  Venise  une  de  C' 


Sépia.  —  H.  o^igS,  L.  o'"i67.  —  Gravé  à  Peau-forte  par  F.  Villot 
dans  les  mêmes  dimensions.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  109. 

L'eau-forte,  qui  date  de  1845,  et  dont  il  existe  deux  états,  n'a  jamais  été 
terminée.  La  planche  a  été  adjugée  à  la  vente  Villot  à  M.  Maheu,  qui  en 
a  fait  tirer  quelques  épreuves.  —  Le  premier  état  est  d'eau-forte  pure  et 
n'a  été  tiré  qu'à  trois  épreuves.  Le  second  état  porte  des  retouches  au  burin 
dans  les  vêtements  du  personnage  debout.  —  Ce  personnage,  que  M.  Mo- 
reau présente  comme  un  page,  nous  fait  l'effet  d'une  femme,  à  en  juger  par 
l'ampleur  des  vêtements  et  par  les  bras  à  demi  nus.  Delacroix  a  transporté 
es  scènes  de  maison  galante  qui  furent  chères  aux  HoUandais. 


N°'  21  j,  214,   21^   :  Portraits  de  la  famille  Pierret 

-—-ui  1"  Madame  Pierret  mère.  — 
Dessin  à  la  mine  de  plomb. 
—  H.  o"'25,  L.  o'"2i.  — 
Non  signé,  mais  daté  ainsi  : 
a  23  avril,  vendredi  saint, 
1827.  »  —  Cat.  A.  Moreau. 
«;.->-  1        V-  p.    232. 

-^ir/i        'iWwMm^mi    0°     Mademoiselle    Victoire 
Pierret.  —  Dessin  à  la  mine 
de    plomb.   —   H.    0^24,  L.  o"'22.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  232. 

3°  Mademoiselle  Juliette  Pierret.  —  Toile.  —  H.  o'"39,  L.  o'"3i.  -     Non    signé.    — 
Appartient  à  madame  veuve  Pierret.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  232. 


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1827 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


63 


N°  216   :  Portrait  de  Bonington 


Delacroix 


Dessin  à  l'estompe.  —  H.  o'"25,  L.  o'"22.  —  Appartient  à  M.  P.  Le- 
grand,  gendre  de  M.  Bornot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Richard-Parkes  Bonington,  né  au  village  d'Arnald,  près  de  Nottingham 
(Angleterre),  le  i5  octobre  1801,  mourut  à  Londres  le  23  septembre  1828. 
Venu  en  France  à  l'âge  de  quinze  ans,  il  étudia  à  l'école  des  Beaux-Arts  et 
dans  l'atelier  de  Gros,  oîi  il  rencontra  une  partie  des  peintres  romantiques. 
La  France  avait  le  droit  de  revendiquer  la  gloire  de  son  talent.  C'est  pour- 
quoi le  nom  de  l'artiste  anglais  figure  avec  honneur  dans  le  livret  de 
l'Ecole  française  au  Louvre.  Ce  dessin,  exécuté  h  la  lumière  de  la  lampe, 
est  d'un  effet  très  heureux.  —  Dans  sa  lettre  de  i85S  à  Th.  Silvestre, 
parle  avec  sympathie  de  son  camarade  Bonington,  mort  dans  sa  fleur. 


N"*  217,   218 


Portraits  de  MM.   Leblond  et  Guillemardet 


1°  Dessin  a  la  mine  de  plomb.  —  H.  ^"ly,  L.  o"'i2. 
—  Appartenait  à  madame  Leblond.  —  Cat.  A.  Mo- 
reau, p.  233. 

2"  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'^ig,  L.  o"M5. 
— Appartient  à  madame  Pierret. — Cat.  A.  Moreau, 

p.   232. 

C'est  par  erreur  que  M.  Moreau  donne  comme  exécuté 
<(  jusqu'aux  genoux  »  le  portrait  de  M.  Leblond,  qui 
n'est  absolument  qu'un  buste.  Si  Delacroix  n'admettait 

qu'un  très  petit  nombre  damis  dans  son  intimité,  il  leur  était  profondément  attaché,  comme 

le  prouvent  les  portraits  si  fréquents  qu'il  en  a  laissés. 


N°  219  :  L'Alchimiste 

Sépia.  —  Vente  Villot,  i865  :    100  fr.  à  M.  Lecesne.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  296. 

N°  220  ;  Tête  de  vieillard 


Croquis  à  la  plume.  —  H.  o"'oq3,  L.  o"'075. —  Gravé  à  l'eau-forte  par 
F.  Villot  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  1 10. 
Nous  conservons  la  désignation  donnée  par  M.  Moreau,  sans  trouver  que 
cette  tête  soit  absolument  celle  d'un  vieillard.  Nous  y  voyons  plutôt  une 
sorte  de  type  à  la  Baudelaire.  L'homme  est  vu  de  face;  la  tète  inclinée  à  sa 
droite  montre  un  front  dégarni  ;  le  visage  s'encadre  dans  une  longue  cheve- 
lure flottant  sur  les  épaules.  La  gravure  ne  porte  pas  le  trait  carré  de  notre 
vignette.  Elle  est  signée  en  bas  à  gauche  des  initiales  E.  D.;  on  lit  à  droite  : 
<i  F.  V.,  se.  1847.  »  Le  modèle,  en  quelques  traits,  a  une  allure  sculpturale. 


64 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


1827 


N°^  22  1,  222  :  Frontispice  pour  «  Les  Tournois  du  roi  René  » 


I  Lithographie  à  la  plume.  — 
H.  o^SoS,  L.  o'^SgS.  —  Hauteur  des 
hi^ures,  o'"i8o. 

2°  Aquarelle  d'un  autre  projet  sur  le 
même  motif.  — •  H.  0^17,  L.  o'"2i. 
Cnt.    A.   Moreau,    p.   41. 

Seules,  les  deux  figures  debout  tenant  un 
ecu  armorié  dans  le  n"  i  sont  de  Eugène 
Delacroix.  C'est  un  ornemaniste  nommé 
Dubois  qui  a  dessine  le  rideau  décoratif  au  bas  duquel  on  lit  entre  les 
deux  personnages  :  «  Publié  par  MM.  Champollion,  Dubois  et 
Ch.  Motte  —  M  DCCC  XXVU  —  Chez  Ch.  Motte,  lithographe  de 
S.  A.  R.  Monseigneur  le  duc  d'Orléans  et  de  S.  A.  R.  Monseigneur  le  duc  de  Chartres,  R.  des 
Marais,  i3,    Paris.  »  —  Toutes  les  planches  du  volume  sont  le  plus  souvent  coloriées. 


N°'22),  224:  Méphistophélès  dans  les  airs 


1°  Toile.  ^ — H.  o"'48,  L.  o'"4o.  —  Salon  de  1827. — Cat.  A.  Moreau,  pp.  54,  70,147. 
2°  Aquarelle  sur  papier  bleu.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  286. 

Dans  ces  deux  ouvrages,   Delacroix,  reprenant  le  motif  de  sa  lithographie,  a  introduit  d'in- 
signifiantes variantes  dans  l'aquarelle.    (Voir  plus  loin  la  suite  du  Faiisl.) 


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22^  :  Première  apparition  de  Méphisto  à  Faust 


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'i65,  L. 


Aquarelle.  —  Variante  du  n°  234. 
Vente  posthume. 

0  M.  Delacroix,  dit  Gœthe  dans  ses  conversations  avec  Ecliermann, 
est  un  grand  talent  qui  a,  dans  «  Faust  »,  précisément  trouvé  son  vrai 
aliment.  Les  Français  lui  reprochent  trop  de  rudesse  sauvage,  mais 
ici  elle  est  parfaitement  à  sa  place...  —  De  tels  dessins,  reprend  Ec- 
kermann,  contribuent  énormément  à  une  intelligence  plus  complète 
du  poème.  —  C'est  certain,  dit  Gœthe,  car  l'imagination  plus  par- 
faite d'un  tel  artiste  nous  force  à  nous  représenter  les  situations 
comme  il  se  les  est  représentées  à  lui-même.  Et  s'il  me  faut  avouer  que  M.  Delacroix  a 
surpassé  les  tableaux  que  je  m'étais  faits  de  scènes  écrites  par  moi-même,  à  plus  forte  raison 
les  lecteurs  trouveront-ils  toutes  ces  compositions  pleines  de  vie  et  allant  bien  au  -delà  des 
images  qu'ils  se  sont  créées.  »  {Conversations,  traduction  E.  Delerot.) 


N"  226  :  Méphisto  apparaissant  à  Faust 


Toile.  —  H.  o'"48,  L.  o"'4o.  — Salon  de  1827.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.    170. 


1827 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


65 


N°  227  :  Faust,  Méphisto  et  Marguerite 

Croquis  divers. 


Ailleurs,  sur  le  même  sujet.  Gœthe  dit  encore,  en  parlant  de  la  traduc- 
tion in-folio  de  Faust  :  «...Si  mon  «  Faust»  a  eu  pourtant  un  succès  dont 
je  vois  la  preuve  en  ce  moment  même  dans  ce  luxe  de  typographie, 
c'est  qu'il  renferme,  fixé  là  pour  toujours,  le  tableau  du  développement 
d'un  esprit  pareil  au  nôtre,  qui  a  souffert  de  toutes  les  peines  qui  tour- 
mentent l'humanité,  qui  a  éprouvé  toutes  les  agitations  qui  la  troublent, 
qui  a  partagé  toutes  ses  haini;s,  qui  a  joui  de  toutes  les  félicités  auxquelles 
il  aspire...  11  est  bien  curieux  que  l'esprit  d'un  artiste  ait  trouvé  dans 
cette  œuvre  obscure  tant  de  plaisir  et  se  soit  si  bien  assimilé  tout  ce 
qu'elle  renfermait  de  sombre  dans  sa  conception  première,  qu'il  a  pu 
tracer  les  principales  scènes  avec  un  crayon  aussi  tourmenté  que  la  destinée  du  héros.  M.  De- 
lacroix est  un  peintre  d'un  incontestable  talent,  mais  il  est  accueilli  comme  le  sont  souvent 
les  jeunes  gens  par  nous  autres  vieillards.  Les  connaisseurs  et  les  amis  de  l'art  ne  savent  pas 
trop,  à  Paris,  ce  qu'il  faut  dire  de  lui,  car  il  est  impossible  de  ne  pas  lui  reconnaître  des 
qualités,  et,  cependant,  on  ne  peut  louer  sa  manière  désordonnée.  »  Il  sied  vraiment  h 
Gœthe,  dont  le  cerveau  a  conçu  le  tohu-bohu  apocalyptique  d'une  œuvre  comme  Le  second 
Faust,  de   blâmer   ce  qu'il  appelle  «  la  manière  désordonnée  »  de  Delacroix. 


N°  228  :   Marguerite  en  prison 


Jamais 


Aquarelle.  —  Signée  au  bas  à  droite. —  H.  o'"25,  L.  o^iS. — 'Vente 
Bourlon  de  Sarty,  i865  :  100  fr.  —  Appartient  à  M.  Alf.  Robaut.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  286. 

C'est  là  une  des  nombreuses  pensées  pittoresques  que  ce  motif  inspira  à 
Eugène  Delacroix,  alors  tout  occupé  de  ses  lithographies  du  Faust.  Le  maître, 
avec  une  parfaite  justesse  d'observation,  ou  bien  avec  une  intuition  de  son 
génie,  a  rendu  ici,  d'une  façon  poignante,  le  doux  égarement  d'esprit  de 
l'amante  abandonnée.  —  «  Je  suis  pourtant  si  jeune  encore;  si  jeune!  et  déjà 
mourir!  J'étais  belle  aussi,  et  ce  fut  ma  perte.  Le  bien-aimé  était  près  de 
moi,  maintenant  il  est  loin,  ma  couronne  est  arrachée,  les  fleurs  dispersées... 
e  ne  serai  plus  joyeuse.  Ils  chantent  des  chansons  sur  moi.  C'est  méchant  de  leur  part.» 


N°  229  :  Faust  et  Méphisto  galopant  dans  la  nuit  du  Sabbat 


Croquis.  —  Variante  du  n°  245. 
■^ri^  Ici,  les  cavaliers  se  dirigent  vers  la  droite  du  spectateur.  On  remarquera 
^liS,  le  beau  mouvement  du  cheval  de  Méphistophélès  et  des  quatre  jambes 
rassemblées  comme  pour  franchir  un  obstacle.  C'est,  à  coup  sûr,  le  mou- 
vement le  plus  hardi  que  l'on  connaisse  dans  toute  l'hippographie  artis- 
tique. —  Il  importe  d'ajouter  que  cette  audace  a  été  récemment  justifiée 
par  les  expériences  de  photographie  instantanée  faites  en  Amérique  et 
reproduisant  les  mouvements  successifs  du  cheval  à  toutes  les  allures.  —  Les  croquis  de 
toutes  sortes  que  Delacroix  a  faits  pour  cette  composition  sont  innombrables.  Nous  repro- 
duisons ici  l'un  des  plus  caractéristiques. 


66 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


1827 


FAUST.   SUITE  DE  DIX-NEUF  COMPOSITIONS 


Lithographies. —  Format  in-folio.  —  Ventes  Piron,  21  avril  i865  (en  un  volume 
relié)  :  255  fr.;  Dubois  (épreuves  du  premier  état,  plusieurs  avec  croquis  sur  les 
marges,  mais  sans  le  portrait  de  Gœthe)  :  425  fr.;  Vente  posthume  (épreuves  sur  pa- 
piers de  tons  différents)  :  400  fr. 

Le  titre  de  l'ouvrage  porte  :  «  Faust,  tragédie  de  Gœthe,  traduite  en  français  par  M.  Albert 
Stapfer,  ornée  d'un  portrait  de  l'auteur  et  de  dix-sept  dessins  composés  d'après  les  principales 
scènes  de  l'ouvrage  et  exécutés  sur  pierre  par  M.  Eugène  Delacroix.  A  Paris,  chez  Ch.  Motte, 
éditeur,  rue  des  Marais,  i3,  et  chez  Sautelet,  libraire,  place  de  la  Bourse,  1828.»  Au  centre 
est  un    médaillon  de  Gœthe,  par  Porret,  grave  sur  bois. 


N°^  230,  231  :   Couverture  de  l'ouvrage 


1"  Lithographie.    —    H.    o'"5o,    L.     o"'37.    — 
Titre  frontispice. 

2°    Lithographie.     —    H.    o^ig,    L.    o"'i6.   — 
Phototypographié  dans  le  journal  l'Art,  numéro 
du  2  janvier  1881,  —  verso  de  la    couverture. 
'^^^if-'^  "'""*' M('i^>    "''^ï'i^'^'ivj^''     Ensemble. — Ventes  Burty,  1874  :  i  35  fr.;Villoi, 
CTiZ-ll_i^^àg&      ""^L^^S^:)     1875  :   5i  fr.  —  Cat.  A.   Moreau.  p.   5  i . 

Ces  deux  dessins   passent  pour  être  de  Achille  De- 

véria.    Nous  les  reproduisons,  convaincu  que  Delacroix  y  a  collaboré 

au  moins  de  ses  conseils. 

Premier   état.  —    Au   recto   :   n  A  Paris,  chez  Ch.  Motte,    rue  des 

Marais,  i3.  —  Sautelet,  place  de  la  Bourse.  » 

Deuxième  état.  —  Au  verso  à  gauche  :  «  Lith.  Vayron.  «  Au  milieu  : 

(1  A  Paris,  chez  Danlos,  quai  Malaquais,  n°  i.  »  Ce  nom  de  Vayron 

nous  est  inconnu. 

Nous  devons  signaler  un  autre  étatsans  nom  d'imprimeur,  non  décrit  par  M.  Moreau. 
L'addition  de  ces  deux  dessins  porte  le  nombre  total  h  dix-neuf. 


N°  2j2:   Portrait  de  Gœthe 


Lithographie.  —  H.  o'"i40,  L.  o"M5o.  — Ventes  Parguez  (premier 
état)  :  5  fr.  —  Vente  du  10  avril  1862  (premier  état)  :  ig  fr.  —  Vente 
Langlais  (premier  état)  :  24  fr.;  (deuxième  étatl  :  10  fr.  5o.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  52. 

Premier  état.  —  En  bas  à  droite  :  «  Lith.  de  C.  Motte  »;  h  gauche  :  «  Dela- 
croix, lith.  n;  au  milieu  le  fac-similé  de  la  signature  de  Gœthe. 
Deuxième  état.  —  Même  lettre,  sauf  les  mots  :  n  Lith.  Vayron  »  remplaçant 
à  gauche  ceux  de  «  Lith.  de  C.  Motte.  » 
Autre  état  sans  nom  d'imprimeur. 

L'exécution  dans  son   ensemble  et   en  particulier  le  léger  flou  de  la  chevelure  sont  absolu- 
ment remarquables  dans  les  bonnes  épreuves  de  la  lithographie. 


l82- 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


67 


N°*23j,   234:  Méphistophélès  dans  les  airs 


vendue  en   i 


1°   Lithographie.    —   H.   o'"270,  L.  o"'23o.    —  Ventes  De   La 
Combe  (premier  état)  :  17  fr.;   Parguez   (premier  état)    :    17  fr.; 
posthume  (premier  état)  :  6  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  53. 
Premier  état.  —  Sans  aucune  lettre. 

Deuxième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  «  Delacroix,  inv.  et  lith.  »  à 
droite  :  a  Lith.  de  Ch.  Motte,  Paris  »;  au  milieu  la  légende. 
Troisième  état.  —  En  bas  h  gauche  :  «  Delacroix,  inv.  et  lith.  »;  à 
droite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu,  ces  deux  vers  :  «  De  temps  en 
temps  j'aime  à  voir  le  vieux  Père,  —  Et  je  me  garde  bien  de  lui  rompre 
en  visière.  » 

2°  M.  A.  Sensier  a    possédé  la   sépia  originale  de  ce  dessin;  elle  pro- 
venait de  la  collection  Villot,  d'où  elle  avait  passé  dans  la  collection 
873.  Elle  appartient  aujourd'hui  au  comte  Doria. 


N°*  i]y  1)6  :  Faust  dans  son  cabinet 


pièce 


i"  Lithographie.  —  H.  o"25o,  L.  o'"i7o.  — Ventes  De  la  Combe 
deuxième  état)  :  i5  Ir.;  Parguez  (premier  état)  :  33  fr.;  posthume 
premier  état)  :  17  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  53. 

Premier  état.  —  Sans  lettre;  sur    les  marges  des  croquis,  à  gauche  un 
casque  et  une  épée,  en  bas  une  tète  de  cheval  et  une  poignée  d'épée. 
Deuxième  état.  —  Sans  les  croquis,  sans  aucune  lettre. 
Troisième  état.  —  En  bas  à  droite  l'adresse  de  Motte;  au  milieu  la  légende. 
Quatrième  état.  —  En  bas   à  gauche  :  «  Delacroix,  inv.  et  lithog.  »;  à 
droite  :  n  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  Pauvre  crâne  vide,  que  me  veux- 
tu  dire  avec  ton  grincement  hideux?  •> 
Il  existe  un  état  sans  nom  d'imprimeur. 

2°  M.  Andrieu  possède  la  sépia  originale  quia  servi  à  l'exécution  de  cette 
Tous  les  sujets  delà  suite  du  Faust  ont  dû  être  ainsi  traités  avant  d'être  lithographies. 


N°  237  :  Faust  et  Wagner 


Lithographie.  —  H.  o™i85,  L.  260.  —  Vente  Parguez 
(premier  état)  :  60  fr.;  (deuxième  état)  :  10  fr.  —  Vente 
Villot  (troisième  état)    :  3  fr.  — Cat.   A.  Moreau,  p.  53. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre,  avec   un  trait   carré  et   un 

double  filet  autour  du  dessin;  croquis  dans  la  marge  de  gauche 

représentant  un  Grec  debout. 

Deuxième  état.  —  Le  croquis  effacé,  mais  avec  le  trait  carré  et 

le  double  filet;  avant  toute  lettre. 

Troisième  état.  — Avec  l'adresse  de  Ch.  Motte. 
Quatrième    état.  —  A   droite  :    «    Lith.  Vayron   »;  à  gauche  :  «    Delacroix   »;  au  milieu  ; 
t(  FAUST.  Heureux  qui  peut  conserver  l'espérance  de  surnager  sur    cet   océan    d'erreurs!... 
L'esprit  a  beau  déployer  ses  ailes,  le  corps,  hélas!  n'en  a  point  à  lui  ajouter.  » 
Il  y  a  aussi  un  très  bon  état  sans  nom  d'imprimeur. 


68 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1827 


N"  238  :  Faust,  Méphisto  et  le  barbet 


finir  le  fameux  compte 


Lithographie.  —  H.  o"'23o,  L.  o"'2io   —  Vente  Parguez  (pre- 
mier état)  :  12  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  54. 
Premier  état.  —  Avec    la   légende    au  milieu  et  l'adresse   de    Ch. 
Motte  en  bas  à  droite. 

Deuxième  état.  —  A  droite  :  «  Lith.  de  Villain.  " 
Troisième  état.  —  En  basa  gauche  :  «  Delacroix,  invt  et  lithog.  '>; 
à  droite:  o  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  Il  grogne  et  n'ose  nous 
aborder;  il  se  couche  sur  le  ventre,  il  remue  la  queue.  » 
D'une  lettre  de  1862  à  M.  Philippe  Burty,  il  resuite  que  le  Faust 
rapporta  à  Delacroix  «  quelque  chose  comme  cent  francs,  et,  de 
plus,  une  gravure  de  Lawrence,  \e  Porlrait  de  Pie  VJ/.it  Ce  compte 
môme  fut  difficile  à  faire,  car  voici  le  brouillon  sans  date  d'un  billet 
adressé  à  Ch.  Motte:  «  M.  Motte  a  bien  voulu  me  promettre  de 
cette  année.  Ces  chiennes  d'affaires  vont  à  reculons.  » 


N°  239  :  Méphisto  apparaissant  à  Faust 

Lithographie.  — H.  o™26o,  L.  o"'2io.  —  Ventes  Parguez 
(premier  état)  :  60  fr.;  posthume  (premier  état)  :  40  fr.  —  Cat. 
A.  Moreau,   p.  54. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre. 

Deuxième  état.  —  En  bas  à  droite  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu 
la  légende. 

Troisième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  «  Delacroix,  inv.  et  lithog.  »; 
adroite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  méph.  Pourquoi  tout  ce 
vacarme?  Que  demande  monsieur?  Qu'y  a-t-il  pour  votre  service?  » 
Il  y  a  un  très  bon  état  sans  nom  d'imprimeur. 

Eugène    Delacroix,  comme  on    l'a  vu  plus  haut,    peignit   ce    sujet 
pour  M.  Motte,  l'imprimeur,  qui   vendit  ce   tableau  à  M.  Devéria. 
Ce  tableau,  haut  de  0^48  et  large  de  o"40,  fut  exposé  au    Salon  de 
1827  (voir  cat.  A.  Moreau,  p.  170,  et  plus  haut,  au  cours  de  l'année  1827,  n"  221.) 


N"  240  :  Méphisto  recevant  Fécolier 


fij^m    Lithographie. 
0m    état)  :  5i  fr.;   : 


tirage,  l'cditcur 


H.  o"26o,  L.  o™220. —  Ventes  Parguez  (premier 
Delacroix  (deuxième  état)  deux  épreuves  :  19  fr.   — 

Cat.  A.  Moreau,  p.  55. 

Premier  état.  —  Sans  aucune  lettre.  Tiré  sur  la  pierre  originale. 

Deuxième  état. —  En  bas  h  droite,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu   la 

légende.  Tiré  sur  la  pierre  originale. 

HÏaut  mettre  les  amateurs  en  garde  contre  un  troisième  état  portant  en 

bas  à  gauche  :  n  Delacroix,  invt  et  lithog.  »;  à  droite  :  «   Lith.  Vayron  »; 

au  milieu  :  «  Ce  que  vous  avez  de  mieux  à  faire,  c'est  de  jurer  sur  la 
_      parole  du  maître...  Tenez-vous-en  aux  mots  :  Vous  êtes  sûr  d'entrer  par 

la  grande  porte  au  temple  de  la  Vérité.  «  La  pierre  ayant  été  brisée  au 
en  fit  faire  une  copie  par  un  artiste  resté  inconnu. 


1827 


L'ŒUVRE     DE     DELACROIX 


69 


N°  241  :  La  Taverne  des  étudiants 


subi  plusieurs 


Lithographie.  —  H.  o"'270,  L,o™220.  —  Ventes  Parguez  (pre- 
mier état)  :  53  fr.;  posthume  (deuxième  état)  :  12  fr.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  55. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre. 

Deuxième  état.  —  A  droite,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu  la  légende. 
Troisième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  0  Delacroix  invt  et  lithog.  »;  h 
droite  :  «  Lith.  Vayron  u;  au  milieu  :  «  Au  feu!  A  l'aide!  l'enfer  s'allu- 
me!... Sorcellerie!...  Jetez-vous  sur  lui...  sonafTaire  ne  sera  pas  longue.» 
1  y  a  aussi  un  état  avec  les  mots  :  «  Lith.  Villain  »  et  un  autre  sans 
nom  d'imprimeur. 

Cette  pierre  est  une  de  celles  qui  ont  le  plus  souffert  au  tirage.  Elle  a 
retouches  et  divers  accidents. 


N°  242  :  Faust  et  Marguerite  dans  la  rue 


doute  cet  état  sous 


Lithographie.  — H.  o'"26o,  L.  o'"2io.  — Ventes  Parguez  (premier 
état)  :  5i  fr.;  posthume  (deuxième  état):  16  fr. — Cat.  Moreau, p.  56. 
Premierétat.  — Sans  lettre, mais  avec  un  tripletrait  carré  autourdu  dessin. 
Deuxième  état.  —  En  bas,  à  droite,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la 
légende. 

Troisième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  «  Delacroix  invt  et  lithog.  »;  à 
droite  :  «  Lith.  Vayron»;  au  milieu  :  «  faust.  Ma  belle  demoiselle,  oserai- 
je  vous  oflrir  mon  bras  et  vous  reconduire  ». 

La  pierre  a  été  cassée  après  le  troisième  état  depuis  le  milieu  du  côté  droit 
jusqu'au  bas,  où  le  mot  «  chez  »  est  coupé  en  deux.  M.  Moreau  avait  sans 
les  yeux  quand  il  a  relevé  la  légende,  car  il  a  omis  les  mots  :  «  chez  vous.  « 


N°  243  :  Méphisto  se  présente  chez  Marthe 


J\      mK^_^  les 


Lithographie.  —  H.  o"^240,  L.  o"'20o. 
—  Ventes  De  La  Combe  (premierétat): 
40  fr.;  Parguez  (premier  état)  :  40  fr.; 
posthume  (premier  et  deuxième  états): 
40  fr.  —  Cat.  A.   Moreau,  p.  56. 
Premier  état.   —  Avant  toute  lettre;  sur 
'OYi  î     '\y'i  "^ -"^^^   Is^   marges   en  croquis,  des  lions    et    des 
'-~'^'/p^p/    H'rarC' ti:=^"  ■  ^^*'""^^'  ""'^  ^^^^  d'éléphant,  plusieurs  fi- 
'''^""-^'^"^  guresde  profil,  de  trois  quarts  et  de  face,  un 
choc  de  cavaliers,   etc.,   nous  reproduisons  un  fragment. 
Deuxième  état.  —  Sans  lettre,  mais  les  croquis  effacés. 
Troisième  état.  —  En    bas    à  droite,   l'adresse  de   Ch.  Motte;  au  milieu,  la  légende. 
Quatrième  état.  • —  Avec  la  légende,  mais  sans  nom  d'imprimeur. 

Cinquième  état.  —  En  bas,  à  g"auche  :  «  Delacroix,  invt  et  lithog.  »;  à  droite  :  «  Lith.  Vayron  »; 
au  milieu  :  «  méph.  Il  est  bien  hardi  à  moi  de  m'introduire  aussi  brusquement  chez  ces 
dames.  Je  leur  en  demande  un  million  de  pardons.  » 


N°  244  :  Marguerite  au  rouet 


Lithographie.  —  H.  0^220,  L.  o™i8o.  — Ventes  Parguez  (premier 
état)  :  23  fr.;  De  La  Combe  (premier  état)  :  24  fr.;  posthume  (pre- 
mier état)  :  3i  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  57. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre.  Dans  la  marge  du  bas,  un  croquis  de 
Paysage. 

Deuxième  état.  —  En  bas,  l'adresse  deCh.  Motte;  au  milieu,  la  légende  : 
«  Sans  toi,  l'existence  —  N'est  qu'un  lourd  fardeau;  —  Ce  monde  si  beau 
—  N'est  qu'un  tombeau —  Dans  ton  absence.  » 

Troisième  état. —  En  bas,  à  gauche  :  «  Delacroix,  invt  et  lithog.  «;  à  droite  : 
(1  Lith.  Vayron.  » 
Comparez  la  grâce  naïve  de  notre  composition  à  l'élégance  fardée  du  tableau  dA.   Scheffer. 


N"  245  :  Duel  de  Faust  et  de  Valentin 


Lithographie.  ^  H.  o™23i,  L.  o"'28o. —  Ventes  Parguez 

^p^emier  état)  :  38  fr.;  posthume  (premier  état)  :  12  fr.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  5-. 

Premier  état.  —  H.  o'"265,  L.  o^SSo.  Avant  toute  lettre.  Cro- 
quis dans  la  marge  de  gauche  et  dans  celle  du  bas,  représentant 
une  épée,  le  derrière  d'un  cheval,  un  page  vu  de  dos  et  la  tête 
d  un  guerrier  casqué. 

Deuxième  état.  —  Sans  les  croquis;  bords  non  rectifiés.  Mêmes 
dimensions  qu'au  premier  état. 

1  roisième  état.  ^  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la 
kgende. 

Quatrième  état.  H.  o™225,  L  o™28o.  En  bas  à  gauche  :  "  Dela- 
croix, invt  et  lithog.  »;  à  droite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  méph.  Pousse.  —  val.  Oh! 
—  MÉPH.  Voilà  mon  rustaud   apprivoisé...  n 


N"  246  :  Fuite  de  Faust  et  de  Méphisto  après  le  duel 


Lithographie.  —  H.  o"26o,  L.  o'"2io.  —  Ventes  Parguez  (pre- 
mier état)  :  20  fr.;  De  La  Combe  (deuxième  état)  :  10  fr.;  post- 
hume (premier  état)  :  8  fr.  —Cat.  A.  Moreau,  p.  56. 
Premier  état.  —  Avant  toute  lettre;  avec  croquis   dans  la  marge    de 
droite,  représentant  un  homme  en  costume  allemand,  vu  de  dos. 
Deuxième  état.  —  Avant  toute  lettre,  mais  sans  les  croquis. 
Troisième  état.   —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la  lé- 
gende. 

Quatrième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  0  Delacroix,  invt  et  lithog.  »; 
h  droite  :  0  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  o  méph.  Il  nous  faut  prompte- 
ment  gagner  au  large.  » 

Le  geste  de  Faust  repoussant  son  épée  au  fourreau,  et  l'attitude  de  Méphisto  jetant  un  regard 

en  arrière,  sont  admirables  d'expression,  ici  d'ironie,  là  de  remords. 


1827 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


71 


N°  247  :  Marguerite  à  l'église 


Dieu  tond 
Quidquid 


Lithographie.  —  H.  o^^bS,  L.  o"'220.  —  Ventes  Parguez  (pre- 
mier état)  :  26  fr.;  posthume  (premier  état)  :  35  fr.;  X....  1874  : 
i/fr.  5o. — Cat.  A.  Moreau,  p.  58. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre;  un  triple  trait  carré  entourant  le 
dessin.Voir  le  même  sujet  traduit  plus  simplement  dans  le  tableau  de  1846. 
Deuxième  état.  —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la  lé- 
gende. 

Troisième  état.  —  En  bas,  à  gauche  :  «  Delacroix,  invt  et  lithog.  «;  à 
droite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  marg.  Malheureuse!  Ah!  si  je 
pouvais  me  soustraire  aux  pensées  qui  se  succèdent  en  tumulte  dans 
mon  âme  et  s'élèvent  contre  moi!  —  le   mauvais   esprit.  La   colère    de 

sur  toi      La  trompette  sonne...  Malheur  à  toi. —  chœur.  Index  ergo  cumsedehit  — 

latet  apparebit  —  Nil  inultum  remanebit.  » 


N°  248  :  Faust  et  Méphisto  dans  les  montagnes  du  Hartz 


loin  du  te 
h  gauche 


Lithographie.  —  H.  ©'"240,  L.  o'"2o5.  —  Ventes  Parguez  (  pre- 
mier état)  :  i5  fr.;  De  La  Combe  (premier  état)  :  3i  fr.;  posthume 
(premier  état)  :  gfr.;  (deuxième  état)  :  7  fr.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  58. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre;  croquis  dans  toutes  les  marges,  re- 
présentant des  chevaux,  une  barque  à  voile,  un  lézard,  un  serpent. 
Deuxième  état.  —  Sans  les  croquis  et  sans  lettre. 

Troisième  état.  —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la  légende. 
Quatrième  état. —  En  bas,  à  gauche  ;  «  Delacroix  invt  et  lithog.  »;  à 
droite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu   :    0   méph.    Nous  sommes   encore 

rme  de  notre  course.  »  Après  le  quatrième  état,  la  pierre  a  été  cassée  dans  le  haut, 

l'entaille  est  de  o™o55  sur  une  longueur  de  o'"o3. 


N°  249  :  L'ombre  de  Marguerite  apparaissant  à  Faust 


Lithographie.  -  H.  o'"26o,  L.  o"35o.  —  Ventes  Parguez 
(premier  état)  :  3o  fr.;  posthume  (premier  état)  :  10  fr.; 
(deuxième  et  troisième  états)  :  6  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  59. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre;  croquis  confus  sur  la  marge  de 

gauche. 

Deuxième  état.  —  Croquis  effacés;  aucune  lettre. 
ffgivjf^^'.    Troisième  état.  —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au   milieu,  la 
S.Çt^aîf'    légende. 

Quatrième  état.  —  En  bas  h  gauche  :  0  Delacroix,  invt  et  lithog.  »; 
à  droite  :  «  Lith.  Vayion  »;  au  milieu  :  (i  méph.  Laisse  cet  objet  :  on  ne  se  trouve  jamais 
bien  de  le  regarder...  Tu  as  bien  entendu  l'histoire  de  Méduse.  —  faust.  Assurément,  ce  sont 
là  les  yeux  d'un  mort,  qu'une  main  amie  n'a  point  fermés.  C'est  là  le  sein  que  Marguerite 
m'a  livré,  c'est  là  le  corps  charmant  que  j'ai  possédé.  » 


N°  2^0  :  Faust  et  Méphisto  dans  la  nuit  du  Sabbat 


^^  Lithographie.  —  H.  o'"2o5,  L.  o'"28o.  —  Ventes  Parguez 
~  (premier  état)  :  20  fr.;  De  La  Combe  (premier  étati  :  3o  fr.; 
posthume  (premier  état)  :  8  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  59. 
Premier  état.  —  Sans  aucune  lettre;  croquis  dans  la  marge  du  bas. 
Deuxième  état.  —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la  lé- 
gende. 

rroisième  état.  —  En  bas  à  gauche  :  0  Delacroix,  invt  et  lithog.  »; 
à  droite  :  «  Lith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  faust.  Que  vois-je  remuer 
autour  de  ce  gibet .''  Ils  vont  et  viennent,  se  baissent  et  se  relèvent.  — 

MÉPH.  C'est  une  assemblée  de  sorciers.  —  faust.  Ils  sèment  et  consacrent.—  méph.  En  avant! 

en  avant  !  » 

Quatrième  état.  —  Sans  lettre  ni  croquis,  sauf  un  cou  de  cheval.  Le  bord  droit  redressé. 


N°  2  5 1  :  Faust  dans  la  prison  de  Marguerite 


représentée 


Lithographie. —  H.  o™25o,  L.  o'"2i  5.  — Ventes  Parguez  (premier 
état)  :  3i  fr.;  posthume  (premier  état)  :  25  fr.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  60. 

Premier  état.  —  Avant  toute  lettre. 

Deuxième  état.  —  En  bas,  l'adresse  de  Ch.  Motte;  au  milieu,  la  légende. 
Troisième  état.  —  En  bas,  à  gauche  :  «  Delacroix,  invt  et  lithog.  »;  à 
droite  :  «  I.ith.  Vayron  »;  au  milieu  :  «  faust.  Reviens  à  toi!  un  seul  pas 
et  tu  es  libre.  — méph.  Que  de  paroles  inutiles!  que  de  délais  et  d'incerti- 
tudes! Mes  chevaux  frissonnent;  l'aube  blanchit  l'horizon.  » 

_  11  n'est  pas  sans  intérêt  de   rapprocher  cette  composition    de    l'aquarelle 

"^    que  nous  donnons  au   cours   de  cette   année  1827,  et  où  Marguerite  est 

seule  dans  la  prison,  avant  l'arrivée  de  Faust  et  de  Méphisto. 


Année  1828 


en  haut  à  gauche 


N°  2^2  :  Intérieur  d'alchimiste 

Toile.  —    H.   o"'23,    L.  o"'3i.  —  Appartient  à  M.  Warnier, 
d'Arras.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  très  ancienne  toile,  non  datée,  doit  remonter  à  l'époque  des 
compositions  du  Faust.  C'est  l'intérieur  du  cabinet  du  fameux  doc- 
teur :  un  hibou  perché  sur  une  chaise  gothique,  auprès  d'une  table 
où  sont  disposés  des  bocaux,  une  lampe,  un  chapeau  h  plume  posé 
sur  des  in-folios,  des  gants,  une  canne;  cela  sent  pleinement  les 
œuvres  ténébreuses  de  l'alchimie.  Sur  les  carreaux  de  la  petite  fenêtre 
it  les  initiales  E.  D. 


i8-28 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


N'''2^3,  2)4,  2 5^,  2^6  :  Richelieu  disant  la  messe 

i°ToiIe. — -H.  4"'2o,  L.  3"'oo. — Si- 
gné, daté:  1828. —  Lithographie  par 
Jourdy  :  o'"348  sur  o"'245.  —  Ta- 
bleau détruit  en  février  1848.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  210. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o'"34,  L.  o"'27. 

—  Vente  Jacq.  Léman,  1874  :  98  t'r. 
3°  Toile.  —  Esquisse  sans  chan- 
gement,   quoique    plus   sommaire. 

—  H.  o"'34,  L.  o"'25.  —  Apppar- 
tient  à  M.  Mahler. 

4"  Ce  n'est  pas  tout  ce  que  Delacroix  a  fait  sur  ce  sujet  : 
le  cardinal  de  Richelieu  disant  la  messe  au  Palais-Royal. 
Il  existe  aussi  une  autre  esquisse  peinte,  appartenant 
à  M.  Ch.  Nuitter,  et  divers  projets  et  croquis  pour  le 
même  sujet,  qui  ont  fait  partie  de  la  vente  Leraan,    citée 

plus  haut  et  sont  entrés  depuis  dans  la  collection  de  M.  Philippe  Burty,  notamment 

des  études  pour  le  hallebardier. 


N"'  257,  2^8  :  Portraits  d'élèves  de  la  pension  Goiibau 


blanc,  la 
en  ovale. 


i"  M.  Eugène  Berny  d'Ouville. — Toile  ovale. — 
H.  o"'6o,  L.  o"'5o.  —  Appartient  à  M.  G.  Arosa. 

—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  M.  Auguste-Richard  de  la  Hautière.  —  Toile. 

—  H.  o^'ôo,  L.  o"'5o.  —  Appartient  à  M.  de  la 
Hautière.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

M.  Eugène  Berny  d'Ouville  était  lauréat  du  second 

prix  de  thème  latin  au  concours  général  en  1828,  et 

M.  de  la  Hautière,  lauréat  du  second  prix  de  version 

latine.  Le  portrait  de  ce  dernier  est  resté  dans  son  format  carré  d'origine. 

Les  cheveux  sont  châtain  clair,  le  teint  blanc  et  rose,  l'habit  noir,  le  gilet 

cravate  jaune  avec  des  rayures.  —  Le  portrait  de  M.  Berny  d'Ouville  a  été  coupé 

Il  est  signé  en  clair  et  daté  au  bas  à  droite  :   la   redingote   est  brune. 


N°^  259,  260  :  Copies  d'après  Rubens 


1°  Portrait  d'une  dame  de  la  famille  Boonen.  — Toile.  —  H.  o"'65,  L.  o'"54.  —  Pho- 
tolithographié  par  Arosa:  o^iig  sur  o"^098.  —  Vente  posthume:  38o  fr.;  Vente 
G.  Aro'sa,  février  1878  :  700  fr.  à"M.  H.  Hecht. 

2°  L'embarquement  de  Marie  de  Médicis.  —  H.  o"'40,  L.  o"'32. —  Photolithographié 
par  Arosa  :o'"i2o  suro"'095.  —  Vente  posthume  :  io5  fr.;  Vente  G.  Arosa,  février 
1878  :  3io  fr.  à  M.  Barbedienne. 


74 


L'ŒUVRE     DE     DELACROIX 


1828 


N°  261  :  Bataille  de  Nancy  —  Esquisse 


siette,  de  grandeur  à  l'œuvre 


Toile.  —  H.  o'"4q,  L.  o"'70.  —  Vente  posthume,  n"  56  : 
4  100  fr.  à  M.  de  Laage.  —  Acheté  à  la  vente  de  ce  der- 
nier par  M.  Choquet.  —  Photolithographié  par  Arosa  en 
deux  dimensions  :  o'"i5o  sur  o™2o6,  et  o"'2i9  sur 
o™io6.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3 12. 

C  ost  l'esquisse  du  tableau  de  i83i  (voir  plus  loin).  Dans  le 
t  ibleau,  l'église  a  été  supprimée,  les  accessoires  du  premier 
pi  in  ont  été  simplifiés,  les  lignes  de  la  composition  ramenées 
a  une  sorte  de  parallélisme  horizontal,  qui  donne  plus  d'as- 
un  des  morceaux  les  plus   précieux  du  musée  de  Nancy. 


N"  262  :  Mazeppa 


caractère  qu'il  est  intt 


Toile.  —  H.  o'"265,  L.   o"'35o.   —  Appartient  à  M.  David 
d'Angers  fils.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  toile  a  été  peinte  d'après  la  composition  lithographiée  par 
Géricault;  les  changements  sont  insignifiants.  On  sait  que  le  héros 
de  Bvron  a  également  inspiré  Horace 'Vernet  et  Louis  Boulanger. 
Le  lila^eppa  lie  Louis  Boulanger  fut  précisément  exposé  en  cette 
année  1828  et  il  est  placé  aujourd'hui  au  musée  de  Rouen,  dans 
la  même  salle  que  le  Triomphe  de  Trajan  de  Eugène  Delacroix. 
Le  même  artiste,  qui  avait  une  belle  imagination  romantique,  a 
consacré  au  même  sujet  trois  autres  lithographies  d'un  grand 
ressant  de  comparer  à  celles  de  Delacroix. 


N"  26)  :  Le  prisonnier  de  Chillon 

Sépia.  —  Vente  Viliot,  i865  :  80  fr.  —  Voir  le  tableau  à  Tannée  1834. 

La  composition  diffère  de  celle  du  tableau.  Dans  ce  dessin,  le  prisonnier  est  assis  sur  la  paille. 

N"  264  :  Études  de  lions 


Toile.   —  De    12a  i5.  —  N"2i3  de  la  Vente   posthume: 
1,180  fr.  à  M.  Bidermann.  —  Çat.  A.  Moreau,  p.  322. 

Ces  études  ont  été  faites  sur  nature  ou  peintes  d'après  des  croquis 
pris  sur  nature.  On  sent,  en  effet,  les  diverses  reprises  de  l'artiste 
suivant  tous  les  mouvements  de  l'animal  dans  l'inconstance  de 
ses  poses  successives  et  leur  extrême  mobilité.  «  Les  tigres,  les 
panthères,  les  jaguars,  les  lions...,  écrit  Delacroix  sur  un  de  ses 
carnets,  d'où  vient  le  mouvement  que  la  vue  de  tout  cela  produit 
chez    moi?  Combien   il    est  nécessaire   de  se  secouer  de  temps  en 


temps,  de  mettre  la  tète  dehors,  de  chercher  à  lire  dans  la  création.  » 


i828 


L'CEUVRE     DE     DELACROIX 


75 


N°  265  :  Le  Turc  au  harnais 


Toile.  —  H.  o"i40,  L.  o'"32.  —  Lithographie  par  Eug.  Le  Roux 
dans  les  dimensions  de  o'"225  sur  o^i/S.— Cat.  A.  Moreau,  p.  i25. 
Coiffe  d  un  large  turban,  dont  l'ombre  descend  sur  le  visage  et  se  prolonge 
par  une  longue  barbe  noire,  l'homme  revêtu  d'un  caftan  à  larges  manches 
est  assis  sur  un  escabeau.  De  la  main  gauche,  il  tient  une  de  ses  jambes 
croisée  sur  l'autre.  De  la  droite  il  s'appuie  sur  un  fusil.  Près  de  lui,  sur 
un  support  élevé,  repose  une  selle  turque  et  tout  le  harnachement  du 
cheval.  M.  Moreau  intitule  ce  tableau  «  le  Turc  à  la  selle.  » 
Il  y  a  deux  états  de  la  lithographie  faite  par  M.  Le  Roux.  Le  premier 
état,  sans  aucune  lettre,  porte  en  bas  au  milieu  :  «  Imp.  Bertauts  ».  Sur 
le  deuxièrne  état,  on  lit  en  haut  à  droite  le  numéro  i;  en  bas  à  gauche  : 
«  Eug.  Delacroix,  pinx.  Galerie  d'amateurs  »  ;  a  droite  :  «  Eugène  Le  Roux  lith.,  Giîiaut  fr., 
édit.,  boulev.  desitaliens,  5  »;  au  milieu  :  a  Imp.  Bertauts,  tiré  du  cabinet  de  M.  Moreau.  » 


N°  266  :  Arménien 


Sépia.  —  H.  o™i6o,  L.  o'"ro9.  —  Gravé  à  Teau-forte,  de  mêmes 
dimensions,  par  F.  Villot. —  Vente  Villot,  i865  :  49  fr.  —  Cat.  A.  Mo- 
reau, p.  292. 

C'est  en  1845  seulement  que  M.  Frédéric  'Villot  grava  ce  dessin  dont  l'impor- 
tance nous  paraît  bien  minime.  Mais  nous  nous  sommes  fait  une  loi  de  ne  rien 
éliminer  de  notre  propre  mouvement.  Tel  geste,  telle  attitude ,  dans  le 
moindre  croquis,  en  apparence  insignifiant,  peut,  en  effet,  avoir  été  comme 
le  coup  d'essai  du  maître  qui  l'aura  repris,  agrandi,  et  plus  tard  complété  dans 
quelque  autre  composition.  —  N'y  a-t-il  pas  là  comme  un  souvenirde  J.-J.  Rousseau? 


N°'  267,  268  :  Cheval  bai  brun.  —  Deux  études 

Deux  aquarelles  gouachées,  avec  variantes  sans  importance. —  "Vente  "Villot,   i865. 

N°  269  :  Faust  au  Sabbat 


de  cet 
sonore 


Aquarelle.  —  Toile  de  4.  —  N°  389  de  la  "Vente  posthume  : 
ii5  fr.  —  Appartient  à  M.  G.  Arosa.  —  Non  catalogué  par 
M.  A.  Moreau. 

Delacroix  a  cherché  là  surtout  le  cadre  de  la  scène,  une  disposition  de 
montagnes  en  vue  d'une  composition  définitive.  Cette  gorge  rocheuse 
avec  ses  monts  abrupts  a  beaucoup  de  l'aspect  sauvage  que  l'on  re- 
trouve si  fréquemment  dans  nos  Cévennes  et  dans  la  Montagne  noire. 
«  Accroche-toi  aux  flancs  du  roc,  autrement  il  va  te  précipiter  au  fond 

abîme.  Ecoute  le  frémissement   plaintif  des  rameaux  qui  se  brisent,  l'ébranlement 

des  troncs  puissamment   secoués,  le  sifflement  des  racines. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1828 


N« 


170 


Faust  à  1  étude 


pi$sj|?^jg     Aquarelle.  —  Variante  de  la  lithographie  n°  23o  de  1827.  —  H.  o'"i63, 
-Jrf;-i:."!  ,rsTe      £_  o™i35.  —  Vente  Paul  Blacque,'"  1866  :  490  fr.  —  Vente  Fould,  février 
1882  :  3oo  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Faust  est  assis.  Dans  la  lithographie,  il  est  debout. — Pendant  l'exposition  de  la 
vente  Fould,  on  entendait  dire  dans  le  public  que  le  type  de  ce  Faust  était 
calqué  sur  celui  de  M.  Gambetta.  La  ressemblance  est  en  effet  frappante,  mais 
elle  est  purement  fortuite.  Delacroix  n'a  point  connu  M.  Gambetta,  qui, 
d'ailleurs,  n'était  point  né  en  1828.  Les  fausses  légendes  ont  la  propriété  des 
mauvaises  herbes,  celle  de  croître  très  rapidement,  si  on  ne  les  arrache  au  moment  où  elles 
sortent  de  terre.  Nul  moins  que  Delacroix  n'a  besoin  qu'on  ajoute  à  son  œuvre  les  curiosités 
de  l'intérêt  anecdotique.  Il  se  soutient  de  lui-même  par  l'intérêt  humain. 


N°'  271,  272  :  Quentin  Dur'ward  et  la  princesse  de  Croy 


-Lithographie  par  Léon  Noël: 
-  Non  catalogué   par  M.  Mo- 


1"  Aquarelle. — H.  o"'25,  L.  o"M9.- 
o"' 180  sur  0^140,  en  sens  opposé.  ■ 
reau. 

Cette  aquarelle  n'est  pas  une  des  meilleures  de  Eugène  Delacroix.  Elle 
a  des  tons  qui  sentent  l'enluminure.  Nous  pensons  qu'elle  a  dû  être 
exposée  quelque  temps  à  une  trop  grande  lumière. 

2"  11  existe  aussi  un  dessin  mine  de  plomb  de  la  même  composition,  vendu 
40  francs  en  1846,  à  la  vente  de  Monville,  et  mesurant  o™20  sur  o^iô. 
A  ce  sujet,  disons  que  les  romans  de  Walter  Scott  étaient  le  seul  terrain 
où  la  bourgeoisie  d'alors  consentît  à  se  rencontrer  dans  un  sentiment 
3  d'admiration  commun  avec  les  romantiques.  M.  Thiers  lui-même  qui, 
soufflé  par  le  peintre  Gérard,  a  eu  la  bonne  fortune  extraordinaire  de 
parler  en  bons  termes  de  Eug.  Delacroix,  resta  dans  le  fond  jusqu'à  son  dernier  jour  l'enne- 
mi, sinon  déclaré,  du  moins  intime  du  romantisme. 


N°  275  :  Seigneur  vénitien 


jours  de  18 
M.  de  Sacy 
connaître  1 
nir  :  i(  Ah! 


Aquarelle.   —   H.  o'"2i,  L.  o'"i6.  — •  N°  SgS  de  la  Vente  posthume  : 
160  francs.  —  Vente  hôtel  Drouot  du  24  mars  1876  :  60  fr.  à  M.  Petit. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  conservons  le  titre  du  catalogue  de  la  Vente  posthume,   bien   que   ce 

jeune  seigneur,  traité   à  la  façon  de  Bonington,  ne  nous  paraisse  rien  avoir 

de  spécialement  vénitien,    tout    en  étant  absolument  romantique.  —  Si  l'on 

veut  connaître  le  sentiment  de  M.  Thiers  sur  le  romantisme,  on  le  trouvera 

dans    le  discours  de  M.    John   Lemoinne  h   la   réception  de  M.  Labiche  à 

^     l'Académie   française  :  <c  Je  me  rappelle  qu'un  matin,  dans  les    plus   mauvais 

i,M.  Thiers  que  j'étais  allé  voir  à  Versailles,  m'ayant  demandé  des  nouvelles  de 

je  lui  répondis  qu'il  continuait  à  être  amoureux  de  ses  vieux  livres   et   à   ne    pas 

es  romantiques.    Et  M.  Thiers  me  dit  avec  cette  vivacité  dont  vous  avez  le  souve- 

il  a  bien  raison,  Sacy;  les  romantiques,  c'est  la  Commune.  » 


i828 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


77 


N°  274  :  Femme  couchée  caressant  un  chien 

Aquarelle.  — ■  Vente  Villot,  i865  :  520  fr.  à  M.  Chevalier.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  296. 

N;'  275,  276  :  M.  Simon 


plus  lo: 


1°  Dessin  rehaussé   d'aquarelle.  —  H.  o"M4o,  L.   o™og5.  — 

Signé  au  bas  à  droite. 

2°  Dessin  rehaussé  d'aquarelle.  —  H.  o'"20,  L.  o™i3. 

M.  Simon,  maître  de  ballets  à  l'Opéra,  est  représenté  en  costume 
de  théâtre.  L'aquarelle  le   montre  dans   le  rôle  du    MajorJomu  de 
((  La  Belle  au  Bois  dormant  »;  le  dessin,  dans  le  rôle  du  capitaine 
Bracassio,  chef  de  forbans,  du  «  Diable  amoureux.  » 
^  M.  Simon  était  un  vieillard  très  aimable.    Sa  démarche  fut  jusqu'à  sa  mort  ce 
qu'elle  avait  toujours  été  :  élégante,  simple  et  aisée  tout  à  la  fois.  Il  s'était  retiré 
à  Crécy-en-Brie,  où  il  est  mort  il  y  a  environ   cinq  ou    six  ans.  On   trouvera 
n  divers  portraits  de  madame  Simon,  qui  était  fort  belle. 


N°  277  :  Chevalier 


Mine  de  plomb   rehaussée  d'aquarelle.  —    H.  o"'23,  L.  o'"i8.  — 
Appartient  à  madame  Pierret.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Il  est  revêtu  d'une  armure  complète,  le  heaume  en  tête,  la  lance  au  poing, 
et  monté  sur  un  cheval  blanc  qui  s'avance  au  pas  relevé,  d'une  noble 
allure.  Et  ce  qui  accentue  davantage  cette  allure,  c'est  la  proportion  très 
restreinte  de  l'arrière-train  du  cheval.  Delacroix  voulait  avant  tout  le 
mouvement.  11  y  arrivait  souvent  par  des  exagérations  ou  ce  qui  paraît 
tel  à  notre  jugement,  fondé  beaucoup  plutôt  sur  le  raisonnement  que  sur 
l'exacte  perception  des  formes  apparentes.  Je  dis  formes  «  apparentes  »  et 
non  formes  «  réelles  ».  Or,  Eugène  Delacroix  n'a  jamais  manqué  à  celte 
son  art  .  Il  a  toujours  rendu  l'apparence  des  choses  et  non  leur  essence. 


N"^  278,  279  :  Selbitz  blessé 


i°Dessinàlamine  de  plomb. — H.o'"270,L.o"'2o5. 
—  A  appartenu  à  M.  Riesener.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

2°  Aquarelle.  —  H.  25o,  L.  265.  —  Vente  Jacques 
Léman,  1874  :  65  fr.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Le  dessin  a  été  très  probablement  exécuté  après  l'aqua- 
relle, car  il 'est  incomparablement  plus  souple.  Nous  rappelons  que  ce  motif 
est  emprunté  au  troisième  acte  de  Gœt^  de  Berlichingeii,  qui  a  si  souvent  inspiré  Delacroix. 


78 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


1828 


N°'28o,  281,  282  :  Intérieur  d'hôpital  militaire 


1°  Aquatinte.    —  H.  o™22i,  L.    o'"26o.  —  Vente  posthume  du 

29  février  1864  :  1 1  fr.  et  22  fr.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  \- . 

2°  Dessin  à  la  plume  et  sépia.  —  H.  o"'24,   L.   o"'27.   —  Vente 

Villot,  1875    à  M.  de  Vasselot.  —  La  composition  est,  dit-on,  de 

Géricault.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

3"  Croquis. —    H.   o"i52,    L.    210.  —    Photolithographié   par 

Arosa.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Un  turc  coiffé  d'un  turban  et  tout  habillé  se  dresse  sur  sou  lit.  De  vifs 
accrocs  de  lumiùre  éclairent  les  mains,  la  tête,  le  traversin.  Du  plafond  pend  une  draperie. 
Dans  l'ombre  du  fond  on  distingue  vaguement  une    rangée  de  lits  et    un  personnage  qui    se 
tient  debout  près  d'un  de  ces   lits.  —  Sans  aucune  lettre,  signature  ni  date. 
La  composition  est   dans  le  sens  contraire  à  celui  du  dessin. 


N°  283  ;  Turc  montant  à  cheval 


Aquatinte.    —  H.  o™2i6,  L.  o'"266.   —   Héliogravé  pour 

l'ouvrage  de  M.  A.  Moreau  :  o'"io5  suro'"i3o.    —  Vente 

posthume  (deuxième  état]  :  10  fr.  —  Vente  Villot,  décembre 

18-5  :  II  fr.  5o.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  18,  199. 

Premier  état.  Avec  des  essais  de  teintes  différentes  sur  les  marges; 

sans  aucune  lettre,  signature  ni  date. 

Deuxième  état.  Sans  aucune  teinte  sur  les  marges. 

Cette    planche    et  les    deux  suivantes,  exécutées  dans  le  principe 

pour  l'éditeur  Osterwald,  ne  furent  pas  publiées.  Osterwald  était 

un  marchand  d'estampes  qui  demeurait  rue  des  Augustins,  n°  37. 

Dans  la  partie  la  plus  ombrée  du  paysage,  entre  les  jambes  de  devant  du  chevai,  on  aperçoit 

deux  petits  palmiers  qu'on  ne  voit  pas  dans  notre  vignette. 


N°  284  :  Turc  sellant  son  cheval 


i]  Aquatinte. —  H.  o'"i86,  L.  o™227.  —  Vente  posthume, 
29  février  1864  (premier  étatj^o  fr. — Cat. A. Moreau, p.  17. 

Premier  état  :  aquatinte  pure  avec  des  essais  d'aquatinte  sur  les 
quatre  marges. 

Deuxième  état  :  retouches  a  la  pointe  sèche  dans  le  cheval,  la 
veste  et  la  culotte  du  personnage. 

Ce  que  nous  ne  pouvons  nous  lasser  d'admirer  dans  ces  œuvres 
rapides,  c'est  la  naïveté  du  geste,  toujours  juste  parce  qu'il  est 
fidèlement  observé  et  rendu  sans  aucune  préoccupation  d'en- 
noblissement académique.  Par  cette  sincérité  absolue  qui  ne 
recule  devant  aucune  gaucherie  apparente,  Eugène  Delacroix  atteint  toujours  et  à  coup  sûr 
au  plus  grand  style.  —  On  a  vendu  80  fr.  à  l'Hôtel  Drouot,  en  1874,  un  mauvais  dessin  à  la 
sépia  de  cette  composition,  qui  nous  parut  douteux. 


1828 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


79 


N°  285  :  Mameluck  retenant  son  cheval 


Aquatinte.  —  H.  o'"2i2,  L. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  18. 


260.  — Vente  posthume  :  12  fr. 


Sur  les  marges,  des  salissures  provenant  d'un  tirage  peu  soigné.  — 
Cette  aquatinte  est  extrêmement  rare. 

Personne  n'a  compris  et  rendu  comme  Eugène  Delacroix  les  jolies 
gaietés  du  jeune  cheval,  ses  mouvements  élégants  et  souples  au 
sortir  du  bain,  ses  façons  de  piaffer,  de  s'encapuchonner,  de  se 
cabrer,  la  puissante  élasticité  de  ses  nerfs  et  de  ses  muscles.  L'aqua- 
tinte,que  nous  reproduisonsici, n'est  pas  le  premierexemple  de  la  rare 
intelligence  que  Delacroix  a  toujours  montrée  dans  ces  représentations  du  cheval.  J'ai  eu  déjà 
l'occasion  d'insister  sur  ce  sujet;  voir  notamment  les  n"^  172,  204,  229,  etc. 


N°  286  :  Hamlet  contemplant  le  crâne  dTorick 

Lithographie.  —  Premier  état,  H.  o"^270,  L.  o"36o.  — 
Deuxième  état,  H,  0^260,  L.  o'"34i.  —  Ventes  Parguez 
(premier  état)  :  55  fr.;  Dubois  (la  même  épreuve)  :  26  fr.; 
De  La  Combe  (troisième  état)  :  20  fr.;  du  10  avril  1862 
(troisième  état)  :  10  fr.;  de  Saint-Georges  (troisième 
état)  :  4  fr.;  Langlais  (troisième  état,  avec  Jane  Shore)  : 
2  5  fr.;  posthume  (deuxième  état,  avec  Jane  Shore)  :  i  2  fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  42. 

Premier  état. — -Avec  des  croquis  sur  les  marges,  représentant  à 
droite  une  tête  de  mort,   à  gauche  deux  figures  d'hommes  et 

un  nez  de  cheval,  sans  aucune  lettre  et  sans  signature. 

Deuxième   état. —  Sans  les  croquis,  avant  toute  lettre.  Signé  sur  la  planche,  à  droite,  en  bas  : 

<i  Eug.  Delacroix.  » 

Troisième  état.  En  bas  à  gauche  :  «   Eug.    Delacroix,  inv.  et  del.  »;  à  droite  :  «    Lith.   de 

C.  Motte.  »;  au  milieu  :  n  Hamlet,  acte  V.  Scène  L — le  foss. —  Ce  crâne,  seigneur,  est  celui 

d'Yorick,   le  bouffon  du  roi.  —  ham.  —  Là  étaient  ces  lèvres  que  j'ai  baisées  cent  fois 

Où  sont  tes  farces,  à  présent?  Où   sont  tes   chansons?  (Shakespeare.)   »  Et  le  texte  anglais 

placé  en  regard. 

il  y  a  peu  de  variantes  entre  la  lithographie  et  le  tableau  de  iSSq. 


N°  287  :  Cheval  sauvage  terrassé  par  un  tigre 

Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"i5,  L.  o'"24.  —  Lithogra- 
phie en  fac-similé,  numéro  17  de  la  publication  de  M.  A.  Robaut. 
—  Vente   posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  le  projet  très  net,  très  arrêté  du  numéro  suivant.  —  Le  tigre 
mord  à  l'épaule  droite  et  déchire  de  ses  griffes  un  cheval  renversé  par  la 
soudaineté  et  la  violence  de  l'attaque.  La  tête  étant  maintenue  par  une 
des  pattes  du  tigre,  la  victime,  sous  l'action  de  la  douleur,  contracte  ses  quatre  jambes.  En 
exécutant  la  lithographie,  E.  Delacroix  rendit   ce  mouvement  plus  souple  et    moins  violent. 


8o 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1828 


N°  288  :  Cheval  sauvage  terrassé  par  un  tigre 


Lithographie.  —  H.  o'"2oo,  L.  o'"276.  —  Ventes  De  La 
Combe  (deuxième  état  :i5o  fr.;  Dubois  (la  même  épreuve)  : 
61  fr.;  de  Saint-Georges:  10  fr.;  i865  (deuxième  état):  i52  fr.; 
Langlais,  i86g  (premierétat)  :  i65  fr.;  Villot,  iSjS  (troisième 
état)  :  47  fr.;  A.  Colin  (une  épreuve  sur  chine)  :  100  fr.;  His 
de  la  Salle,  1881  (une  épreuve  sur  chine)  :  282  fr.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.   3o. 

Premier  état.  Avec  des  salissures  sur  les  quatre  marges. 

Deuxième  état.  Avec  des  salissures  sur  la  marge  de  gauche. 
Troisième  état.  Sans  salissure  sur  aucune  des  quatre  marges.  —  Les  épreuves  de  ces  trois  pre- 
miers états  sont  absolument  sans  lettre. 

Quatrième   état.    En  bas  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix,  fec.  0;  à  droite  :  i'  Lilh.  de  Ch.  Motte, 
1828»;  au  milieu  :  «  Cheval  sauvage  terrassé  par  un  tigre.  « 


N°  289  :  Jane  Shore 


en  1S2 
férents 


Lithographie.  —  H.  o'"26o,  L.  o'"346.  —  Ventes  Par- 
guez  :  4  fr.;  Dubois  :  6  fr.;  Burty,  1874:  5  fr.  5o; 
Villot  :  7  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  42. 

En  bas  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix,  inv.  et  del.  »;  à  droite  : 
0  Lith.  de  C.  Motte.  «;  au  milieu  :  <i  Jane  Shore,  acte  V, 
scène  IL  —  sho.  —  Eloigne  ces  noires  idées  de  tristesse  et  de 
faute...  Mes  bras,  mon  cœur  te  sont  ouverts;  viens,  que  je  te 
ramène  dans  ta  maison  abandonnée  (Rowe).  »  Et  le  texte  an- 
glais en  regard. 

Cette  pièce,  exécutée  en  1828,  est  la  reproduction  d'une  aqua- 
relle faite  après  une  représentation  des  artistes  anglais  à  Paris, 

7.  Il    a   été   tiré  de  cette  lithographie  des  épreuves  sur  deux  papiers  de  formats  dif- 

,  avec  mêmes  chines  et  timbre  sec. 


N°  290  :  Cheval  effrayé  sortant  de  l'eau 


Lithographie.  —  H.  o"'237,  L.  o'"225.  —  Signé  à  gauche,  dans 
l'eau  :  «  Eug.  Delacroix,  x.  1828.  »  —  Ventes  Dubois  (premier 
état)  :  9  fr.;  Burty,  Paris,  1874  :  40  fr.;  Burty,  Londres,  1876  : 
22  fr.  5o.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  42. 

Premier  état.  Sans  aucune  lettre.  —  Deuxième  état.  En  haut,  au  milieu  : 
Il  L'Artiste  »;  en  bas,  h  gauche  :  0  Imp.  Bertauts,  R.  Rodier,  47,  Paris  »; 
au  milieu  :  ci  Cheval  sauvage  ». 

N'a-t-on  pas  l'impression  d'un  éclair  qui  passe  en  entrevoyant  cette  cri- 
nière? —  L'étude  a  servi  pour  le  cheval  de  Charles-le-Téméraire,    duc 

de  Bourgogne,  dans  la  Bataille  de  Nancy.  C'est  à  peu  de  chose  près  le  même  mouvement, 

sauf  pour  la  tête;  mais  dans  le  tableau,  le  mouvement  est  retourné. 


Année  1829 


N"  291  :   Christ  descendu  de  la  croix 

Copie  au  pastel  d'après  le  tableau  du  Tintoret  conservé  au  musée  de  Caen.- 
Viliot,  1867.  —  Vente  Bocquct,  1879. 


Vente 


N°  292  :  Levêque  de  Liège 


Toile.  —  H.  o^go,  L.  i"^i8.  —  Salon  de 
i83i.  —  Peint  pour  S.  A.  R.  le  duc  d'Or- 
léans.— Ventes  duchesse  d'Orléans:  4,800  fr.; 
Villot,  i865  :  35, 000  fr.;  Khalil  bey  :  46,000 
fr.  —  Appartient  à  madame  de  Cassin.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  171,  246. 

Sur  ce  chef-d'œuvre,  nous  laissons  la  parole  à 
notre  très  cher  maître  Théophile  Gautier  :  «  Le 
roman  de  Quentin  Durward  a  fourni  le  sujet  du 
Massacre  de  iévéque  de  Liège.  Qu'on  nous  per- 
mette de  transcrire  ces  lignes  du  livret  :  n  Guil- 
laume de  la  Mark,  surnommé  le  Sanglier  des 
Ardennes,  s'empare  du  château  de  l'evèque  de 
Liège,  aidé  des  Liégeois  révoltés;  au  milieu  d'une 
orgie  dans  la  grande  salle,  et  placé  sur  le  trône 
pontifical,  il  se  fait  amener  l'évêque,  revêtu  par  dérision  de  ses  habits  sacrés  et  le  laisse  égorger 
en  sa  présence.  Ce  tableau  reste,  malgré  sa  date  ancienne,  un  des  plus  étonnants  chefs- 
d'œuvre  de  l'artiste.  Qui  eût  jamais  pensé  que  l'on  eût  pu  peindre  la  rumeur  et  le  tumulte? 
Le  mouvement  passe  encore,  mais  cette  petite  toile  hurle,  vocifère  et  blasphème.  Il  semble 
qu'on  entende  voltiger  au-dessus  de  la  table,  dans  la  vapeur  sanglante  des  fanaux  échevelés, 
les  cent  propos  divers  et  les  chansons  obscènes  de  cette  soldatesque  avinée.  Quelles  figures 
de  brigands!  Quel  accoutrement  féroce!  quelles  tournures  truculentes!  quelle  bestialité 
joviale  et  sanguinaire  !  comme  cela  fourmille  et  glapit,  comme  cela  flaaiboie  et  pue  !  quel 
beau  rire  égueulé  et  quelle  gaieté  de  tigre  voyant  entrer  un  mouton  dans  son  antre  à  l'aspect 
du  pauvre  évèque  tremblant.  «Le  Sanglier  des  Ardennes  se  soulève  h  demi,  alourdi  par  son 
ivresse  et  par  son  armure  et  s'appuie  h  la  table  sur  ses  gantelets  de  fer  pour  ne  rien  perdre  de 
ce  délicatspectacle  :  les  égorgeurs  lèvent  déjà  le  couteau,  et  le  sang  de  la  victime  va  couler  sur 
la  nappe  à  peine  perceptible  parmi  les  flots  de  vin  des  brocs  renversés.  L'architecture  de  la 
salle,  traitée  avec  une  magie  singulière  de  perspective,  ne  le  cède  en  rien  pour  la  terreur  opaque 
et  sinistre  aux  plus  noirs  intérieurs  de  Rembrandt.  Elle  est  si  haute  et  si  profonde  que  les  lu- 
mières n'en  atteignent  pas  les  recoins  où  les  ombres  se  tapissent  comme  des  chauve-souris 
effravées  ou  des  spectres  surpris  ;  moins  fait  qu'un  tableau,  plus  fini  qu'une  esquisse,  le 
Massacre  de  levêque  de  Liège  a  été  quitté  parle  peintre  à  ce  moment  suprême  où  un  coup 
de  pinceau  de  plus   gâterait  tout.u  —  Voir  l'esquisse  à    l'année  1827. 

Nous  disons  en  notre  introduction  dans  quelles  conditions  ce  tableau  a  été  peint  et  comment 
le  maître  souhaitait  qu'il  fût  vu. 


82 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


1829 


N°  29^  :  Portrait  d  un  élève  de  la  pension  Goubau 


Toile.  —  H.  o™6o,  L.  o"'5o.  —  Signé  au  bas  à  gauche  et  daté 
«  1829  ».  —  Appartient  au  frère  du  modèle,  M.  Schmitz,  intendant 
militaire  à  Orléans. 

Achille  Schmitz  fut  lauréat  du  second  prix  de  version  latine  au  concours 
général  en  1829  et  du  second  prix  de  mathématic^ues  spéciales  en  i833. 
11  entra  à  l'Ecole  polytechnique  et  fut  tué  capitaine  du  génie  en  i855, 
pendant  la  campagne  de  Crmiée.  Il  a  les  cheveux  bruns,  le  teint  de 
brique;  l'habit  est  bleu  très  foncé,  le  gilet  blanc,  droit,  ouvert,  laissant 
voir  le  plastron  de  la  chemise  et  ses  boutons  d'or.  Le  fond  est  gris  uni.  — 

Le  trère  de  Achille  Schmitz  a  fait  lui-même  une  copie  de  ce  portrait  et  a  poussé  le  scrupule 

jusqu'à  copier  la  signature  du  maître. 


N°  294  :  Madame  F.  Simon 


Toile.  —    H.  o™6o,   L.   o"'5o.  —  Signé  en  haut,  à   gauche.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  portrait  important  a  figuré  à  l'exposition  posthume  du  boulevard 
des  Italiens,  et  en  1878  à  l'exposition  des  portraits  nationaux.  Il  appar- 
tenait alors  à  MadameCinot,  lafilledeM.  Simon, maître  des  ballets  de 
l'Opéra, mort  à  Crécy-en-Brie,  en  1877.  Madame  Simon,  née  Damoiseau, 
était  la  hlle  d'un  médecin-vétérinaire,  inspecteur  général  du  dépar- 
tement de  la  Seine.  On  pourrait  ranger  ce  portrait  au  nombre  des  plus 
beaux  qui  aient  jamais  été  peints.  Emporté  par  la  beauté  du  modèle, 
Delacroix  s'est  efforcé  d'être  à  sa  hauteur.  Le  charme  du  sourh'e  le 
plus  honnête  est  traduit  ici  d'une  manière  indéfinissable. 
Il  y  a  des  rubans  moirés  dans  les  coques  et  grosses  boucles  des  cheveux. 
Le  corsage,  qui  avait  été  pris  dans  les  costumes  de  l'atelier,  était  de 
velours  gros  violet.  L'écharpe  qui  le  recouvre  par  endroits,  retenue  par  les  mains,  est  en 
crêpe  de  chine  jaune  jonquille.  Chaîne  et  broche  en  or.  (Voir  à  l'année  1834.) 


N"  29 )'  :  Portrait  de  Eugène  Delacroix 


Le; 


Toile.  —  H.  o"'5i,  L.  o"64.  —  Lithographie  par  A.  Robaut  : 
o"'207  sur  o'"i65,  et  par  Letoula  :  o^SôS  suro"'3o5.  —  Gravé  sur 
zinc  pour  le  journal  l'Art  (1882),  d'après  un  dessin  de  Brun.  — 
Appartient  au   musée  du  Louvre.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  23-. 

Eugène  Delacroix  avait  par  testament  légué  ce  portrait  h  sa  gouvernante, 
knny  Le  GuiUou,  sous  la  condition  verbale  de  le  donner  au  Louvre  le 
lourôù  la  famille  d'Orléans  aurait  repris  possession  du  trône.  Cet  événe- 
ment ne  s'étant  pas  réalisé,  Jenny,  à  son  tour,  légua  le  portrait  à  Ma- 
dame Durieu  qui  en  fit  don  au  Louvre  en  1872.  —  Placé  d'abord  dans 
un  angle  de  la  salle  des  sept  cheminées  (salon  carré  de  l'Ecole  française), 
Ce  portrait  est  maintenant  dans  les  salles  françaises  du  second  étage, 
dimensions  dt  notre  réduction  n'ont  pas  permis  de  conserver  une  ressemblance  parfaite. 


N°  296  :  Sainte  Madeleine  au  pied  de  la  croix 


Toile.  —  H.  o'"34,  L.  o'"26.  —  Daté  du  27  mai  1829.  —  Présenlc 
en  vente  à  l'Hôtel  Drouot  le  26  janvier  1876;  retiré,  faute  d'en- 
chères, à  i,65o  francs;  on  en  demandait  3, 000  fr.  —  Eau-forte  par 
Ch.  Courtry,  dans  les  dimensions  de  o"'i70  sur  o"'i3o.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  284. 

Lorsque  Eugène  Delacroix  a  composé  ce  tableau,  il  était  visiblement 
préoccupé  de  Rubens.  L'œuvre  manque  un  peu  d'originalité  et  le  dessin 
de  la  ^ladelcine  n'est  pas  très  heureux.  Celui  du  crucifié,  au  contraire, 
est  plein  de  noblesse  dans  sa  grande  ligne  rigide  si  sévère  et  si  simple.  — 
(I  Que  peut  vous  dire  le  Christ  idéalisé  des  Bvzantins  dans  sa  froide  et 
sereine  impassibilité?  »  a  écrit  Henry  de  la  Madelène.  «  Mais  le  Christ  en  croix  de  Rubens, 
le  Christ  mourant  de  Delacroix,  qui  les  oublie,  qui  peut  les  oublier?  » 


N°  297  :  Pieta 


Toile.  —  H.  o'"27,  L.  o^SS.  —  Gravé  à  l'eau-forte  par 
F.  Villot  :  o"23i  sur  o"'3o6.  —  Vente  Villot,  i865  : 
435  fr.  — Appartient  à  M.  VanPraet  de  Bruxelles.  — Cat. 
A.  Moreau,  p.  264. 

Le  paysage,  l'aspect  de  la  nature,  l'état  du  ciel,  l'heure  du 
jour,  la  saison,  concourent  toujours  dans  l'œuvre  de  Delacroix, 
à  l'effet  moral  du  sujet.  En  cette  esquisse,  le  maître  a  placé  la 
scène  au  déclin  de  la  iournée,au  moment  oii  passent  les  dernières 
lueurs  du  soleil  couchant.  Dans  la  gravure  de  M.  Frédéric 
Villot,  qui  ne  fut  exécutée  que   dix  ans  plus  tard,  en  iSSq,  la  composition  est  retournée. 


N"  298  :  Seigneur  du  temps  de  François  1" 

Aquarelle.  —  Signé,  daté.  —  Vente  Villot,  i865  :  i5o  fr.  —  Voir  l'eau-forte  à  l'année 

i833.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  296. 

Dans  l'aquarelle,  ne  figure  pas  le  cheval  qui  se  voit  dans  le  second  état  de  la  gravure. 


N"  299  :  Cheval  abattu  et  cavalier  démonté 

Lithographie.   —   H.    o"M8o,    L.    0^280.  —    Introuvable.   — 
Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 

Notre  croquis  a  été  fait  d'après  une  contre-épreuve  il  peine  lisible. 
Le  jet  du  dessin  est  très  beau,  et  les  attitudes  de  la  chute  ont  une 
justesse  de  mouvement  absolument  remarquable.  —  A  comparer  avec 
le  Soir  d'une  bataille  de  l'année  1S26.  C'est  le  même  drame 
autrement  interprété  et  transporté  dans  un  autre  milieu,  la  même 
sensation  tragique  de  l'abandon  sur  le  champ  de  bataille  désert. 


84 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1829 


N°   joo  :  Steenie 


admirés. 


Lithographie.  —  H.  o'"i6i,  L.  o"'2i5.  —  Vente  Dela- 
croix ^  4  t"r.  (sous  le  titre  de  «  Redgauntlet  poursuivi  par 
un  lutin  à  cheval  >>).  — Cat.  A.  Moreau,  p.  32. 

Cette  planche,  jusqu'ici  inédite,  n'est  pas  terminée.  Commencée 
par  Delacroix  en  1829,  puis  laissée  décote,  il  la  reprit  en  1841; 
le  ciel  fut  alors  complètement  gratté  et  le  terrain  du  premier 
plan  couvert  de  nouveaux  travaux,  atin  d'arriver  à  mieux 
rendre  l'effet  d'un  clair  de  lune.  Néanmoins,  Delacroix  n'ayant 
pas  encore  été  satistait  de  son  œuvre,  l'abandonna  de  nouveau. 
Le  geste  et  le  mouvement  en  sont  pourtant  bien  dignes  d'être 
h  raison  de  leur  concordance  avec  la  grande  ordonnance  des  masses. 


N"  301  :  Un  pendu  qui  ressuscite 

Lithographie.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  74. 

Le  pendu  court  après  un  homme  qui  fuit  devant  lui.  Cette  planche,  destinée  à  illustrer  une 
nouvelle  de  M.  V.  Schœlcher  qui  porte  le  titre  indiqué  plus  haut,  ne  fut  jamais  terminée  : 
il  n'en  a  été  tiré  qu'une  ou  deux  épreuves  et  la  pierre  grattée  ensuite. 

N"  ^02  :  Duguesclin 


Lithographie. —  H.  o'"272,  L.  o'"204.  —  Vente  posthume  îles 
deux  pièces,  premier  état;  :  18  fr.;  Langlais  (  les  deux  pièces, 
premier  état,  avec  Front-de-Bœuf)  :  68  fr.;  De  La  Combe  (les  deux 
pièces,  deuxième  état)  :  10  fr.  -r-  Cat.  A.  Moreau,  p.  46. 

Premier  état.  Sans  aucune  lettre. 

Deuxième  état.  En  haut,  à  gauche  :  «  Chroniques  de  France  »  ;  à  droite  : 
■•  Château  de  Pontorson  »  ;  en  bas,  à  gauche  :  c  Delacroix  del.  à  Paris, 
chez  H.  Gaugain  et,  C'"=,  rue  Vivienne,  2,  et  rue  de  Vaugirard,  34»  ;  à 
droite  :  «  Impi^lith.  dé  P.  Gaugain.  London  by  Engelmann  Graff  Coindet 
et  C'i'  Dean  Street  Soho  »  ;  au  milieu  :  <i  Sous  le  pied  des  chevaux,  le 
pont-levis  résonne.  C'est  lui,  c'est  Monseigneur,  et  dans  la  vaste  cour 
chacun  veut,  des  premiers,  saluer  son  retour.  » 

Troisième  état.  En  haut,  à  gauche  :  «  Chroniques  de  France  »  ;  à  droite  :  n  Scènes  de  la 
Fronde  »  ;  en  bas,  à  gauche  :  <<  C.  Roqueplan  del.  »  ;  h  droite  :  «  Lith.  de  Ligny  et  Duplaix, 
rue  Quincampoix,  38"  »  ;  au  milieu  :  <i  Entrée  du  duc  de  Bourgogne  ». 
C'est  le  peu  de  succès  de  cette  pièce  et  de  la  précédente,  avec  le  nom  de  Delacroix,  qui  en- 
gagea l'éditeur  à  y  substituer  celui  de  Camille  Roqueplan,  beaucoup  plus  populaire  à  cette 
époque  :  telle  est  l'origine  du  troisième  état. 

Cette  pièce  et  celle  qui  suit  ont  été  publiées  dans  un  recueil  de  dix  planches  lithographiées. 
Sur  la  couverture,  un  encadrement  au  milieu  duquel  se  détache  sur  fond  noir  un 
écusson  entouré  d'une  guirlande  de  fleurs.  En  haut  :  «  Madame  Amable  Tastu  »  ;  au  milieu: 
«  Chroniques  de  France,  dessinées  et  lithographiées  :  MM.  Boulanger,  Delacroix,  Devéria  et 
C.  Roqueplan,  à  Paris  »  ;  en  bas  :  H.  Gaugain  et  C'°,  rue  Vivienne,  n"  2  ». 


iSîQ 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


85 


N°  ^0}  :  La  sœur  de  Duguesclin 


Lithographie.  —  Premier  ctat  :  H.  o'"252,  L.  o™2o3.  —  Deuxième 
étal:  H.  o"2  lo,  L.  o"'i  5o.  —  Gravé  sur  bois:  o'"2io  sur  o™2  5o  dans 
le  Magasin  pittoi'esqiie  [Juin  1864).  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  45,  143. 

Premier  état.  Sans  aucune  lettre. 

Deuxième  état.  En  haut,  h  gauche  :  «  Chroniques  de  France  »  ;  à 
droite  :  o  Château  de  Pontorson  »;  en  bas  à  gauche  :  «  Delacroix,  fec; 
à  Paris,  chez  H.  Gaugain  et  C'",  rue  Vivienne,  2,  et  rue  de  Vaugi- 
rard,  n"  34  »;  à  droite  :  «  Imp.  lith.  de  H.  Gaugain,  London  by  Engelmann 
Graff  Coindet  et  C'"  Dean  Street  Soho  »;  au  milieu  :  «  Soudain  courant 
à  lui,  la  sœur  du  châtelain  le  frappe  de  Tépée  en  s'écriant  :  Guesclin. 
Octobre  1829.  » 

Troisième    état.    En  haut,  à  gauche  :  «  Chroniques  de    France  »  ;  à  droite  :  «  Scène  de  la 
Fronde  »  ;  en  bas,  à  gauche  :  «  C.  Roqueplan  del.  »  ;  adroite  :  «  Lith.  de  Ligny  et  Duplaix, 
rue  Quincampoix,  38  »  ;  au  milieu  :  «  La  Tour  de  Nesles.  » 
Cette  lithographie  a  été  exécutée  sur  pierre  par  le  procédé  dit  au  lavis. 


N°  304  :  Richard  et  Wamba 


Lithographie.    -—    H.    o^igS,    L.    o"^255.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  3i.^ 

Cette  lithographie  est  extrêmement  rare.  M.  Riésener  possédait,  avec 
le  croquis  original  de  cette  composition,  le  calque  qui  servit  à  Dela- 
croix pour  le  transporter  sur  la  pierre.  C'est  le  croquis  nième  que 
nous  reproduisons.  La  lithographie  ne  porte  ni  k-ttre,  ni  date,  ni 
signature.  On  sait  que  le  monf  est  emprunté  à  ïlvanhoe  de  Walter 
Scott.  Richard  et  Wamba  se  sont  arrêtés  dans  la  foret.  Ce  dernier 
montre  du  doigt  l'endroit  où  se  dissimulent  les  hommes  de  Jean-sans-Terre. 


N°'  ^o^,  }o6  :  La  Fiancée  de  Lamermoor 

i"  Lithographie. — H.  o'"2i7,  L.  o"'!!^. 

—  "Vente  De  La  Combe  (premier  état):  19  tr. 

—  Cat.  A.  Moreau,  p.  47. 
2°  Lavis  à  Feiicre  de  Chine.  —  H.  0^14, 
L.  o™fi.  —  "Variante  du  précédent. 
Premier  état.  En  haut  :  «  Walter  Scott,  chap. 
XXIX  »;  en  bas  à  gauche  :  «  Delacroix,  fec, 
à  Paris,  chez  E.  Ardit,  éditeur,  rue  Vivienne, 
2  »  ;  à  droite  :  «  Imp.  lith.  de  E.  Ardit  London 
by  Engelman  Graff  Coindet  Dean  Street  Sohon; 
au  milieu  :  n  n"  17,  January  i83o  »  ;   puis  ces 

mots  :«  Et  l'oiseau  tomba  aux  pieds  de  Lucie  dont  la  robe  fut  tachée 
de  quelques  gouttes  de  sang.  »  Avec  le  texte  anglais  en  regard. 
Deuxième  état.  Ln  bas  adroite  :  0  Inlp.  lith.  de  E.  Ardit    »  ;  mais    sans  l'adresse  de  Ardit  à 
gauche,  ni  celle  de  Engelmann  à  droite  et  sans  la  date  en  anglais  au-dessous  du  n°  17. 


86 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1820 


N"  J07  :  Front-de-Bœuf  et  la  sorcière 


Lithographie.  —  H.  o'"2io,  L.  200.  —  Ventes  Langlais  :  68  fr. 
(avec  les  deux  pièces  des  «  Chroniques  de  France)»';  posthume 
(sous  le  titre  de  «  Boisguilhert  sur  son  lit,  maudit  par  la 
Sorcière»)  :  jS  fr.;  Sensier,  décembre  1877  :  25  fr.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  3  i. 

La  force  du  mouvement  en  cette  scène,  tirée  de  ïlvanhoe  deWalter- 
Scott,est  admirable  et,  malgré  la  richesse  du  lieu  où  elle  se  passe, 
des  boiseries  sculptées,  des  hautes  courtines  relevées  et  drapées, 
des  armes  jetées  dans  l'ombre,  elle  prend  un  caractère  de  violence, 
de  désordre  absolument  fantastique,  qui  tient  précisément  à  l'habile 
contraste  d'un  décor  somptueux  et  de  personnages  a  demi  nus  et  dépenaillés. 


N"  J08  :  Front-de-Bœuf  et  le  Juif 


Lithographie.  —  H.  o"i66,  L.  o'"2i7.  — 
Vente  Parguez  (deuxième  état)  :  3  fr.  —  Lan- 
glais, 1868  (deuxième  état):  2  fr. — Vente 
posthume  (deux  épreuves,  premier  et  deuxième 
états''  :  7  fr. —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  45  et  74. 

Premier  état.  Croquis  sur  les  marges:  à  gauche,  une  femme 
nue   en    pied,    les  bras    liés  derrière  le  dos;  à  droite,  une 
femme  en  buste,  les   cheveux  épars  flottant  sur  ses  épaules 
découvertes.  Nous  donnons  une  reproduction  de  ces  deux  croquis. 

Deuxième  état.  Sans  les  croquis.  En  haut  à  gauche  ;  «  Ivanhoé  »;  à  droite  :  n  Chap.  XXII»; 
au  milieu  :  i<  Walter  Scott  ».  En  bas  à  gauche  :  «  Delacroix,  fec,  à  Paris,  chez  Gaugain  et 
C"^,  rue  Vivienne,  n"  2  »;  à  droite  :  «  Imp.  lith.  de  H.  Gaugain,  rue  de  Vaugirard,  n°  34; 
London  by  Engelmann  Coindet  et  C'",  St-Martin  Lane  Leices''"  square»;  au  milieu: 
(1  n"  II,  septembre  1829  »  et  ces  mots  :  «  Chien  maudit  issu  d'une  race  maudite,  vois-tu  ces 
balances?  Il  faut  que  tu  m'y  pèses  mille  livres  d'argent  »  .  Et  le  texte  anglais  en  regard. 


N"  309  :  Lion  de  F  Atlas 


Lithographie.  —  H.  o°'33,  L.  o'"46.  —  Ventes  Dubois  (pre- 
mier état,  avec  le  tigre)  :  41  fr.;  Langlais  (premier  état,  avec 
le  tigre  et  deuxième  état  :  33  fr.;  Soleil  (premier  état,  seul)  : 
2  3  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  43. 

i'remier  état.  Sans  aucune  lettre. 

Deuxième   état.  En   bas,  à  droite  :    o  Delacroix,  fec.  ».  Certaines 

(.preuves  sans  nom  ni  adresse  d'imprimeur;  au  milieu:  n  Lion  de 

1  Atlas   »   et  le  timbre  sec  en  triangle   de  n    E.   Ardit  à  Paris  u  ; 

En  bas  h  gauche  :  «  A  Paris,  chez  H.   Gaugain  et  C'<^,   rue  de  Vaugirard, 

te  :  «  Delacroix,  fec,  Imp.  lith,  de  H.  Gaugain,  rue  Vivienne,   n"  2;  »   au 

de  l'Atlas.  »  Il  existe  de  cette  planche  et  de  la  suivante  une  copie  retournée. 


r82Q 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


87 


N°  3 10  :  Tigre  royal 

Lithographie.  —  H.  o™33,  L.  o"'^6.  —  Ventes  Delacroix 
(premier  état)  :  5o  fr.;  (deuxième  état)  :  21  fr.;  (deuxième 
état  sur  chine,  mais  coupée,  avec  le  Lion  de  l'Atlas)  :  20  fr.; 
de  C.  1"^''  février  1861  (les  deux  pièces,  deuxième  état)  :  9  fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  44. 
Premier  état.  Sans  aucune  lettre; 

Deuxième  état.  En  bas  à  gauche  :  «  A  Paris,  chez  Gaugain  et  C'', 
rue  de  Vaugirard,  n"  2,  a  Paris,  »;  tandis  que  dans  le  troisième 
état  on  lit  :  0  Rue  Vivienne  »  et   non  pas  comme  ici  deux   fois  : 

«   Rue  de  Vaugirard  ;  »  au  milieu  :  0  Tigre  royal.  » 

Troisième  état.  En  bas  à  gauche    «  A  Paris,  chez  H.  Gaugain  et  C'",  rue  de  Vaugirard,  n"  84;  u 

à  droite  ;  «  Delacroix,  fec,  imp.  lith.  de    H.  Gaugain,  rue  Vivienne,  n°  2;  »   au  milieu  : 

«  Tigre  royal.  » 

Une  lettre  de  Constant  Dutilleux  dit  bien  l'effet  que  produisirent  ces  travaux  sur  la  jeunesse 

enthousiaste  d'alors  :  «  Il  vient  de  paraître  de  lui  deux  belles  lithographies,  un  lion  et  un  tigre; 

c'est  beau  comme  un   Delacroix.  Je  n'en  sais  pas    le   prix,  je  n'en  sais  que  la  beauté.  » 


N°^  ^11,    ji2  :  Vercingétorix 


i"  Lithographie.  —  H.  o'"25,  L.  o'"i8.  — Ventes  De  La  Combe, 
i863  :  20  fr.;  posthume,  1864  (les  deux  pièces):  7  fr.;  Du- 
bois, 1866  :  5  fr.;  Soleil,  1872  (dans  un  lot):  38  fr.;  Cat.  A. 
Moreau,  p.  44. 

En  légende,  en  bas  à  gauche  :  «  Lacroix,  1829,  »  et  à  droite  :  0  Lith. 
Engelmann.  » 

Cette  planche  servit  de  cul-de-lampe  pour  l'introduction  du  Voyage 
en  Auvergne  du  baron  Taylor,  p.  9. 

2"  Delacroix  avait  commencé  sur  ce  même  sujet,  dit  M.  Moreau, 
une  première  pierre  restée  inachevée.  — H.  o™23o,  L.  o™i6o.  —  La 
tète  du  guerrier  seule  est  terminée,  le  reste  du  personnage  et  le  bou- 
clier sont  légèrement  indiqués.  Le  paysage  et  les  accessoires  du  pre- 
mier plan  n'existent  pas,  même  en  indication. 

Nous  ne  connaissons  de  cette  planche  incomplète  que  deux  épreuves;  l'une  de  ces  épreuves 
est  conservée  à  la  Bibliothèque  nationale. 


N°  )  1 3  :  Esclave  turque 


Lithographie.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  74. 

Nous  reproduisons  textuellement  ce  que  dit  M.  Moreau  de  cette  lithographie  que  lui-même 
n'a  jamais  rencontrée  en  dépit  de  ses  recherches  :  «  Vêtue  d'un  riche  costume  oriental,  l'es- 
clave est  assise  sur  un  sopha  très  bas.  « 

Lithographie  d'une  aquarelle  de  Richard-Parkes  Bonington. —  «  Delacroix,  peu  satisfait  de 
cette  lithographie  qui  ne  rendait  pas  assez  bien  selon  lui  la  vigueur  de  l'original,  la  fit  effacer 
sur  la  pierre  après  un  tirage  de  deux  épreuves.  » 


N°  j  14  :  Tigre  couché 


Eau-forte.  — H.  o™096,  L.  o™i48.  —  Vente  posthume  (trois 
épreuves  du  troisième  et  du  quatrième  état'  :  7  fr.  —  Cat.  A. 
Moreau,  p.  18  et  19. 

Premier  e'tat.  Eau-forte  pure. 

Deuxième  état.  L'animal  est  à   peine  visible  sous  les  travaux  de 

roulette,   le  côté  droit  du   premier  plan    entièrement  blanc  sans 

aucune  hachure. 
Troisième  état.  Le  dos  de  l'animal  se  détache  en  foncé  sur  le  fond  et  la  tête  en  clair.  11  n'y  a 
pas  trace  de  paysage  à  gauche. 

Quatrième   état.  Le  corps  de  l'animal,  extrêmement  vigoureux,  s'enlève  franchement  sur  le 
rocher  très  nourri  de  détails;  le  fond  du  paysage  très  nettement  indiqué. 
Cinquième  état.  Bords  rectitiés. 

Sur  certaines  épreuves,  le  terrain  et  le  rocher,  incomplètement  essuyés,  produisent  des  effets 
tout  à  fait  différents  et  font  croire  au  premier  abord  à  des  états  plus  nombreux. 


N"^  ^15,  ji6  :  Études  de  chevaux 


I"  Cheval  pur  sang  à  Técurie.  —  Aquarelle. 
—  Vente  Villot.  —  Appartient  à  M.  Pierre 
Legrand.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Cheval  vêtu  pour  la  promenade.  —  Aqua- 
relle.—  Vente  posthume.— Vente  Pils:  1 10  fr. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  ne  nous  lasserons  pas  de  reproduire  ni  d'admirer  les  innom- 
brables études  de  chevaux  sorties  de  la  main  de  Eugène  Delacroix.  La  sincérité  de  son  travail 
d'après  la  nature  nous  livre  le  secret  de  sa  puissante  imagination  dans  les  œuvres  composées, 
s'il  est  vrai  que  le  meilleur  de  l'imagination  soit  fait  de  mémoire. 


N"  3 17  :  Psara,  Episode  de  la  guerre  des  Turcs  et  des  Grecs 


^    Dessin.  —   Gravé  par   Pourvoyeur:  H.  o'^ojo,  L.  o™o6o.  —  Cat.  A. 
'"^v    Moreau,  p.  106. 

:';>  .        .  .  ... 

S  ")  Un  janissaire  foule  aux  pieds  deux  Grecs  morts.  De  la  main  droite  il  tient 
un  cimeterre,  de  la  gauche  l'étendard  du  prophète.  Au  fond,  apparaissent 
les  murailles  crénelées  d'une  ville. 

Comme  le  suivant,  ce  dessin  fut  composé  pour  l'édition  illustrée  des  C/ia'î- 
sons  de  Béranger.  Il  fut  fait  successivement  plusieurs  tirages  de  ces  planches. 
Les  remarqués  faites  au  numéro  suivant  sur  ces  divers  tirages  des  planches 
et  les  substitutions  de  nom,  s'appliquent  également  h  ce  numéro.  Il  v  aurait 
donc  trois  états  de  ces  planches.  Le  premier  sans  titre;  le  second  avec  le  titre  et  les  noms  de 
Jules  Boquet  et  de  Perrotin,  éditeurs;  le  troisième,  sans  le  nom  de  Boquet,  et  avec  celui  de 
Mauduit  au  lieu  de  Pourvoyeur. —  Nous  mentionnons  les  trois  états  signalés  par  M.  Moreau, 
mais  nous  croyons  ii  une  erreur.    Nous  n'avons  jamais  vu  qu'un  seul  état  de  cette  planche. 


N°  3i8  :  Louis  XI 


lacroix  à 
parut  en 
le   nom 


Dessin.  —  Gravé  par  Pourvoyeur  (  premier 
état)  :  H.  o™o66,  L.  o^oSS  (deuxième  état), 
H.  o™79,  L-  o"'6i.  —  Cet.  A.  Moreau,  p.  107. 
Le  roi  vient  de  quitter  son  fauteuil  et  s'approche  d'une 
fenêtre  grillée;  derrière  lui,  un  page  et  deux  hommes 
d'armes. 

Ce  dessin  a  été  fait  en  vue  de  la  gravure  pour  la  pre- 
mière édition  illustrée  en  quatre  volumes  des  C/îiTn.soH5 
de  Béranger,  publiée  par  Perrotin  en  1829.  Charlet, 
Decamps,  Bonington,  Grenier,  collaborèrent  avec  De- 
cette  édition.  La  gravure  était  de  Pourvoyeur.  Dans  une  édition  ultérieure  qui 
1844,  et  qui  se  compose  de  deux  volumes  in-12,  les  planches  furent  agrandies  et 
de  Mauduit  substitué  à  celui  de  Pourvoyeur. 


N°  ^19:  Page  conduisant  un  cheval 

^      ~r^ *  <-î^:?fe^     Dessin  rehaussé  d'aquarelle.  -      H.o"'ii6,  L.  o'"i55.    —    Non 

K^^*  'iî^tfî^i  ^  Cette  aquarelle  non  signée  a  été  offerte  à  M.  Paul  Lacroix  (  Biblio- 
ffl^î  *  jf/"'iît<A  phile  Jacob)  par  Jules  Janin,  en  1829,  peu  de  jours  après  que  Eugène 
^^^^■^""('iTs  ■^  ^  Delacroix  l'eut  terminée,  à  l'intention  de  ce  dernier.  Jules  Janin 
^^S'^'-^.yJ^^^^  publia  des  «  Salons  »  dans  V Artiste.  Delacroix  lui  écrit  en  iSSg  pour 
'^^^-^  .  —^^'  le  remercier  au  sujet  d'un  article  et  ajoute  :  c  Quoique  je  n'aie  pas 
encore  obtenu  d'être  rangé  au  nombre  des  bons  sujets  de  la  peinture, 
docile  aux  avis  de  l'Ecluse  et  autres,  je  n'en  suis  pas  moins  très  flatté  d'occuper  de  moi. 
Tenir  de  la  place,  voilà,  il  faut  en  convenir,  l'ambition  de  tous  nous  autres,  et  en  tenir, autant 
dans  vos  lignes,  mon  cher  Janin,  est  chose  plus  flatteuse  encore.  »  Ce  l'Ecluse  est  Etienne 
Delécluze,  le  critique  classique  d'alors  au  Journal  des  Débats. 


Année    i83o 


N°  po  :  Cromwell  au  château  de  Windsor 


Toile.  —  Dimensions  inconnues.  —  Salon  de  i83i.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  171. 

On  lit  dans  le  livret  du  Salon  de  i83i,  sous  le  numéro  314  :  (c  Cromwell  dans  le   château  de 


W 

dan: 


il  tombe  à   cette  vue 


'indsor.  Ayant    retourné    par   hasard  un    portrait    de   Charles   1= 

ins  une  méditation  profonde;  il  oublie  qu'il  a  un  témoin  qui  l'observe  :  c'est  un  espion 
du  parti  royaliste  qui  a  obtenu  accès  auprès  de  lui^Wodstock,  de  Walter  Scott).  —  Appar- 
tenant h  M.  le  duc  de  Fitz-James.  »  Le  tableau  est  sans  doute  en  Angleterre. 


go 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


i83o 


N°  ^2  1  :  Bataille  de  Poitiers 


Toile. —  H.  i'"i3,L.  i'"45. —  Signe  et  daté. 

—  Exposition  universelle  de  i855.  —  Ap- 
partenait alors  à  M.  le  vicomte  d'Osembray. 

—  Ventes  Marmontel,  i  i  mai  1868  :  28,000 
fr.;  Edwards,  7  mars  1870:  42,650  fr.,  à 
M.  Aguado.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  189 
et  258': 

Le  titre  complet  de  ce  tableau  célèbre  est  :  t.  Le 
roi  Jean  à  la  bataille  de  Poitiers.  Son  jeune  fils, 
Philippe-le-Hardi,  cherche  a  le  protéger  dans 
'  1  mêlée.»  Admirable,  tragique  mêlée,  en  effet, 
d'hommes  et  de  chevaux  combattant  sous  le  ciel 
bas,  sinistre,  où  se  mêlent  aussi  les  nuées  fu- 
rieuses. Rien  ne  ressemble  moins  aux  batailles 
de  convention,  rien  ne  donne  la  sensation  plus 


intense  du  combat  homme  à  homme,  corps  à  corps,  des  étreintes  meurtrières 


N"  322  :  Bataille  de   Poitiers  —  Esquisse 

Toile.  —  H.  o'"45,  L.  o"'55.  —  Esquisse.  —  Numéro  54 
de  la  Vente  posthume  :  4,700  fr.  à  M.  de  Laage.  —  Vente 
Diaz,  janvier  1877:  12,000  fr.;  baron  de  Beurnonville, 
avril  1880  :  10,000  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3i  i. 

Il  semble,  au  premier  aspect,  que  les  différences  entre  l'es- 
quisse et  l'œuvre  définitive  (voir  ci-dessus]  soient  insensibles. 
Les  personnages  sont  groupés  de  même  et  h  peine  plus  nom- 
breux dans  le  tableau^  On  remarquera  cependant  que,  dans 
celui-ci,  le  maître  a  baissé  la  ligne  d'horizon,  de  manière 
à  ce  que  les  étendards  se  détachent  en  vigueur  sur  le  ciel, 
ce  qui  donne  plus  d'air  et  de  mouvement  à  la  composition. 
Lorsque,  en  i83i,  Delacroix  réalisera  la  Bataille  de  Nancy,  dont  il  avait  tracé  l'esquisse  en 
1828  (voir  n"  261),  il  apportera  dans  la  composition  des  modifications  analogues. 


N"  323  :  Jeune  tigre  jouant  avec  sa  mère 

Toile.  —  H.  i'"27,  L.  i"'90.  —  Signé,  daté.  —  Salon  de  i83i. 

—  Gravé  à  Teau-forte  par  Charlotte  Julien  :  H.  o"'i46,  L. 
o"'225  ;  eten  bois  par  Bœtzel,  d'après  Feyen-Perrin  pour 
les  Artistes  de  mon  temps  de  Charles  Blanc:  H.  o^'iig, 
L.  o"'i65.  —  Lithographie  par  le  maître  (voir  année  i83i). 

—  Cat.  A.  Moreau,  pp.  47,  104,  171. 
Cette    admirable    étude,    qui    faisait    la    gloire     du    cabinet    de 

M.  Maurice    Cottier,   avait  été  peinte  pour  M.  Thuret.  M.  Cottier,  en  mourant,  l'a  léguée  au 
Louvre,  ainsi  que  son  Hamlet\  mais  il  en  a  laissé  l'usufruit  à  madame  M.  Cottier. 


i83q 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


91 


N°  324  :  Jésus  et  le  paralytique 

Toile.  —  H.  0^24,   L.  o"'28.   —   Appartient  à   M.  Ciioquet.   —  Non 
catalogué  par  M.  A.  Moreau. 

Cette  esquisse    est  d'un   ton  vineux  très  doux   et  d'un    sentiment  de  com- 
passion délicieux  encore  apparent  dans  notre  croquis,  maigre  la  petitesse  des 
dimensions.    Le   geste  suffit  à   l'éloquence   de  l'oeuvre,    non  seulement  ici, 
mais,  on  peut  le  dire,  dans  l'œuvre  entier  de  Eugène  Delacroix. 


N°  325  ;  Indien  armé   du  gourka-kree 


Toile.  —  H.  o"'40,  L.  o'"32.  —  Signé  à  droite.  —  Salon  de  i83  1 . 
—  Gravé  à  Teau-forte  par  Lerat  pour  la  Galerie  Diirand-Ritel  : 
H.  o"M25,  L.  o™098.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  171. 
Ce  tableau,  peint  pour  ^L  Pierret,  fut  copié  par  le  maître  lui-même,  à 
la  suite  du  Salon  de  i83i,  pour  M.  Alexandre  Dumas.  Il  fut  exposé  de 
nouveau,  en  1878,  dans  la  galerie  de  M.  Durand-RueL  La  puissance 
du  ton,  en  cette  petite  toile,  est  merveilleuse  et  le  geste  superbe.  De- 
bout à  la  lisière  d'un  bois,  l'Indien  en  embuscade  écarte  des  branches 
d'arbre  pour  examiner  les  mouvements  des  troupes  anglaises,  campées 
à  quelque  distance  dans  une  plaine.  —  Delacroix,  dans  sa  jeunesse, 
avait  fait  une  longue  et  patiente  étude  des  miniatures  indiennes,  les 
avait  copiées  et  recopiées  avec  la  plus  na'ive  fidélité  [M.  Philippe  Burty 

possède  quelques-unes  de  ces  copies).  Mais  ici  le  maître  interprète  librement,  avec    une    ad- 

rable  certitude,  un  motif  qui  lui  était  ainsi  devenu  familier. 


N'^  J26  :  Le  28  juillet  1830 


Toile.  —   H.  2™62,  L.  3'"32.  —  Salon  de  i83i. 

—  Exposition  universelle  de  i855.  —  Gravé  à 
Teau-forte  par  Salmon  :    H.  o'"35o,   L.  o™443 

—  Lithographie  par  Mouilleron  :  H.  o'"235,  L. 
o'"264. —  Gravé  sur  bois  pour  affiches  et  frontis- 
pice de  l'Histoire  de  dix  ans,  de  Louis  Blanc 
lafriches  :  H.  o'^ôg,  L.  o'"5o;  frontispice:  H. 
o"'22,  L.  o'"i5).  —  Appartient  au  Musée  na- 
tional du  Louvre.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  i23, 
140,  2o5,    171. 

..  Le  Vingt-huit  Juillet  »  dit  Théophile  Gautier,  «  est 
un  morceau  unique  dans  l'œuvre  du  peintre  qui, 
cette  fois  seulement,  aborda  le  costume  moderne. 
Auguste  Ba'rbier  venait  de  lancer  ses  »  ïambes  »  en- 
flammés, et  cette  rude  poésie  à  la  bouche  noire  de  poudre  et  aux  manches  retroussées 
pour  le  combat,  dut  échauffer  la  verve  du  peintre.  On  retrouve,  dans  sa  composition  mi- 
réelle,  mi-allégorique,  tous  les  personnages  du  poète,  depuis  la  forte  femme  «  aux  puissantes 


92 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i83o 


mamelles  »,  jusqu'au  pâle  voyou  au  corps  chétif.  au  teint  jaune  comme  un  vieux  sou.  Cette 
Liberté  dem.i-nue.coifïée  du  bonnet  phrygien,  agitant  le  drapeau  tricolore  au-dessus  d'une 
barricade  jonchée  de  cadavres,  étonne  et  surprend  par  son  aspect  fantastique  au  milieu  de 
personnages  d'une  réalité  crue  et  brutale;  mais,  cette  dissonance  acceptée,  quelle  figure 
neuve  que  celle  de  l'enfant  embarrassé  dans  les  butfieteries  d'un  soldat  mort  qu'il  a 
dépouillé  et  tenant  un  pistolet  d'arçon!  Comme  c'est  bien  le  gamin  de  Paris,  cette  graine 
de  héros,  si  elle  tombe  en  bon  terrain!  Comme  ces  cadavres  du  premier  plan  sont  jetés 
avec  une  vérité  terrible,  pêle-mêle  parmi  les  poutres  et  les  pavés  !  » 

Delacroix  estimait  assez  ce  tableau  pour  en  invoquer  le  souvenir  comme  un  titre  à  l'appui 
de  sa  candidature  à  l'Académie  des  Beaux-Arts  en  février  iSSy,  par  suite  de  la  mort  du  baron 
Gérard.  On  trouve  le  28  juillet  i83o  parmi  «  les  noms  de  quelques-uns  des  ouvrages  sur 
lesquels  il  prend  la  liberté  d'appeler  les  souvenirs  indulgents  de  l'Académie. 


N°  327  :  Un  fait  inconnu  de  juillet  1830 

Dessin.  —  Gravé  sur  bois  par  Porret  pour  le  «  Salon  de  i83i  » 
de  Gustave  Planche:  H.  D'yoga,  L.  o"'iqo.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  142. 

Il  est  de  tradition  que  Delacroix  dessina  lui-même  le  bois.  Le  premier 
état  porte,  en  bas,  à  gauche:»  E.  Delacroix  »;  adroite:  «  Porret  ».  Le 
deuxième  état  porte,  en  bas,  au  milieu  :  «  Un  fait  inconnu  de  Juillet 
i83o  ».  C'estune  réduction  sommaire  du  célèbre  tableau  reproduit  sous 
le  numéro  précédent.  «  Les  insurgés  de  la  barricade,  dit  Théophile  Silvestre,  s'enivrent 
de  poudre  et  de  soleil  au  fond  d'un  quartier  noir  et  tortueux  de  la  vieille  Cité,  entre 
l'Hôtel-de-Ville  qui  les  mitraille,  l'Hôtel-Dieu  qui  les  repousse  et  la  Morgue  qui  les  attend.» 


N°  328  :  Portrait  d'un  élève  de  la  pension  Goubau 


qu  on 


Toile  ovale.  — H.  o"'6o,  L.  o'"5o. — Signé,  daté  au  bas  à  droite. 
—  Appartient  à  M.  G.  Arosa.  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Amédée  Berny  d'Ouville  fut,  comme  l'avait  été  son  frère  Eugène  en 
1828,  lauréat  du  concours  général  en  i83o.  Il  était  alors  en  sixième 
et  obtint  le  second  prix  de  thème  latin.  Il  mourut  plus  tard,  en  mer, 
dans  une  traversée  de  l'Atlantique.  Il  est  vêtu  d'une  redingote  brun 
verdàtre,  d'un  gilet  jaune  citron,  d'une  cravate  rose  clair.  Ce  portrait 
soumis  à  M.  Eugène  Berny  d'Ouville,  est  reconnu  par  lui  et  il  s'écrie  : 
a  C'est  bien  mon  frère,  il  avait  tout  à  fait  cette  petite  tête  de  fouine.» 
Et  tel  est,  en  effet,  le  mérite  particulier  des  portraits  peints  par  Eu- 
gêne  Delacroix.  Il  n'y  faut  pas  chercher  la  ressemblance  photogra- 
phique, proprette,  bourgeoise,  on  ne  l'y  trouverait  point.  Mais  ce 
est  toujours  sûr  d'y  rencontrer,  c'est  l'exactitude  absolue  et  caractéristique  du  type. 


N"  329  :  Tigre  couché 


Pastel.  —  H.  g""!  5,  L.  o'"22.  —  Vente  baron  de  G.  1 858  :  1 5o  fr.  —  (Voir  l'eau-forte 
originale  à  l'année  1846).  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  293. 


i83o 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


93 


N°  330  :  Gluck  au  piano 


Pastel  relevé  d'aquarelle.  —  H.  o'"222,  L.  o^i/o.  —  Gravé  à 
Peau-forte,  de  mêmes  dimensions,  par  M.  Villot.  —  Vente  Villbt, 
1864  :  96  francs.  —  Cat  .  A.  Moreau,  pp.  85,  25. 
«Le  musicien  exécute  au  piano  l'opéra  d'Armide;  il  prie  son  auditeur, 
debout  à  ses  côtés,  de  lui  tourner  les  feuillets  d'une  prétendue  partition 
dont  toutes  les  pages  étaient  blanches.  » 

11  existe  de  l'eau-forte  de  M.  Villot  plusieurs  états.  Le  premier,  à  l'eau- 
forte  pure,  n'a  aucune  lettre  :  deux  épreuves.  Le  deuxième  état,  avec  des 
travaux  de  roulette,  montre  la  lettre.  En  bas  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix, 
del.  »;  à  droite  :  «  Frédéric  Villot,  sculp.,  i835».  Dans  le  troisième,  la 
tète  de  Gluck  a  été  refaite.  Quatrième  état  :  Tous  les  travaux  de  rou- 
lette et  de  pointe  sèche  sur  l'habit  et  la  culotte  sont  adoucis  et  rendus  plus  transparents. 


N"  3  3 1  :  Jeune  fille  auprès  d'un  puits 

Aquarelle.  —  Salon  de  i83i.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  172. 

N"^  332,  333,  334,  3M  •  Les  Saisons 


i°Le  Printemps. — Sépia. 
— H.  ,o'"i35,  L.  o'"27o. 
2°  L'Été.  —  Sépia.  —  H. 

0"'I05,  L.  0'"220. 

3°  L'Automne.  —  Aqua- 
relle. —  H.  o^iSo,  L. 
25o. 

4°  L'Hiver.  —  Sépia.  — 
H.  o'"095,  L.  o-^iSS. 
Ces  quatre  sujets  ont  été 
exécutés,  dit-on,  en  peinture 
pour  la  salle  à  manger  de 
Talma.  Nous  reproduisons 
les  dessins  qui  ont  passé  à  la 
Vente  posthume  et  qui  ap- 
partiennent, avec  d'autres 
croquis  de  ces  compositions,  à  M.  Alfred  Robaut.  Ils  ne  sont  pas  catalogués  par  M.  Moreau. 


N"  336  :  Cheval  arabe 


Aquarelle.— Ventes  Villot,  i865:  i5o  fr.;  Barillot,  1866  :  172  fr.— Cat.  Moreau,  p.291. 
«  Il  est  tourné  vers  la  gauche.  Dans  le  fond,  une  tente  et  plusieurs  figures.  » 


94 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


i83ô 


N"  jjj  :  Lion 

Aquarelle  gouachée.  —  H.  0^20,  L.  o"'3o.  —  Vente  baron  de  C,  i858  :  100  fr.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  293. 

N°  ^38  :   Gulnare 

Aquarelle.  —  Salon  de  1 83  i .  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  172. 

Gulnare  vient  trouver  Conrad  dans  sa  prison  (Lord  Byroa,  Le  Corsaire). 

N"   }}<)'■   Ecce  Homo 

Sépia. — H.  o'"i5,  L.  o"'09. — Salon  de  i83i. — Voir  i833.--Cat.  A.  Moreau,  p.  172. 


iriéme  montre  la  tête 


N"  )40  :   L'église  des  Jésuites 

Sépia  rehaussée  d'aquarelle.  —  H.  o'"253,  L.  o'"20o.  —  Gravé 
à  Teau-forte,  de  mêmes  dimensions,  par  M.  Villot  en  1848. — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  88. 

Le  suiet  est  tiré  du  conte  d'Hoffmann.  Le  voyageur  aide  le  peintre  qui 

travaille  dans  la  chapelle;  le  premier  est  monté  sur  une  échelle  au  pied 

de  laquelle  se  tient  le  peintre,  sa  palette  à  la  main. 

De  l'eau-forte  de  M.  Villot,   il  existe   plusieurs  états,  qui,  tous,  ont  la 

lettre   gravée  à  la  pointe.  En  bas,  à  gauche  :  0  Eug.  Delacroix,  del.  »; 

a   droite  :    «  Fréd.    Villot,    sculps.,    1848  »;  au   milieu  :   «  L'église  des 

Jésuites  (Hoffmann)  ». 

Le  premier  état  est  à  l'eau-forte  pure;  le  deuxième  a  reçu  des  travaux 

de  roulette;  sur  le  troisième,  les  veux  du  peintre  sont  effacés.  Le  qua- 

du  peintre  retouchée  et  le  terrain  du  premier  plan  très  teinté. 


N*"  341  :    Gœtz  de  Berlichingen 

Croquis  à  la  plume.  —  H.  o"'20,  L.  o'"3i.  —  Signé,  daté  du 
II  juin  i83o.  —  Appartient  à  M.  Feuillet  de  Conches. — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Est-ce  réellement  Gœtz  de  Berlichingen  ?  La  tête  d'homme,  à 
droite,  rappelle  en  effet,  le  Gœtz  des  belles  gravures  du  Magasin 
pittoresque  (voir  année  1843);  mais  le  groupe  de  gauche  nous  tait 
l'effet  de  viser  moins  haut  et  de  représenter  simplement  quelque 
étudiant  se  faisant  versera  boire  par  quelque  fille  de  taverne  allemande. 


i83o 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


q5 


N°'  j42,  H^  H4,  H^  H^5  H7^  H^  =  Études  de  chats 


Chat  assis,  vu  de  face. 


H. 


i"  Le  Chat  de  village.  —    H.  o"'02o,   L. 

o"'o5o. 

2°  Tête  de  chat,  tournée  à  droite. —  H.o^oôo 

L.  o'^oSo. 

3°  Silhouette  de  chat  maigre.  —  H.  o'"o45, 

L.  o'"5o. 

4°  Petit  chat  jouant.  —  H.  o'"075, 

L. o^oqo. 

5°  Le  Chat  maigre.  —   H.  o"'040, 

L. 0™020. 

6°  Etude  de  chat  d'après  nature. — 
H.  o'"o65,  L.  o"'070. 
L.  o'"oi5. 


o"'040, 

Ces  dessins  font  partie  des  quatre-vingts  illustrations  du  livre  de  M.Champfleury  :  Les  Chats, 
histoire,  moeurs,  observations,  anecdotes.  Rothschild,  éditeur,  cinquième  édition.  —  La 
mise  sur  zinc  est  de  M.  Kreutzberger,  la  gravure  est  faite  par  le  procédé  de  M.  Comte. 


N"  }49  :  Paul  Foucher 


Sépia.  —  Caricature.  —  H.  o'"i3o,  L.  o"M  5o.  —  Reproduit  en  fac-similé 
de  mêmes  dimensions  dans  les  Cénacles  romantiques  de  M.  Ghampfleury. 
—  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 

»  J'ai  trouvé,»  dit  M.Champfleury,  «  dans  les  cartons  de  M.  Pierret,un  dessin  à 
la  sépia  de  Eugène  Delacroix,  représentant  l'allure  habituelle  de  ce  nouveau 
petit  Saintinet  ;  c'est  dire  qu'on  n'entrevoyait  dans  le  monde  ni  dans  les  ateliers 
le  bon  Paul  Foucher  sous  un  jour  bien  sérieux...  La  maison  hospitalière  des 
Picrret  s'ouvrait  tous  les  soirs  à  un  groupe  d'amis  des  arts  :  Delacroix,  Schwiter,  Frédéric 
Villot,  A.  Jal,  etc.  Divers  croquis  donnent  à  croire  qu'à  la  suite  de  quelque  mésaventure  ré- 
cente attribuée  à  Paul  Foucher,  toute  une  soirée  fut  consacrée  à  dessiner  ses  faits  et  gestes.  » 


N°  }  ^o  :  Assassinat  du  duc    de  Bourgogne 


vaille  d 
l'entrev 
sans  Pe 


Croquis  à  la  plume.  —  H.  o^iSS,  L.  o'"23o.  —  Appartient 
à  M.  Philippe  Burty.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Admirable  croquis,  tracé  d'un  jet  de  plume.  Les  mouvements  si 
différents  de  l'attaque  violente  et  de  la  défense  impuissante  sont 
rendus  avec  la  décision  et  la  certitude  d'un  grand  maître.  Il  est 
peu  d'œuvres  d'art  qui,  par  des  moyens  si  simples,  arrivent  à 
communiquer  l'émotion  aussi  vive  d'un  drame.  La  combinaison 
des  lignes  dans  le  geste  des  bras  levés  pour  frapper  est  une  trou- 
i  génie  comme  il  y  en  a  tant  dans  l'œuvre  de  Eugène  Delacroix.  —  C'est  à  l'issue  de 
ue  avec  le  dauphin  Charles,  au  pont  de  Montereau,  en  1419,  que  fut  assassiné  Jean 
ur,  qui,  lui-même,  avait  fait  égorger  Louis  d'Orléans  en  1407. 


96 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


i83i 


Année  i83i 


N°  ^  p  :  Melmoth  ou  Intérieur  d'un  couvent  de  dominicains 
à  Madrid  ou  l'Amende  honorable 


Toile.  —  H.  i'"3î,  L.  i'"62. — Signé  au  milieu 
et  daté  i83i. —  Salon  de  1834.  —  Gravé  à 
Teau-forte  par  M.  Boilvindans  les  dimensions 
de  :  o^ioj  sur  o"i36,  pour  la  galerie  Du- 
rand-Ruel.  —  Cat.  A.  Moreau,pp.  174  et  255. 

«  J'ai  trouvé  à  Rouen  de  quoi  faire  un  tableau  qui 
m'inspire  assez  »,  écrit  Eugène  Delacroix  le  3o 
septembre  i83i.  Ce  a  de  quoi  faire  un  tableau  » 
était  la  salle  du  palais  de  justice.  M.Alfred  Robaut, 
dans  une  biographie  de  Corot,  nous  a  gardé  le 
souvenir  de  l''impression  que  l'illustre  paysagiste 
avait  éprouvée  en  revoyant  cette  salle:  (■■  Il  fallut 
l'accompagner  au  palais  de  justice,  où  il  eut,  à 
l'éloge  de  Delacroix,  une  superbe  exclamation. 
Nous  étions  assis  sur  un  des  bancs  qui  font  le  tour 
de  la  salle  des  Pas-Perdus;  il  était  là  silencieux  depuis  un  moment,  les  yeux  levés  sur  les 
hautes  voûtes  en  bois  sculpté,  quand  tout  à  coup  il  s'écria:  n  Quel  homme  !  quel  homme!  » 
Il  revoyait  dans  sa  pensée  le  tableau  de  l'Amende  honorable  que  nous  avions  admiré  ensemble 
quelques  jours  auparavant  dans  les  galeries  Durand-Ruel.  Pour  lui,  la  salle  n'était  rien, 
Delacroix  était  tout,  quoique  celui-ci  n'eût  fait  que  s'en  inspirer  comme  fond  à  des  per- 
sonnages de  Melmoth.  » 


N°  3^2  :  Ruines  de  la  chapelle  de  l'abbaye  de  Valmont 

To  lie.  —  H.  o'"47,  L.  o^SS.  —  Daté.  —  Appartient  à  M.  Bornot. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Delacroix  écrit  le  3o  septembre  i83i,  à  son  ami  Pierret  :  «  Je  suis  à 
Valmont,  séjour  de  paix  et  d'oubli  du  monde  entier.  Le  charme  que 
j'y  trouve,  mon  vieil  ami,  est  dans  ce  dépouillement  complet  d'émo- 
tions vives  et  saccadées  qui  font  de  ma  vie  de  Paris  une  épreuve 
continuelle  et  une  danse  sur  la  corde  sans  balancier.  Affaires  d'argent 
et  d'amour-propre,  obligations  de  politesse,  amour  même,  tout  cela 
ne  tient  pas  dans  mon  cœur  et  dans  mon  esprit  la  place  qu'une  seule 
de  ces  choses-là  absorbe  dans  mon  être,  quand  je  me  trouve  au  milieu 
de  ce  foyer  d'agitations  continuelles  où  tu  respires.  Je  ne  me  suis 
jamais  rendu  compte  à  un  pareil  degré  de  l'inutilité  des  folies  pour 
faire  mener  heureusement  la  vie.  Ce  qui  nous  occupe  surtout  à  Paris,  c'est  la  fureur  de  faire 
figure.  Je  crois  à  présent  que  si  je  trouvais  un  homme  qui  voulût  me  fournir  le  nécessaire 
comme  à  un  chapon  qu'on  engraisse,  c'est-à-dire  d'avoir  tout  mon  travail  et  une  autorité  assez 


i83i 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


97 


grande  sur  ma  liberté,  je  passerais  un  marche'  tout  de  suite.  J'ai  trop  de  liberté  pour  en 
sentir  le  prix.  Ici  j'en  ai  moins  et  davantage.  Moins,  en  ce  que  je  vis  avec  un  despote 
complet  qui  me  gouverne  physiquement,  qui  me  fait  dîner  à  telle  heure,  qui  me  fait  aller 
dans  tel  endroit  pour  mon  plaisir,  etc.  Davantage,  en  ce  que  mon  esprit,  dégagé  du  souci 
de  s'occuper  de  mille  soins  insupportables  à  ma  nature,  divague  à  son  gré,  jouit  de  son  propre 
calme,  crée  des  palais  et  des  enchantements,  sans  que  la  voix  de  la  nécessité  triviale  le 
rappelle  à  terre.  »  Lettres,  Édition  Ph.  Burty. 


N°  5  5  ^   :   Boissy  d'Anglas 


Toile.  —  H.  o"'7g,  L.  i'"04.  — ■  Signé  et  daté 
i83i.  —  Gravé  à  Teau- forte  par  Bracque- 
mond  dans  les  dimensions  de  :  0^415  sur 
o'"545.  —  Appartient  à  M.  Larrieu.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  172,  190. 

La  planche  de  M.  Bracquemond  fut  exécutée  sur 
une  commande  du  Conseil  municipal  de  Paris; 
elle  a  sept  états,  les  six  premiers  avant  la  lettre  ; 
le  septième  porte,  en  bas  à  gauche  :  «  E.  Delacroix, 
pinx.  i>;  à  droite  :  «  Bracquemond,  aquaf.  »;  au 
milieu  :  «  Imp.  A.  Salmon.  —  Boissy  d'Anglas 
présidant  la  Convention  le  1°^  prairial  an  III.  >> 
(I  Delacroix.  I)  a  dit  Théophile  Silvestre,  n  atteint  le 
dernier  terme  du  fantastique  et  du  terrible  dans 
le  Boissy  d'Anglas.  Le  peuple  s'engouffre  comme 
un  fleuve  en  colère  dans  l'enceinte  de  la  Convention  nationale.  Murailles,  escaliers,  galeries, 
craquent  et  chancellent;  ouvriers,  clubistes,  guenillards,  montent  les  uns  sur  les  autres  en 
se  cassant  les  membres;  les  représentants  restent  immobiles;  le  président  contemple,  sans 
frayeur,  la  tête  sanglante  de  Féraud  qui  lui  est  présentée  au  bout  d'une  pique,  et  les  trico- 
teuses, penchées  du  haut  des  tribunes,  éclatent  en  tonnerres  d'applaudissements.  Un  jour 
rare  glisse  péniblement  dans  la  salle  pardessus  les  têtes  qui  foisonnent;  la  poussière  soulevée 
par  les  trépignements  vole  en  tourbillons  dans  cette  atmosphère  orageuse,  traversée  par  l'éclat 
livide  des  baïonnettes.  »  —  Ce  tableau  fut  peint  comme  le  précédent,  pour  un  concours, 
dans  lequel  la  victoire  resta  au  peintre  Court.  On  reprochait  à  Delacroix  de  n'avoir  pas, 
selon  la  tradition,  découvert  la  tête  du  président  de  l'assemblée. 


N°  3  54  :   Charles-Quint  au  monastère  de  Saint-Just 


Toile.  —  H.  o"'75,  L.  i'"i5. —  Signé  en  haut,  à  droite  et 
daté  i83i.  — Salon  de  i833.  —  A  figuré  à  l'exposition  des 
Alsaciens- Lorrains,  en  mai  1874.  —  Vente  du  comte  de 
Mornay,  29  mars  1877;  9,600  francs  au  marquis  de  la  Valette. 
—  Voira  1 833, lithographie;  à  1837,  variante  peinture;  à  1839, 
réduction  exacte.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  48  et  173. 
Revêtu  du  froc,  l'empereur  assis  et  à  demi  renversé  dans  l'attitude 
d'un  dilettante  mystique,  joue  de  l'orgue.  Un  autre  moine  imberbe, 
debout  auprès  de  lui,  l'écoute. —  Ce  tableau  qui  a  appartenu  à  made- 
moiselle Mars,fut  acheté  2,000  francs  à  la  vente  de  la  célèbre  comédienne  par  M.  de  Mornay. 


N°  j  ^  5  •   Bataille  de  Nancy 


Toile.  -  H.  2"'37.  L.  B-^Sô. 

—  Salon  de  1834.  —  Exp, 
univ.  i855.  —  Donné  par 
TEtat  au   Musée  de  Nancy. 

—  Gravé  par  Lançon  :  H. 
o'"r23,  L.  o^iqS,  pour  un 
livrede  R.  Ménard,/'^/5ace- 
Lorraine.  —  Photographié 
parBraun. — Cat.A.Moreau, 
pp.  184  et  2o3. — Voir  année 
1828,  n°26i. 

Il  Le  5  janvier  1477,  le  duc  de 
Bourgogne,  Charles  le  Témé- 
raire, livre  cette  bataille  par 
un  temps  glacé  qui  fut  la  perte 
de  sa  cavalerie.  Lui-même, 
embourbé  dans  un  étang,  fut 
tué  par  un  chevalier  lorrain  au 
moment  où  il  s'uttoraiit  d'en  sortir.  »  "Notice  du  catalogue  de  i835.1  Commencé  en  i83i, 
ce  tableau  ne  fut  terminé  que  pour  le  Salon  de  1834.  Nous  modifions  les  dimensions 
données  par  M.  Moreau  ',i"'oo  sur  3^65;,  pour  adopter  celles  du  catalogue  du  musée  de 
Nancy,  qui  se  rapprochent  d'ailleurs  de  celles   du    catalogue  de  l'exposition  posthume. 


N"  556  :   Raphaël  jeune  méditant  dans  son  atelier 

Toile.  —Salon  de  i83i.  — Cat.  Moreau,  p.  171. 

Tableau  peint  pour  M.  de  Mornay.  Raphaël  est  assis  sur  un  escabeau,  le  coude  sur  une  table. 

—  'Voir  plus  loin,  en  cette  même  année  i83i,  un  dessin  du  même  sujet. 

N°}57  :  Le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers 

Toile.  —  H.  o^So,  L.  i™io.  —  Voir  à  Tannée  1827,  n°*  176  à  i83.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  220,   226. 

Cette  réduction  du  grand  tableau  de  1827  a  été  peinte  pour  le  chanteur  Nourrit.  Les  dimen- 
sions nous  sont  fournies  par  M.  Moreau  ;  n'ayant  pas  vu  le  tableau,  nous  sommes  forcé  de 
les   reproduire    telles  quelles,    mais   nous  doutons   qu'elles  soient  exactes. 

N°  558  :  Tête  de  jeune  femme 


Toile.  —  H.  o"'42,  L.  o^BS.  —  Etude  peinte  le   soir  à    la  lampe.—  Vente  Villot, 
1864  :  145  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 


r83i 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


N"  j)C)  :   Mirabeau  et  Dreux-Brézé  —   Esquisse 

Toile  de  i5  à  20.  —   N°  14  de  La  Vente  posthume.   —  Appartient  à  M.  Jadin  fils. 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  )6o  :  Mirabeau  et  Dreux-Brézé 


Peinture  sur  bois. —  H.  o"^j8,  L.  o"'g2.  —  Signé  au 
bas  et  daté  1 83  i .  —  N°  1 28  de  la  Vente  posthume.  — 
Appartenait  à  M.  Bouruet-Aubertot.  — Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

M.  Bouruet-Aubertot,  qui  est  mort  en  1882,  était  le  neveu 
de  l'ami  intime  de  Eugène  Delacroix  qui  a  gravé  plusieurs 
compositions  du  maître.  Ce  tableau  a  'été  placé  par 
M.  Bouruet-Aubertot  père  à  l'exposition  posthume  de 
Eugène  Delacroix,  boulevard  des  Italiens  (n»  127  ducata- 
loguej.Il  a  reparu  aussi  h  l'exposition  Durand-Rucl  en  1878, 
mais  trop  tard  pour  figurer  au  catalogue.  Il  y  avait  égale- 
ment h  cette  exposition  le  même  sujet  peint  sur  toile  de 
même  dimension  par  Tassaert.  Ces  deux  artistes  avaient  l'un  et  l'autre  produit  leur  œuvre  en 
vue  d'un  concours  d'Etat  qui   eut   lieu  à  cette  époque. 

«  Comme  les  poètes,  Delacroix  devine,  0  adit  Henri  de  la  Madelène.  «  Onne  peut  même  conce- 
voir que  les  choses  aient  pu  se  passer  autrement  qu'il  ne  les  a  peintes.  Le  marquis  de  Dreux- 
Brézé  signifiant  aux  gens  du  tiers  la  volonté  du  roi,  n'a  pas  pu  avoir  une  autre  attitude  que 
celle  que  l'artiste  lui  prête  en  face  de  la  foudroyante  apostrophe  de  Mirabeau.  Quelle  com- 
position simple  et  puissante  I  Voilà  bien  les  deux  adversaires  en  présence,  l'ancien  régime  et 
la  Révolution.  Le  marquis  suivi  des  massiers  du  roi,  vêtus  de  dalmatiques  fleurdelisées, 
magnifiquement  vêtu  lui-même,  élégant,  mince,  fin  d'attaches,  personnifiant  de  la  façon  la 
plus  noble  l'ancienne  cour,  et  incarnant  toute  une  époque,  les  gens  du  tiers  dans  la  sévérité 
uniforme  de  leur  costume,  affirmant  déjà  régalité  civile,  dont  la  conquête  va  coilter  tant  de 
sang!  C'est  un  duel  véritable  et  le  plus  saisissant  qu'on  puisse  imaginer!  » 


N°  361  :  Portrait  de  M.  de  Verninac 

Toile.   —  H.  o'"40,  L.  0^32.  —  Non  signé.  — N°  74  de  la  Vente  posthume;  r,2  5o  fr. 
à  M.  Lecomte.  — Appartient  à  madame  Duriez.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  233. 
M.  de  Verninac    était  neveu  de  Eugène  Delacroix.  Ce  portrait,  fort  beau  en  ses  petites  dimen- 
sions, n'est  sorti  de  l'atelier  du  maître  qu'à  sa  mort.  Le  modèle  est  représenté  à  mi-corps;  il  a 
la  tète  coiffée  d'un  béret  bleu.  (Voir  un  portrait  du  même  personnage,  h  l'année  i833.) 

N"  362  :  Indien  armé  du  gourka-kree 

Répétition  du  tableau  peint  en  i83o,  voira"  325.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


i83i 


N"""  ^6),    364  :  Madame  Daltoii 


1°  Toile.  —   H.    o™65,   L.    o"'54.  —  Appartient 
à  M.  de   CourvaL  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  233. 
2°  Dessin    à    la    mine  de    plomb.    —    H.    i'"5o, 
L.  o^ijo.  —  Vente   posthume,  à  M.    Castillon- 
Bouvenne.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  jolie  personne,  aux  traits  un  peu  forts,  mais 
réguliers,  aux  lèvres  e'paisses,  sensuelles  et  d'un  beau 
sourire,  est  accoudée  à  droite  et  regarde  le  spectateur  en  renversant  un 
peu  la  tête  qu'elle  a  posée  dans  la  main.  Ses  lourds  cheveux  noirs  sont 
divisés  en  larges  bandeaux,  comme  dans  le  célèbre  portrait  de  George  Sand  jeune,  avec 
laquelle,  d'ailleurs,  madame  Dalton  a  quelque  ressemblance.  Madame  Dalton  était  élève  de 
Delacroix;  plusieurs  de  ses  paysages  ont  été  légèrement  corrigés  ou  retouchés  par  le  maître 
et  peuvent  passer  pour  des  Delacroix.  Il  y  en  a  même  eu  d'inscrits  sous  le  nom  du  maître 
à  la  vente  posthume.  Nous  avons  vu  qu'elle  pratiquait  aussi  la  lithographie.  Le  dessin  doit 
être  de  quelques  années  antérieur  à  l'ébauche  peinte,  si  on  s'en  rapporte  à  l'expression  du 
modi.-le,  qui,  à  n'en  pas  douter,  y  paraît  beaucoup  plus  jeune. 


N"  36^  :   Une  loge  au  théâtre 


Aquarelle.  —  H.  o^ijS,  L.  o"'2io.  —  Signé  en  haut  à  gauche:  «Eug. 
Delacroix  i83i.»  —  Vente  Durand,  décembre  1874,  60  fr. ,  revendu 
depuis  à  M.  le  comte  Doria,  décembre  iSjS  :  i25  fr.  —  Non  cata- 
Joguépar  M.  Moreau. 

C'est  une  scène  à  deux  personnages.  Avec  un  peu  d'imagination,  à  l'attitude 
de  l'homme  qui  se  retourne,  à  l'allure  de  la  femme,  debout,  on  peut  voir 
là  comme  une  sorte  de  vision  d'un  conte  d'Hoffmann.  Si  l'on  n'y  cherche 
point  d'intentions  si  subtiles,  on  n'y  verra  que  le  mouvement  d'une 
:  pour  laisser  passer  un  nouvel  arrivant  qui  se  retourne  pour  s'excuser. 


N"   j66   :  Jeune  tigre  jouant  avec  sa  mère 


Lithographie.  —  H.  o'"ii2,  L.  o^'iSg.  —  Voir  à  l'année  i83o,  n°  323.  —  Vente 
De  La  Combe,  premier  état  :  i3  fr.  — Vente  Dubois,  la  même  épreuve  :  4  fr.  — 
Vente  Burty,  1874  (premier  état)  :  16  fr.  —  Vente  Villot,  1875,  premier  état,  deux 
épreuves  :  8  fr.  5o. —  Vente  Burty,  à  Londres,  1876,  premier  état:  3  fr.  10.  —  Publié 
dans  L'Artiste,  tome  I,  année  i83  r.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  47. 

Premier  état.  En  bas  à  droite  :  «  Lith.  de  Delacroix  »;  à  gauche  :  0  Eug.  Delacroix  »  ;  au 
milieu  :  «  Jeune  tigre  jouant  avec  sa  mère  »  ;  en  haut  :  0  L'Artiste  ». 
Deuxième  état.  Même  lettre;  seulement  en  bas  a  droite  :  «  Lith'"  de  Castille.  » 
Sur  les  épreuves  de  ce  tirage,  les  animaux  sont  plus  corsés  peut-être,  mais  il  y  a  moins  de 
velouté,  de  souplesse  dans  le  pelage  et  le  travail  du  ciel  a  disparu.  Il  y  a  encore  un  état  qui 
porte  au  bas  h  droite:  «  Imp.  Bertauts.  »  On  ne  voit  de  trait  carré  sur  aucune  épreuve.  La 
planche  est  travaillée  jusqu'aux  bords,  mais  il  n'y  a  pas  de  hlet.  Il  doit  exister  un  avant 
premier  état,  c'est-à-dire  sans  aucu.ie  lettre,  mais  nous  n'avons  pu  en  rencontrer  d'épreuve. 


i83i 


L'ŒUVRE  DE   DELACROIX 


N"  '>)(^']  ■   Le  roi  Rodrigue 


^ï1^    Peinture  à    la    détrempe.   — 
'  "'     M.  Alexandre   Dumas   fils.   - 


H.     i"92,  L.    o'"95.    —    Appartient  à 
■  N°  289  de  TExposition  posthume  de 
Eug.  Delacroix.   —  Non    catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  peinture  fut  exécutée  à  l'occasion  d'une  grande  fête  costumée  donnée 
par  Alexandre  Dumas,  le  i5  mars  i832.  Ziégler,  Alfred  et  Tony  Johannot, 
Clément  et  Louis  Boulanger,  Jadin,  Decamps,  Grandville,  Baiye  et  Célestin 
Nanteuil  avaient  déjà  terminé  leur  œuvre  quand  Delacroix  arriva. 
n  Sans  ôter  sa  petite  redingote  noire  collée  à  son  corps,  sans  relever  ses  man- 
ches ni  ses  manchettes,  sans  passer  ni  blouse  ni  vareuse,  Delacroix  commença 
par  prendre  son  fusain;  en  trois  ou  quatre  coups,  il  eut  esquissé  le  cheval; 
g^  en  cinq  ou  six,  le  cavalier;  en  sept  ou  huit,  le  paysage,  morts,  mourants  et 
8  fuyards  compris;  puis,  faisant  assez  de  ce  croquis',  iriintelligible  pour  tout 
autre  que  lui,  il  prit  brosses  et  pinceaux,  et  commença  de  peindre. 
t(  Alors  en  un  instant,  et  comme  si  l'on  eût  déchiré  une  toile,  on  vit  sous  sa  main  apparaître 
d'abord  un  cavalier  tout  sanglant,  tout  meurtri,  tout  blessé,  traîné  à  peine  par  son  cheval, 
sanglant,  meurtri  et  blessé  comme  lui,  n'ayant  plus  assez  de  l'appui  des  étriers,  et  se  courbant 
sur  sa  longue  lance;  autour  de  lui,  devant  lui,  derrière  lui,  des  morts  par  monceaux;  au  bord 
de  la  rivière,  des  blessés  essayant  d'approcher  leurs  lèvres  de  l'eau,  et  laissant  derrière  eux 
une  trace  de  sang;  h  l'horizon,  tant  que  l'œil  pouvait  s'étendre,  un  champ  de  bataille 
acharné,  terrible;  —  sur  tout  cela,  se  couchant  dans  un  horizon  épaissi  par  la  vapeur  du  sang, 
un  soleil  pareil  à  un  bouclier  rougi  h  la  forge;  —  puis,  enfin,  dans  un  ciel  bleu  se  fondant, 
h  mesure  qu'il  s'éloigne,  dans  un  vert  d'une  teinte  inappréciable,  quelques  nuages  roses 
comme  le  duvet  d'un  ibis.  Tout  cela  était  merveilleux  à  voir  :  aussi  un  cercle  s'était-il  fait 
autour  du  maître,  et  chacun,  sans  jalousie,  sans  envie,  avait  quitté  sa  besogne  pour  venir 
battre  des  mains  à  cet  autre  Rubens  qui  improvisait  tout  à  la  fois  la  composition  et  l'exé- 
cution. En  deux  ou  trois  heures  tout  fut  fini.  »  [Mémoires  de  Alexandre  Dumas. 1 


N"  }68  :  Cromwell  devant   le  cercueil   de   Charles  F'' 


Aquarelle. —  In-folio. —  Numéro  30?  de  la  Vente  posthume  : 
1,010  fr.  — Appartient  à  M.  René  Paul  Huet. —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

Cette  aquarelle  a  été  faite  à  la  suite  d'une  conversation  du  maître 
et  de  son  ami  le  paysagiste  Paul  Huet,  au  sujet  du  «  Cromwell  » 
de  Paul  Delaroche,  dont  ils  regrettaient  l'attitude  insolente  devant 
le  corps  du  roi.  Dans  la  composition  de  Delacroix,  Cromwell, 
traversant  une  chambre  écartée  du  palais,  rencontre  par  hasard  le 
cercueil  de  Charles  I,  s'arrête  hésitant,  troublé,  et  se  découvre 
d'un  geste    gauche   qui    trahit  son  trouble   intérieur.  —   Voilà  lu 

—  Notre  vignette,  faite  de  souvenir  au  moment  de  l'exposition  de 

■st    pas  d'une  exactitude  rigoureuse. 


N"  569  :  Raphaël  dans  son  atelier 

Dessin  mine  de  plomb.  —  Vente  Villot.  février  i865  :  3o  fr.  —  Cat.  A.  .Moreau,  p.  296. 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


i832 


N°  ^70  :  Un  page  tenant  un  cheval  par  la  hride 


Aquarelle.  —  H.  o'"2i,  L.  o'"29.  —  Signé  au  bas  à  droite. 
—  Legs  de  Eugène  Delacroix  au  peintre  Pérignon.  —  Non  ca- 
talogué par  M.  Moreau. 

M.  Pérignon  était  au  nombre  des  quelques  personnes  désignées 
par  le  maître  dans  son  testament  pour  s'entendre  avec  son  léga- 
taire universel  et  classer  ses  dessins  :  «  Chacun  d'eux,  ajoutait  le 
.testateur,  voudra  bien  accepter  et  choisir  un  dessin  important.»  Les 
-—— -w  _  £».(^.  autres  personnes  auxquelles  le  maître  confiait  cette  mission  étaient 
MM.  Dauzats,  Carrier,  le  baron  Schwiter,  Andrieu,  Dutilleux  et  Burty. 


N°  jji  :  Tigre  couché 


Dessin.  —  H.  0^070,   L.  o^oqi.  • —  Salon  de   i83i. —   En  bas  à 
gauche  :   «  Eugène  Delacroix.  »  A  droite  :  «  Porret.  »  —  Cat.  A. 
'^Jj^    Kioreau,  p.  y5. 

Ce  dessina  été  gravé  sur  bois  pour  le  Salon  de  i83i  de  Gustave  Planche. 
âj   Premier  état.  Epreuves  tirées  hors  texte  extrêmement  rares. 
Deuxième  état.  Avec  le  texte  autour  du  dessin. 

Etendu  de  profil  et  tourné  vers  la  gauche  du  spectateur,  l'animal  présente 
la  tête  presque  de  face.  Le  fond  est  composé  avec  une  sorte  de  décor  composé  de  grandes 
herbes  et  de  palmiers  qui  se  détachent  sur  une  échappée  de  ciel. 


^ï^i^fe^^ 


N'>  ^72 


Portrait  de  Eugène  Delacroix 


Étude 


Croquis.  —  H.    o'"i  1,  L.     o'"i  i.  —  Appartient  à  M.  Chenavard.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  très  singulier  croquis  à   la  mine  de  plomb  a  été   exécuté  par  Delacroix  d'après 
lui-même,  dans  la  curieuse  attitude  d'un  homme  qui  souffle  et  ouvre  les  veux  tout 
grands.  Malgré  la  déformation  voulue  par  l'efl'ort,   on   reconnaît  encore  Delacroix. 


Année   1882 


N°  }j}  :   Bonaparte  en  Italie  (Milan) 


Toile.  —  H.  o"'45,  L.o"'6i.  —  N"  i35  de  la  Vente  posthume:  910  fr.  — Vente  Clc- 
singer,  6  avril  1868  :  800  fr.  —  Appartient  à  M.  Goldschmitt  qui  ne  permet  pas  de 
voir  ce  qu''il  possède  et  qui  consent  encore  moins  à  en  laisser  prendre  un  croquis. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  28?. 


i832 


L'ŒUVRli     DE    DELACROIX 


N"  }74  :  Cavalier  turc  au  repos 


Sur  soie.  —  H.  o"'io,  L.  o"'i4.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Cette  fine  composition,  sortie  comme  en  se  jouant  et  d'un  trait  si  sûr, 
si  pur  des  doigts  du  maître  et  qu'il  n'a  même  pas  daigné  signer,  a  été 
peinte  sur  un  écran  que  Eugène  Delacroix  donna  dans  sa  jeunesse  à 
^  son  ami,  M.  Rivet,   dont  le  nom  est  revenu  si  souvent  dans  ces  pages. 

Sfea^-^ i    C'est  une  peinture  à  l'huile  ou  plutôt  une  sorte  de  lavis  h  l'huile,  car  la 
facture  en  est  si  mince  qu'au  premier  aspect  on  dirait  d'une  aquarelle. 
C'est  un  procédé  assez  fréquent  chez    Delacroix  et  dont  nous  aurons  à   reparler. 


N°  57^   :   Portrait  du  docteur  L.    Desmaisons 


Toile.  —  H,  o"'65,  L.  o'"54.  —  Salon  de  i833  sous  le  titre  :  Por- 
trait de  M.  D.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  173  et  234. 

Eedocteur  Desmaisons  n'était  point  seulement  le  médecin  de  Delacroix  : 
dès  1814,  il  était  aussi  son  ami.  Son  nom  revient  quelquefois  dans  ses 
Lettres,  notamment  dans  l'amusant  amphigouri  adressé  à  F.  Guille- 
mardet  le  6  décembre  i83o  :  «  Je  reprends  en  sous-œuvre  la  présente 
lettre  pour  te  tenir  au  courant  de  la  brillante  santé  qui  me  caractérise 
dans  le  moment  actuel.  Je  n'en  sors  pas  moins  pour  le  moment  du 
conseil  de  discipline  où,  sur  ma  mauvaise  mine,  on  vient  de  me  donner 
un  répit  de  quatre  mois  pour  la  brave  garde  nationale  dont  on  ne  me 
juge  susceptihie  de  servir  avec  que  quand  je  serai  un  peu  engraissé  de  ma  personne.  Tu  ne 
t'étonneras  pas  de  la  présente  manière  de  m'exprinier,  un  tant  soit  peu  inopportune  et  inat- 
tendue dans  ma  manière  d'être  d'habitude  naturelle,  attendu  une  lettre  d'un  gendarme  de 
Fouilletourte  en  Berry,  que  nous  venons  d'en  faire  lecture  en  société  où  nous  nous  trouvons, 
qui  est  très  drôle  et  très  insolite  pour  l'expression  des  pensées  dudit  gendarme,  qui  écrit  au 
docteur  Desmaisons,  qui  vient  de  nous  faire  boire  d'excellent  saubayor,  que  nous  en  avons 
bu  un  verre  à  ta  santé.  »  (Édition  Burtv.) 


N°  ^76  :   Portrait  de  M.   Boissard  de  Boisdenier 


Toile.  —  H.  o'"6o,  L.  o'"5o.  —  Signé  et  daté  :  «  Eug.  Delacroix, 
i832.  »  —  Acheté  par  M.  le  baron  de  Beurnonville,  3,5oo  fr. 
—  Non    catalogué   par  M.  Moreau. 

Le  tableau  n'a  jamais  été  rentoilé;  la  peinture  en  est  claire  dans  la 
gamme  de  tons  de  Rubens.  —  Redingote  verte,  fauteuil  rouge  cra- 
moisi, fond  brun  rouge.  On  croit  que  ce  portrait  est  celui  de  M.  Bois- 
sard de  Boisdenier.  En  tout  cas,  ce  n'est  point,  comme  on  l'a  dit  à 
tort,  celui  de  Pétrus  Borel,  l'écrivain  romantique  que  MM.  Chena- 
vard,  Préault,Riesener,  Schwiter,  etc.,  consultés  par  nous,  n'ont  point 
reconnu.  Boissard  était  un  amateur  distingué,  peintre  de  quelque 
talent,  poète  médiocre,  excellent  violoniste.  Fils  d'un  pharmacien  de 
Tours,  il  ne  prit  qu'assez  tard  son  titre  de  noblesse.  Riche,  il  habita  d'abord  le  petit  hôtel 
Lambert,  puis  l'hôtel  Pimodan,  où  il  eut  pour  familiers  Charles  Baudelaire  et  Théophile 
Gautier.  ("Voir  la  Notice  de  Théophile  Gautier  placée  en  tête  des  œuvres  de  Baudelaire.) 


104 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


i83a 


N°  J77  :  Madame  la  marquise  de  Mornay,  née  de  Caulaincourt 


Toile. —  H.  o'"3io,  L.  o"''235.    —  Signé  à  gauclie,  non  daté.  — 
Appartenant  à  M.  le  comte  de  Mornay. —  Cat^  A.  Moreau,  p.  234. 

Madame  de  Mornay  avait  succombé  pendant  le  choléra  de  i832,  h  cin- 
quante-deux ans.  Delacroix  la  peignit  de  souvenir.  A  son  retour  du 
Maroc,  il  avait  fait  un  court  séjour  chez  son  compagnon  de  vovage, 
M.  de  Mornay,  resté  son  ami.  Ce  portrait  est  un  pur  chef-d'œiivre. 
La  marquise  de  Mornay  est  vue  presque  de  face  jusqu'à  la  taille.  Elle 
est  coiffée  d'un  de  ces  hauts  bonnets  de  dentelles  et  de  rubans  h  la 
mode  de  l'époque.  Les  brides  roses  flottent  sur  une  large  collerette 
blanche  qui  couvre  les  épaules  et  rejoint  le  vaste  bouflant  des  manches 
dites  à  gigot.  Une  chaîne  d'or  jette  une  note  claire  dans  les  colorations 
de  la  robe  sombre.  ■ —  Nous  rectifions  les  dimensions  erronées  du  cata- 
logue Moreau  qui  donne  à  tort  :   H.  o"i25,  L.  o'"20. 


N"  jjQ  :  Monsieur  Frédéric  Villot 


Toile.  —  H.  o™65,  L.  o"'54.  —  Voir  à  i833.  — A  M.  Borthon, 
de  Dijon.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  234. 

Comme  presque  tous  les  portraits  que  Delacroix  faisait  de  ses  amis, 
celui-ci  n'est  ni  signé  ni  daté.  En  1875-76,  M.  Georges  Villot  fils, 
qui  possédait  une  réduction  de  ce  portrait  (voir  à  l'année  i833| 
offrit  au  Musée  du  Louvre  celui-ci,  qui  est  de  grandeur  nature  ;  mais 
MM.  les  conservateurs  n'acceptèrent  point  ce  don.  Ce  refus  paraît 
d'autant  plus  étrange  que  Frédéric  ViUot  avait  été  lui-même  conser- 
vateur du  département  de  la  peinture  au  Louvre,  et  que  son  passage 
à  ce  poste  important  a  été  marqué  par  des  travaux  de  classement 
et  des  cataloguesqui  font  le  plus  grand  honneur  à  sa  mémoire. —  C'est 
une  œuvre  excessivement  soignée,  d'une  facture  minutieuse  réalisée 
au  moyen  de  petits  pinceaux.  Elle  n'a  pas  l'allure  libre  et  indépendante  de  la  plupart  des 
toiles  du  maître  ;  peut-être  aussi  Delacroix,  peignant  le  portrait  d'un  ami  et  d'un  connais- 
seur, a-t-il  été  contenu  par  les  observations  de  son  modèle.  Acheté  par  M.  Robaut,  le 
I  3  janvier  1877,  il  a  été  cédé  par  lui  à  M.  Borthon  au  prix  de  700  fr. 


N"  ^79  :  Chien  mort  —  Étude 


-^-,.-^.    Toile.  —  H.  o"'4o,  L.  o'"84.  —  Vente  Hôtel   Drouot,  23   mai 
^   1873  :  610  fr.   à  M.  Soutzo.  —  Vente  H.   D.  du  3o  avril  au 
^^  ,^^_^  ^  =?    2  mai    1877  :  880    fr.,  à   M.  Perreau.  —  Non  catalogué  par 

^'"J-^è^S^tf^  M.  Moreau. 
Le  chien  est  rare  dans  l'oeuvre  de  Eugène  Delacroix.  Trop  voisin  de  l'homme,  trop  familier, 
trop  doux,  sa  servilité  n'était  point  faite  pour  tenter  l'humeur  du  maître  qui  se  portait  tout 
naturellement  au  contraire  aux  animaux  de  combat  et  de  destruction.  Parmi  les  animaux 
domestiques,  il  ne  s'est  arrêté  qu'au  cheval,  que  sa  fierté  ennoblit  autant  que  sa  beauté.  Pour 
la  première  fois,  peut-être,  que  l'artiste  fait  un  chien,  il  fait  un  chien  crevé. 


i832 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


io5 


N"^  380,   581   :  Portraits  d'élèves  de  la  pension  Goubaux 


1°  Toile.  —  H.  o™5o,  L.  o'"6o.  —  Signé  au  bas 
à  gauche  et  non  daté.  —  Non  catalogué  par 
M.   Moreau. 

2"  Toile.—  H.  o"'5o,  L.  o"6o.  —  Signé  en  haut 
à  gauche  et  non  daté.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

M.  Louis  Judicis  obtint  le  premier  prix  de  version 
grecque  en  quatrième  (i832),  le  second  prix  de 
version  grecque  en  seconde  (1834),  le  premier  prix 
de  dissertation  française  en  rhétorique  (i835).  — 
M  Petit  de  Beau\erger  a\  Ht  obtenu  en  i83'2  le  premier  prix  de  version  latine  en  qua- 
tiiemo  II  eut  également  en  seconde  le  second  prix  de  thème  grec  (1834)  et  en  rhétorique  le 
second  prix  de  dissertation  française  (1 835).  —Voir  sur  l'institution  Goubaux  (qu'il  faut 
définitivement  écrire  Goubaux  et  non  Goubau)  les  intéressants  Souvenirs  littéraires  de 
M.  Maxime  du  Camp,  publiés  dans  la  Revue  des  Deux-Mondes. 


1 

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f.A^t, 

e^\ 

N«  ^8: 


Seigneur  en  armure 


et  l'intérêt 
tons  magni 
le  drame  et 


Toile.  —  H.  o"'240,   L.  o"'i85.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

M.  Frédéric  ViUot  en  avait  fait  une  aquarelle  de  même  dimension  qui 
nous  a  été  communiquée  par  M.  Georges  Villot,  ce  qui  nous  a  permis 
de  faire  notre  vignette.  La  couleur  du  vêtement  de  dessous  est  rose  ;  la 
draperie  du  fond,  vermillon  ;  le  tapis  de  table,  vert.  L'œuvre  est  du  même 
temps  que  le  «  Larmoyeur  »  d'Ary  Scheffer  et  le  motif  essentiel  iden- 
tique :  un  homme  en  armure.  La  différence  du  génie  des  deux  peintres 
est  sensible  en  de  tels  rapprochements.  Il  faut  à  la  peinture  d',\ry 
Scheffer  le  soutien  accessoire  de  l'intérêt  littéraire,  de  l'épisode  atten- 
drissant ou  pathétique.  Ary  Scheffer  fera  donc  de  son  homme  en  ar- 
mure un  roi,  le  roi  de  Thulé,  le'  «  Larmoyeur.  »  On  cherche  l'anecdote, 
de  l'œuvre  d'art  en  soi  s'évanouit.  Chez  Eugène  Delacroix,  il  suffit  de  quelques 
fiquement  associés,  d'une  attitude  simple,  du  clair  regard  de  deux  yeux  bleus,  et 
l'émotion  d'un  temps,  d'une  date  dans  l'histoire  s'imposent  au  spectateur. 


N°®  38^,    384  :  Exposition  du    musée  Colbert 


En  cette  même  année  i832,  une  exposition  fut  ouverte  dans  les  salles  du  musée 
Colbert  au  profit  des  victimes  du  choléra.  Le  catalogue  mentionne  cinq  tableaux  de 
Delacroix.  Nous  en  avons  reproduit  deux  :  Odette  et  Charles^  F/ (voir  n°  iSj)  et  un 
Seigneur  montrant  le  corps  de  sa  maîtresse  {voir  n°  i3g).  Une  Etude  de  femme  couchée 
peut  se  rapporter  indifféremment  à  nos  n"^  55,  106,  140,  175,  etc.  Il  ne  nous  reste 
donc  à  compter  dans  la  suite  des  œuvres  du  maître  que  les  deux  toiles  suivantes  : 
1°  Une  femme  caressant  un  perroquet.,  dont  nous  n'avons  retrouvé  aucune  trace; 
2°  Léda,  peut-être  l'esquisse  de  la  fresque  que  Delacroix  peignit  plus  tard  à  Valmont. 


io6 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


iS3'. 


N"  ^8^   :   Portrait  de  M.  J.-L.  Brown 

Toile.  —  Dimensions  inconnues.  —  Salon  de  i833.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  17: 

N"  386  :  Paganini  jouant  du  violon 


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M^ 

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K|^^^J 

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C'est   pour 
en  avril  et 


nous  I 
mai  188 


Esquisse  sur  carton.  —  H.  o'"4r,  L.  o'"28.  —  Vente  Ad.  Her- 
mann,  février  1879  :  1,600  fr.  à  M.  Perreau.  —  Appartient  à 
M.  Champfleury.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
De  lacroix  passe'pour  avoir  peint  ce  sujet  pour  Ricourt,  ancien  directeur 
du  journal  {'Artiste.  Du  reste,  dans  les  croquis  de  la  vente  posthume 
du  maître,  il  y  avait  diverses  esquisses  crayonnées  de  ce  même  per- 
sonnage. —  Dans  les  Notes  données  à  M.  Ph.  Burty  par  M.  Lassalle- 
Borde's,  nous  trouvons  un  autre  témoignage  de  l'impression  que  Delacroix 
avait  conservée  de  Paganini.  «  Il  faudrait,  me  disait-il,  que  ce  dont  on 
Il  a  la  vision  pût  être  rendu  sans  peine  ;  il  faut  que  la  main  acquière  égale- 
»  ment  une  grande  prestesse,  et  l'on  n'y  arrive  que  par  de  semblables 
I  études.  Paganini  n'a  dû  son  étonnante  exécution  sur  le  violon  qu'en 
»  s'exercant  chaque  jour  pendant  une  heure  à  ne  faire  que  des  gammes. 
;  même 'exercice.  «  —  Ce  portrait  fut  exposé  à  l'Ecole  dês  Beaux-Arts, 
i,  à  la  très  intéressante  exposition  des  ci  Portraits  du  siècle.  » 


VOYAGE   AU   MAROC 
N°  ^87  :   Un  gynécée  arabe 

(,,,j,.     Aquarelle  croquis.  —  H.   o"M25,  L.  o^'rqS.  —    Non  cata- 

'"  logué  par  M.  Moreau. 

Ce  léger  et  fin  croquis,  rehaussé  d'aquarelle,  est  extrait  d'un 
album  appartenant  au  duc  d'Aumale.  L'album  contient  de  char- 
mants dessins  de  femmes  du  Maroc,  prélude  du  tableau  du 
Louvre  :  Les  Femmes  d'Alger.  —  C'est  dans  les  premiers  jours 
de  i832  que  Delacroix  partit  pour  le  Maroc,  en  compagnie  du 
comte  de  Mornay,  ambassadeur  de  France  près  de  1  empereur 
Muley  Abd-Ehr-Rhaman.  Nous  suivrons  le  maître  pour  ainsi  dire  jour  par  jouren  ce  voyage. 


N"    ^i 


Paniers    de  fruits  et  d'œufs 


Dessin  rehaussé  d'aquarelle.  —  H.  o"'i7,  L.   o"'26.  —  On   lit  au 
bas  :  "  28  janvier,  la  monna.»  —  N"   569  de  la  Vente  posthume  : 
ji,_    T_L    5o    fr.,  à    M.   Bornot.   —  Appartenait  à    M.    Gavet.  gendre   de 
'-'■^3^.   ^   Bornot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Les  paniers  sont  posés  sur  le  sol  auprès  de  volailles  ;  des  poussins  sortent  de  leur  coque. 


i83i 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


107 


N°'  ^89,   ^90   :   Croquis  du    xMaroc 

1°  Sépia.  —  H.  o'"i2,  L.  o'"2o.  —  A 
appartenu  à  M.  Pierret.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 
2°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  — 
H.  o"'i6,  L.  o"'26.  —  Appartient  à 
M.  Bornot.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Le  8  janvier,  Delacroix  écrit  de  Toulon  à  M.  Pierret  :  «  J'espère  que  nous  ne  tarderons  pas 
trop  à  partir.  C'est  probablement  pour  après-demain...  Voilà  le  Midi  enfin  ;  je  me  retrouve. 
La  belle  vue  et  les  belles  montagnes  !  »  En  passant  par  Fontainebleau,  il  a  vu  les  mons- 
trueuses restaurations  des  peintures  du  Primatice  par  «  M.  Alaux  le  Romain.  «  Il  ajoute  : 
(1  Je  suis  convaincu  que  je  ne  trouverai  rien  de  si  barbare  en  Barbarie.  » 


N°'  ^91,    jC}2  :   Chefs  arabes 


1°  Croquis  aquarelle.  —  H.  o"'38,  L.  o™3o. 
—  Vente  posthume.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

2°  Crayon  noir  et  sanguine.  —  H.  o"'3o, 
L.  o™26.  —  N°  536  de  la  Vente  postliume  : 
100  fr.  à  M.  Bornot. — Appartenait,  en  1877, 
à  M.  Porlier,  gendre  de  M.  Bornot.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

^ss^'^.X  Le  24  janvier,  Delacroix  écrit  :  n  Enfin  devant 
Tanger  !  Après  treize  jours  de  marche  et  d'une 
traversée  tantôt  amusante,  tantôt  fatigante,  et 
après  avoir  éprouvé  quelques  jours  de  mal  de 
mer,  ce  à  quoi  je  ne  m'attendais  pas,  nous  avons  éprouvé  des  calmes  désespérants  et  puis  des 
bourrasques  assez  eff'rayantes,  à  en  juger  par  la  figure  du  commandant  de  la  0  Perle».  En 
revanche,  des  côtes  charmantes  à  voir,  Minorque,  Àlajorque,  Malaga,  les  côtes  du  royaume 
de  Grenade,  Gibraltar,  Algésiras.  Nous  avons  relâché  dans  ce  dernier  endroit.  J'espérais 
débarquer  à  Gibraltar,  qui  est  à  deux  pas,  et  à  Algésiras  par  la  même  occasion  ;  mais  l'in- 
flexible quarantaine  s'y  est  opposée.  J'ai  pourtant  touché  le  sol  andalou  avec  les  gens  qu'on 
avait  envoyés  à  la  provision.  J'ai  vu  les  graves  Espagnols  en  costume  à  la  Figaro,  t'a  été  une 
des  sensations  de  plaisir  les  plus  vives  que  celle  de  me  trouver,  sortant  de  France,  transporté, 
sans  avoir  touché  terre  ailleurs,  dans  ce  pays  pittoresque;  de  voir  leurs  maisons,  ces  man- 
teaux que  portent  les  plus  grands  gueux  et  jusqu'aux  enfants  des  mendiants,  etc.  Tout  Goya 
palpitait  autour  de  moi.  C'a  été  pour  peu  de  temps.  » 


N°  j()j  :  Arabe  mort 


Aquarelle.  —  Vente  Bourlon  de  Sarty,  4  mai  i865  :  275  fr.,  à  M.  deBoigne.  —  Cat. 

A.  Moreau,  p.  292. 

Le  cavalier  est  étendu  mort  sur  le  sol  aux  pieds  de  son  cheval  immobile. 


io8 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l832 


N°  ^94  :  Conversation  mauresque 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"i4,  L.  o'"2o.  —  Fac-si- 
milé auto-litliographié  par  A  If.  Robaut,  pour  la  Galette  des 
Beaux-Arts,  en  i865,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i38, 
L.  o"'ig8.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  2  3  janvier,  Delacroix  écrit  :  «  J'arrive  maintenant  à  Tanger.  Je 
viens  de  parcourir  la  ville.  Je  suis  tout  étourdi  de  tout  ce  que  j'ai  vu... 
Nous  avons  débarqué  au  milieu  du  peuple  le  plus  étrange...  Il  faudrait  avoir  vingt  bras  et 
quarante-huit  heures  pour  donner  une  idée  de  tout  cela.  »  —  Ce  dessin  paraît  être  la  com- 
position même  d'après  laquelle  Eugène  Delacroix  fit  l'aquarelle  qu'il  offrit  à  son  ami  M.  de 
Mornay.  L'aquarelle  n'est,  en  effet,  qu'une  répétition  du  sujet,  sans  variante.  (Voir  plus 
loin,  à  l'année  i833,  l'article  consacré  à  l'album  du  comte  de  Mornay.) 


N°^  ^95,  jc)6  :  Femmes  juives  arabes 


o'"io,  L.  o^oj. 
Non  catalogué 


1°  Croquis  rehaussé  d'aquarelle. — H .  o'"2q,  L.o"M  g. — 

Vente    posthume    à    M.    Doria.    —    Non    catalogué 

par  M.  Moreau. 

2°  Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H 

—  Vente  posthume,  à  M.  Robaut. — 

par  M.  Moreau. 

«  Les  Juives  sont  admirables.  Je  crains  qu'il  soit  difficile 
d'en  faire  autre  chose  que  de  les  peindre:  ce  sont  des 
perles  d'Eden.  »  (Tanger,  2  5  janvier.)  Il  est  difficile,  en  effet,  de  rien 
voir  de  plus  noble  et  d'un  plus  grand  geste  que  les  figures  du  premier 
des  deux  croquis  que  nous  donnons  ici.  Cela  seul  justifierait,  s'il  en  était 
besoin,  les  comparaisons  enthousiastes  que  Delacroix  établit  si  souvent  entre  cette  vivante 
réalité  et  l'antique.  Le  mouvement  de  la  femme  à  l'amphore  se  retrouve  plus  loin. 


N°  397  :  Portrait  de  Eugène  Delacroix 


.  —  Gravé  sur  bois  pour  la  Ga-{ette 
'112,  L.  o"'i  10.  —  Cat.  A.  Moreau, 


Croquis.  —  H.  o"'i  i,  L.  o'" 
des  Beaux-Arts,  i865  :  H. 

p.    10. 

Ce  portrait  de  Eugène  Dt;lacroix  en  costume  de  voyage,  extrait  d'un 
de  ses  albums  au  Maroc,  a  été  publié  dans  le  tome  XI.X,  numéro  du 
1°'' août  i865  de  la  Galette  des  Beaux-Arts,  accompagnant  un  article 
de  M.  Ph.  Burty,  intitulé  :  «  Eugène  Delacroix  au  Maroc.  «  «  Je  suis 
en  ce  moment  comme  un  homme  qui  rêve  et  qui  voit  des  choses  qu'il 
craint  pouvoir  lui  échapper  (2  5  janvier).  —  Âla  santé  est  bonne,  je 
crains  seulement  un  peu  pour  mes  yeux.  Quoique  le  soleil  ne  soit  pas  encore  très  fort, 
l'éclat  et  la  réverbération  des  maisons,  qui  sont  toutes  peintes  en  blanc,  me  fatigue  exces- 
sivement... Au  milieu  de  cette  nature  vigoureuse,  j'éprouve  des  sensations  pareilles  à 
celles  que  j'avais  dans  l'enfance  ;  peut-être  que  le  souvenir  confus  du  Midi  que  j'ai  vu  dans 
ma  première  jeunesse  se   réveille  en  moi.  »  i8  février.) 


i832 


L'ŒUVRE  DE   DELACROIX 


log 


N°®  398,  399  :  Marocains  dans  la  campagne 


i"   Croquis    et     aquarelle.  —   H. 
o"'i9,  L.  o'"27.  —    Appartient    à 
M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué 
par  M.   Moreau. 
2"   Sépia.   — H.  o"'i  10,  L.  o"'i65. 

—  Appartenait  à  madame  Leblond. 

—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
(I  L'empereur  s'apfirète  à  nous  faire  une  réception  des  plus  magnifiques.  Il  veut  nous 
donner  une  haute  idée  de  sa  puissance.  Nous  commençons  à  craindre  qu'il  ne  lui  prenne 
fantaisie  d'aller  h  Maroc  pour  nous  recevoir,  ce  qui  nous  ferait  près  de  quatre  cents  lieues 
à  cheval  pour  aller  et  venir.  Il  est  vrai  que  c'est  un  voyage  des  plus  curieux  et  que  très 
peu  de  chrétiens  peuvent  se  vanter  d'avoir  fait.  »  (Tanger,  8  février.) 


N°  400  :  Chef  maure  assis 


Dessin.   —  H.   o'"2g,    L.  o"M8.  —  Fac-similé    pour    VArt,    1878    : 
H.  o'"293,  L.  o^iSo.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  dessin  est  tiré  du  cabinet  de  feu  L.  Riesener.  —  Le  8  février,  Delacroix 
écrit:  «Je  suis  vraiment  dans  un  pays  fort  curieux...  Je  m'insinue  petit  à 
petit  dans  les  façons  du  pays,  de  manière  à  arriver  à  dessiner  à  mon  aise 
bien  de  ces  figures  de  Mores.  Leurs  préjugés  sont  très  grands  contre  le 
bel  art  de  la  peinture  ;  mais  quelques  pièces  d'argent  par-ci  par-là  arrangent 
leurs  scrupules.  Je  fais  des  promenades  à  cheval  aux  environs  qui  me  font 
un  plaisir  infini,  et  j'ai  des  moments  de  paresse  délicieuse  dans  un  jardin  aux 
portes  de  la  ville,  sous  des  profusions  d'orangers  en  fleurs  et  couverts  de 
fruits...  Tout  ce  que  je  pourrai  faire  ne  sera  que  bien  peu  de  chose  en  comparaison  de  ce 
qu'il  y  a  à  faire  ici  ;  quelquefois  les  bras  me  tombent  et  je  suis  certain  de  n'en  rapporter 
qu'une  ombre.  »  Une  ombre,  soit;  mais  une  bien  belle  ombre. 


N°  401  :  La  chambre  de  Eugène  Delacroix,  à  Tanger 

^=S,^  Dessin  rehaussé  d'aquarelle.  —  In-folio.  —  Vente  posthume 
^~"|^  n»  564.  Vente  Sensier,  décembre  1877.  —  Non  catalogué  par 
''l^i^'-  ^'  Moreau. 

Un  fusil  est  posé  sur  le  lit.  Au  fond,  des  nattes  accrochées  aux  murs, 
a  Je  ne  te  demande  pas  de  nouvelles,  je  n'en  suis  pas  plus  avide  ici  qu'à 
Paris,  où  j'ai  l'habitude  de  ne  vivre  qu'au  gré  des  émotions  que  mon 
cœur  me  donne...  J'emploie  avec  plaisir  une  part  de  mon  tenips  au 
'travail,  une  autre  considérable  à  me  laisser  vivre  ;  mais  jamais  l'idée 
de  réputation,  de  ce  Salon  que  je  devais  manquer,  comme  on  disait,  ne  se  présente  à  rnoi  ;  )e 
suis  même  sûr  que  la  quantité  assez  notable  de  renseignements  que  je  rapporterai  d  ici  ne 
me  servira  que  médiocrement.  Loin  du  pays  où  je  les  trouve,  ce  sera  comme  des  arbres 
arrachés  de  leur  sol  natal  ;  mon  esprit  oubliera  ces  impressions,  et  je  dédaignerai  de  rendre 
imparfaitement  et  froidement  le  sublime  vivant  et  frappant  qui  court  ici  dans  les  rues  et  qui 
vous  assassine  de  la  réalité.  »  [Tanger,  29  février.) 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


[832 


N°  402  ;   Arabes  prenant  le  café 


Sépia.  — H.  o""!  14,  L.  o'^i-o. —  Photo-lithographie  Arosa. — 
Reproduit  dans  l'Aj-t,  en  i883.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  128. 

'  fac-similé,  exe'cuté  par  M.  Arosa  en  1868,  de  cette  sépia  achetée 
par  iM.  Philippe  Burty  à  la  vente  posthume  de  Delacroix,  a  été 
lire  à   dix    épreuves  seulement.  —  «    Nous  partons  après-demain 

_       _  .^^^^_    pour    Mequinez,  où  est  l'empereur  ;  il  nous  fera  toutes  sortes  de 

|^;i-4^^^^^'ir^^Sfeg  galanteries  mauresques  pour  notre  réception,  courses  de  chevaux, 
lijr^^-^^^^::S=^^^:^S  coups  de  fusil,  etc.  La  saison  nous  favorise,  nous  avons  craint 
les  pluies,  mais  il  paraît  que  le  plus  fort  est  passé.  11  me  semble, 
à  voir  ces  objets  nouveaux,  que  j'ai  vécu  déjà  une  année  au  milieu  de  tout  ceci  et  qu'il  y  a 
des  siècles  que  je  n'ai  vu  mes  amis.  />  (Lettre  à  F.  Villot,  29  février.) 


N°  403   :    Musiciens    marocains 


Dessin.  —  H.  o™2i,  L.  o'"23.  —  Gravé  en  fac-similé  pour  VArt, 
1878  :   H.  0,1  5o,  L.  o"'i7o.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  dessin,  tiré  du  cabinet  de  feu  Riesener,  est  un  croquis  h  la  mine  de 
plomb  très  légèrement  touché.  0  Imagine,  mon  ami  »  écrit  Delacroix  le 
29  février  0  ce  que  c'est  que  de  voir  couchés  au  soleil,  se  promenant  dans 
les  rues,  raccommodant  des  savates,  des  personnages  consulaires,  des 
Catons,  des  Brutus,  auxquels  il  ne  manque  même  pas  l'air  dédaigneuxque 
devaient  avoir  les  maîtres  du  monde;  ces  gens-là  ne  possèdent  qu'une  couverture  dans 
laquelle  ils  marchent,  dorment  et  sont  enterrés,  et  ils  ont  l'air  aussi  satisfait  que  Cicéron 
devait  l'être  de  sa  chaise  curule...  J'apprends  que  le  choléra  est  à  Londres.  Diable!  » 


N°  404  :  Souvenirs  du  Maroc 


N^  <a  ^f^=J^  (?i  «>     Divers  croquis.   —   H.    0^27,    L.  o">36.  —  Cliché 
■    Cj *'4|Sa(^^^p\^^^    fac-similé   pour  V Autographe  :  H.  o'"27,   L.  o"'36. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  149. 

Publié  dans  le  journal  V Autographe,  première  année, 
1864,  page  68,  ce  sujet  peut  être,  comme  plusieurs  autres 
déjà  cités,  classé  parmi  les  bois  originaux.  La  planche  ne 
porte  pas  le  mot  «  quatorze  »,  comme  le  dit  M.  Moreau, 
mais  le  mot  «divers».  Le  premier  état  est  sur  Chine,  imprimé 
sur  un  côté  seulement  du  papier.  —  n  C'est  un  lieu  tout 
pour  les  peintres.  Les  économistes  et  les  Saint-Simoniens 
auraient  fort  à  critiquer  sous  le  rapport  des  droits  de  l'homme  et  de  l'égalité  devant  la  loi, 
mais  le  beau  y  abonde,  non  pas  le  beau  si  vanté  des  tableaux  à  la  mode.  Les  héros  de 
David  et  compagnie  feraient  une  triste  figure  avec  leurs  membres  couleur  de  rose  auprès  de 
ces  fils  du  soleil;  mais  en  revanche  le  costume  antique  y  est  mieux  porté,  je  m'en  flatte.  Si 
vous  avez  quelques  mois  à  perdre  quelque  jour,  venez  en  Barbarie,  vous  y  verrez  le  naturel 
qui  est  toujours  déguisé  dans  nos  contrées,  vous  y  sentirez  de  plus  la  précieuse  et  rare  in- 
fluence du  soleil  qui  donne  h  toute  chose  une  vie  pénétrante.  Je  rapporterai  des  dessins,  mais 
cehi  ne  donnera  pas  la  meilleure  partie  de  l'impression  que  tout  ceci  procure.  »  (29  février.) 


N''  405    :  Détails  de  harnachements 


prix.  Les 


Croquis  et  aquarelle.  —  H.  o"'25,  L.  020. —  Vente  posthume.  — 
Appartient  à  M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
«  Nous  sommes  depuis  hier  dans  cette  ville  (Mequinez),  terme  de  notre 
voyage.  Nous  avons  mis  une  dizaine  de  jours  pour  faire  cinquante  lieues. 
Cela  ne  paraît  rien.  Cela  ne  laisse  pas  que  d'avoir  sa  fatigue  quand  on 
va  au  pas  au  soleil  sur  de  mauvaises  selles.»  (16  mars.)  Si  'les  selles  sont 
mauvaises,  comme  l'écrit  Delacroix,  le  harnachement  par  contre  est  d'un 
ton  splendide.  Rien  ne  peut  en  donner  une  idée  plus  somptueuse  que  ces 
légers  croquis  rehaussés  de  quelques  touches  d'aquarelle  dans  les  gammes 
paille  et  bleu  turquoise.  Il  n'est  pas  de  musée  d'art  décoratif  où  cette 
page  si  merveilleusement  simple  ne  fût  un  modèle,  un  exemple  sans 
rvateurs  de   musées  dédaignent  trop  les  dessins  et  croquis  des  maîtres. 


N°^4o6,  407  :  Cavaliers  arabes  dans  hi  campagne 


1°  Croquis  et  aquarelle.  —  H.  o"'2o, 
L.  o"26.— Vente  Martin,  1880:  335  fr. 
—  Vente  posthume.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

2°  Croquisàla  plume. — H.  o'"i2,  L. 
o"']4. — •  Non  catalogué  par  M.  Mo- 
reau. 

«  Notre  petite  troupe  avait  beaucoup  de 
peine  a  se  maintenir  ensemble  et  à  se  retrouver  au  milieu  des  mille  coups  de  fusil  qu'on 
nous  tirait  dans  la  figure.  Nous  avions  la  musique  en  tète  et  plus  de  vingt  drapeaux  portés 
par  des  hommes  a  cheval.  La  musique  est  également  à  cheval  :  elle  consiste  dans  des  espèces 
de  musettes  et  des  tambours  pendus  au  cou  du  cavalier,  sur  lesquels  il  frappe  alternative- 
ment et  de  chaque  côté,  avec  un  bâton  et  une  petite  baguette.  Cela  fait  un  vacarme  vrai- 
ment étourdissant  qui  se    mêle    aux   décharges  de  la   cavalerie.  (Mequinez,  16  mars.) 


Fantasia   ou  exercices  marocains 

Toile. —  H.  o"'59,  L.  0^72. —  Daté. —  Salon  de  1847. — 
Voir  variantes  en  t833  et  1840. —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  102, 
182,  267. 

C'est  le  tableau  de  la  galerie  Bruyas,  de  Montpellier.  —  <i  Notre 
entrée  ici  (h  Mequinez)  a  été  d'une  beauté  extrême,  et  c'est  un 
plaisir  qu'on  peut  fort  bien  souhaiter  de  n'éprouver  qu'une 
fois  dans  sa  vie.  Tout  ce  qui  nous  est  arrivé  ce  jour-là  n'était 
que  le  complément  de  ce  à  quoi  nous  avait  préparés  la  route. 
A  chaque  instant  on  rencontrait  de  nouvelles  tribus  armées  qui 
faisaient  une  dépense  de  poudre  effroyable  pour  fêter  notre 
arrivée.  De  temps  en  temps  nous  entendions  quelques  balles 
oubliées  qui  silUaient   au    milieu   de  la   réjouissance.  »  (16  mars.) 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l832 


410  :  Arabes  du    Maroc 

1°  Sépia.  —  H.  o'"32,  L.  o"'24. —  Vente  Pierret, 
1879.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Croquis  et  aquarelle. —  H.  o^iô,  L.  o"'i4. — 
Vente  posthume  :  5o  fr.  à  M.  Charles  Desavary. 
—  Appartient  à  M.  Rouart.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

«  J'éprouve  que  les  sensations  s'usent  h  la  longue, 
et  le  pittoresque  vous   crève  tellement  les  yeux  à 
""~  chaque  pas,  qu'on  finit  par  v  être  insensible.  On  a 

apporte  avant-hier  un  paquet  de  lettres.  C'était  un  piéton  e.xpédié  de  Tanger,  car  on  n'a 
aucun  moyen  de  communiquer  dans  ce  pays  où  il  n'y  a  ni  routes,  ni  ponts,  ni  bateaux  sur 
les  rivières.  Nous  avons  h  rester  ici  environ  une  dizaine  de  jours.  »  (Mequinez,  20  mars.) 


N°'4ii,  412  :    Arabes    du    Maroc 


mettre  en  colère,  et  1 


1°  Ebauche  d'aquarelle.  —  H.  o™25,  L.  o^iS. 
.  __.  -■  .1-  —  Appartient  à  M.  Arosa. —  Non  catalogué 
""^^vB^^-\_     par  M.  Moreau. 

M-—      2°  Aquarelle.    —  H.    o"'28,  L.  o™2i.  —  Vente 
^'^'^^^KW-^es.    posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
^U.v,';aas-^ V'^S    "  Js  suis  escorté,  toutes  les  fois  que  je  sors,  d'une 
Wte  bande  énorme  de  curieux  qui  ne  m'épargnent  pas 
-:d:     ^    les  injures  de  chien,  d'infidèle,  decaracco,  etc.,  qui 
"v'^w''    ^^  poussent  pour  s'approcher  et  pour  me  faire  une 
"-t^»"^*^      grimace  de  mépris  sous  le  nez.  Vous  ne  sauriez  vous 
imaginer   quelle   démangeaison   on  se  sent   de    se 
laut  toute  l'envie  que    )'ai  de  voir   pour  m'exposera  ces  gueuseries.  » 


(Mequinez,  2  avril.)  Ces  hostilités  persistèrent  assez  longtemps. 


N"*'  413,  414  :   Arabes  du  Maroc 


1"  Croquis  et  aquarelle.  —  H.  o"'29,  L.  o'"36. 

—  Vente  Riesener,  i8-q  :  53  fr.  —  Appartient 

à  M.  Alexandre  Dumas  fils.  —  Non  catalogué 

par  M.  Moreau. 

2°Croquis  et  aquarelle. —  H.  o"'22,L.o"'i7. — 
V%  Vente  Carvalho,  1875  :  47  fr.  — Non  catalogué 
:W  par  M.  Moreau. 

((  Je  ne  vous  parle  pas  de  toutes  les  choses 
curieuses  que  je  vois.  Cela  finit  par  sembler  naturel  à  un  Parisien  logé  dans  un  palais  mau- 
resque, garni  de  faïences  et  de  mosaïques.  Voici  un  trait  du  pays:  Hier,  le  premier  ministre, 
qui  traite  avec  Mornay,  a  envoyé  demander  une  feuille  de  papier  pour  nous  donner  la  réponse 
de  l'empereur.  Avant-hier,  on  lui  avait  envoyé  une  selle  en  velours  et  en  or  qui  est  inesti- 
mable, u   (Mequinez.  2  avril.)  —  Les  deux  premiers  croquis  sont  sur  la  même  page. 


i833 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


Il3 


N"""  41^',  416  :    Arabes  du  Maroc 


1°  Aquarelle.  —  H.  o'"25,  L.  o"Uy.  — 
Il  en  existe  une  copie  de  même  dimen- 
sion vendue  à  Fhôtel  Drouot  le  25  mars 
1876  :  23  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  Mo- 
reau. 

2°  Lavis.  —  In-folio.   —   Vente   posthume 
^partie  du    n"   371.  —  Vente   Sensier,    dé- 
.-^cembre    1877,  dans  un  lot. —  Non  catalo- 
i     gué  par  M.  Moreau. 

«  Même  de  monter  sur  la  terrasse  vous  expose  à 
des  pierres  ou  à  des  coups  de  fusil.  La  jalousie  des  Mores  est  extrême,  et  c'est  sur  les  terrasses 
que  les  femmes  vont  ordinairement  prendre  le  frais  ou  se  voir  entre  elles.i)(Mequinez,  2  avril.) 


N"^  417,   418  :    Arabes  du  Maroc 


1°  Aquarelle.  —  H.  o"'2o,  L.  o'"3o. 
—  Vente  posthume  n°  526.  —  Appar- 
tient à  M.  Philippe  Burty.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Croquis  et  aquarelle.  — ■  H.  o'"i7, 
L.  o™24.  —  "Vente  posthume,  à  M.  le 
comte  Doria.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

«  Je  vous  ai  mandé  dans  ma  première  lettre  que  nous  avions  eu  l'audience  de  l'empereur.  A 
partir  de  ce  moment,  nous  étions  censés  avoir  la  permission  de  nous  promener  par  la  ville  ; 
mais  c'est  une  permission  dont  moi  seul  j'ai  profité  entre  mes  compagnons  de  voyage,  atten- 
du que  l'habit  et  la  figure  de  chrétien  sont  en  antipathie  à  ces  gens-ci,  au  point  qu'il  faut 
toujours  être  escorté  de  soldats,  ce  qui  n'a  pas  empêché  deux  ou  trois  querelles  qui  pouvaient 
être  fort  désagréables,  à  cause  de  notre  position  d'envoyés.  »  (Mequinez,  2  avril.) 


.<^*i^5S3£îSïfc^ 


N""  419,  420  :  Jeunes  Juives   du  Maroc 


i"  Croquis  et  aquarelle. —  H.  c"28,  L.    o"'i8.   —  Vente 
y/^    posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
^^    2°  Aquarelle.  —  H.  o"'24,  L.  o^'ip.  — Vente  posthume.  — 
j?w    Ventes  Forget  et  Sensier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

n  J'ai  passé  la  plupart  du  temps  ici  dans  un  ennui  extrême,  à 
cause  qu'il  m'était  impossible  de  dessiner  ostensiblement  d'après 
nature,  même  une  masure.  »  (Mequinez,  2  avril.)  —  La  difficulté  surexcitait 
donc  étrangement  la  passion  du  dessin  chez  Eugène  Delacroix,  car  nulle  époque  de  sa  vie  ne 
fut,  je  crois,  plus  féconde  pour  l'étude  que  celle  de  ce  voyage.  Les  impressions  qu'il  rapporta 
lui  fournirent  la  matière  de  ses  plus  belles  productions. 


114 


LŒUVRE    DE    DELACROIX 


i83; 


N''42i  ;  Jeune  lionne  marchant 


a  pris  en 
celle-ci  a 


Toile.  —  H.  o"'235,  L.  o"'325.  —  Lithographie  par  A.  Robaut 
pour  le  catalogue  delà  vente  Dutilleux,  en  1874,  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o'"o85,  L.  o""!  i3  :  i,53o  fr.  à  M.  Jacob.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

(  On  nous  a  envoyé  l'autre  jour  des  chevaux  pour  le  roi  (on  vient  de 
m  en  envoyer  un),  une  lionne,  un  tigre,  des  autruches,  des  antilopes, 
une  gazelle,  etc.,  et  une  espèce  de  cerf  qui  est  une  méchante  bête  qui 

grippe  une  de  ces  pauvres  autruches  et  l'a  embrochée  de  ses  deux  cornes,  ce  dont 

trépassé  ce  matin.  »  (iMequinez,  2  avril  i832.) 


N°42  2  :  Les  murs  de  Tanger 

___   ,    Croquis  à   la  plume,  à  la  salive   et   au  doigt.  —  H.  o"'io,   L. 
fcsév^iS^^    o'"26.  —  Fac-similé  par  A.   Robaut,  tiré  uniquement  à   deux 
épreuves  d'essai.  —  Vente  posthume.  —  Appartient  à    M.  A. 
?^    Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

n  Le  climat  de  Tanger  est  délicieux;  il  n'y  fait  pas  à  beaucoup  près  aussi  chaud  qu'en  Espa- 
gne surtout  dans  l'intérieur  de  l'Andalousie.  Ma  santé  va  toujours,  mais  la  vôtre  ?  Ecrivez-moi 
toujours  ici,  peut-être  n'y  serai-je  plus  dans  deux  jours.  •>  (Tanger,  5  juin.) 

N°  423   :   Rivages  de  Gibraltar 


Aquarelle.  —  H.  o'"i6,  L.  o"'24.  —  On  lit  :  «  Côte 
d'Afrique,  détroit  de  Gibraltar,  23  janvier.  —  Vente  pos- 
thume. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

((  Je  reviens  de  l'Espagne,  oii  j'ai  passé  quelques  semaines;  j'ai 
vu  Cadix,  Séville,  etc.  Dans  ce  peu  de  temps,  j'ai  vécu  vingt  fois 
plus  qu'à  Paris...  J'ai  retrouvé  en  Espagne  tout  ce  que  j'avais  laissé  chez  les  Mores.  Rien 
n'y  est  changé  que  la  religion;  le  fanatisme  du  reste  y  est  le  même.»  (Tanger,  5  juin.) 


N"   424    :    Babouches    —    Étude 


Toile.  — H.  o'"i3,  L.  o'^iq. —  Vente  posthume  n"  221  :  ih5fr.,à 
M.  de  Calonne.  —  Donné  par  M.  de  Galonné  au  peintre  Ricard. 
—  Vente  Ricard  ,  à  M.  Sensier.  —  Vente  Sensier,  3  décembre  1877  • 
785  fr.,  à  M.  Wilson.  — Vente  Wilson,  mars  188 r  :  r,32ofr.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 
La  couleur  des  babouches  est  jaune  jonquille  garni  de  rouge  vermillon,  avec  un  ornement  de 
perles  bleues.  Même  exquise  association  de  tons  que  dans  les  études  du  même  genre  faites 
par  le  maître,  et  notamment  le  Détail  de  harnachements .  (Voir  ci-dessus  le  n°  405.) 


i832 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


]i5 


N°'  42^,  426  :   Croquis  du  Maroc 


1°  Croquis  aquarelle.—  H.  o"i2C),  L.  o"M8. —  Vente  pos- 
thume. —  Appartient  à  M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué 
par  M.   Moreau. 

2°  Croquis  aquarelle.  —  H.  o"'26,  L.  o"'i7.— Aubas  : 
«  Marchand  de  Fez.  »  —  Vente  posthume.— Appartient 
à  M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
«  Je  suis  revenu  ici  depuis  trois  jours  et  j'y  suis  en  attendant 
l'ordre  de  revenir.  Nous  passerons  parOran  avant  de  toucherla 
belle  patrie.  Quand  l'idée  de  retour  me  vient  en  tète,  je  l'écarté; 


qui  vais-je  trouver  mort  ou  infirme  à  jamais?Quelles  nouvelles  révolutions  nous  préparez-vous? 


N°^427,  428,429,4^0,4^1  :  Croquis  du   Maroc 


goux,  mars  1882 


1°  Marocain  assis.  —  Sépia.  —  H.  oi^iv, 
L.  o"'25.  —  Appartient  à  M.  Petit.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Vieil  arabe  à  cheval.  —  Croquis  à  la  mine 
de  plomb.  —  H.  o'"  18,  L.  o^a  i.  —  Vente  pos- 
thume; vente  Forget.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

3"  Aquarelle.  —  H.  o"'i5o,  L.  o"'o6o.  — 
Vente  posthume.  —  Appartient  à  M.  le  duc 
d'Aumale.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
4°  Sépia.  —  H.  o'"2o5,  L.  o'"4oo.  —  A  M.  Ge- 
bauër-Leblond.  —  Non  catalogué  par  M.  Mo- 
reau. 

5°   Dessin    rehaussé,   d'aquarelle.   —  H.  o"'3oo, 
L.  o"'2ro.  —  Vente  posthume;  vente  Jehan  Gi- 
—  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 


N"  4P   :  Intérieur  de  cour  à  Tanger 


Aquarelle.  —  H.  o"'29o,  L.  o'"26o.  —  Choisie   par    M.    Devilly, 
de  Metz,  dans  les  études  du  Maroc,  en  vertu  d'un  article  du  testa- 
ment de  Eugène  Delacroix.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Les  boiseries  de  l'architrave  sont  de  couleur  vert  pomme  avec  ornements 
alternés  de  blanc  et  de  brun.  A  gauche,  les  nattes  appliquées  au  mur  sont 
Çj     d'un  ton  fauve  relevé  de  noir.  Le  dallage  des  murs  est  de  couleur  brique. 
fe^     Au  centre,  le  sol  est  carrelé  de  faïence  en  blanc  relevé  de  vert  et  de  brun. 
j^^^^^^^^     Tout  en  haut,    on    voit   une  bande  de  ciel  bleu.   On  lit  de  la    main  du 
'    "~        ■  maître;  0  Intérieur  de  cour  moresque  à  Tanger,  i832.»  —  Voici  l'article 

du  testament  de  Delacroix  :  «  Je  lègue  à  M.  Devilly,  de  Metz,  une   répétition   ébauchée   du 
Christ  portant  sa  croix,  plus  un  dessin  à  son  choix  dans  mes  études  du  Maroc.  » 


i6 


L'ŒL'VRE     DE    DELACROIX 


N°  43  3  :  Costumes  de  Tanger 


Aquarelle.  —  H.  o™i8,  L.  o"'26. —  Lithographie  par  An- 
drieu.  —  Cat.  Moreau,  p.  128. 

La  lithographie  inédite,  sans  aucune  lettre  ni  signature,  est  de 
M.  Andrieu.  Elle  reproduit  une  aquarelle  de  mêmes  dimen- 
sions, que  M.  Andrieu  a  choisie  parmi  les  dessins  du  maître, 
après  le  classement  qu'il  en  opéra,  aidé  des  personnes  que  nous 
avons  déjà  citées  plus  haut.  0  Je  te  le  dis,  vous  ne  pourrez 
jamais  croire  a  ce  que  je  rapporterai,  parce  que  ce  sera  bien 
loin  de  la  vérité  et  de  la  noblesse  de  ces  natures.  L'antique  n'a 
rien  de  plus  beau.  Il  passait  hier  un  paysan  qui  était  foutu 
comme  tu  vois  ici  (quelques  croquis  rapides  commentent  le  texte);  pliis  loin,  voici  la  tour- 
nure qu'avait  avant-hier  un  vil  More  auquel  on  donne  vingt  sous.  Tout  cela  en  blanc, 
comme  les  sénateurs  de  Rome  et  les  Panathénées.  »  [Lettre  à  M.  Pierret,  1 832.1 


N''434:  Une  vérandah  au  Maroc 

Croquis  à    la  plume.  —   H.  o"'io,  L.  o"'24.  —  Reproduit  en 
fac-similé  inédit  dans  les  mêmes  dimensions  par  M.  A.   Ro- 
baut   et   tiré   à  deux    épreuves   d'essai    seulement.  —    Vente 
posthume:  vente  Sensier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  43  ^   :  Conversation  arabe 

Dessin  à  la  plume. —  H.  o"'  1 1 ,  L.  o"'24.  —  Vente  posthume  à  M.  Ro- 

^        fB  haut.  — Fac-similé  n°  52  de  la  publication  de  M.  A.  Robaut. —  Cliché 

4%y\  f$$i?f\     phototypographique  avec  trait  carré  et  addition  des  détails  d"études 

^^^^„Aj^i^  que  fournit  le  dessin  original  :    H.  o'"i8o,  L.  o"'242,  pour  le  jour- 

^*"^      na\  VA i-t,  1882.  —  Cat.  A.   Moreau,  p.  i36. 
C'est  un  groupe  de  plus  à  ajouter  aux   personnages  consulaires.   Brutus,  Catons,  Cicérons 
raccommodeurs  de  savates   qui  enthousiasmaient  le  regard  du  maître. 


N"  436  :   Vue  des  hauteurs  d'Alger 


Dessin  gravé  sur  bois  en  fac-similé  dans   l'Illustration,  août 

i865.  -^  H.    o'"045,  L.    o^iio.  —   Cat.  A.  Moreau,  p.  149. 

Ce  dessin  a  été  publié  dans  la  Ga:;ette  des  Beaux-Arts,  numéro  du 

i"  août    i865,  accompagnant  un  excellent  article  de  M.  Philippe 

"^~-  Burty    n  Eugène    Delacroix   au    Maroc.   »    Voir    aussi,   du    même 

auteur,  Maîtres  et  Petits  Maîtres,  p.  'il  et  suiv.  —  Ce  joli  dessin  est  l'un  des  derniers,  sinon 

le  dernier  dessin  que  Delacroix  ait  fait  sur  la  terre  d'Afrique  avant  de  rentrer  en  France. 


i833 


L'ŒUVRE     DE     DELACROIX 


117 


N°457  •  Cimetière  à  Alger  ou  à  Oran 

1  AyS'  .-.M  Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.o'"!-,  L.  o'"ij.  — Don 
■^^È^WP^MM^  ?^  '^^  Jennv  Le  Guillou  à  Constant  Dutilleux.  —  Non  catalogué 
^^^^^    '^^^^^^-  P'ir  M.  Moreau. 

'S^lf\Ù^M^     <•  Je  suis  ici  depuis    ce    matin   seulement.    Nous  sommes  partis  de 
^^/""^^^k    Tanger,  il  y  a  plus  d'un  mois;  mais  nous  devions  voir  Oran  et  en- 
-^  ■       îiî«' i-S^r^^^!^-.     suite    Alger,    dont    nous    arrivons.    Je   ne   suis   pas   fâché  d'avoir 
_^§^S;~r*^=-'i^3^2r'       été  à  même   de    comparer   ces    lieux-là  avec  mon  Maroc,  et,  en 
-"    "t:i^j  -■       ■■  bonne   conscience,  quoique  le  temps  de  mon  voyage  ait  de    beau- 

coup dépassé  ce  que  j'avais  calculé,  il  aura  été  curieux  de  voir 
tant  de  choses  diverses.»  (Toulon  5  juillet.)  »  —  Un  des  derniers  croquis  de  Delacroix  sur  la 
terre  d'Afrique  est  un  cimetière.  En  arrivant  à  Toulon,  pendant  l'insipide  quarantaine,  c'est 
un  spectacle  semblable  qui  s'impose  à  ses  regards. «  Il  y  a  la  perspective  agréable  de  trois 
cimetières  propres  à  enterrer  les  gens  qui  meurent  autant  d'ennui,  je  pense,  que  de  peste.» 


N°^  4^8,  439   :    Aquarelles  d'Alger 

1°  Aquarelle.  —  Vente  Paul  Blacque,  8  mars 
1866  :  190  fr.;  Vente  Diaz,  janvier  1877:  255  fr. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o"'24,  L.  0^27. —  N°428  de 
la  Vente  posthume  :  635  fr.  —  Vente  du  24  mars 
1876  :  400  fr.  à  M.  Guénot.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

La  jolie  petite  juive  du  n"  488  porte  un  costume 
ravissant;  le  jupon  est  vert  foncé  et  rose  dans  le  bas. 
n  A  propos,  je  reviens  d'Alger;  j'ai  vu  Oran,  l'Andalousie,  les  dames  de  Cadix  et  de 
Séville;  franchement  elles  valent  à  elles  seules  le  voyage  et  l'on  revient  si  on^  peut.  Me 
voici  pourtant,  point  engraissé,  ce  qui  ne  vous  surprend  pas  ;  point  maigri,  c'eût  été  plus 
difficile.  »  (A.  M.  Frédéric  Villot.  —  Toulon,  7  juillet  i832,  en  quarantaine.) 


N°^  440,  441 


Personnages  d'Orient 


I"  Aquarelle.  —  H.  o'"i65,  L. 
o'"20o.  —  Signé  vers  le  haut  à 
droite:  «  Eug.  Delacroix.» — Vente 
Bocquet,  1879  :  260  fr. 
2°  Aquarelle. —  H.  o"'2o,  L.  o'"27. 
—  Vente  Burty,  1874:  BqS  fr. 
Ces  deux  aquarelles  ne  figurent  ni 
l'une  ni  l'autre  dans  le  catalogue  de 
M.  A.  Moreau.  Dans  la  première,  il 
cherchait  déjà  les  mouvements  de 
figures  assises  qui  devaient  jouer  un  si  grand  rôle  dans  le  tableau  liei  Femmes  d'Alger. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l833 


N°  442  :   Arabe  étendu  par  terre  dans  la  campagne 

Aquarelle.  —  H.  o"M5o,  L.  o"'225.  —  A  M.  Soulier  tils. 
—    Non   catalogué    par    M.  Moreau. 

C'est  chez  M.  Soulier  père,  le  vieil  ami  de  Eugène  Delacroix, 
que  cette  aquarelle  a  été  improvisée  un  soir.  Elle  n'est  ni  signée, 
ni  datée,  mais  elle  est  très  soignée.  Le  personnage,  étendu  de 
tout  son  long  auprès  de  maïs  et  de  cactus,  regarde  devant  lui 
avec  indifférence.  Sa  tunique  blanche  est  bordée  d'un   bleu   clair 

et  vif.  Au  second  plan   un  cavalier  précédé  d'un    autre  Arabe  passe  lentement  devant  un 

fond  de  montagnes.  Un  coin  de  bucolique  au  Maroc. 


Année    i833 


N°*  445,  444,  44^   :   L'appartement  du  comte  de  Mornay 

1°  Toile.—  H.  o"78, 
L.  o"'65. —  Signé  au 
bas  à  gauche.  —  Salon 
de  i833. — Appartenait 
a  M.  de  Mornay.  — 
Vente  du  29  mars  1877, 
retiré  à  4,450  fr.  — 
Cat.A.Moreau,pp.i73, 
234,  328. 

2°  Toile. —  H.  o"'4o, 
L.  o"'32.  —   Etude  du 
précédent.  —  Gravé   à 
Teau-forte  par  Martial  Potémont  pour  le  cata- 
logue de  la  vente  Wilson:  H.  o"M7i,  L.  o"i  26. 
—  Vente  posthume  :  1,800  fr.;  vente  Wilson, 
26  avril    1874  :  5, 200  fr.;  mal  catalogué  sous 
le  titre  de  «  Intérieur  de  la  chambre  de  M.  De- 
lacroix dans   sa    jeunesse.  »  —    Appartient  à 
M.  Ch.  Pillet. —  Car.  A.  Moreau,  pp. 173,215. 
3°  Aquarelle.—  H.  o'"3i,  L.0^23.  —  Variante 
légère  du   précédent. —  Partie   du  n"   571  de 
la  vente  posthume  «  Intérieur  d'un  appartement 
avec  deux  portes  »  :    100  fr.   à  M.  A.  Robaut.  —    Non   catalogué  par  M.  Moreau. 

Dans  la  grande  toile,  Delacroix  a  peint  les  deux  portraits  réunis  de  M.  le  comte  de  Mornay 
et  du  prince  Anatole  Demidoff  dans  l'appartement  que  M.  de  Mornay  occupait  rue  de 
Verneuil.  Le  premier  est  assis  dans  un  fauteuil,  il  est  vêtu  d'une  robe  de  chambre  en  étoffe 
de  l'Inde  de  couleur  rose,  se  détachant  sur  un  rideau  d'un  ton  rouge  pompéien.  Le  second, 
en  visite,  est  assis  sur  un  canapé.  Des  tableaux  et.des  panoplies  orientales  ornent  les   murs. 


i833 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


•î9 


N''446  :  M.  Frédéric  Villot 


Toile.  —  H.  o"'2o5,  L.  o'"i  5o.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  235. 

Delacroix  fit  en  i833  cette  réduction  du  portrait  de  i832.  Voirn"  SyS. 
Comme  on  le  voit,  la  copie  réduite  présente  des  modifications  sensibles. 
D'abord  les  proportions  de  toiles  ne  sont  pas  les  mêmes.  En  outre  ici 
la  tète  est  un  peu  plus  inclinée,  le  canapé  monte  un  peu  moins  haut 
et  l'expression  de  la  physionomie  est  moins  cherchée  que  dans  le 
grand  portrait  pour  lequel,  d'ailleurs,  le  modèle  a  posé  un  bon 
nombre  de  séances,  tandis  qu'il  n'a  point  posé  du  tout  pour  ce  petit 
portrait.  Frédéric  Villot  était  un  véritable  amateur,  un  grand  curieux 
d'art;  il  avait  étudié,  pratiqué  tous  les  procédés  de  peinture  et  de  gra- 
vure, et  je  crois  aussi  la  musique;  un  des  premiers,  sinon  le  premier, 
il  forma  une  collection  d'albums  et  de  bronzes  japonais.  Comme  con- 
servateurdes  peintures  au  Louvre,  il  montra  un  grand  goût  éclectique 
dont  la  tradition  ne  lui  a  point  survécu;  son  principal  titre  à  la  reconnaissance  de  tous  ceux 
qui  s'occupent  de  l'histoire  de  l'art  est  sa  rédaction  des  «  Notices  des  tableaux  du  Louvre.  » 
Marie-Joseph- Frédéric  Villot  naquit  à  Liège,  département  français  de  l'Ourthe.le  3i  octobre 
1809;  il  est  mort  à  Paris,  le  27  mai  iSyS. 


N"  447  :  Portrait  de  M.  Heurtaux 


Toile  ovale.  —  H.  o^ôo,  L.  o^So.  —  Signé  et  daté  sur  le  fond  : 
i833.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

M.  Heurtaux,  élève  de  la  pension  Goubaux,  obtint  le  second  prix  de 
version  latine  pour  la  classe  de  troisième  au  concours  général.  —  Pen- 
dant l'impression  de  ce  volume  ont  paru  les  Souvenirs  littéraires  de 
AL  Maxime  Du  Camp  auxquels  nous  empruntons  les  lignes  suivantes 
sur  la  pension  Goubaux  :  «  Cette  pension  était  dirigée  par  un  homme 
qui  eut  quelque  notoriété  et  remporta  plus  d'un  succès  dramatique. 
Le  père  Goubaux,  comme  nous  l'appelions  alors,  quoiqu'il  n'eût  guère 
que  trente-cinq  ans,  semblait  avoir  multiplié  les  pseudonymes  pour 
dérouter  la  curiosité  :  Pierre  Aubry  dans  le  Courrier  français,  Haute- 
feuille  à  rOpéra-Comique,  Dorival  dans  différents  petits  recueils  oubliés  aujourd'hui, Prosper 
Dinaux  au  théâtre  :  on  s'y  perdait.  C'était  un  humaniste  distingué;  il  avait  traduit  une  partie 
des  œuvres  de  Cicéron  et  les  odes  d'Horace  comme  tant  d'autres  et  aussi  infructueusement. 
Il  était  alors  célèbre  au  «  boulevard  du  Crime  »,  car  on  y  jouait  souvent  Trente  ans  ou  ta  Vie 
d'un  Joueur,  gros  drame  émouvant  et  moral  qu'il  avait  machiné  avec  Victor  Ducange.  Il  ne 
devait  pas  s'arrêter  en  chemin  :  je  retrouve  son  nom  dans  Richard  d'Arlington  de  Alexandre 
Dumas,  dans  Louise  de  Lignerollesde  Ernest  Legouvé,  dans  Latre'aumont.  dans  les  Mystères 
de  Paris,  dans  le  Juif  errant   de  Eugène  Sue  ;  il    donna  seul   le   Morne  au    diable.  » 


N"  448  :  Portrait  de  M.  de  Verninac 


Toile.  —  H.  o'-'SS,  L.  o™40.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  235. 

Ce  portrait,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  celui  que  nous  avons  cité  plus  haut  111°  36 1), 
fut  légué  par  Eugène  Delacroix  à  madame  Duriez  de  Verninac. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


[833 


N°  449  :  George  Sand  en  costume  d'homme 


Toile  camaïeu. —  H.o'"25,  L.  o"'2i.  —  Gravé  au  burin  par 
Calamatta.  —  H.  o"'io8,  L.  o'"o84. —  Appartient  àM.  Charles 
Buloz.  —  Vente  après  décès  de  M.  Buloz  :  7,000  fr.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  1 10,  235. 

Notre  croquis  est  fait  d'après  la  gravure.  La  peinture  montre  plus  de 
mouvement  dans  la  coiffure;  une  mèche  vient  sur  la  pommette  droite 
et,  au  lieu  d'être  bouclés  au  bas  intérieurement,  les  cheveux  sont  légè- 
rement retroussés  extérieurement;  le  graveur  a  0  arrangé  «. —  En 
écrivant  son  testament,  Eugène  Delacroix  se  souvint  de  son  ancienne 
et  constante  amitié  pour  madame  George  Sand  et  lui  légua  un  petit 
0  couteau  turc,  un  serpent  en  plomb  qui  lui  avait  été  donné  par 
madame  Dorval,  et  une  grande  esquisse  représentant  le  Sabbat  de  Faust  jCtTet  de  nuit.)» 
En  1842,  Delacroix  passa  une  partie  del'été  à  Nohant.  —Cette  peinture  a  figuré  h  l'Exposi- 
tion des  portraits  historiques  du  xix"^  siècle,  ouverte  en    i883  à  l'Ecole  des  Beaux-Arts. 


N''  450  :  Tète  de  jeune  femme 

Toile.  —  H.  o"'42,  L.  o^SS.  —  Signé  à  gauche,  daté  i833.  — Vente  Villot,  i  i  février 
i865  :  145  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  283. 

N°4^i  :   Bouquet  de  fleurs 

Toile.  —  H.  o'"59,  L.  o'"49.  —   Daté  i833.   —   Vente  Villot  i865  :  325  fr.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  4P  :  Grec  à  cheval 

Aquarelle.    —  Signé,  non  daté.  —  Vente  du  29  avril  i856  :    i25  fr.  à  M.  Berville; 
vente  J.  Reiset,  25  février  1860  :  121  fr.  à  M.  Leroy.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  289. 


N*"  4P  :   Charles-Quint  au  monastère   de  Saint-Just 

Lithographie.  —  H.  o"'i  i5,  L.  o'"i48. — Voir  les  années  i83i,  1837  et  1839. —  Vente 
Parguez,  1861  -.4  fr.  ;  vente  Dubois,  1866  :  6  fr.;  vente  Villot,  décembre  1875  : 
4  fr"   5o  c.  à   M.  A.  Robaut.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  48. 


En  haut,  au  milieu  :  «  Bagatelle  (Journal  de  France)  n»  3i 
à  droite  ;  <■  Lith.  de  Engelmann  »,  au  milieu  le  titre. 


,  en  bas,  à  gauche  :  0  Delacroix  1 


i833 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


N°4)4  :  Portrait  de  madame  Frédéric  Villot 


Nous 
Villot 


.  Il 


Eau-forte  d'après  nature.  —  H.  o^oSS,  L.  o^^oSo.  —  Très  rare.— 
Signé  à  droite  :  Eug.  Delacroix  »,  daté  à  gauche  i833.  —  Vente 
De  La  Combe,  2  février  (deuxième  état)  :  25  fr.;  vente  posthume 
(deux  épreuves  du  deuxième  état)  :  10  fr. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  19. 

Dans  le  premier  état,  l'ombre  portée  de  la  main  sur  le  menton  n'existe 

pas,  il  n'y  en  a  qu'une   seule  épreuve. 

Dans  le  deuxième  état,  l'ombre  de  la-  main  est  exécutée  au  moyen   de 

hachures  de  pointe  sèche  et  de  simples  points, 
ons  parlé   du    dessin  de  bague  que   Delacroix  avait  composé  en  i83i  pour  madame 
fit  aussi  pour  elle  en  1846  un  modèle  de  Saint  Rémi  destiné  à  une  nappe  d'autel. 


N°45  5  •  Christ  au  roseau 


î^* 


Eau-forte. —  H.  o"'i5o,L.  o^ogo, —  Vente  posthume  (deuxième  état): 
14  fr.  ;  vente  Burty,  1874  (troisième  état)  :  6  fr.;  vente  Villot, 
décembre  i  875  (deux  épreuves  du  premier  étati  :  28  fr.  à  M.  Goupil. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  20. 

^X\S  "'(jM      Premier  état.   En  bas,  à  gauche  :    «  Eug.  Delacroix  »,  pas  de  date  à  droite; 

^K' î%."V?i  V        ' '^'^  qu'une  salissure  produite  par  un   défaut  de  brunissage  sur  le  cuivre. 

Sî'V^'^M^?'     Epreuves  d'essais. 

^^  '  I-Oai»  Deuxième  état.    En  bas:    «  Eug.  Delacroix  »,  à  droite  :  «  i833  »  avec  des 

r   >^  isj^—^r-.^   contre-tailles  dans  le  fond  exécutées  par  Villot. 
Troisième  état.   En  bas,  même  lettre  et  en  plus  au  milieu  :  «  Cabinet  de  l'Amateur.  » 
Cette  pièce    a   paru,  en    1844  dans  la   treizième   livraison  du    Recueil   intitulé  :    Cabinet  de 
l'Amateur  et  de  l'Antiquaire,  dirigé  par  M.  Piot.  Elle  est  la  reproduction  d'une  sépia  expo- 
sée au  Salon  de  iS3i  et  que  nous  avons  cataloguée,  en  l'année  i83o,  sous  le  n"  334. 


N°  40  :  Lion  debout 


Lithographie.  —  Très  rare.  —  H.  o"'i  5o,  L.  o'"i4o.  —  Héliogravé 
pour  l'ouvrage  de  M.  Moreau  dans  les  dimensions  de  :  H.  o™\  i3, 
L.  o'"i33.  ^  Vente  Villot,  décembre  1875  :  5  fr.  à  M.  A.  Robaut. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  32. 

L'animal  est  vu  de  face,  la  tête  penchée  en  avant,  la  crinière  hérissée, 
les  pattes  tendues  comme  s'il  s'arrêtait,  subitement  surpris,  et  au  mo- 
ment de  se  rassembler  pour  s'élancer  sur  une  proie.  A  gauche,  de  simples 
hachures  occupent  le  fond.  —  Dans  le  catalogue  de  la  vente  après  décès 
de  Frédéric  Villot.  en  décembre  iSyS,  cette  lithographie  est  cataloguée 
au  n"  446,  sous  le  titre  »  Lion,  la  tète  baissée.  »  Nous  n'avons  pas  jugé  à 
propos  de  modifier  le  titre  adopté  par  M.  Moreau.  Nous  avons  pris  au  contraire,  cette  licence 
pour  quelques-unes  des  planches  qui  suivent,  les  indications  venues  de  M.  Villot  nous 
ayant  paru  beaucoup  plus  conformes  au  sujet. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i833 


N°  457  •  ^^ë^  agenouillé  sur  des  nuages 


Eau-forte.  —  H.  o^oôg,  L.  o"'o86.  —  Vente  De  La  Combe, 
3  février  i863  :  8  fr.  ;  vente  posthume,  février  1864  (deux  épreuves): 
7  fr.;  vente  Villot,  décembre  iSjS,  n°  386  (deux  épreuves  du 
premier  état  chine  et  blanc)  :  6  fr.  5o  c.  à  M.  A.  Robaut.  — Cat. 
Se         ^'  Moreau,  p.  19. 

^^r*^'-        Premier  état.   Sans  trait.  —  Deuxième  état.  Avec  trait  carré. 

Cette  composition  devait  servir  de  frontispice  à  une  suite  d'eaux-fortes 

état   de   projet.  Sur  la  banderole  on  lit  :  «  Eaux-fortes,  par  Eugène  Delacroix.  » 


N°  458  :  Seigneur  cuirassé  tenant  une  épée 

Eau-forte.  —   H.  o^ioô,  L.  o^oôô.  —  Signé  à  droite.   —   Vente 
posthume  (premier  état,  deux  épreuves)  :  ijfr.jvente  Villot,  décembre 
1875    (premier  état,  deux  épreuves  extra  sur  chine)  :   11  fr.  Soc.  à 
S     M.  A.  Robaut. 

Premier   état.    H.    o"'io6,    L.  o'"o66.  —  Sans  trait   carré  et  sans  lettre. 
Deuxième  état.    H.  o"'ioo,  L.  o'^'oôo. —  En  haut  à  droite  le  monogramme 
E.  p.   dans  un  rond   et   le  numéro  2.    En  bas,  au   milieu  :   «  Un  homme 
d'armes  du  temps  de   François  i"''  »;  à  droite  :  0  Imp.  Delâtre,  Paris.  Publi- 
cation Cadart.  »  L'une  des  épreuves  de  M.  Villot  était  sur  japon  jaune  d'or. 


N°459:   Un  forgeron 


rappor 
Villot, 
de  i83 


Eau-forte.  —  H.  o«'i63  L.  o"'098.  —  Vente  Villot,  décembre 
1875,  (une  épreuve  du  premier  état  et  une  épreuve  du  deuxième 
état,  ensemble)  :  25  fr.  à  M.  Goupil.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  24. 

Premier  état.  H.  o'"i63,  L.  o'"098.  — Sans  aucune  lettre  ;  bavures 
sur  les  marges  ;  dans  celle  du  bas,  h  droite,  un  croquis  d'oiseau  à 
la  pointe  ;  et  dans  celle  du  haut,  à  droite,  une  académie  d'homme. 
Deuxième  état.  Mêmes  dimensions.  Sans  lettre.  Croquis  effacés. 
Troisième  état.  H.  o"'iôo,  L.  o"'096.  En  haut,  à  droite  :1e  mono- 
gramme E.  D.  dans  un  médaillon  et  le  numéro  4;  en  bas,  h  droite  ; 
«  Imp.  Delàtre,  Paris  »,  au  milieu  :  «Forgeron.»  Publication  Cadart. 
Cette  gravure  est  un  essai  en  manière  noire.  0  C'est  h  M.  Villot  que 
Delacroix  dut  de  faire  la  connaissance  des  procédés  techniques  de  la 

""^  •?-'.;■       '■    '.     gravure  h  l'eau-forte.  Les  premières  planches  des  deux  amis  sont  le 
résultat  d'un  travail  commun.  Ce  mélange   des  deux   collaborateurs 

intime  qu'il  devient  difficile  de  discerner  la  part  afférente  à  chacun,  et  qu'il  faut  s'en 

ter,   sans  y  croire  aveuglément,  h  la  signature.   »  (Préface  du  catalogue    de   la  vente 
18-5.)  Le  rédacteur  ajoute  ;  «  Je   ne  parle  que   des  tout  premières  planches.  A  partir 

2,  le  travail  de  M.  Delacroix  devient  plus  personnel  et   plus  reconnaissable.  » 


[833 


LŒUVRE     DE    DELACROIX 


123 


N"  460  :   Soldat  allemand 


Delàtre. 


Eau-tbrte.  —  Signé  dans  le  ciel  à  gauche  en  haut.  —  Voir 
l'aquarelle  de  1829.  —  Vente  De  La  Combe  1  premier  état)  : 
28  fr.;  vente  posthume  (deux  épreuves  du  deuxième  étatl  :  4?  fr.; 
vente  Villot,  décembre  1875,  (premier  état,  une  épreuvei  :  49  fr.; 
(deuxième  état,  une  épreuve):  i4fr.  —  Cat.  A.  Moreau,p.  2d. 

Premier  état.  H.  o"'iS2.  L.  o"M  34.  Sans  trait  carré.  Le  personnage 
seul  au  milieu  de  la  planche.  Tirée  à  quatre  épreuves. 
Deuxième  état.  Mêmes  dimensions.  Le  bras  droit  qui  tient  la  bride, 
le  cheval  et  les  figures,  ont  été  ajoutés  à  la  pointe  sèche. 
Troisième  état.  H.  o^iyS,  L.  o'"i34.  En  haut  à  droite,  le  mono- 
gramme E.  D.,  dans  un  rond,  et  le  numéro  i  ;  en  bas,  h  droite  :  «  Imp. 
Paris  »  ,  au  milieu  :  «  Un  seigneur  du  temps  de  François  i^'''  'i. 


N''46i  :  Une  Juive  d'Alger 


Eau-forte.  —  H.  o"'2oo,  L.  o'"i54.  —  Signé  à  gauche  en  haut 
«  Eug.  Delacroix,  i833.  »  ■ — Vente  De  La  Combe  (premier  état): 
6j  fr.;  vente  posthume  (deuxième  étatl  :  8  fr.;  vente  Villot,  dé- 
cembre 1875  :  i5  fr.  5o  à  M.  Goupil.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  23. 

Premier  état.  H.  o"'200,  L.  o'»i54.  Sans  aucune  lettre,  malgré  le  trait 
carré;  certains  travaux  du  tapis  et  des  accessoires  paraissent  nettement 
dans  le  bas  de  la  marge  de  droite. 

Deuxième  état.    H.  o"'2o8,  L.  o'»i52.  Tous  ces  travaux  disparus. 
Troisième  état.    En  haut,    h  droite,  le    monogramme  E.   D.,  dans   un 
rond,  et  le  n"  3  ;  en  bas,  h  droite  :  «  Imp.  Delatre,  Paris  »;  au  milieu  : 
"  Juive   d'Alger.    Publication    Cadart  ».  Il  y  a  une  erreur  dans  les  dimensions  fournies  par 
M.  Moreau  et  que  nous  avons  données;  celles  du  premier  et  du  deuxième  état  sont  lesmèmes. 


N"  4Ô2  :   Arabes  d'Oran 


pg:g,^^g-^__-_^^ -_-_-^ggi  Eau-forte  retouchée  en  1847. —  H.  o"'i5o,  L.  o"'2io. —  Signé 
fi":^"-"^ ;~-  -  i7=.:wî5s^  sur  le  terrain  à  droite  :  «Eug.  Delacroix.»  — Vente  posthume 
(deux  épreuves  du  deuxième  étatl  :  23  fr.;  vente  Burty, 
1877  [deuxième  étatl:  gfr.;  vente  Villot,  décembre  1875  [deux 
épreuves  du  premier  état)  :  19  fr.  5o  c.  à  M.  A.Robaut. —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  25. 

;__^l  Premier    état.     H.    o"'i3o,    L.    o"'2io.  —  Sans   trait    carré.    Sans 

g^!^  aucune  lettre;  des  travaux  de  roulette  accentués  dans  le  côté  gauche 

du  ciel  et  sur  le  terrain  du  premier  plan,  qui   ont  été  très  atténues 

dans  les   épreuves    du   deuxième  état  ;  en  bas,  au  milieu,  à   la   pointe:    »  Arabes  d'Oran  u. 

Deuxième  état.    Mêmes  dimensions.  Le  vêtement  du  second  personnage  s'enlève  en  vigueur. 

Troisième  état.  H.  o"M45.  L.  o"'i90.  Trait  carré.   En  haut,   à    droite,  le  monogramme  E.  D. 

dans  un  rond,  et  le  n"  5  ;  en  bas.  à  droite  :  p  Inip.  Delàtre.  Paris  »,  au  milieu  >•  Arabesd'Oran  ■'. 


1-4 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i833 


N"  463  :    Étude  de  femme  vue  de  dos 

Eau-fone. — H.  o""i  i3,  L.  o"'i63. — Signé  «Eug.  D."à  gauche 
en  haut  de  la  planche,  au  milieu  des  hachures  du  fond.  — 
Vente  posthume  (cinq  épreuves  du  deuxième  état)  :  i  i  fr. 
5o  c.  ;  vente  Villot,  décembre  1875  (deux  épreuves  du 
deuxième  état)  :  14  fr.  à  M.  Goupil;  vente  His  de  la  Salle, 
janvier  1881  (une  épreuve  du  premier  état)  :  23  fr.  à 
M.  Goupil.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  24. 
Premier  état.  H.  o™i33,  L.  o™i63.  —  Sans  trait  carré.  Eau-forte  pure.  En  haut,  à  gauche, 
h  peine  quelques  hachures  dans  le  fond.  Les  épreuves  blondes  de  ton  laissent  voir  dans  le 
fond  et  autour  de  la  tête  et  des  cuisses  tout  le  travail  des  hachures.  Les  épreuves  de  cet  état 
ont  été  tirées  presque  sans  marges  (o™o3o  sur  la  largeur  et  o"'020  sur  la  hauteur). 
Deu.'iième  état.  Mêmes  dimensions.  En  haut,  à  droite,  dans  le  fond,  des  hachures  qui 
forment  une  teinte  et  équarrissent  le  sujet  de  ce  côté;  h  gauche,  quelques  travaux  de  roulette. 
Troisième  état.  H.  o'"i  10,  L.  o'°i6o.  En  haut,  à  droite,  dans  un  petit  rond,  le  rnonogramme 
E.  D.  et  le  numéro  6  ;  en  bas,  au  milieu  :  «  Etude  de  femme  vue  de  dos.  Publication  Cadart.  » 
Les  planches  de  cuivre  de  cette  gravure  et  des  six  autres  qui  précèdent  étaient  restées  iné- 
dites du  vivant  de  Delacroix.  M.  Villot  père  les  avait  gardées.  Elles  figurèrent  h  sa  vente  en 
i865,  et  furent  adjugées  à  MM.  Cadart  et  Luquet,  au  prix  de  812  fr.  On  les  a  tirées  alors 
avec  une  marque  particulière  et  un  titre. 


N''  464  :  Costumes  du  Maroc 

Aquarelle. —  H.  o"'i8,  L.  o'"3o  à  o'»35.  —  Salon  de  i833.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  '174. 
On  va  retrouver  sous  la  rubrique  de  l'année  i833  un  grand  nombre  de  motifs  fournis  ii 
Delacroix  par  ses  souvenirs  du  voyage  au  Maroc.  Il  peut  se  faire  que  plusieurs  de  ces  oeuvres 
aient  été  exécutées  dans  le  courant  de  l'année  i832  ;  mais  celle-ci  étant  déjà  très  chargée  de 
travail,  nous  sommes  autorisés  à  supposer  que  le  maître  ne  s'est  pas  rigoureusement  arrêté 
dans  cette  reprise  de  souvenirs  au  3i  décembre.  Nous  en  avons  un  témoignage  éclatant  dans 
l'exécution  du  célèbre  tableau  des  Femmes  d'Alger.  D'ailleurs,  comme  on  le  verra,  un  cer- 
tain nombre  de  ces  œuvres  sont  datées,  et,  par  conséquent,  il  n'y  a  point  de  doute  sur  l'é- 
poque de  leur  exécution. 

N°^465,  466  :  Costumes  de  Tanger 


1°  Autographie  à  la  plume.  —  H.  o'"i90,  L.  o'"23o.  —  Signé 
au  bas,  à  droite  :  «  Eug.  Delacroix,  i833.  »  —  Vente  Villot, 
décembre  1875  :  6  fr.  à  M.  A.  Robaut.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  33. 

Ce  croquis  à  la  plume,  imprimé  sans  trait  carré,  est  rare. 
'"^    2»  C'est  la  même  idée  et  la  même  disposition,  à  peu  près,  qu'en  un 
tableau  vendu   à  l'hôtel  Drouot  en  1873.  Un  jeune  marchand  juif. 
^   debout,  déploie  une  bande  d'étoffe  qu'il  semble   offrir  à  un    vieux 
Maure  à  longue  barbe  assis  devant  lui  sur  une  pierre  dans  la  campagne. 


1833 


L'ŒIVRE     1)K    DELACROIX 


N"  467  :  Famille  juive 

Aquarelle.  —  H.o'"i8,  L.  o"'3oà  o"Ki5.  —  Salon  de  i83?.  — Cat.  A.  Moreau.p.  ijS. 

N"  468  :  Fantasia  arabe 


Toile.  —  H.  o"'5q,  L.  o'"73.  —  Signé  et  daté  i833.  — 
Gravé  à  Teau-forte  par  Le  Guay  pour  VArtisie,  dans 
les  dimensions  de  :  H.  o"'i62,  L.  o'"222.  —  Variante  du 
tableau  de  i832.  —  Vente  Van-Isacker,  i5  mai  i852  : 
1,060  fr.;  vente  M.  B.,3o  mai  i855  :  1,405  fr.  à  M.  Get- 
ting;  vente  San  Donato,  21  février  1870:  t3,ooo  fr.  à 
M.  Louis  Lefebvre,  de  Roubaix.  —  Cat.  A.  Moreau. 
pp.    102,  268  et  note. 

Nous  avons  reproduit  un  passage  de  la  lettre  du  16  mars,  où 
Delacroix  note  les  sensations  désagréables  que  lui  causaient  les  coups  de  fusil  que  la  fantasia 
lui  tirait  à  la  figure.  Il  ajoute  encore  :  «Tout  cela  nous  donnait  une  colère  mêlée  de  comique 
que  je  me  rappelle  à  présent  avec  moins  d'humeur.  » 


N"  469  :  Rencontre  de  cavaliers  maures 


Toile.  —  H.  o^^Sr,  L.  i"'oo.  —  Voir  à  Tannée  1834 
pour  la  gravure  à  Peau-forte  par  Eugène  Delacroix. — 
Tableau  refusé  au  Salon  de  1834.  — Cat.  A.  Moreau, 
P-   177- 

Nous  invitons  les  amateurs  à  se  méfier  d'une  mauvaise 
copie  de  ce  tableau  traitée  en  frottis,  et  qui  circule  dans  le 
commerce.  L'original  était  en  novembre  iSSi,  chez 
MM.   Arnold  et  Tripp. 

Jamais  Delacroix  ne  s'est  plus  complètement  livré  en 
apparence  au  génie  de  l'esquisse  qu'en  cette  admirable 
composition.  Mais  il  suffit  d'observer  le  merveilleux  équi- 
libre de  ce  groupe  furieux,  que  l'on  pourrait  inscrire  dans 
le  champ  géométrique  d'une  médaille,  pour  être  convaincu  une  fois  de  plus  que  la  main  du 
maître  n'improvisait  que  sur  des  thèmes  longuement  médités.  Les  chevaux  se  heurtent  et 
l'un  d'eux  se  dresse  sous  le  choc  en  même  temps  que  sous  l'effort  de  son  cavalier  pour 
l'arrêter.  Dans  ce  mouvement  la  puissante  silhouette  du  cheval  bai  brun  s'enlève  sur  un 
fond  de  collines  qu'éclairent  les  fumées  d'un  combat  et  les  clartés  opalines  d'un  ciel  gris  très 
doux  où  passent  des  bleus  de  turquoise.  Sur  ce  premier  groupe  se  découpe  le  profil  allongé, 
élégant  du  cheval  gris  blanc  dont  le  poil  soyeux  et  fin  laisse  passer,  comme  des  lueurs  roses, 
les  transparences  de  la  peau.  Le  geste  des  cavaliers,  celui  surtout  de  l'homme  dont  on  n'a- 
perçoit que  la  tête  et  le  poing,  est  d'une  audace  de  vérité  extraordinaire  dont  on  ne  retrouve 
d'exemple  que  dans  Rubens.  Et  c'est  à  Rubens  aussi  que  fait  penser  l'éclatante  variété  des 
rouges  que  Delacroix  s'est  plu  à  multiplier  dans  cette  précieuse  composition,  étincelante 
et  joyeuse  comme  l'œuvre  d'un  peintre  coloriste,  vivante  comme  l'œuvre  d'un  grand  dessi- 
nateur du  mouvement,  solide  et  forte  comme  l'œuvre  d'un  maître  statuaire. 


L'ŒUVRE    DE    DEl-ACROIX 


iS33 


N"  470  :  Arabes  causant 


Aquarelle. —    H.o'"i4,    L.    o"'28. 
Cat.  A.  Moreau,  p.  290. 


Vente  Baroilhet.    12  avril    1862  :    i85   fr.    — 


N"  471  :  Même  sujet 


Autographie    à    la  plume.    —   H.  o'"2io,    L.  o™25o.  — Sans 

aucune  lettre,  signature  ni  date.  —  Vente  De  La  Combe  (pre- 

état)  :  41    fr.;   vente  posthume  (deuxième  état,  avec  les 

les  de  Tanger  ))  )  :  10  fr.  ;  vente  Villot,  décembre  1875 

(deuxième  état)  :  5  fr.  5o  à  M.  C.  Paul  Perrier. 

Premier  état.  En  bas,  au  milieu,  dans  la  marge,  croquis  assez   peu 
distincts  dont  un  représentant  une  petite  tète  d'enfant. 
Deuxième  état.  Sans  les  croquis. 
'—  "^  '  n  Pour  ces  choses  de  souvenir,  les  premiers  croquis  ne  doivent   être 

ni  trop  cherchés,  ni  retouchés.  »  (Eugène  Delacroix.) 


N°  472  :  Deux  Arabes  causant 


«  Eug.  Delacroix  de 

et  des  chines  de  différents  formats.  Il  n 


Sépia.  — H.  o"'i3,  L.  o'"20.  —  Gravé  à  Peau-forte  par  Frédéric 
Villot  en  1845,  dans  les  dimensions  de  o'"o97  sur  o'"i42.  — 
Vente  Villot,  11  février  i865:  600  fr.à  M.Lecesne. — Cat. A. Moreau, 
pp.  loi  et  291. 

Les  deux  figures,  l'une  de  face,  l'autre  de  profil,  sont  assises  sur  le 
sable  dans  l'attitude  et  avec  la  mimique  de  la  conversation.  Dans  le  fond, 
une  chaîne  de  collines.  —  La  planche  de  M.  Villot  porte  en  bas  à  droite  : 
Fréd.  Villot  sculpt.  1845.  »  Cette  planche  a  été  tirée  sur  des  papiers 
a  pas  eu  de  retouches. 


N"  47  3  :  Un  Arabe 


Dessin.    —    H.  o"'3i,    L.  o"'20.  —  Photolithographié    par   Arosa  : 
H.  o"^3io,  L.  o™20o.  —  Non  catalogué  par  M.   Moreau. 

Il  est  vu  presque   de   face,    incliné  en  avant,  les   bras    tombant,  les   mains 
croisées  et  enveloppé  dans  son  burnous.  L'attitude  est  étrange,  l'expression 
'iv      'U'  \  /     puissamment  caractérisée.  Delacroix,  parlant  de   l'Afrique  un   jour,  disait  à 
\"^  1     1  f     Théophile  Silvestre,  qui  l'a  rapporté  dans  son  livre.  Les  artistes  vivants  : 
V  \   y\    /  )      "  L'aspect  de  cette  contrée  restera  toujours  dans  mes  yeux;  les  hommes  de 
cette  forte  race  s'agiteront  toujours,  tant  que  je  vivrai,  dans  ma  mémoire  ; 
c'est  en  eux  que   j'ai   vraiment  retrouvé  la  beauté  antique.  »   Il    confirmait 
ainsi,  bien  des  années  après  son  vovage  au  Maroc,  l'impression  qu'il  en  avait 
gardée  et   qu'il  exprimait  si  vivement  au  moment  même  dans  ses  lettres  à  ses  amis. 


N"'474'  47)  :  Muletiers  de  Tétium 

.■.''j':kn  1°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"io,L.  o'"28.  — 
Vente  Susse,  1844  :  60  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,p.  289. 
2°  Autographie  à  la  plume.  —  H.  o"i20,  L.  o"'26o.  — 
Vente  posthume  (avec  les  «Femmes  d'Alger»)  :  12  fr.; 
vente  Dubois  (seulei  :  10  fr.;  vente  Langlois  (seule):  6  fr. 
90  c;  vente  Villot,  décembre  1875  (premier  étatl  :  5  fr.  à 
M.   Perrier.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  48. 

La  pierre  de  notre  n»  2  et  celle  des   n   Femmes  d'Alger  »  furent 

vendues   ensemble  i23   fr.  à   M.  le  directeur  de  la   Galette  des 

Beaux-Arts.  Notre  cliché  est  fait  d'après  l'autographie.    Il   y  a  une   légère  variante  dans  le 

dessin  à  la  mine  de  plomb.   Les  deux  états  ne  différent  que  par  l'addition,  au  bas.  à  gauche. 

des  mots  :  «  Gazette  des  Beaux-Arts  »,  et  à  droite  :  «  Imp.  Bertauts,  Paris.  » 


N"  476  :  Femme  de  Tanger 

Autographie  à  la  plume.  —  H.  o"M90,  L.  o™2  5o.  —  Signé  à 
gauche  :  «  Eug.  Delacroix,  i833.  »  —  Vente  De  La  Combe  : 
12  fr.  ;  vente  Dubois  :  14  fr.;  vente  posthume,  17  fr.  — ■  Cat. 
A.  Moreau,  p.  32. 

La  femme  est  debout,  vue  de  dos,  tournant  la  tète  vers  la  gauche, 
les  bras  ouverts  et  étendant  du  linge  sur  une  corde  supportée  par  de 
longs  piquets.  Un  jeune  garçon  est  assis  par  terre;  derrière  lui 
on  voit  un  grand  vase  déterre  à  deux  anses.  Sur  le  sol  divers  acces- 
soires. Le  fond  est  occupé  par  de  rapides  hachures  diagonales.  —  Ce  dessin  sur  papier  auto- 
graphique, tiré  comme  le  précédent,  sans  trait  carré,  est  rare. 


N°  477  :  Jeune  femme  du  Maroc 

Dessin  à  la  plume.  —  H.  o™i6,L.  o"M  5. —  Signé  en  rébus  :  un  2,  un  la, 
une  croix.  —  Vente  Villot,  1 1  février  i865  :  qr  fr.  à  M.  Choquet.  — 
Publié  en  1882  dans  le  journallM;-?,  par  procédé  phototypographique 
avec  trait  carré,  dans  les  dimensions  de  :  H.o'"i70,  L.  o"'i55,  numéro 
du  23  avril  1882,  avec  le  titre  :  «  Jeune  femme  du  Maroc.  »  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  292. 
La  femme  est  jolie  et  de  type  européen;  mais  il  faut  se   rendre  à   l'évidence  du  costume. 


N"  478  :   Femme  d'Alger 


Croquis  à  la  plume.  —  H.  o"'i  i ,  L.  o"'i4.- 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


Galerie  Bruyasau  Musée  de  Montpellier. 


I2S 


l/ŒUVRF.    nr.     DELACROIX 


rS3: 


N"  4J9  :  Femmes  d'Alger 


Deuxiimc  état. 


lauche 


Autographie  à  la  plume.  —  H.  o"'i6o,  L.  o'"22o.  — 
Signé  à  gauche  en  bas  :  «  Eug.  Delacroix,  i833.  »  — 
Vente  posthume  (deux  épreuves  du  premier  état  avec 
une  épreuve  des  «  Muletiers  de  Tétuan  »  )  :  12  fr.;  vente 
Villot,  décembre  1875  ipremier  état)  :  10  fr.  à  M.  Goupil. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  49. 

Premier   état.   En   bas.  au  milieu,  le   titre   seul    :    «   Femmes 

d'Alger  «  de  la  main  de  Delacroix. 

K  Gazette  des  Beaux-Arts  ».  à  droite:  «  Imp.  Bertauts,  Paris.  » 


N"  480  :  Femmes  d'Alger 


Croquis  aquarelle.  —   H.  o"'2i5,  L.  o'"28o.  —  Appartient 
à  M.  Christophe. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

a  Oui,  ce  sont  bien  là  les  intérieurs  garnis  à  hauteur  d'homme  de 
carreaux  de  faïence  formant  des  mosaïques  comme  dans  les 
salles  de  l'Alhambra,  les  fines  nattes  de  jonc,  les  tapis  de 
Kabviie,  les  piles  de  cous.çins  et  les  belles  femmes  aux  sourcil.s 
rejoints  par  le  surmeh,  aux  paupières  bleuies  de  khôl,  aux 
joues  blanches  avivées  d'une  couche  de  fard  qui,  nonchalamment 
accoudées,  fument  le  nargilhé  ou  prennent  le  café  que  leur  offre 
dans  une  petite  tasse  à  soucoupe  de  filigrane,  une  négresse  au 
le  Gautier,  Les  Beaux-Arts  en  Europe.^ 


N°48i 


Femme  d'Alger 


^ 


Pastel. —  In-folio. —  Photographié  par  Braun.  —  Appar- 
tient au  Musée  du  Louvre. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
0  L'Afrique  a  produit  sur  M.  Eugène  Delacroix  une  impression 
'^ï^"'j^-\  '    ^''^'^    ^^    durable;    s'il    n'est   pas   resté,    comme     Marilhat    et 

lg,?^^^^^S^»!x  '     Decamps,  Arabe  ou  Turc  à  tout  jamais,  occupé  sur  son  divan 

à  égrener  le  chapelet  de  ses  souvenirs  d'Egypte  ou  d'Asie  et 
dédaigneux  comme  un  musulman  de  la  civilisation  des  giaours, 
il  le  doit  a  la  mobilité  ardente  de  son  esprit  trop  compréhensif 
pour  se  borner  à  une  seule  sphère  et  qui  a  des  fenêtres 
ouvertes  sur  tous  les  horizons  ;  le  haschisch  oriental  n'a  causé  chez  lui  qu'une  hallucination 
passagère,  et  de  ce  soleil  vertigineux,  le  hàle  tombé,  il  n'a  gardé  qu'un  rayon.  Le  désert  ne 
l'a  pas  absorbé  dans  sa  grandeur  morne  et  leatement  recouvert  de  son  sable,  et  pourtant  de 
ce  court  voyage  au  Maroc  il  a  rapporté  un  monde  complet.  »  (Théophile  Gautier,  Les 
Beaux-Arts  en  Europe.  »  —  Au  bas  de  la  page,  à  droite,  Eugène  Delacroix  a  noté  quelques 
indications  pour  la  couleur  de  la  jupe;  elles  sont  intéressantes  h  recueillir  ;  i<  Teinte  plus 
rougeâtre  au  frisan  ;sici  du  jour  et  sur  les  tournants:  au  milieu,  violet.  » 


i83o 


L'CEUVRE    DE    DELACROIX 


12t) 


N"  482  :  Femmes  d'Alger  dans  leur  appartement 


tint  po 
de  Ver, 
cemme 


Toile.  — H.  i'"77j  L-  ^'"37.  —  Autolitho- 
graphié  par  Sirouy  :  H.  o^iSS,  L.  o'"235. 
—  Gravé  à  Peau-forte  parCélestin  Nanteuil  : 
H.  o""i63,  L.  o"'262.  —  Gravé  au  burin  par 
Waltner  :  H.  o'"244,  L.  o™3i4.  —  Salon  de 
1834. — Au  musée  du  Louvre. — Car.  A.  Mo- 
reau,  pp.  128,  i/S,  roo,  2o5. 

Delacroix  faillit  ne  pas  livrer  ce  tableau  à  l'Ad- 
ministration qui    avait  fait   avec  lui    le    prix  do 
3,000  fr.  pour  cette  œuvre,  quand  il  apprit  qu'un 
peintre  fort  me'diocre,mais  protégé  de  Lamartine, 
M.  Decaisne,  recevait  4,000  fr.  pour  un  tableau, 
«  l'Ange  gardien  ».    Le    ministre    insista    auprès 
de  Delacroix  en   lui   disant  que  le  roi  lui-même 
avait  fait  le   prix  de  son  tableau,  et  le  maître  se 
ur  battu.  11  faut  dire  cependant  qu'on  lui  commanda  immédiatement,  pour  le  musée 
saiUes,  l'Entrée  des  croisés  à  Constantinople.  —  C'est  Lamartine  qui  attribuait  inno- 
nt  à  Delacroix   de  pauvres   peintures  de  M.  Vinchon,  et  l'accablait  d'éloges. 


N"  48^  :   Femme  arabe 


Dessin  à  la  plume.  —  H.  o"'27,  L.  o"'i7.  —  Fac-similé  par  A.  Robaui. 
—  Reproduit  dans  le  journal  L'Exposition  de  Toulouse,  i865,  dans 
les  dimensions  de:  H.  o'"27,  L.  o'"  17.  Reproduit  aussi  dans  le  journal 
L'Art,  en  1 883. ^Appartient  à  M.  Ph.  Burty.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 

Evidemment  ce  dessin  a. été  fait  sous  l'empire  du  rapprochement  qui  s'établissait 
dans  l'esprit  de  Delacroix  entre  les  nobles  attitudes  de  la  statuaire  antique  et  de 
la  réalité  contemporaine,  où  le  climat  impose  l'usage  des  draperies  flottantes. 
On  comparera  ce  dessin  à  celui  des  femmes  à  la  fontaine,  de  i832,  que  nous 
avons  catalogué,  au  n"  SgS,  sous  le  titre  «  Femmes  juives  arabes.  » 


N"  484  :  Chasseurs  arabes 


beau  mensont 


Aquarelle.  —  H.  o'"240,  L.  o"'2i5.  —  Lithographiec  à  la  plume 
par  A.  Robaut  :  H.  o'"o98,  L.  o'"o90.  —  Vente  posthume  n°  426  : 
6i)0  fr.  ;  vente  Constant  Dutilleux,  mars  1874  :  835  fr.;  vente 
Marmontel,  janvier  i883  :  455  fr.  à  M.  Tabourier.  — ■  Non 
catalogué   par  M.    Moreau. 

C'était  une  des  aquarelles  les  plus  importantes  et  les  plus  terminées  de 
la  vente  posthume  de  Eugène  Delacroix.  L'attitude  de  la  figure  principale 
est  d'une  hardiesse  singulière  et  faite  pour  effarer  les  partisans  de  cet  art 
que  l'illustre  critique  anglais  John  Ruskin  appelle  n  l'art  des  poses  et  du 
C'est  ce  qui  faisait  dire  il  H.  de  la  Madelène  :  c  La  vie,  voilit  ce  qu'il  cherche.» 


L'ŒUVRE   DE  DELACROIX 


i833 


N"  48)  :  Chasse  au  tigre 


Aquarelle  gouachée.  —  H.  o'"2d,  L.  o'"31-).  —  Appartenait  a 
M.  Riesener.  —  Voir  la  «  Chasseaux  lions»  de  i858.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

Il   n"y  a  pas   trace  dans   la  correspondance    de   Eugène   Delacroix 
qu'il   ait  assisté  a  aucune  chasse  de   cette   sorte  ;  mais  il  avait  vu, 
observé,  note  dans  son   infaillible  mémoire  tant  de  violentes  che- 
vauchées, qu'il   y  aura    facilement  trouvé  les  éléments  nécessaires 
d'une    telle   composition.    Quant   aux   tigres,    n'oublions    pas    que 
l'empereur  du  Maroc  avait  envoyé  à   M.  de  Mornay,  pendant  que   Delacroix  était   avec 
celui-ci  à  Mequinez,   un  tigre  précisément  que  le  maître  ne  se  sera  pas  fait  faute  d'étudier. 
Nous  avons  cité,  en  son  lieu,  la  lettre  qui  a  trait  h  cet  envoi. 


N°^  486,  487  :  Chevaux  arabes 


i"  Lavis.    —    In-quarto.   —    Galerie  Bruyas   au     Musée  de 
Montpellier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Aquarelle.  —  H.  o"'i8,  L.  o'"22.  —  Signé  à  gauche,  non 
daté.  —  Vente  Susse,  10  janvier  i856  :  69  fr.  à  M.  Adolphe 
Moreau.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  289. 

Quoique  nous  réunissions  les  deux  études  sous  la  même  rubrique. 

nous  devons  prévenir  le  lecteur  qu'elles  n'ont   rien  de  commun. 

Notre  croquis   est  fait  d'après   le   dessin  de  la  galerie  Bruyas.  — 

Le  cheval  est  bien  un  cheval  arabe,  mais  transporté,  peut-être 
né,  dans  quelque  ferme  de  France,  dont  on  aperçoit  les  bâtiments  dans  un  bouquet 
d'arbres. —  Je  ne  sais  pas  un  artiste,  même  en  Angleterre,  où  il  y  a  d'excellents  dessinateurs 
de  chevaux,  capable  de  fixer  d'une  main  plus  savante  un  mouvement  plus  souple,  plus 
équilibré,  plus  naturel  dans  sa  grâce  fugitive  et  comme  saisie  au  vol. 


N""  488.  489  :  Marocain  et  son  entant 


1"  Toile.  — H.  o'"235,L.  o"'3io.  — 
Signé  au  bas  à  droite.  —  Vente 
Wilson,  mars  i88t  :  900  fr.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o"'22,  L.  o'"29. 
—  Vente  A.  Carrier,  5  mai  1875  : 
5oo  fr.  à  M.  Paschal.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

L'aquarelle  avait  été  choisie  par  A.  Carrier  parmi  les  dessins  du  maître,  au  classement  des- 
quels il  avait  concouru,  en  vue  de  la  vente  posthume,  avec  MM.  Dauzats,  Pcrignon,  Schwiter, 
Andrieu,  Dutilleuxet  Burty,  désignés  à  cet  effet  par  le  testament. — «Quand  on  n'a  d'abord  pu 
ressaisir  ce  que  la  mémoire  représente  vaguement,  il  faut  faire  d'autres  croquis  du  même  sujet 
et  les  refaire  jusqu'à  ce  que  l'on  ait  retire  l'image  du  fond  de  sa  mémoire.  »(E.  Delacroix.) 


i833 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


N°  490  :   Juif  drogman  du  consulat 


Aquarelle.  —  H.  o™34,  L.  o™26.  —  Signé  et  daté  en  haut  à 
droite,  i833.  —  Appartient  à  M.  Petit.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  174. 

Par  son  importance  et  par  le  soin  tout  particulier  que  Delacroix  y  a 
apporté,  on  doit  supposer  que  cette  aquarelle  a  été  exposée  et  que  ce 
serait  bien  l'oeuvre  qui  figure  sous  le  n'^  GSy  au  livret  de  l'Exposi- 
tion de  cette  même  année.  Une  sorte  de  drogman  porte  la  main 
gauche  à  une  gibecière  et  la  famille  juive  l'écoute  attentivement. 
C'est  une  de  ces  nombreuses  scènes  de  mœurs  locales  que  le  vif 
regard  du  maître  saisissait  au  passage  dans  les  rues  de  ces  villes  du 
Maroc  où  il  ne  lui  était  point  permis  de  s'arrêter,  poursuivi 
comme  il  l'était  par  la  curiosité  importune  et  même  hostile  des 
indigènes.  Nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  faire  remarquer  que 
les  obstacles  a\ aient  ete  un  puissant  aiguillon  pour  l'activité  du  maître. 


N°  491  :  Soldat  de  la  garde  de  l'empereur  du  Maroc 


Aquarelle.  —  H.  o"'r6,  L.  o'"25.  —  Signé.  —  Gravé  à  Peau- 
forte  par  F.  'Villot,  1845  :  H.  o™i63,  L.  o"'23o.  —  Vente 
Villot,  i865  :  go  fr.  —  Voir  à  1848  variante.  —  Cat.  A. 
Moreau,  p.  loi. 

n  Nous  avons  eu  un  passage  de  rivière,  bien  entendu  sans  ponts  et 
sans  bateaux,  qui  peut  être  comparé  au  passage  du  Rhin  pour  la 
quantité  de  coups  de  fusil  qui  nous  accueillaient.  Mais  tout  cela 
n'était  rien  au  prix  de  notre  réception  dans  la  capitale.  On  nous 
a  d'abord  fait  prendre  le  plus  long  pour  nous  faire  juger  de  son  importance.»  (Mequinez,  i832.) 


N"  492   :   Soldats  endormis  dans  un  corps  de  garde 


Aquarelle. —  H.  o^iS,  L.o™3o  ou  o"^35.  —  Salon  de  i833. 
• —  Cat.  A.   Moreau,  p.  174. 

Eugène  Delacroix  a  traité  plusieurs  fois  ce  motif.  On  verra 
plus  loin  (n"  507)  une  autre  aquarelle  faisant  partie  de  l'album 
de  M.  de  Mornay.  Voir  aussi,  a  l'année  1841,  le  tableau  appar- 
tenant à  M.  le  duc  d'Aumale. 

Dans  les  extraits  des  souvenirs  manuscrits  de  M.  de  Planet,  pu- 
bliés par  Th.  Silvestre,  nous  relevons  les  observations  suivantes 
de  Delacroix  sur  les  Maures  :  0  Ils  ont  les  lèvres  déformées,  la 
bouche  grande,  le  nez  avec  un  méplat  incliné  au  bout  du  carti- 
lage, les  yeux  grands  et  beaux,  le  nez  aquilin  et  ordinairement  bien  fait.  Les  femmes  ont  de 
l'or  partout  ;  cercles,  bagues,  bracelets,  gros  pendants  d'oreilles  en  forme  de  croissant,  etc.  » 
(Voir  les  impressions  de  Eugène  Delacroix  au  Maroc,  dans  VHistoire  des  Artistes  vivants, 
rééditée  depuis,  sous  le  titre  Les  Artistes  français,  par  Th.  Silvestre,  ouvrage  auquel  nous 
avons  fait  déjà  plusieurs  emprunts,  en   nous  proposant  de  retourner  à  cette  source  précieuse. 


l32 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


[833 


N°493  :  Kaid  Mohammed-ben-Abou 


Eau-forte.  —  H.  o™i  lo,  L.  o"M7o.  —  Signé  en  haut,  à  droite, 
«Eug.  Delacroix,  i833.» — Vente  posthume  (premier  état)  17  fr.; 
vente  Burty,  1874  (premier  état):  2  5  fr.;  vente  Villot,  décembre 
1875  (deuxième  état)  :  3  fr.  5o.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  2  i. 

Premier  état.  Sans  aucune  lettre  ni  trait  carré. 
^JiL    Deuxième  état.  En  haut,  à  droite,  «  les  Artistes  contemporains  », 
^5^        en  bas  «  Chef  Maure  à  Mekinez,  par  Eug.  Delacroix.  » 

Le  Kaïd  est  accroupi  sur  des  tapis,  son  café  est  posé  à  terre,  près  de 
lui,  sur  une  tablette.  Aux  murs  sont  accrochées  une  petite  armoire  entr'ouverte  et  des  armes. 
0  Le  modèle  avait  ordinairement  une  rare  intelligence  de  mes  moindres  intentions;  mon  croquis 
fait,  il  le  prenait,  le  tournait  et  le  retournait  en  tous  sens  avec  la  curiosité  du  singe  qui 
cherche  à  lire  un  papier,  et  le  remettait  en  place,  riant  de  pitié  pour  moi.  » 


L'ALBUM  DU  COMTE  DE  MORNAY 


Il  nous  paraît  intéressant  de  réunir  les  dix-huit  aquarelles  que  Delacroix  offrit  au 
comte  de  Mornav  pour  son  album,  et  qui,  mises  en  vente  le  2q  mars  1877,  produi- 
sirent un  total  de  17,235  francs.  Nous  emprunterons  en  grande  partie  nos  renseigne- 
ments aux  notes  prises  par  feu  M.  Adolphe  Moreau  à  la  vente  de  Mornay.  Ces  notes 
nous  ont  été  gracieusement  communiquées  par  madame  veuve   Moreau. 

N°494:  Campement  dans  la  ville  d'Alias-sar-el-Kebir 


Aquarelle.  —  H.  o"M  5o,  L.  o"'23o.  —  Signé  au  bas  vers  le 
milieu  :  «  Eugène  Delacroix  ».  — Voir  à  Tannée  1839  le 
tableau  variante.  —  Vente  de  Mornay,  retiré  à  420  fr. — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

«Cher  ami,  écrit  Delacroix  à  M.  Pierret,  je  suis  encore  ici;  vous 
voyez  que  nous  ne  nous  trompions  pas,  quand  nous  calculions 
que  les  trois  mois  au  moins  seraient  employés  au  voyage.  Heu- 
reusement les  affaires  sont  terminées  et  nous  partons  après- 
demain  pour  Tanger,  d'où,  je  pense,  nous  ne  tarderons  pas  à  nous  embarquer.  »  (Mequinez, 
2  avril  i832.)  —  La  grande  tente  au  centre  est  rayée  bleu  et  blanc.  Le  pavillon  français  flotte 
au-dessus.  Au  second  plan  une  foule  ;  des  montagnes  dans  le  fond. 


N"49^    :  Vue  de  la  rade  et  de  la  ville  de  Tanger 


Aquarelle.  —  H.  o'"i7,   L.  o'"25.  —  Signé  en  bas  à  gauche  :  «  Eugène  Delacroix.  » 
—  Vente  de  Mornay:  61  5  fr.,  a  M.  de  La  Valette. 

Au  premier  plan,  un  personnage  debout,   en  veste  jaune,  calotte   bleu  foncé,  turban   blanc. 
Près  de  lui,  un  jeune  garçon  assis  sur  un  rocher.  A  droite,  la  mer;  au  fond,  une  falaise. 


'833  L'ŒUVRE     DE    DELACROIX  i33 


N°  496  :  Mauresque  et  sa  servante 

Aquarelle.  —  H.  o"'i6,  L.  o'"i8.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Venie  de  Mornay  : 
1,000  fr.,àM.  Goupil.  —  Vente  Paul  Daru,  juin  1877  :  36o  fr. 

La  mauresque  est  assise  sur  un  tertre,  les  jambes  dans  l'eau  ;  elle  est  coiffée  d'un  foulard  jaune. 
La  servante,  au  second  plan,  debout,  étend  du  linge.  Au  fond,  une  haute  montagne. 

W  497  :  Conversation  mauresque 

Aquarelle.  —  H.   o'"i4,  L.  o'"i8.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 

63o  fr.,  à  M.  Ferai.  — Cédé  par  M.  Ferai  à  M.  Borthon  de  Dijon. 

Lafemme  s'appuie  sur  des  coussins  jaunes; à  gauche,  près  du  tapis,  un  pot  de  fleurs. (V.  n"  394.) 

N°  498  ;  Abraham-hen-Chimol,  drogman  du  consulat 

Aquarelle.    —  H.   o"'26,   L.  o'"i8.   —   Signé  en   bas  à    gauche.  — 
Vente  de  Mornay  :  480  fr.,  à  M.  Ferai. 

«  Dans  ce  moment,  nous  sommes  prisonniers  dans  une  maison  de  la  ville, 
environ  depuis  cinq  ou  six  jours,  jusqu'au  moment  où  nous  aurons  notre 
audience.  Etant  toujours  en  présence  les  uns  des  autres,  nous  sommes 
moins  disposés  à  la  gaieté  et  les  heures  paraissent  fort  longues,  quoique 
la  maison  ou  nous  logeons  soit  fort  curieuse  pour  l'architecture  moresque 
qui  est  celle  de  tous  les  palais  de  Grenade  dont  vous  avez  vu  les  gra- 
vures. »  (Mequinez,  20  mars  1832).  Abraham-ben-Chimol  est  vêtu  d'un 
manteau  bleu  doublé  de  rouge,  d'une  redingote  marron  à  brandebourgs  et  d'un  pantalon  blanc. 

N°  499  :  Négresse  venant  chercher  de  Teau 

Aquarelle.  —  H.  o'"23,  L.  o'"i7.  —  Signé  au  bas  à  droite.  —  Vente  de  Mornay  : 
610  fr.,  au  duc  de  Vicence. 

L'esclave  est  appuyée  au  mur  d'une  maison.  Vêtue  d'une  longue  robe  jaunâtre  et  d'une  che- 
mise bleu  foncé,  elle  porte  sur  le  bras  gauche  un  burnous  blanc.  Près  d'elle,  à  gauche,  se 
trouve  une  cruche;  au  fond,  un  personnage  en  blanc  est  vu  de  dos. 

N"  ^00  :  La  femme  et  la  fille  d' Abraham-hen-Chimol 

Aquarelle.  —  H.  o"'22,  L.  o'"i6.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
i,55o  fr.,  à  M.  Hecht. 

La  mère,  assise,  est  vêtue  d'une  robe  vert  foncé,  à  manches  blanches;  elle  a  un  corsage  rose  et 
une  coiffure  verte. _La  fille,  debout,  se  penche  vers  sa  mère;  elle  a  une  coiffure  jaune. 


V^-^-- -^-- 


l34  L'ŒUVRE     DE    DELACROIX  l833 


N"  ^'oi  :  Le  ministre  Amin-Bias 

Aquarelle.  —  H.  o'"22,  L.  o'"i6.  —  Signé  au  bas  à  droite.  —  Vente  de  Mornay  : 
700  fr.  à  M.  le  duc  de  Gramont. 

Amin-Bias  était  ministre  des  Finances  et  des  Affaires  étrangères; il  est  représenté  assis,  la  tête 
tournée  à  droite;  sa  barbe  est  grise.  Il  est  enveloppé  dans  un  burnous  tout  blanc;  on  voit  un 
pied  chaussé  d'une  babouche  jaune.  A  gauche,  une  table. 

N"  502  ;  Les  convulsionnaires  de  Tanger 

Aquarelle.  —  H.  o'"2o,  L.  o"'23.  —  Signé  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  :  1,440  fr., 

à  M.  Hartmann. 

La  composition  se  rapproche  beaucoup  de  celle  du  tableau  de  i838. 

N°  ^03  :  Danse  de  nègres  dans  une  rue  de  Tanger 

Aquarelle.  —  H.  o'"23,  L.  o"i8.  —  Signé  au  milieu.  —  Vente  de  Mornay  :  1,110  fr., 
à  M.  Gauchez. 

Au  centre,  un  personn.ige  joue  du  tambour;  deux  autres  dansent  en  tenant  de  petits  bâtons 
dans  chaque  main;  à  droite,  un  enfant  en  gilet  rouge  sort  d'une  porte. 

N°  ^04  :  Halte  de  cavaliers  arabes  près  de  Tanger 

Aquarelle.  —  H.  o"M6,  L.  o'"26.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  ; 
1,700  fr.,  à  M.  Hartmann. 

Quatre  chevaux,  dont  un  blanc,  sont  au  repos  au  milieu  de  cactus;  deux  arabes  en  manteau 
bleu  et  blanc  sont  assis  à  droite  ;  au  fond,  une  ville  sur  une  colline  et  des  montagnes  bleuâtres. 

N"  505  :  Fantasia  devant  la  porte  de  Mequinez 

Aquarelle. —  H.  o'"i5,  L.  o'"27.  —  Signé  au  bas  à  droite.  —  Vente  de  Mornay  : 
1,200  fr. ,  à  M.  Gauchez. 

Au  premier  plan,  un  peloton  de  cavaliers  lancés  au  galop,  à  demi  enveloppés  de  fumée.  Celui 
du  milieu,  sur  un  cheval  gris,  brandit  son  fusil.  Au  second  plan,  à  droite,  la  porte  de  la  ville 
avec  d'autres  cavaliers.  Au  fond,  des  montagnes  d'un  bleu  léger. 

«  Autre  plaisir  que  j'avais  :  l'étude  des  chevaux  arabes.  Ils  ont,  sous  le  ciel  natal,  un  carac- 
tère tout  particulier  de  fierté,  d'énergie,  qu'ils  perdent  en  changeant  de  climat;  il  leur  arrive 
assez  souvent  de  se  débarrasser  de  leurs  cavaliers  pour  se  livrer  des  batailles  qui  durent  des 
heures  entières  ;  tout  en  eux,  attitudes  et  caractère,  sent  l'héroïsme  de  la  nature  primitiva.  » 
(Th.  Silvestre,  Les  Artistes  français.) 


N"*  ^06    :    Muley-Abd-er-Rhaman 

Aquarelle.  —  H.  o'"26,  L.  o'"i8.  —  Signé  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
1,700  fr.,  à  M.  Goupil.  —  Vente  Paul  Daru,  5  juin  1877  :  600  fr. 

Dans  une  lettre  que  Eugène  Delacroix  écrivait  de  Mequinez,  en  mai  i832,  à  son  ami  Pierret, 
il  parle  ainsi  de  l'empereur  Abd-er-Rhaman  :  «  Nous  avons  eu  hier  audience  de  l'empereur. 
Il  nous  a  accordé  une  faveur  qu'd  n'accorde  jamais  à  personne,  celle  de  visiter  ses  apparte- 
ments intérieurs,  jardins,  etc.  Tout  cela  est  on  ne  peut  plus  curieux.  Il  reçoit  son  monde  à 
cheval  lui  seul,  toute  sa  garde  pied  à  terre.  Il  sort  brusquement  d'une  porte  et  vient  à  vous 
avec  un  parasol  derrière  lui.  Il  est  assez  bel  homme.  Il  ressemble  beaucoup  à  notre  roi;  de 
plus,  la  barbe  et  plus  de  jeunesse.  Il  a  de  quarante-cinq  h  cinquante  ans.  Il  était  suivi  de  sa 
voiture  de  parade;  c'est  une  espèce  de  brouette  traînée  par  une  mule.  0  On  sait  comment 
Eugène  Delacroix  a  su  mettre  à  profit  l'audience,  dont  il  a  donné  le  récit  dans  le  fragment 
de  lettre  que  nous  venons  de  citer.  Il  en  fit  le  sujet  d'un  tableau,  magnifique  par  la  compo- 
sition et  par  le  choix  exquis  des  colorations.  (Voir  aux  années  1844,  1845  et  1862.) 

N°  ^07  :  Soldats  endormis  dans  un  corps  de  garde 

Aquarelle.  —  H.  o^iô,  L.  o"'i9.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
820  fr.,  à  M.  de  Sourdeval. 

Deux  personnages  couchés  sont  enveloppés  de  burnous  blancs.  Une  selle  occupe  le  premier 
plan  à  droite.  Au  fond,  dans  l'ombre,  on  voit  un  amas  de  vêtements,  d'armes  et  d'autres 
selles.  L'effet  de  lumière  vient  du  côté  droit  et  se  concentre  au  milieu.  Nous  avons  décrit, 
sous  le  n''49i,  le  même  motif  traité  également  en  aquarelle. 

N"  ^'08   :  Arabes  sur  un  marché 

Aquarelle.  —  H.  o"'i8,  L.  o'»i2.  —  Signé  au  bas  à  droite.  —  Vente  de  Mornay  : 
5oo  fr.  à  M.  Féval. 

Suivant  M.  A.  Moreau,  qui  a  fait  un  examen  sévère  des  dix-huit  aquarelles  de  la  vente 
Mornay,  et  dont  nous  avons  pu  étudier  les  notes  manuscrites,  le  catalogue  ne  donnerait  pas  à 
cette  aquarelle  son  vrai  titre,  qui  serait  non  pas  0  Arabes  sur  un  marché  »,  mais  u  Costumes 
de  Tanger  ».  La  composition  aurait  en  effet  une  grande  ressemblance  avec  celle  qui  est 
décrite  par  A.  Moreau  lui-même  dans  son  catalogue,  page  138,  et  que  nous  avons  mentionnée 
plus  haut  sous  le  n°  433. 

N°  509  :    Kaïd  Mohammed-ben-Abou 

Aquarelle.  —  H.  o'"i4,  L.  0^14.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
6o5  fr.,  à  M.  de  Bordesoulle. 

Nous  avons  reproduit  plus  haut  (n°  493)  une  eau-forte  du  maître  représentant  le  même  per- 
sonnage; dans  l'aquarelle,  il  n'y  a  pas  d'armes  accrochées  au  mur. 


l36  L'ŒUVRE    DE    DELACROIX  l833 


N"   ^  lo  :  Couloiiglies  et  Arabes 

Aquarelle.  —  H.  o'"i6,  L.  o'"i6.  • —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
855  fr.,  à  M.  de  Bordesoulle. 

Assis  à  la  porte  de  leur  maison,  ils  sont  sur  des  tapis.  L'un,  vu  de  dos,  la  pipe  h  la  main,  a 
pour  costume  une  veste  rayée  rose,  une  ceinture  rouge  et  une  culotte  vert  foncé;  l'autre  est 
en  manteau  noir.  A  droite,  une  rue  et  deux  personnages  assis. 

N"  ^11  :  Comédiens  ambulants 

Aquarelle.  —  H.  o"'24,  L.  o'"i8.  —  Signé  au  bas  à  gauche.  —  Vente  de  Mornay  : 
1,400  fr.,  à  M.  Gauchez.  —  Cat.  A.  Morcau,  pp.  184,  202. 

Eugène  Delacroix  reproduisit  la  même  composition  sur  une  toile  qui  fait  partie  du  musée  de 
Tours  (voir  à  l'année  J848);  mais  dans  l'aquarelle,  le  fond  représente  les  murailles  d'une  ville, 
tandis  que  dans  le  tableau,  c'est  une  plaine.  —  Au  premier  plan  se  voit  un  personnage  debout, 
tenant  un  bâton;  un  autre  personnage  danse  en  s'accompagnant  de  la  mandoline. 

LE  SALON  DU   ROI 

Peintures  décoratives  exécutées  au  Palais  Bourbon,  à  Paris.  —  Cat.  -A.  Moreau, 
pp.  211  et  2  I  2. 

«  Le  palais  Bourbon  est  l'édifice  oii  siège  actuellement  la  Chambre  des  députés.  On  accède  au 
Salon  du  roi,  soit  par  la  porte  de  la  place  du  palais  Bourbon,  soit  par  la  grille  du  quai 
d'Orsay.  En  suivant  ce  dernier  itinéraire,  on  traverse  la  grande  salle  des  Pas-Perdus,  dont 
les  voussures  et  le  plafond  sont  peints  par  Horace  Vernet. 

C'est  en  i8'33  que  M.  Thiers  fit  obtenir  à  l'auteur  déjà  célèbre  de  la  Barque  de  Dante,  du 
Massacre  de  Scio,  du  Marino  Faliero,  de  la  Liberté,  etc.,  la  commande  de  l'œuvre  qui  nous 
occupe.  Delacroix  l'exécuta  en  cinq  années;  elle  lui  fut  payée,  y  compris  la  partie  ornemen- 
tale (pilastres,  bandeaux,  inscriptions,  guirlandes,  etc.),  la  modeste  somme  de  3o,ooo  francs. 
La  distribution  de  la  lumière  est  très  défectueuse  au  point  de  vue  pictural  dans  le  Salon  du 
Roi,  grande  pièce  carrée  de  onze  mètres  sur  onze  mètres,  percée  de  tous  côtés  de  portes  et 
de  fenêtres  réelles  ou  simulées.  Le  jour  n'y  entre  que  par  trois  ouvertures  donnant  sur  une 
galerie  qui  sert  de  passage  et  par  une  percée  circulaire  placée  au  milieu  du  plafond;  de  plus, 
ce  plafond  est  plat,  et  les  rayons  qui  pénètrent  par  cette  sorte  de  lanterne  centrale  éblouissent 
le  regard,  au  préjudice  des  peintures  qui  l'avoisinent. 

Mais  Delacroix  pouvait  mettre  au  service  de  son  incomparable  puissance  d'expression  une 
technique  tellement  savante,  qu'il  est  parvenu  à  vaincre  cet  obstacle.  Lorsqu'ori  a  embrassé 
d'un  long  coup  d'œil  ce  merveilleux  ensemble,  on  ne  peut  qu'admirer  la  clarté  qui  préside 
à  l'exposition  des  idées,  la  netteté  des  formes,  la  simplicité  et  le  naturel  des  attitudes,  l'aisance 
et  l'ampleur  des  mouvements  propres  h  chacun  des  personnages,  et  surtout  l'aspect  de  la  co- 
loration obtenu  à  l'aide  de  gradations  de  teintes  que  pouvait  seul  combiner  son  talent. 
Ces  teintes  sont  grises  dans  les  parties  inférieures,  où  la  transition  du  dallage  aux  rnurailles 
s'opère  à  l'aide  de  figures  en  camaïeu  légèrement  rehaussées  de  couleur  dans  les  draperies  et 
accessoires.  Elles  sont  colorées  ensuite  dans  une  gamme  très  douce,  à  la  manière  des  tapis- 
series, à  mesure  que  se  développe,  entre  les  cintres  et  le  bandeau  courant  sous  la  corniche, 
l'évolution  des  motits  qu'il  s'agissait  de  symboliser.  Elles  sont  puissantes  enfin  dans  les 
huit  caissons  du  plafond,  où  la  couleur  éclate  avec  l'énergie  dont  la  palette  de  Delacroix 


l833  L'ŒUVRE   DE   DELACROIX  187 


possédait  si  bien  le  secret.  L'harmonie  de  l'effet  réalisé  par  ces  combinaisons  savantes  donne 
au  spectateur  attentif  une  première  et  complète  satisfaction  et  le  conduit  ainsi  à  chercher  le 
sens  de  ces  allégories  qui  arrêtent  ses  regards  charmés. 

Comme  on  pourra  en  juger,  malgré  les  proportions  très  réduites  de  nos  reproductions, 
Delacroix  a  montré  dans  l'ensemble  de  cette  œuvre  considérable,  jusqu'à  quel  point  sa 
conception  était  souple  et  pouvait  se  plier  à  l'interprétation  des  motifs  les  plus  variés.  C'est  que 
dans  sa  haute  intelligence  d'artiste,  Delacroix  se  rend  compte  tout  d'abord  du  caractère 
de  l'architecture  qui  doit  encadrer  son  œuvre,  et  il  soumet  son  exécution  aux  exigences 
de  ce  cadre.  Ainsi,  dans  le  cas  présent,  comme  les  surfaces  verticales  des  parois  ne  présentent 
que  de  trè.s  légères  saillies,  il  a  trouvé  bon  d'apporter  à  leur  décoration  une  grande  simplicité 
de  motifs  et  de  tons;  il  a  mis  une  sourdine  aux  sonorités  ordinaires  de  sa  palette.  Le  plafond,  au 
contraire,  était  divisé  par  des  moulures  épaisses,  entre  lesquelles  se  creusent  les  caissons; 
l'artiste,  dans  ces  parties  plus  mouvementées,  a  réchauffé  ses  tons,  varié  et  enrichi  son 
coloris,  animé  et  multiplié  les  figures. 

L'ensemble  présente  en  somme  un  aspect  doux  et  frais,  tout  différent  de  la  magnificence 
opulente  qui  s'étale  au  Louvre  dans  le  plafond  de  la  galerie  d'.Apollon  C'est  que,  dans  cette 
dernière  œuvre,  la  richesse  inouïe  de  l'architecture  et  particulièrement  l'abondance  des 
figures  en  ronde  bosse,  qui  contribuent  pour  une  si  grande  part  h  la  décoration,  obligeaient 
Delacroix  à  déployer  les  ressources  extraordinaires  de  sa  palette  et  de  son  dessin.  «  Ondit,»  a 
écrit  Théophile  Silvestre,»  que  le  dessin  et  la  couleur  sont  deux  principes  se  développant  au 
préjudice  l'un  de  l'autre;  que  tel  tableau  est  bien  peint,  partant  mal  dessiné,  tel  autre,  beau 
de  lignes  et  détestable  par  les  tons;  que  les  coloristes  ne  parlent  qu'à  nos  sens,  tandis  que  les 
dessinateurs  s'adressent  surtout  à  notre  intelligence.  Cette  division  exclusive  fut  de  tout  temps 
un  sujet  de  stériles  querelles,  non  seulement  en  peinture,  mais  dans  toutes  les  branches  du 
génie  humain  :  en  histoire,  en  politique,  en  religion.  Elles  traînent  dans  tous  les  livres  sous 
cette  invariable  rubrique  :  spiritualistes  et  matérialistes,  penseurs  et  écrivains,  catholiques  et 
athées,  dessinateurs  et  coloristes.  Chaque  maître  a  développé  avec  amour  sa  tendance  natu- 
relle la  plus  forte,  sans  rester  pour  cela  inférieur  dans  les  autres  parties  de  l'art,  il  serait  vul- 
gaire d'ajouter  qu'une  qualité  dominante  exige  de  certains  sacrifices  et  que  ses  défauts  sont 
souvent  un  excès  de  ses  qualités.  » 

Eugène  Delacroix  a  écrit  lui-même  sur  ces  compositions  une  notice  que  le  journal /'.4r<  a 
publiée  le  16  juin  1878  avec  quatre  croquis  de  projets  pour  la  décoration  des  archivoltes. 
Nous  ne  nous  ferons  point  faute  de  faire  de  larges  emprunts  à  ce  précieux  document.  CVoir 
aussi  le  SjIou  du  Roi  au  palais  législatif,  texte  et  dessins  par  A.  Robaut.  Paris,  1882,  in-i8, 
et  un  article  publié  parle  mèmea'uteur  dans  l'Art,  numéro  du  2  mai  1880.) 

N°'   ^12,   513,    p4,    515,    516,    ^17,    518,    p9  :    Plafond 

Dimensions  :  grands  caissons,  H.  1^40,  L.  3'^8o;  petits  caissons,  H.  et  L.  i'"4o.  — 
Cat.  A.  Moreau,  pp.  211,  212. 

0  Ce  plafond  se  divise  en  neuf  caissons.  Celui  du  centre,  presque  entièrement  occupé  par  une 
lucarne  circulaire,  ne  comporte  comme  décoration  que  des  coins  ornés  de  masques.  Tout 
autour  du  caisson  central,  il  s'en  développe  huit  autres,  dont  quatre  présentent  des  surfaces 
allongées;  ils  ont  une  grande  importance  décorative.  Le  peintre  y  a  placé  des  figures  qui 
sj'mbolisent,  selon  sa  conception,  les  forces  vives  de  l'Etat,  c'est-à-dire  la  Justice,  l'Agri- 
culture, l'Industrie,  la  Guerre.  Il  a  trouvé  la  source  d'une  inspiration  grandiose. 
i°La  y;(5/;'ce,  attribut  principal  de  la  puissance  suprême,  lien  indispensable  des  sociétés 
humaines,  abaisse  son  sceptre  avec  un  geste  de  protection  sur  des  vieillards,  des  enfants  et 
des  femmes  qui  l'implorent. 

2°  L'yl^n'ci(//î(r<?  occupe  le  grand  caisson  du  côté  de  la  cour;  elle  nourrit  des  enfants  qui  se 
pressent  sur  son  sein  bruni  ;  près  d'elle,  un  laboureur  féconde  la  terre  et  lui  confie  la 
semence  de  la  saison  prochaine. 


i38 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


l833 


3°  V Industrie.  La  figure  principale  au  plafond  est  ici  caractérise'e  par  ses  accessoires  :  balles 
de  marchandises,  ancres,  etc.  Un  Génie  appuyé  sur  un  trident  personnifie  la  marine  ;  un 
Génie  tenant  le  caducée  svmbolise  la   rapidité  des  transports  et  la  sécurité  des  transactions. 


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4°  La  Guerre  est  représentée  par  une  femme  à  demi-couchée,  coiffée  d'un  casque  lauré,  cou- 
verte de  l'égide,  appuyée  sur  un  chapiteau  d'ordre  ionique  et  tenant  des  drapeaux  dans  le 
pli  du  bras.  Des  femmes  éplorées  s'enfuient  et  se  retournent  pour  contempler  une  dernière 
fois  les  traits  du  père  ou  du  mari  qui  vient  de  succomber  en  défendant  la  patrie. 
5",  6°,  7",  8".  Les  quatre  derniers  caissons,  plus  petits  et  carrés,  occupent  les  angles  du  pla- 
fond ;  Us  sont  ornes  de  figures  d'enfants,  qui  portent  des  emblèmes  se  rapportant  aux  figures 
principales  :  le  hibou  de  Minerve;  la  corbeille  de  fleurs  et  le  bâton  des  pasteurs;  le  ciseau, 
le  compas  et  le  marteau;  la  massue  d'HercuTe.  » 


i833 


I-'ŒUVRK    DE    DELAC:R0IX 


i3q 


N"^ 


po,   ^'2K   522,   ^2j  :   Frises  et  bandeaux 


H.  2"6o,  L.  I  i'"oo.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  211,  212. 

«Au-dessus  des  archivoltes  qui  surmontent  les  bases  réelles  ou  simulées  pratiquées  autour  de 
la  salle,  s'étendent,  sur  chacun  des  quatre  côtés,  de  grandes  frises  non  interrompues.  Eugène 
Delacroix  y  a  développé  une  suite  de  décorations  correspondant  h  celles  du  plafond,  c'est-à- 
dire  des  scènes  relatives  à  la  Justice,  à  l'Agriculture,  aux  Arts  et  h  la  Guerre.  Les  personnages 
y  ont  de  moindres  dimensions  que  les  figures  principales  du  plafond;  ils  so.nt  peints  dans 
une  gamme  assez  mate  qui  fait  songer  aux  plus  belles  tentures  des  Gobelins.  Enfin,  des 
bandeaux  étroits,  qui  relient  les  frises  à  la  corniche  du  plafond,  portent,  mêlées  à  des  guir- 
landes de  fleurs,  des  inscriptions  latines  choisies  avec  ce  goût  littéraire  si  pur  et  si  classique  qui 
distinguait  Delacroix.»  —  Nous  empruntons  nos  descriptions  au  livre  déjà  cité  de  M.  Robaut. 
i'5_«  Sur  la  frise  qui  accompagne  la  Justice,  se  déroulent  les  sujets  suivants  :  d'un  côté,  la 
Vérité  et  la  Prudence  assistent  un  vieillard  occupé  à  écrire  les  lois;  la  Méditation  s'applique 
à  interpréter  les  textes  :  les  peuples  se  reposent  sous  l'égide  des  principes  protecteurs.  De 
l'autre  côté,  trois  vieillards  siègent  sur  un  tribunal;  prés  d'eux,  la  Force  debout,  figurée 
sous  les  traits  d'une  jeune  femme  presque  nue,  appuyée  sur  la  massue,  ayant  à  ses  pieds 
un  lion  frémissant,  semble  prête  à  faire  respecter  leurs  décisions. 


Plus  loin,  un  Génie  vengeur  exécute  leurs  ordres  et  va  saisir  dans  leurs  repaires  les  larrons 
et  les  sacrilèges,  qui  dérobent  des  trésors  et  cherchent  à  dissimuler  les  fruits  de  leurs  rapines. 
Sur  le  bandeau  on  lit,  au  milieu  :  justitia;  à  gauche  :  leges  incidere  ligno  (graver  les  lois 
sur  la  table'  ;  à  droite  :  cui.pam  p.ena  premit  comes  (le  châtiment  suit  de  près  la  faute)». 


140 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


[833 


2"  «  Sur  la  frise  correspondant  à  V Agriculture  sont  figure'es  :  d'un  côté,  la  Vendange,  par  des 
faunes  et  des  suivants  de  Bacchus  qui  célèbrent  la  fêle  de  l'Automne;  de  l'autre,  la  Moisson, 
sous  les  traits  d'un  robuste  paysan  qui  se  désaltère  au  vase  écumant  que  lui  présentent  des 
femmes  et  des  enfants.  Une  moissonneuse  lassée  s'est  endormie  sur  des  gerbes  ;  plus  loin, 
h  l'ombre,  un  Sylvain  couronné  de  lierre  s'exerce  sur  la  flûte  champêtre,  un  autre,  sur  le 
chalumeau  ;  ailleurs,  un  jeune  garçon  caresse  une  chèvre  que  retient  un  enfant.  Sur  le 
bandeau,  en  légende,  au  milieu  :  agricultura;  à  gauche  :  plenis  spumat  vindemia  labris 
(la  Vendange  écume  à  pleines  cuves);  à  droite  :  pacis  alumna  ceres  (la  Paix  nourrit  Cérès).  « 


Reprenons  ici,  avec  Th.  Silvestre,  la  question  du  dessin  de  Delacroix  :  <•  Ilfaudrait  remuer  au- 
jourd'hui, pour  vider  la  question  entre  Ingres  et  Delacroix,  les  raisons  jadis  invoquées  par 
les  derniers  imitateurs  de  Raphaël  contre  le  Caravage  et  Ribéra,  par  les  élèves  du  Poussin 
contre  Rubens,  par  les  fanatiques  de  David  contre  Prudhon  et  Gericault.  Il  est  bien  plus 
simple  de  s'en  rapporter  au  bon  sens  et  de  reconnaître  tout  de  suite  que  la  Nature,  ce  maître 
à  tous,  dessine  et  colore  h  la  fois  avec  une  indivisible  puissance.  Oui,  les  meilleurs  dessina- 
teurs sont  les  plus  grands  coloristes,  de  même  que  les  plus  grands  coloristes  sont  les  meilleurs 
dessinateurs.  Un  professeur  de  pensionnat  est  capable  de  dessiner  avec  justesse  la  forme  du 
premier  objet  venu  et  de  copier  la  plus  vaste  des  compositions;  mais,  pour  cela,  lui  faut-il 
autre  chose  que  la  patience,  la  justesse  de  l'oeil,  et,  à  défaut  de  cette  justesse,  une  loupe,  un 
compas,  un  pantographe?  On  prend  pour  un  beau  dessin  une  image  proprement  achevée 
jusqu'au  moindre  détail  avec  un  crayon  finement  taillé;  ce  n'est  la  qu'une  patiente  chinoi- 
serie, faite  comme  ii  la  pointe  d'une  épingle.  Regardez  ces  beaux  croquis  de  Rubens,  écrits  à 
grands  traits,  spontanément,  rapidement,  comme  des  paraphes,  sous  l'empire  d'une  forte  im- 
pression :  quelle  vie,  quel  feu,  quelle  tournure!  » 


i833 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


141 


3°  0  Sur  la  frise  correspondant  à  Vlndustrie  se  de'roulent  des  actions  variées  ayant  trait  à  l'in- 
dustrie et  au  commerce  :  à  gauche,  des  nègres  échangent  contre  des  denrées  européennes 
les  dattes,  l'ivoire,  la  poudre  d'or  ;  des  nymphes  de  l'Océan,  des  dieux  marins  chargés  de 
perles  et  de  coraux,  président  à  l'embarquement  de  navigateurs  figurés  par  des  enfants  qui 
couronnent  de  fleurs  la  proue  d'un  navire.  A  droite,  des  métiers  à  tisser  la  soie,  des  fileuses, 
des  femmes  et  des  enfants  apportent  des  cocons  dans  des  corbeilles,  et  d'autres  personnages 
sont  occupés  à  les  recueillir  sur  les  branches  mêmes  du  mûrier.  Sur  le  bandeau,  en  légendes, 
au  milieu  :  industria;  à  gauche  :  indi  dona  mauis  (dons  de  la  mer  des  Indes)  ;  à  droite  : 
Fuso  STAMiNA  TORTA  LEvi  (tils  tordus  par  le  fuseau  léger).  » 


«  Ah!  Raphaël,  Raphaël,  quel  grand  dessinateur!»  écrit  encore  Silvestre,  «  disent  depuis  plu- 
sieurs centaines  d'années  ceux-là  surtout  qui,  ne  voyant  Raphaël  que  dans  les  détails,  ne  le 
comprennent  pas.  Faut-il  donc  s'étonner  que  maint  critique  routinier  s'écrie  :  Delacroix  ne 
sait  pas  dessiner!  Dites  qu'il  ne  dessine  pas  comme  les  autres  et  qu'il  ne  veut  pas  suivre  de 
recette;  mais  nul  n'a  plus  étudié,  comparé,  réfléchi.  Il  me  faudrait  une  année  pour  dresser 
un  inventaire  raisonné  de  ses  dessins,  sans  compter  les  feuilles  volantes  qu'il  a,  dans  sa  jeu- 
nesse, éparpillées  par  le  monde.  Je  connais  de  lui  des  essais  d'une  obstination  presque  puérile 
et  qu'il  faisait  uniquement  pour  réussir  ou  pour  se  prouver  à  lui-même  qu'il  était  capable  de 
réussir  dans  les  travaux  les  plus  ingrats.  S'il  lui  arrive  de  commettre  des  fautes,  et,  si  l'on  veut, 
des  énormités,  il  ne  faut  les  attribuer  nia  l'ignorance  ni  au  manque  de  réflexion  :  tout  est  en 
lui  combinaison,  parti  pris  et  logique;  il  lui  est  sans  doute  difficile,  avec  sa  nature  fiévreuse, 
de  ne  pas  marquer  tous  ses  ouvrages  d'un  cachet  d'emportement;  mais  soyez  sûr  que  sa  tête 
reste  froide,  lucide.  Il  est  souvent  très  savant  dans  son  art  et,  ce  qui  vaut  mieux  encore,  doué 
de  ce  génie  divinatoire  qui  trouve  les  choses  du  premier  coup.  » 


14'2 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i833 


4"  «Sur  la  frise  correspondant  à  la  Guerre  on  voit,  d'une  part,  la  fabrication  des  armes,  à  proxi- 
mité d'arsenaux  qui  regorgent  de  glaives,  de  catapultes,  etc.,  des  forgerons  gonflent  leurs 
soufflets,  attisent  le  foyer,  aiguisent  des  épées,  et  martellent  sur  l'enclume  des  casques  et  des 
cuirasses.  D'autre  part,  sont  représente's  les  malheurs  de  la  Guerre  :  des  femmes  emmenées 
en  esclavage  lancent  au  ciel  des  regards  désespérés,  leurs  bras  s'affaissent  sous  les  liens. 


Surle  bandeau,  en  légendes,  au  milieu  :  bei.lum;  à  gauche  :  invisa  m.\tribus  ar.ma  (les  armes 
odieuses  aux  mères);   à  droite  :  gladios  incude  parante  (l'enclume  préparant  les  glaives).» 

N°^   ^24,  ^2^,   526,    527,    ^28,    ,'29,   ^'50,   531  :  Pilastres 


H.  3  mètres,  L.  variant  de o'"97  à  i"'io.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  212. 

«  Les  piliers  qui  séparent  les  haies  et  qui  soutiennent  les  archivoltes  sont  taillés  en  forme  de 
pilastres.  Pour  en  couvrir  la  surface  haute  et  droite  de  peintures  décoratives,  Eugène  Dela- 
croix se  trouvait  en  face  du  problème  que  Jean  Goujon  a  si  bien  résolu  dans  ses  adorables 
bas-reliefs  d'angle  de  la  Fontaine  des  Innocents.  Il  a  pris  un  parti  semblable  et  rempli 
les  espaces  étroits,  dont  il  disposait,  par  des  figures  dont  les  mouvements  accentués  et  en 
même  temps  les  formes  onduleuses  donnent  l'idée  de  vivantes  arabesques.  D'ailleurs  il 
convenait  à  cet  esprit  fln  et  vigoureux,  du  moment  où  il  avait  h  représenter  sous  des  aspects 
nécessairement  variés  et  dans  des  dimensions  colossales,  huit  figures  de  fleuves  et  de  mers, 
d'établir  entre  ces  personnages  allégoriques  et    les  réalités  géographiques  auxquelles  ils  ré- 


i833 


LŒUVRE     DE    DELACROIX 


14: 


pondent,  de  profondes  et  délicates  analogies.  Il  devait,  par  une  ingénieuse  association  de 
formes  et  d'idées,  nous  rappeler  les  sinuosités  des  rivages,  ciirva  littora,  leurs  enfon- 
cements et  leurs  brusques  saillies,  la  puissance  mobile  et  le  parcours  capricieux  de  ces  masses 
et  de^  ces  cours  d'eau  qui  répandent  le  mouvement  dans  le  paysage  comme  la  vie  dans  la  nature. 
Les  figures  dites  des  fleuves  sont  peintes  en  grisaille;  ce  sont,  d'ans  l'ordre  que  nous  avons  adopté 
pour  la  description  iiu  plafond  et  des  frises,  d'abord  les  deux  mers  qui  baignent  les  côtes  de 
la  France:  oceanus  irOcéani  et  mediterraneu.m  .mare  (la  Méditerranéel,  caractérisée  par  le 
type  africain.  Puis  le.s  six  fleuves  qui  fertilisent  la  France  :  garumna  (la  Garonne)  ;  araris 
(la  Saône);   ligeris  (la  Loire);  rhenus  (le  Rhin);  sequana  (la  Seine);  rhodanus  (le  Rhône'". 

N°'  ^p,   ^jj,   )j4,  )j^  :   Premières   pensées   du  plafond 


Dessins   à   la    plume.    —    In- 
quarto.  A  M.  Etienne  Arago. 

Rien  n'est  plus  intéressant  que  de 
comparer  ces  premières  idées  aux 
sujets  définitivement  choisis  et 
réalisés  par  l'artiste.  On  peut 
suivre  les  mouvements  de  sa 
pensée  et,  pour  ainsi  dire,  sur- 
prendre les  secrets  de  son  génie. 
Sa  conception  première  n'est  que 
l'expression  matérielle  du  sujet. 
Ainsi,laji(i//ce  venge  une  victime 
en  poignardant  l'assassin  ;  la 
Guerre  est  symbolisée  par  un 
appel  aux  armes.  De  ce  point  de  départ  violent  et  presque  vulgaire,  l'intelligence  du  maître 
s'est  élevée  jusqu'aux  visions  les  plus  nobles  et  les  plus  sereines  de  l'art  décoratif. 


N°®  ^^6,   5^7,    ^^8,  5)9  :  Premières  pensées  de  la  frise 


A.  Robautjdans  les  dimensions  de  :  H.  o"'2o5,  L.  o"'31io,  pour  le  journal  VArt,  187S. 


Malgré  l'extrême  réduction  de  nos  croquis,  on  pourra  cependant  comparer  ces  premières 
pensées  aux  compositions  définitives  reproduites  plus  haut.  Pour  la  frise  comme  pour  le  pla- 
fond, le  maître  a  substitué  à  des  épisodes  violents,  à  des  mouvements  tourmentés,  des  scènes 
tranquilles,  des  attitudes  calmes,  s'harmonisant  mieux  avec  les  lignes  de  l'architecture. 


144 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


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N"  ^40  :  Croquis  de  chevaux 

Dessin  à  la  plume.  —  In-folio.  —  Garde-main  avec  morceau  du  bandeau  sous  cor- 
niche du  «  Salon  du  Roi  ».  —  Publié  en  phototypographie  par  la  Vie  moderne,  du 
26  juin  1880  :  H.  o™i32,  L.  o"M40.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Six  tètes  ou  corps  de  chevaux  reproduits  en  une  feuille  de  croquis  à  la  plume.  En  haut  de  la 
planche,  on  lit  dans  un  cartouche,  sur  un  commencement  de  frise  du  Salon  du  roi  à  la 
Chambre  des  Députés,  l'esquisse  des  mi^ts  a  Matribus  detestata  ». 

N"^  ^41,  542  :  Deux  études  pour  la  frise 

1°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  In-octavo. —  Projet 
pour  le  rectangle  de  la  Justice. 

2°  Dessina  la  plume. —  In-octavo. —  Allégorie  de  la 
/  Force  dans  la  frise  de  la  Justice. —  Gravé  sur  bois  en 
fac-similé  par  Sotain,  pour  la  Ga:{ette  des  Beaiix- 
•'^j  Arts,  tome  XIX,  i865.  —  Appartient  à  M.  Burty. 
^  «Il  importe  aussi,  pour  apprécier  sainement  la  décoration 
de  la  Salle  des  Fleuves,  de  ne  pas  perdre  de  vue  que 
nous  sommes  en  présence  de  personnages  héroïques  surhumains.  Nous  ne 
devons  point,  par  conséquent,  leur  demander  les  attitudes  précises  et  les 
mouvements  exacts  que  fournit  le  modèle  à  l'atelier.  Notre  imagination  doit  suppléer 
également  à  certaines  bizarreries  provenant  de  l'étroitesse  du  cadre  dans  lequel  est  empri- 
sonnée l'immense  allégorie.  A  tous  ces  titres,  Delacroix  a  complètement  et  magistralement 
rempli  le  programme  qu'il  s'était  imposé;  aussi,  quand  on  considère  les  dispositions  parti- 
culières de  la  salle  et  les  difficultés  à  vaincre,  ceux  qui  connaissent  l'œuvre  entier  de  l'artiste 
estiment  que,  parmi  tant  de  compositions  grandioses,  il  n'en  est  pas  qui  donnent  mieux  que 
celles-ci  une  idée  de  l'étonnante  souplesse  et  de  l'incomparable  puissance  de  son  génie  ». 


Année  1884 


N"  <,4j  ;  Eftet  de  neige  à  Champrosay 

Toile.  —  H.  o™2i,  L.  o'"33. —  N°  216  de  la  Vente  posthume: 
260  fr.  à  M.  Filhs.  —  Appartenait,  en  1877,  à  M.  Choquet.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

«  Champrosay,  »  écrit  Delacroix,  vingt  ans  plus  tard,  «  est  un  village 
d'opéra  comique;  on  n'y  voit  que  des  élégantes  ou  des  paysans  qui 
ont  l'air  d'avoir  fait  leur  toilette  dans  la  coulisse;  la  nature  elle-même 
y  semble  fardée;  je  suis  offusqué  de  tous  ces  jardinets  et  de  ces  pentes 

maisons  arrangées  par  des  Parisiens.  Aussi,  quand  je  m'y  trouve,  je  me  sens  plus  attiré  par 

mon  atelier  que  par  les  distractions  du  lieu.  » 


i834 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


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N"  ^4  :  Vue  prise  à  Champrosay 


Carton.  —  H.  o"Uj,  L.  o™26.  —   N°  219  de  la  Vente  posthume. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Effet  général  vert  bleu;  à  mi-côte,  en  haut,  à  droite,  un  château  devant 
le  rideau  d'arbres.  Delacroix  n'aimait  que  de  cette  sorte  ce  pays  de 
Champrosay  où  cependant  il  allait  a  faire  ses  vendanges,  car,  —  dît-il  à 
madame  de  Forget, —  j'ai  du  raisin».  Mais  si  le  pays  ne  lui  plaisait  guère,  il 
n'en  était  pas  de  même  de  l'habitation.  «  Quand  j'aurai  5o,ooo  francs  de  trop,  disait-il  h 
M.  Schwiter,  j'achèterai  un  palais;  il  sera  comme  ma  petite  campagne  de  Champrosay,  où 
je  ne  trouve  pas  le  temps  de  mettre  les  pieds,  et  qui  est  remplie  d'agréments.  » 


N"''  545,  546,   ^7  :    Peintures  décoratives  à  Valmont 


Léda,  Anacréon,  Bacchus. —  Trois  essais  de  fresques.  — 
A  M.  Bornot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ces  fresques  occupent  des  dessus  de  porte  dans  le  corridor  du 
premier  étage  de  la  propriété  de  Valmont.  Elles  furent  peintes  en 
1S34,  comme  en  témoigne  le  passage  suivant  de  la  lettre  du  2  3  sep- 
tembre adressée  à  M.  F.  Villot  :  «  A  propos,  je  dis  que  je  n'ai  rien 
fait,  je  me  trompe.  J'ai  fait  peut-être  plus  que  je  ne  pense,  car 
j'ai  essayé  de  la  fresque.  Le  cousin  m'a  fait  préparer  un  petit  mor- 
ceau de  mur  avec  les  couleurs  convenables,  et  j'ai  fait  en  quelques 
heures  un  petit  sujet  dans  ce  genre  assez  nouveau  pour  moi,  mais  dont  je  crois  que  je  pourrais 
tirer  parti  si  l'occasion  s'en  présentait.  Cela  est  plus  commode  que  la  détrempe.  La  difficulté 
consiste  surtout  à  terminer  et  à  arrondir  convenablement  les  formes;  mais  je  crois  que  le 
changement  qui  s'opère  dans  les  tons  n'est  pas  aussi  considérable  que  dans  la  détrempe.  Au 
reste^  c'est  fort  long  à  sécher,  et,  depuis  4  ou  5  jours  que  c'est  fait,  |e  ne  suis  pas  encore  cer- 
tain que  les  tons  aient  recouvré  leur  éclat.  J'avoue  que  je  serais  singulièrement  ragaillardi  par 
un  essai  dans  ce  genre  si  je  pouvais  le  faire  sérieusement  et  en  grand.  Je  crois  le  procédé 
beaucoup  plus  simple  qu'on  ne  le  fait.  »  —  Nous  reproduisons  ici  la  Léda. 


N"''  ^48,  ^49,    550  :   Croquis  pour  les  fresques  de  Valmont 


1°  Croquis  mine   de 
plomb.  —  In-quarto 
,vT,  jTr  T  en  hauteur.  —   Non 
p^/^^Ç0  catalogué  par  M.  Mo- 
reau. 
2°  Croquis  mine  de  plomb.  —  In-quarto  en  largeur.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 
3"  Croquis  mine  de  plomb. —  In-quarto  en  largeur.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  n'avons  reproduit  qu'une  des  trois  fresques  qui  décorent  la  vieille  demeure  de  Valmont. 
Les  deux  premiers  croquis  que  nous  donnons  ici  rappellent  suffisamment  le  sentiment  des 
autres  compositions.  Quant  au  troisième,  c'est  la  première  pensée  du  premier. 


14(3 


LHEUVRE    DE    DELACROIX 


l834 


N"  5  5 1  ;  Une  rue  à  Mequinez 

Toile.  —  Sans  aucun  détail.  —  Salon  de  1834.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  174. 


N°  ^  )  2  :  Portrait  de  Léon  Riesener 


Toile. 


H.  o"'52,  L.  o'"42.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  235. 


Il  est  représenté  de  face  en  buste,  vêtu  d'un  habit  bleu  à  boutons  de 
métal.  M.  Philippe  Burty  a  donné,  en  tète  du  premier  volume  de 
on  édition  des  lettres  de  Eugène  Delacroix,  des  Notes  de  Riesener 
sur  le  maître.  En  remerciant  les  personnes  qui  ont  prêté  leur  concours 
1  cette  publication,  M.  Burty  ajoute  :  a  Pardessus  tout,  le  concours  de 
1  éon  Riesener,  qui  quitta  brusquement  la  vie,  presque  au  moment  où 
1  achevais  ces  lignes,  m'a  été  utile.  Nous  avons  souvent  agité  ensemble 
le  projet  d'une  notice  biographique  que  pour  ma  part  je  jugeais  inutile, 
étant  peu  porté  par  mes  habitudes  de  critique  à  me  substituer  à  ceux 
qui  peuvent  prendre  eux-mêmes  la  parole,  et  la  série  de  ces  lettres 
composant  une  réelle  autobiographie,  sincère  et  animée.  Aujourd'hui,  le  bon  et  spirituel 
Léon  Riesener  n'est  plus  là  pour  m'encourager  et  me  rectifier;  j'ai  jeté  mon  manuscrit  au 
feu.  Je  crois  ne  pouvoir  faire  mieux  que  de  transcrire  ces  curieuses  notes  que,  dans  sa  mo- 
destie, le  parent  et  l'ami  d'Eugène  Delacroix  ne  m'avait  remises  que  comme  matériaux.  » 
Ce  portrait  fut  exposé  dans  l'hôtel  de  Riesener,  à  la  vente  après  décès  de  cet  ami  du  maître. 


N°  555  :   Portrait  de  M.    Bellinger 

Toile.  —  H.  o^âo,  L.  o'"5o.  —  Signé  en  clair  .sur  le  fond.  — 
Non  daté.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

La  redingote  est  grise.  M.  Bellinger,  élève  de  la  pension  Goubaux, 
avait  obtenu  le  deuxième  prix  de  mathématiques  spéciales  au  concours 
général.  Nous  avons  déjà  cité,  au  sujet  du  «  père  Goubaux  »,  un 
passage  des  Souvenirs  littéraires  de  M.  Maxime  du  Camp.  Celui-ci  dit 
encore  :  «  Il  était  sans  doute  absorbé  par  ses  travaux  littéraires,  car  on 
le  voyait  peu  à  la  pension,  du  moins  dans  les  classes  élémentaires  que 
je  suivais;  en  revanclie,  nous  étions  en  rapport  avec  madame  Goubaux, 
petite  femme  sèche,  brune,  alerte,  qui  passait  souvent  dans  nos  salles 
d'études  et  nous  vitupérait  lorsque  nos  blouses  étaient  déchirées,  nos 
cheveux  ébouriffés  et  nos  mains  tachées  d'encre...  Si  mes  souvenirs 
sont  exacts,  c'est  en  i83o  que  la  pension  Saint-N'ictor  quitta  la  rue  Chanteraine,  abandon- 
nant ses  terrains  à  des  néothermes  qui  ont  disparu  à  leur  tour  pour  faire  place  aux  ateliers 
du  tapissier  décorateur  de  la  ville  de  Paris.  On  nous  transporta  rue  Blanche,  dans  une  maison 
nouvelle  dont  le  jardin  s'étendait  jusqu'à  la  rue  de  Clichy.  Cette  maison  existe  encore;  elle  a 
été  un  lieu  de  plaisirs  publics.  Aujourd'hui,  elle  abrite  une  sorte  de  théâtre.  Quant  h  la 
pension  Saint-Victor,  elle  a  eu  de  glorieuses  destinées,  car  de  transformation  en  transfor- 
mation elle  est  devenue  ce  grand  collège  Chaptal  qui  s'élève  au  point  d'intersection  de  la  rue 
de  Rome  et  du  boulevard  des  BatignoUes;  l'œuvre  de  mon  ancien  maître,  du  a  père 
Goubaux  »,  a  prospéré  :  ce  qui  tendrait  h  prouver  que  l'on  peut  être  à  la  fois  auteur  dra- 
matique et  bon  pédagogue.  »  (Maxime  du  Camp,  Souve>:irs  littéraires.  Tome  I.) 


i834 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


147 


N"  ^  ^  :  Mademoiselle  de  la  Boutraye 


Toile  ovale.  —  H.  o"'y3,  L.  o"'59.  —  Appartient  à  ma- 
dame Millaud  du  Tillet,  fille  de  M.  le  comte  du  Tillet.  — 
Cat.  A.  Moreau,  p.  233. 

Elle  est  coiffée  en  cheveux  avec  le  haut  chignon  formant  coques  sur 
le  sommet  de  la  tête  et  les  boucles  de  côté  encadrant  l'ovale  du 
visage.  Elle  est  vêtue  d'une  robe  blanche  sur  le  corsage  de  laquelle 
descend  une  chaîne  en  fer  de  Berlin  se  rattachant  à  la  haute  ceinture 
de  soie.  M.  Moreau,  qui  cite  ce  portrait,  commet  quelques  erreurs. 
Mademoiselle  de  la  Boutraye  et  non  Boutrai,  devenue  comtesse 
Raymond  du  Tillet,  a  été  peinte  en  1834,  et  non  en  1829.  Nous  allons 
citer,  h  propos  du  portrait  en  pied  de  Rabelais,  l'opinion  très  juste  de 
M.  Lassalle-Bordes  sur  l'habileté  de  Delacroix  h  faire  revivre  sur  la 
toile  les  traits  et  le  caractère  d'un  personnage  historique  d  qui  ne  posait  pas  devant  lui.  » 
M.  Lassalle-Bordes,  qui  travailla  longtemps  auprès  du  maître,  prétend  que  celui-ci  éprouvait 
Il  une  grande  torture  à  faire  des  portraits.  »  —  Ce  portrait  parut,  en  1878,  à  l'exposition  des 
portraits  historiques.  (Catalogue  Henry  Jouin,  n"  855.) 


N°^  5^5,  ^56  :  Portraits  de  madame  et  de  M.  Simon 


"  Toile.  —  H.  o'"58,  L.  o'"48.  — 
'|fo©^  Appartient  à  M.  Choquet. — Voir  un 
-i^l.^M     autre  portrait  à  l'année  1829.  — Non 

catalogué  par  M.  Moreau. 
2°   Sepia    —  H.  o'"i65,  L.    o'"i3o.     —  Non 
catalogue  par  M.  Moreau. 

/j^  Uj  Le  portraiten  pied  de  madame  Simon  est  une  mer- 
^^  Aeille  de  couleur  et  de   lumière.  Le  coup  de  soleil 
sur  le  païquet  est  une  note  de  peintre  éblouissante, 
qui  dcmontrt  uni.  fois  de  plus  la   variété   infinie  du  talent  de   l'ad- 
mirable artiste  qui   pou\ait    s'arrêter  à   ces  phénomènes  purement 
pittoresques,  au   moment  où  il  exécutait    les  grandes   compositions 
décoratives    du    Salon    du   Roi.    —    Dans    la    sépia,   M.   Simon, 
omme  nous  l'avons  dit  (  voir  n"  204),  maître  de  ballet  à    l'Opéra,  est  représenté 
en   costume  de  capitaine  Bracassio,  chef  de  forbans,  dans  le  n  Diable  amoureux.  « 


N°  ^  ^  7  :  Bouquet  de  fleurs  dans  un  vase  de  grès 


Toile,  —  H.  o"'72,  L.  o"'92.  • —  Non  signé  ni  daté.  —  Vente  George  Sand, 
23  avril  1864  :  2,070  fr.;  vente  E.  Carlin,  29  avril  1872  :  13,650  fr.  — 
Cat.   A.    Moreau,  p.  282. 

<i  Au  lieu  de  simplifier  en  les  généralisant  les  colorations  locales.  Delacroix  multipliait  les 
tons  a  l'infini  et  les  opposait  l'un  h  l'autre  pour  donner  à  chacun  d'eux  une  double  inten- 
sité. L'effet    pittoresque  résulte   donc,    chez    Delacroix,   des   complications  contrastées,    u 


N"  ^)8  :  Portrait  en  pied  de   Rabelais 


Toile.  —  Grandeur  nature.  —  Pour  la  bibliothèque  de  Chinon. 
—  Gravé  à  Teau-forte  par  Célestin  Nanteuil,  pour  la  publication  :  le 
Musée,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"M43,  L.  o"'o94.  —  Salon  de 
1834.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  106,  1-5. 

Ce  portrait  qui  est  tout  à  fait  remarquable,  même  en  tant  que  portrait, 
semble  avoir  e'té  bien  ignoré  au  moment  où  il  aurait  dû  être  rappelé, 
en  1882,  lors  de  l'inauguration  du  monument  de  Chinon.  Les  curieux  trou- 
veront sur  cette  peinture  un  article  très  intéressant  de  Alexandre  De- 
camps,  dans  le  Musée,  revue  du  Salon  de  1834,  page  bj.  Il  est 
vraisemblable,  dit  M.  Philippe  Burty,  que  ce  portrait  ne  fut  pas  jugé 
digne  d'orner  les  galeries  de  Versailles.  C'est  pourquoi  il  fut  donné  à  la 
bibliothèque  publique  de  Chinon.  M.  Lassalle-Bordes  le  cite,  à  juste 
titre,  comme  un  exemple  de  la  supériorité  de  Delacroix  quand  il  avait  h  reproduire  les  traits 
et  le  caractère  d'un  personnage   historique   qui  ne  posait  pas  devant   lui. 


N"" 


559 


Ensevelissement  du  Christ 


Toile.  —  H.   o'"325,  L.  o"'240.  —  A  madame  Boulanger-Cavé,  à 
\'ersailles.   —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  tableau  a  été  préparé  à  l'aquarelle  sur  papier  et  retouché  à  l'huile.  Sans 
le  savoir  probablement,  Delacroix  revenait  ainsi  au  procédé  usité  par  les 
peintres  du  xv  siècle,  qui  n'adoptèrent  pas  immédiatement  la  pratique 
franche  de  la  peinture  à  l'huile  et  procédèrent  pendant  longtemps  encore 
par  des  glacis  à  l'huile  sur  une  préparation  de  peinture  à  l'eau.  Il  n'est  pas 
chimérique  d'attribuer  à  cette  méthode  la  parfaite  conservation  des  pein- 
tures anciennes.  Les  vieux  maîtres  étaient  extrêmement  méticuleux  en  ce 
qui  concerne  la  technique  delà  peinture;  leurs  scrupules  au  sujet  des  véhicules  des  matières 
colorantes  étaient  infinis.  Leurs  couleurs  ne  s'étant  pas  écaillées  ni  crevassées,  cela  prouve 
incontestablement  qu'ils  surchargeaient  leur  peinture  aussi  peu  que  possible.  (Th.  Silvestre.) 


N°  ^60  :  Tigre  au  repos  près  de  son  antre 


Toile.    —    H.  o'"26o,  L.  o"'335.    —  A   madame   Boulanger- 
Cavé,  à  Versailles. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ceci  est  encore  une  mise  en  œuvre  de  quelque  étude  faite  au  Maroc. 
Aux  enthousiasmes  du  maître  pour  le  pays  et  la  race,  il  est  curieux 
d'opposer  ce  qu'en  dit,  dans  ses  Souvenirs  littéraires,  M.  Maxime  du 
Camp,  parfois  grand  admirateur  de  Eugène  Delacroix.  «  Je  sortis 
de  la  provmce  d'Oran  et  j'entrai  au  Maroc  ;  laid  pays,  lourde  race, 
sans  élégance,  sans  grandeur,  sans  goût.  Des  peintres,  curieux  de  couleur  et  de  contrastes,  en 
ont  reproduit  quelques  aspects  et  croient  y  avoir  trouvé  l'Orient;  singulier  Orient,  que  les 
véritables  Orientaux  appellent  0  le  moghreb  »  le  couchant.  « 


i834 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


149 


N"    01  :  Le  prisonnier  de  Chillon 


Toile.    —    H.    o'"j3,     L.    o'"92.    —    Daté    et    signé    à 
droite.  —    Salon  de   i835  et  Exposition   universeUe  de 

i855.  ^  Lithographie  par  M.  Alophe  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.o"M5i,  L.  o™225,  et  par  Mouilleron  dans 
les  dimensions  de  :  H.  o'^igo,  L.  o"'245.  —  Vente  de  la 
duchesse  d'Orléans,  18  janvier  i853  :  4,700  fr.  à  M.  A. 
Moreau.  — ■  Cat.  A.  Moreau,  pp.  82,  i33,  175,  246. 
Ce  tableau  fut  peint  pour  le  duc  d'Orléans.  Il  appartient  au- 
jourd'hui à  madame  veuve  Adolphe  Moreau.  «  Le  temps  a 
doré  Je  sa  plus  belle  patine  le  Prisonnier  de  Chillon.  Lié  à  une  colonne  par  une  chaîne 
rivée  à  une  ceinture  de  fer.  le  malheureux  voit  mourir  son  jeune  frère,  attaché  un  peu  plus 
loin,  sans  pouvoir  rompre  ses  entraves  ;  le  mouvement  avec  lequel  il  s'élance  vers  l'agonisant 
est  d'une  violence  superbe;  les  fonds  humides  et  froids  font  deviner  de  vagues  arcades  sous 
leur  glacis  bleuâtre  et  donnent  une  grande  valeur  à  la  figure  principale,  effleurée  par  un 
rayon  tombant  d'un  soupirail.  »  (Théophile  Gautier,  Les  beaii.v-jrts  en  Europe.)  a  La  chaîne  de 
fer  est  tellementtendue  qu'onla  dirait  elle-même  animée,  près  de  se  rompre. «  (Th.Silvestre.l 


N"  02  :  Rencontre  de  cavaliers  maures 


Eau-forte  (trait  carréi.  —  H.  o"'i84,  L.  o'"25i.  —  Voir 
à  i833  le  tableau  refusé  au  Salon  de  1834.  —  Vente 
posthume,  trois  épreuves:  79  fr.  ;  vente  Villot,  décembre 
1875   :  59  fr.  à  M.  GoupiL  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  21.  — 

Cette  eau-forte  a  été  publiée  en  report  lithographique  dans  le 
Musée,  revue  du  Salon  de  1834,  par  Alexandre  Decamps, 
Paris  1834,  in-4"',  avec  cette  lettre  :  En  haut  au  milieu:  «  Le 
Musée  »;  à  gauche:  0  Peint  par  Eugène  Delacroix;»  à  droite: 
«Transport  et  lith.  Delaunois»;  au  milieu  :  «  Rencontre  de  ca- 
valiers maures  (tableau  refusé  au  Salon.)  »  lia  été  fait  aussi  un  cliché  phototypographique 
dans  les  dimensions  de  H.  o'^igi,  L.  o'"254,  pour   l'Art,  livraison  du  7  mai  1882.  ' 


N°   )àj  :   Rencontre  de  cavaliers  maures 


Dessin  à  la  plume.  —  H.  o'"i67,  L.  o"233.  —  Appartient  à  ^L  Choquet.  —  Cliché 
phototypographique  dans  les  dimçnsions  de  :  H.  o"'i70,  L.  o"'240  pour  l'Art,  li- 
vraison du  7  mai  1882.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Sans  changements  importants  avec  l'eau-forte  qui  précède  et  dont  l'exécution  est  plus  serrée. 
En  faisant  ce  dessin,  son  tableau  sous  les  yeux,  le  maître  se  façonnait  la  main  à  la  direction 
des  malheureuses  hachures,  inévitables  sur  une  planche  de  métal.  Il  faut  dire  aussi,  à  propos 
des  eaux-fortes  de  Delacroix,  dont  le  procédé  peut  sembler  inférieur  à  côté  des  publications 
récentes,  qu'on  n'avait  pas  alors,  ou  plutôt  on  semblait  avoir  délaissé  les  «  ficelles  »  pour 
teinter  les  valeurs  graduellement  et  avec  ce  velouté  qui  rend  si  bien  le  gras  de  la  peinture. 
—  Delacroix  a  supprimé  les  cavaliers  du  fond,  qui  sont  dans  le  tableau  de  1 833  (voir  n'' 469^ 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i834 


N"  (64  :  Soldat  m:iure 


Aquarelle.    —   Signé,   non    daté.  —   Vente  Villot,  1  i    février  i865  :  3o5    fr.  —  Cat. 
A.  Moreaii.  p.  291. 


N"-  56^,   ^'66  :  Officiers  turcs 


1"  Aquarelle. —  H.  o'"266,  L.  o"'i85. 

—  Signé  au  bas,  à  droite.  — Appartient 
à  M.  G.  Revenaz. —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 
2"  Aquarelle.  —  H.  o'"i63,  L.  o'"24o. 

—  Signé  au  bas,  à  droite.  —  Appartient 
à  M.  G.  Revenaz.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

montre   1  olhi.ier  turc   aidant  son  cheval  à  sortir  d'un   marais; 
le  cht\  il  csl  bai  brun  pommelé;  au  fond,  on  aperçoit  dans  le    lointain 
de  n3mbri.u\    c^\  iliers  qui  passent  un  gué.  —  Dans   le  n"  1,  l'officier 
est    monté    sur  un   cheval  alezan  qui  avance  au  pas  relevé. 

«  Rien  n'est  plus  impertinent  ni  plus  bête  que  de  parler  à  un  grand  artiste,  érudit  et  penseur 
comme  Delacroix,  des  obligations  qu'il  peut  avoir  au  dieu  du  hasard.  Cela  fait  tout  simple- 
ment hausser  les  épaules  de  pitié.  Il  n'y  a  pas  de  hasard  dans  l'art,  non  plus  qu'en  méca- 
nique. Une  chose  heureusement  trouvée  est  la  simple  conséquence  d'un  bon  raisonnement, 
dont  on  a  quelquefois  sauté  les  déductions  intermédiaires,  comme  une  faute  est  la  consé- 
quence d'un  faux  principe.  Un  tableau  est  une  machine  dont  tous  ks  systèmes  sont  intelli- 
gibles pour  un  œil  exercé,  où  tout  a  sa  raison  d'être,  si  le  tableau  est  bon;  où  un  ton  est 
toujours  destiné  à  en  faire  valoir  un  autre;  où  une  faute  occasionnelle  de  dessin  est  quel- 
quefois nécessaire  pour  ne  pas  sacrifier  quelque  chose  de  plus  important.   » 


N°^  07,  08  :  L'ermite  de  Copmanhurst  et  le  chevalier 


1'^  Composition  gravée  à  Taquatinte  par 
7  Prévost.  —  H.  o"'420,  L.  o"'402.  —  Li- 
tho4raphiée  par  Menut  -  Alophe,  pour 
1  Artiste  (1834)  :  H.  0^140,  L.  o"'i73.  — 
Cat   A.  Moreau,  pp.  86  et  i  i  i. 

Piemier  état  de  la  lithographie.  En  haut,  au 
milieu  :  «  l'Artiste  »;  en  bas,  à  gauche  ;  «  Eu- 
gi.ne  Delacroix  »;  à  droite  :  <i  Lith.  de  Frey  »; 
Ermite  de  C'ipmanhurst  (Ivanhoe)  »,  et  sur  la 
phneht  a  la  plume  «  Alophe,  d'après  Delacroix.  » 
Deuxicme  état.  En  haut,  au  milieu  :  «Galerie  delà  Galette  des  Femmes  »;  en  bas,  même 
lettre,  sauf  h  droite  :  «  Imprimerie  d'Auhert  »  au  lieu  de  :  «  Lith.  de  Frey.  " 
2°  L'épreuve  gravée  que  reproduit  notre  second  cliché  n'a  pas  été  cataloguée  par  M.  Mo- 
reau. Il  est  possible  qu'elle  ait  été  prise  sur  la  grande  planche  au  moyen  de  «  caches.  » 


1804 


LŒUVRE     DE     DELACROIX 


l5l 


N"  ^69  ;  Le  jeune  Clifford  trouvant  le  corps  de  son  père 
sur  le  champ  de  bataille  de  Saint-Alban 


Lithographie.  —  H.  o^iSS,  L.  o™222.  —  Composition 
analogue  à  celle  de  la  Mort  de  Lara.  —  Vente  Sensier 
.deuxième  état)  en  lots  :  3  fr.  ;  (troisième  état)  en  lots  : 
2  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  49. 

Premier  état.   Sans  aucune  lettre. —  Nous  tenons  de  M.  Villot 
qu'il  n'en  a  été   tiré  qu'une  seule   épreuve,   la  pierre   ayant  été 
cassée  au  tirage.    Les  épreuves  des    autres   états  ont  été   tirées 
sur  une  seconde  pierre  recommencée  par  Delacroix. 
Deuxième  état.   En  haut:  «L'Artiste  »;  en  bas,  à  droite:  «  Lith. 
de  Lemercier.  Shakespeare,  Henri  V!»;  à  gauche:  «  Eugène  Delacroix»;    au  milieu  le  titre. 
Troisième  état.  Le  nom  de  Lemercier  n'est  pas  visible  sur  les  épreuves  de  cet  état. 
Publié  dans  l'Artiste,  tome  VIIL  année  1834. 

«  Pour  Delacroix,  la  nature  est  un  vaste  dictionnaire  dont  il  roule  et  consulte  les  feuillets 
avec  un  œil  sûr  et  profond  ;  et  cette  peinture,  qui  procède  surtout  du  souvenir,  parle  surtout 
au  souvenir.  L'effet  produit  sur  l'àme  du  spectateur  est  analogue  aux  moyens  de  l'artiste. 
Sacrifiant  sans  cesse  le  détail  à  l'ensemble,  et  craignant  d'affaiblir  la  vitalité  de  sa  pensée  par 
la  fatigue  d'une  exécution  plus  nette  et  plus  calligraphique,  il  jouit  pleinement  d'une  origi- 
nalité insaisissable,  qui  est  l'intimité  du  sujet.  »  (Ch.  Baudelaire.) 


N"  570  :   Hamlet  et  Tomhre 


Croquis   mine  de   plomb.  • —    H.  o'"220,  L.  o"'iq5.  —    Fac-similé 
A.  Robaut  (n"  56)   dans   les   dimensions    de   o"'220   sur   o'^igS. — 
Vente    posthume  :    i65  fr.  à   M.  Alfred    Sensier.  —  Voir   la   litho- 
,.,  graphie  n°  579.    —   Cat.   A.  Moreau,  p.  i36. 

/y^        yfll^      ((L'ombre  :  Je  suis  l'esprit  detonpère,  condamné  pour  un  certain  temps  à 
ÇifeiW-.^  ^         errer  la  nuit...  Écoute,  écoute,  on  !  écoute!  Si  tu  as  jamais  aimé  ton  tendre 
père — Hamlet:      O  ciel  !      — L'ombre:    Venge-le  d'un  meurtre  hor- 
rible et  monstrueux.    —  H.\mlet  :    D'un  meurtre '\..  Fais-le-moi  vite  connaître.  » 


N"  ^71  :  Hamlet  et  sa  mère 


Dessin    aquarelle.  —    H.    o™22,    L.   o'"i8.    —    Appartient   à  madame 
Pierret.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Il  ne  faut  pas  confondre  cette  rencontre  d'Hamlet  et  de  sa  mère,  conim(:  on  le 
fait  généralement,  avec  celle  de  la  deuxième  scène  du  drame.  Delacroix  nous 
montre  ici  la  scène  XI  en  présence  de  l'ombre  invisible  pour  la  reine,  où 
celle-ci  lui  dit  :  «  Pourquoi  vos  yeux  sont-ils  fixés  dans  le  vide  et  échangez- 
vous  des  paroles  avec  l'air  impalpable  ?  Vos  esprits  regardent  avec  effarement 
..  que  regardez-vous.'  »  et  Hamlet  répond:  «  Lui!...  lui!...  voyez  comme  sa 
.  Ne  vovez-vous  rien  ici?  —  Non,  rien,  si  ce  n'est  nous-mêmes.  » 


l52 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


i834 


N°  ^72  :  Insultes  d'Hamlet  à  Ophelia 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"24,  L.  o"Mg.  —  Fac-similé 
A.  (Robaut  n"  44),  dans  les  dimensions  de  :  H.  0^24,  L.  o™iq.  — 
Vente  posthume  :  i5  fr.  à  M.  Albert  de  la  Fizelière.  —  Voir  la 
lithographie   11°  .541    et  le  tableau  à  1840.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 

0  Si  tu  te  maries,  je  te  donnerai  pour  dot  cette  vérité  empoisonnée:  Sois 
aussi  chaste  que  la  glace,  aussi  pure  que  la  neige,  tu  n'échapperas  pas  à  la 
calomnie.  Va-t'en  dans  un  couvent.  Adieu.  Oui.  si  tu  veux  absolument  te 
marier,  épouse  un  imbécile;  car  les  hommes  sensés  savent  trop  bien  quels 
monstres  vous  faites  d'eux.  Au  couvent,  allons  et  vite!  Adieu.»  Et  Ophelia  répond:  0  Puis- 
sances célestes,  guérissey-le  !  Secourez-le,  vous,  cieux  cléments!  » 


N°  ^yj   :   Reproches  d'Hamlet  à  sa  mère 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"24,  L.  o™r8.  —  Fac-similé 
A.  Robaut  (n'>45),  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'24,  L.  o^iS.  — Vente 
posthume:  20  fr.  à  M.  Albert  de  la  Fizelière.  —  Voir  lithographie 
n°  546.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 


«  Cessez  de  vous  tordre  les  mains  !  Silence  !  asseyez-vous,  —  que  je  vous 
torde  le  cœur!  Oui,  j'v  parviendrai, —  s'il  n'est  pas  d'une  étoffe  impénétrable; 
—  si  l'habitude  du  crime  ne  l'a  pas  fait  de  bronze  — et  rendu  inaccessible  au 
sentiment.  .)  —  La  Reine  :  0  Qu'ai-je  fait  pour  que  ta  langue  me  flagelle  de 
ce  bruit  si  rude?  «  —  Hamlet  :  »  Regardez  cette  peinture-ci,  et  celle-là.  » 
Baudelaire  a  cité  quelque  part  des  lignes  de  fienri  Heine  qui  expliquent  bien  la  méthode  de 
Delacroix  :  «  En  tait  d'art,  je  suis  surnaturaliste.  Je  crois  que  l'artiste  ne  peut  trouver  dans 
la  nature  tous  ses  types,  mais  que  les  plus  remarquables  lui  sont  révélés  dans  son  âme,  comme 
la  svmbolique  innée  d'idées  innées,  et  au  même  instant.  Un  professeur  d'esthétique  a  voulu 
remettre  en  honneur  le  vieux  principe  de  l'imitation  de  la  nature,  et  soutenir  que  l'artiste 
plastique  devait  trouver  dans  la  nature  tous  ses  types.  Il  a  oublié  l'architecture,  n 


N"  ^'74  :  Le  crâne  d'Yorick 

Croquis  crayon.  —  Cliché  pour  VArt,  livraison  du  3o  septembre  1877.  —  H.  o"'i65, 
L.  o'"i8o  avec  ce  titre  :  «  Alas  !  poor  Yorick  ».  — Vente  posthume.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

N''  ^75  :  Hamlet  et  Horatio 


Sépia.  —  H.   o"'2o,  L.  o"'i5.  —  Vente  posthume,   n"  104  bis,  à  M.  Petit.  —  Appar- 
tenait à  M.  Monnerot.  —  Non    catalogué  par  M.  Moreau. 
C'est  la  même  composition  que  celle  du  tableau  catalogué  sous  le  numéro  suivant. 


£834 


[.'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


i53 


N"  ')'/()■.   Hamlet  et  Horatio  au  cimetière 


Horatio  ! 
dos  mille 


Toile.  —  H.  i'"oo,  L.  o'"8i.  — Signé  à  gauche  «Eug.  Delacroix.  " 
Daté  i835.  —  Tableau  refusé  au  Salon  de  i836.  —  Lithographie 
pour  le  journal  V Artiste,  en  i836,  dans  les  dimensions  de  o"'i87 
sur  o'"i4i.  —  Vente  Edwards,  7  mars  1870:  21,000  fr.  à 
M.  Heine.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  1 12,  176  et  252. 

Le  jury  a  refusé  ce  tableau  au  Salon  de  i836.  —  Le  fond  est  la 
reproduction  du  cimetière  de  Toulon,  où  Delacroix  demeura  en  qua- 
rantaine en  revenant  d'Alger  après  son  voyage  au  Maroc.  Ce  tableau* 
payé  vingt  et  un  mille  francs  à  la  vente  Edwards,  était  sorti  de  l'atelier 
de  Eugène  Delacroix  au  prix  de  deux  cents  francs.  —  On  connaît  la 
fameuse  scène  du  cimetière  :  «  Hélas!  pauvre   Yorick!...  Je   l'ai  connu, 

c'était  un  garçon  d'une  verve  infinie,  d'une  fantaisie  exquise  :  il  m'a  porté  sur  son 

fois.  »  (Voir  plus  loin,,  n"*  SyS,  592,  5q3,  et  à  l'année  iSSg.) 


HAMLET  —  SUITE  DE  SEIZE  COMPOSITIONS 


Lithographies. —  Vente  Langlais,  treize  pièces  sur  chine  (  première  publication  )  : 
100  fr. — Vente  De  La  Combe,  treize  pièces  sur  chine  (première  publication)  :  i5i  fr. 
—  Vente  posthume,  treize  pièces  en  un  cahier  complet  (  première  publication  et 
plusieurs  cahiers  incomplets)  :  80  fr.  —  Vente  Piron,  treize  pièces  sur  blanc  (première 
publication]  :  80  fr.  — Vente  Soleil,  seize  pièces  sur  blanc  (dont  les  treize  de  la  pre- 
mière publication)  :  70  fr.;  treize  pièces  dépareillées:  60  fr.  —  Vente  Th.  Gautier, 
16  janvier  1873  :  t25  fr.  Tirage  moderne,  épreuves  tachées  d'eau. —  Vente  Villot, 
10  décembre  1875  :  62  fr. 

Les  seize  pierres,  avec  quatre  épreuves  de  chaque  pierre  tirées  chez  Lemercier,  ont 
été  achetées  par  M.Paul  Meurice,  à  la  Vente  posthume,  au  prix  de  2,o5o  fr.  —  M.  Paul 
Meurice  en  a  fait  tirer  deux  cents  exemplaires,  puis,  les  pierres  ont  été  sciées  et  enca- 
drées.— •  L'ouvrage  eut  donc  deux  éditions.   La   première  parut  seulement  en   1843. 

Sur  la  couverture  on  lit  :  «  Hamlet  ;  treize  sujets  dessinés  par  Eug.  Delacroix.  A  Paris,  chez 
Gihaut  frères,  éditeurs,  boulevard  des  Italiens,  5.  Lith.  de  Villain,  rue  de  Sèvres,  19.  »  Cette 
publication  avait  été  faite  pour  le  compte  personnel  de  Delacroix.  Le  tirage  ne  comportait  que 
quatre-vingts  exemplaires  dont  soixante  sur  blanc  et  vingt  sur  chine,  lesquels  étaient  épuisés 
au  décès  de  l'auteur.  Il  en  a  été  tiré  à  l'origine  quelques  épreuves  sur  chine  dont  le  format 
dépasse  le  trait  carré  d'un  à  deux  centimètres.  Elles  sont  très  recherchées  quoiqu'elles  portent 
la  lettre.  Il  y  a  plusieurs  états.  Le  premier,  sans  lettre  aucune,  a  été  tiré  h  très  peu  d'exemplaires 
sur  chine  et  sur  blanc.  Le  deuxième,  avec  lettre,  tiré  sur  grand  format  porte  :  «  Imprimerie 
Villain  ».  Le  troisième  ,  avec  lettre,  est  sur  papier  blanc.  Le  quatrième  a  été  tiré  avec  la 
lettre  effacée  ou  cachée  au  moyen  d'un  papier  mince  dont  on  distingue  l'empreinte;  il  est 
sur  chine  avec  l'adresse  de  l'imprimerie  Bertauts. 

Deuxième  édition,  1864.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  61.  Sur  la  couverture  on  lit  :  0  Hamlet.  Seize 
sujets  dessinés  et  lithographies  par  Eug.  Delacroix.  Paris,  Dusacq  et  C",  Michel  Lévy  frères, 
Pagnerre.  M.D.CCC.LXIV.  »  Les  trois  sujets  ajoutés  avaient  été  exécutés  en  même  temps 
que  les  treize  premiers;  mais  Delacroix,  en  1843,  n'avait  pas  voulu  qu'il  fussent  publiés  et 
s'était  contenté  d'en  faire  tirer  quelques  épreuves  d'essai  sans  nom  d'imprimeur  et  sans  lettre. 
Bien  que  les  treize  planches  de  la  publication  originale  continuent  à  porter  dans  le  second 
tirage  les  mots  :  «  Lith.  de  Villain  »,  ce  tirage  a  été  exécuté  chez  M.  Bertauts. 


i54 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


l834 


N°  ^77  :   La  reine  s'eftbrce  de  consoler  Hamlet 


■iQf).  —  Cat.  A.  Mo- 


Lithographie.  —  1834.  —  H.  o"'253  , 
reau,  p.  61 . 

Signé   en  bas,  à  droite,  sur  la    planche:  «  Eug.  Delacroix,  1834.»  En 
légende  :  «  Cher   Hamlet,  écarte   cette   sombre   apparence   et    jette   un 
regard  ami  vers  le  roi.  —  Hamlet, acie  I,  scène  IL  »  —  Hamlet  est  debout 
au  milieu  d'une  salle  de  réception   du  château;  sa  mère,  à  ses  côtés,  lui 
jette  un  regard  inquiet  ;  au  fond,  Polonius,  Laertes,  et  des  seigneurs  de 
leur  suite.  —  On  connaît  la  situation  dramatique.  .■Vu  début  de  la  scène, 
le  roi  l'a  exposée.  «  Quoique  la  mort  de  notre  cher  frère  soit  encore  de 
fraîche  date  et  qu'il  pût  paraître  que  nos  cœurs  fussent  accablés  sous  le 
chagrin,  avec  une  joie  en  quelque  sorte  déroutée,  le  bonheur  dans  un 
œil  et  la  douleur  dans  l'autre,  mêlant  les   réjouissances  aux  funérailles 
et  les  cantiques  funèbres  h  l'hymne  nuptial,  nous  avons  pris  pour  femme  celle  qui  fut  autre- 
fois notre  sœur.»  Hamlet  persiste  à  porter  le  deuil  de  son  père;  sa  mère  lui  dit  :  oTu  sais  que 
c'est  la  loi  commune  ;  —  tous  ceux  qui  vivent  doivent  mourir,  et  passer  de  la  nature  à  l'éternité,  d 


N°  ^78  :  Hamlet  veut  suivre  l'ombre  de  son  père 


Lithographie.  —    i835.  —  H.  o"'26o  ,    L.   o"'2o5.  — Cat.  A.   Mo- 
reau,  p.  62. 

Signé  en  bas,  à  gauche,  sur  l'image  :  «Eug.  Delacroix,  i835.»  En  légende  : 
K  Mon  destin  me  crie  de  le  suivre.  Lâchez-moi,  messieurs,  ou,  par  le  ciel, 
je  ferai  un  fantôme  du  premier  qui  m'arrêtera.  —  Hamlet,  acte  I, 
scène  IV. 1)  —  Hamlet,  sur  la  plate-forme  du  château,  retenu  par  Marcellus 
et  Horatio,  veut  s'élancer  vers  le  fantôme  qui  retourne  la  tête  en  s'éloi- 
gnant.  —  Marcellus  et  Horatio,  en  faction  sur  l'esplanade  d'Elseneur. 
ont  à  plusieurs  reprises  aperçu  l'ombre  du  feu  roi  et  prévenu  Hamlet.  A 
minuit,  le  fantôme  se  montre  en  effet,  et,  par  trois  fois,  fait  signe  h  son 
fils  de  le  suivre.  Celui-ci  obéit,  malgré  sa  propre  terreur  et  la  résistance 
de  ses  amis.  Quelle  force,  quelle  impétuosité  dans  l'élan  du  jeune  prince! 


N°  ^70  :  Le  fantôme  sur  une    autre  partie  de  la  terrasse 


Lithographie. — 1843. —  H.o'"258,  L.o"'i93. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  62. 

Signé  en  bas,  à  droite,  sur  l'image  :  <i  Eug.  Delacroix,  1843  ».  En  légende: 
«  Je  suis  l'esprit  de  ton  père.  Venge-le  d'un  meurtre  infâme  et  dénaturé.  — 
Hamlet,  acte  I,  scène  V.  »  —  Hamlet,  l'êpée  h  la  main,  est  debout  sur  le 
rempart,  son  manteau  soulevé  par  le  vent  ;  il  jette  un  regard  d'effroi  sur 
l'ombre  de  son  père  qui  s'avance  vers  lui.  —  C'est  la  terrible  scène  où 
Hamlet  apprend  comment  son  père  a  été  empoisonné.  L'ombre  prélude  à 
la  révélation  par  quelques  paroles  dont  Delacroix  traduit  le  sens  mot  à 
mot  :  <i  ...  Je  te  ferais  un  récit  dont  le  moindre  mot  déchirerait  ton  âme, 
glacerait  ton  jeune  sang,  ferait  jaillir  tes  yeux  de  leurs  orbites  comme  deux 
eurs  sphères,  détruirait  l'harmonie  de  ta  chevelure  symétriquement  rangée  et 
tout  droit  chacun  de  tes  cheveux  comme  les  dards  d'un  porc-épic  irrité.  » 


iS34 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"  ,-8o  :  Polonius  et  Hamlet 


prunier,  et  qu  i 


Lithographie.  —  Sans  date.  —  H.  o'"248,  L.  0"'i82.  —  Cat.  A.  Mo- 
reau,  p.  62. 

En  légende  :  «Que  lisez-vous,  monseigneur?...  Des  mots,  des  mots,  des 
mots.  —  Hamlet.  acte  II,  scène  II.  »  —  Hamlet,  les  yeux  regardant  dans 
le  vide,  tient  à  la  main  un  livre  ouvert;  Polonius,  debout  à  ses  côtés,  lui 
parle.  Il  vient  de  déclarer  au  roi  que  Hamlet  est  fou,  fou  d'amour  pour  sa 
fille  Ophelia,  qui  lui  a  remis  une  lettre  du  prince.  C'est  alors  qu'il  aborde 
Hamlet.  Celui-ci  feint  de  ne  pas  le  reconnaître  et  le  berne.  —  «  H.amlet.  Le 
coquin  de  satirique  dit  ici  que  les  vieillards  ont  des  barbes  grises,  que  leurs 
faces  sont  ridées,  que  de  leurs  yeux  découlent  l'ambre  épais  et  la  gomme  du 
!s  ont  une  riche  pénurie  d'esprit  en  même  temps  que  de  très  faibles  jarrets.  » 


N''^  581,  582  :  Hamlet  et  Ophelia 


1"  Lithographie.  —  Sans  date.  —  H.  o"'243,  L.  o"'i98.  —  Cat.  A. 
Moreau,  pp.  62,  i  14. 

Signé  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix.  »  —  Non  daté.  —  En  légende  : 
((  Nous  sommes  tous  d'insignes  vauriens,  ne  crois  aucun  de  nous,  entre 
(.n  un  monastère.  —  Hamlet,  acte  III,  scène  I.  »  —  Hamlet,  debout,  fait 
un  geste  d'adieu  à  Ophelia,  assise  dans  l'attitude  du  désespoir.  —  (Voir  le 
tableau  à  l'année  1840.) 

Le  premier  état  sans  lettre  est  une  épreuve  d'essai;  le  deuxième  a  la 
li-gendc  et  le  nom  de  l'imprimeur.  Cette  planche  n'a  été  publiée  que 
dans  la  seconde  édition  (1864'. 

2    M    Paul  iMeunce  possède  un  croquis  à  la  mine  de  plomb  de  cette  même  scène  ;  il  n'y  a 

qu'une  différence,  c  est  que  la  composition  est  retournée. 


N°  ^8}  :  Hamlet  fait  jouer  aux  comédiens  la  scène  de 
l'empoisonnement  de  son  père 


Lithographie.  —  i835.  —  H.  o™248,  L.  o'"323.  —  Cat.  A. 
Moreau,  p.  63. 

Signé  à  droite  sur  l'image  :  nEug.  Delacroix,  i835.»  En  légende: 
0  C'est  une  intrigue  scélérate,  mais  qu'importe  !  Votre  majesté  et 
nous,  avons  la  conscience  libre;  cela  ne  nous  touche  en  rien... 
Vous  voyez,  il  l'empoisonne  dans  le  jardin  pour  s'emparer  de  son 
royaume;  l'histoire  est  réelle,  écrite  en  bel  italien. — Hamlet,  acte 
III,  scène  II.  »  —  Au  premier  plan,  Hamlet  tenant  un  éventail  à 
la  main  est   étendu  sur  des  coussins  aux  pieds  d'Ophelia.  Le  roi 
et  la  reine  sont  assis  ;  derrière  eux,  debout,  Rosencrantz  et  Polo- 
nius regardent  la  scène  qui  se  joue  sur  le  théâtre.  A  droite,  se  tient  Horatio  appuyé  contre 
une  colonne,  il  semble  examiner  le  visage  du  roi.  —  La  planche  n'a  fourni  qu'un  très  petit 
nombre  de  bonnes  épreuves,  soutenues  dans  les  demi-teintes. 


i56 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


i834 


N°  584  :  Hamlet  et  Giiildenstern 


Lithographie.   —   Sans  date.  —   H.  o"'252,  L.  o"'2o6.    —   Cat.    A. 
Moreau,  p.  63. 

Sans  signature  ni  date.  —  En  légende  :  u  Voudriez-vous  jouer  de  cette 
flûte?  —  Monseigneur,  je  ne  puis....  —  Je  vous  en  conjure.  —  Hamlet, 
acte  III,  scène  II.  »  —  Hamlet,  ayant  Rosencrantz  à  ses  côtés,  présente  à 
Guildenstern  une  flûte  que  celui-ci  repousse  du  geste.  —  Rosencrantz  et 
Guildenstern  ont  été  chargés  par  le  roi  de  sonder  Hamlet,  de  le  faire 
parler,  de  découvrir  si  sa  lolie  est  réelle  ou  seulement  apparente,  si  elle 
est  causée  par  son  amour  pour  Ophelia  ou  si  elle  n'est  qu'une  feinte  pour 
masquer  de  pires  sentiments.  Hamlet  se  moque  d'eux  et  finit  par  s'em- 
porter :  c(  Sang  de  Dieu!  croyez-vous  qu'il  soit  plus  aisé  de  jouer  de  moi  que  d'une  flûte?  » 


N°  ^8^  :  Hamlet  tenté  de  tuer  le  roi 


possède  une  pi 


Lithographie. —  184?.  —  H.   o'"263,  L.  o'"i8t.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  63. 

Signé  à  gauche  sur  l'image  :  «  Eug.  Delacroix,  1S43.  »  En  légende:  «  A 
présent,  je  puis  le  tuer  facilement...  mais  quoi!  le  surprendrai-je  au  milieu 
de  ses  prières,  au  moment  où  il  purifie  son  âme?  Non,  non.  —  O  cons- 
cience plus  noire  que  la  mort!  âme  engluée  dans  le  crime!  Je  ne  puis 
prier!...  mes  paroles  s'adressent  là-haut,  mes  pensées  demeurent  ici-bas.  — 
Hamlet,  acte  III,  scène  III.  »  —  Le  roi  est  à  genoux,  les  mains  jointes,  au 
pied  d'une  colonne,  dans  un  appartement  du  château.  Debout  derrière  lui, 
Hamlet,  qui  vient  d'entrer,  tire  son  épée  du  fourreau.  —  M.  Paul  Meurice 
inture  du   même  sujet.  CVoir  à  l'année  1843.) 


N""*  586,   587  :  Le  meurtre  de  Polonius 


H  i"  Lithographie.  — Sans  date.  —  H.  0^241,  L.  o"M92.  — 'Vente 
Dubois,  1866  (  premier  étati  :  18  fr.;  vente  Villot,  décembre  1875 
(premier  état)  :  5  fr.  à  M.  Robaut. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  64. 

Sans  signature  ni  date.  En  légende  :  «  Qu'est-donc?  un  rat? —  Hamlet, 
a^te  III,  scène  IV.  »  —  Hamlet,  l'épée  à  la  main,  se  précipite  vers  le 
rideau  derrière  lequel  est  caché  Polonius.  Sa  mère  le  retient  par  le  bras. 
(Voir  le  tableau  à  l'année  1843.) 

Le  premier  état  est  avant  toute  lettre  et  sans  trait  carré. Le  deuxième  état 
a  la  légende,  mais  n'a  pas  de  nom  d'imprimeur  ni  trait  carré. Le  troisième 
état  porte  la  légende  et  le  nom  de  l'imprimeur.  Pour  un  véritable  amateur, 
les  nuances  s'apprécient,  sur  la  planche  même,  par  des  différences  très  sensibles  et  non  par 
les  marges,  c  est-a-dire  que  quand  bien  même  on  mettrait  au  carré  et  on  rognerait  cette 
planche  en  premier  état,  on  la  distinguerait  toujours  du  deuxième  état  par  les  coups  de 
grattoir  très  clairs  au-dessus  de  la  reine  ;  en  outre,  l'ombre  portée  sur  le  rideau  n'a  pas  les 
taches  claires  qui  sont  signalées  dans  le  deuxième  état. 
2"  A  la  vente  posthume,  le  dessin  du  même  sujet  fut  adjugé   pour  290  fr.  à  M.  Vasselot. 


N"  588  :  Hamlet  et  k  reine 


Lithographie.  —  181^4. —  H.  o'"26o,  L.  o"'i8o.  —  Vente  posthume 
(premier  état  et  deuxième)  :  23  fr.;  vente  Soleil  (premier  état)  :  2g  fr. 
—    Cat.    A.  Moreau,  pp.  64,  i36. 

Signé  en  haut.h  droite:  «  Eug.  Delacroix,  1834.  »En  légende  :  «  N'ajoute 
rien  de  plus,  cher  Hamlet.  Ces  mots  pénètrent  jusqu'à  mon  oreille  comme 
autant  de  poignards  ;  rien  de  plus,  cher  Hamlet.  —  Hamlet,  acte  III, 
scène  iV.  »  —  Hamlet  vient  de  quitter  son  siège  ;il  fixe  des  yeux  hagards 
sur  le  portrait  qu'il  tient  à  la  main.  Sa  mère,  assise  à  ses  côtés,  fait  un  geste 
d'effroi  et  veut  le  retenir. 

Le  premier  état  présente  sur  les  marges  de  gauche,  en  croquis,  une  femme, 
le  sein  nu;  le  deuxième  n'a  ni  croquis  ni  lettre.  Le  troisième  a  la  légende  et  le  nom  de 
l'imprimeur.  —  Dans  le  croquis  préparatoire  (voir  le  n»  67 1)  la  composition  est  en  sens 
inverse,  parce  que  Delacroix  n'a  pas  retourné  son  dessin  pour  le  lithographier.  Il  a  d'ailleurs  agi 
de  cette  manière  pour  presque  toute  la  suite.  En  outre,  le  sujet  n'est  pas  exactement  le  même. 


N°  589  :  Hamlet  et  le  cadavre  de  Polonius 


Lithographie.  —  1845. —  H.  o"'255,  L.  o"'i77. —  Partie  du  n"  407 
de  la  vente  posthume  (quatre  feuilles)  :  102  fr.  —  Cat.  A.  Moreau, 
pp.  64, 252. 

Signé  au  bas,  h  droite,  sur  l'image  :  «  Eug.  Delacroix,  iS35  ».  En  légende: 
((  Vraiment,  ce  conseiller  est  maintenant  bien  silencieux,  bien  discret,  bien 
grave,  lui  qui  dans  sa  vie  était  le  drôle  le  plus  bavard  du  monde.  — 
Hamlet,  acte  III,  scène  IV.  »  —  Hamlet  soulève  la  draperie  derrière  la- 
quelle s'était  caché  Polonius  et  considère  son  corps  étendu  par  terre.  — 
Voir  le  tableau  à  l'année  1845.  ^On  se  rappelle  que,  pendant  son  entretien 
avec  sa  mère,  Hamlet,,  entendant  une  voix  derrière  la  tapisserie,ct  croyant 

que  c'est  la  voix  du  roi,  frappe  de  son  épée  et  tue  Polonius  par  méprise  :  «  Je  t'ai  pris  pour 

un  plus  grand  que  toi,  »  dit-il,  hautain  et  méprisant. 


N°  ^90  :  Le  chant  d'Ophelia 


Lithographie.  —  1834. —  H.  o'"259,  L.  o™2o8.  —  Vente  Burty 
(  preniier  état  )  :  25  fr.;  vente  Villot,  1875  (premier  état  avec  un 
autre)  :  55  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  65. 

Signé  à  gauche  :  «  Eug.  Delacroix,  1834.  »  En  légende  :  «  Son  linceul 
blanc  comme  neige  était  parsemé  de  fleurs. —  Hamlet,  acte  IV,  scène  V.» 
—  Ophelia,  devenue  folle,  chante  devant  la  reine  dans  une  salle  du 
palais  d'Elseneur.  Elle  est  presque  à  genoux,  tenant  une  écharpe  à  la 
main  ;  au  fond,  debout,  derrière  elle,  la  reine  et  Horatio.  C'est  le 
meurtre  de  son  père  par  son  amant  qui  a  causé  la  tolie  d'OpheHa. 
Le  premier  état  est  sans  aucune   lettre,   c'est  une  épreuve  d'essai.—   Le 

deuxième  état  avec  la  légende  et  le  nom  de  l'imprimeur.   Cette  planche  n'a  été  publiée  que 

dans  la  seconde  édition  que  M.  Paul  Meurice  fit  faire  en  1S64. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l834 


N°^  ^91,  ^92   :   Mort  d'Ophelia 


1°  Lithographie. —  1843.  —  H.  o"'i86,  L.  o™255,  —  Cat.  A. 
Moreau,  pp.  61,  25i,  252. 

Signe  a  gauche,  en  bas  :  n  Eug.  Delacroix,  1843..  »  En  légende  ; 
«  Ses  vêtements  appesantis  et  trempés  d'eau  ont  entraîné  la  pauvre 
malheureuse. — Hamlet,  actelV,  scèneVII.n — Ophelia  vient  de  glisser 
dans  les  eaux  du  ruisseau.  D'une  main,  elle  se  soutient  encore  à  la 
branche  d'un  saule,  tandis  que  de  l'autre  elle  presse  sur  sa  poitrine  les 
fleurs   qu'elle   avait  cueillies.  C'est  la  reproduction   littérale  du  récit 

de  la  mort  d'Ophelia  tait  par  la  reine.  —  Voir  les  tableaux  aux  années  i83S,  1844  et  iSSg. 

2»  Il  faut  signaler  aussi  un  dessin    de  ce  même  sujet  qui  lit  partie  de  la  vente    posthume  et 

qui  fut  adjugé,  sous  le  numéro  402,  pour  55  i  fr.  à  M.  Boignes. 


N°'  59^,  594  :   Hamlet  et  Horatio  devant  les  fossoyeurs 

1°  Lithographie.  —  1843.  —  H.  o"'283,  L.  o'"2i4.  —  Cat.  A.  Moreau, 
pp. 66,  1 12,  178,  25i. 

Signé  en  bas,  sur  l'image  :  «  Eug.  Delacroix,  1843.  »  En  légende  :  n  Ce 
crâne,  monseigneur,  était  celui  d''Yorick,  le  bouffon  du  roi.  —  Hélas  ! 
pauvre  Yorick.  —  Hamlet,  acte  V,  scène  I.  »  —  Hamlet,  qu'accompagne 
Horatio,  regarde  le  crâne  que  lui  présente  l'un  des  deux  fossoyeurs.  —  Voir 
le  tableau  refusé  au  Salon  de  i835. 

2"  A  la  vente  posthume,  on  a  pu  voir  plusieurs  productions  du  maître  sur 
le  même  sujet  etd'abord  sous  le  nuniéro  403,  un  dessin  adjugé  pour 465  fr. 
à  M.  Lecomte.  Ensuite  sous  le  numéro  404  on  a  vendu  une  peinture, 
que  nous  reproduisons  plus  loin,  à  l'année  1840,  et  qui  fut  adjugée 'pour 
■.  Enfin  sous  le  numéro  104  bis  fut  produite  une  sépia,  qui  fut  acquise  par 
entrée    dans   la   collection  de  M.  Monnerot.  (Voir  plus  haut,  n"  575.) 


N"^^  59)5  59<^  •  Hamlet  et  Laertes  dans  la  fosse  d'Ophelia 


i°Lithographie. —  1834.  — H.  o"'284,  L.  o'"iq5. —  Cat.  A.  Mo- 
reau, pp.  65,  I  36. 

Signé  à  gauche  :  a  Eug.  Delacroix,  1S34.  «  En  légende  :  «  Ne  me  serre  pas 
ainsi  h  la  gorge,  l'ami,  il  y  a  quelque  danger  à  courir  avec  moi.  —  Hamlet, 
acte  V,  scène  I.  »  —  Hamlet  et  Laertes  luttent  corps  à  corps  au  fond  de  la 
fosse  ouverte  pour  recevoir  Ophelia.  Ils  ont  sauté  dans  la  fosse  tour  à  tour 
en  présence  du  roi,  de  la  reine  et  de  leur  suite,  accompagnant  le  cortège 
funèbre,  et  se  prennent  à  la  gorge  :  «  Me  voici,  moi,  Hamlet  le  Danois  !  — 
Le  diable   prenne  ton  âme!  —  Ta  prière  est  mauvaise...  »  (Voir  à  l'année 

1842.)  Le  premier  état  sans  lettre  est  une  épreuve  d'essai.  Le  deuxième  a  la 

lettre  et  le  nom  de  l'imprimeur.  —  Cette  planche,  comme  celles  que   nous 

avons  cataloguées  sous   les  n"*   58 1  et  590,  n'a  été  publiée  que  dans  la  seconde  édition. 

2"  M.  A.  Robaut  possède  un  dessin  du  même  sujet.  Il  en  a  fait  un  fac-similé  (troisième  série 

de  sa  publication).  Ce  dessin  est  plus  simjile  d'effet  que  la  lithographie  originale. 


i835 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i59 


N°  597  :   Mort  d'Hamlet 


dis  pa 


Lithographie.  —  1843.  —  H.  o"'289,  L.  o^soS.  — Cat.  A.  Morcau, 
pp. 66,  i36. 

Signé  à  Jroite,_  en  bas,  sur  le  dessin  :  «  Eug.  Delacroix,  1843  ».  En  lé- 
gende :  «  Ah  !  je  meurs  !  Horatio,  justifie  moi  et  ma  cause  auprès  de  ceux 
qui  m'accuseront...  Quelle  vaste  curée  a  faite  la  mort!  que  de  princes 
frappés  par_  le  trépas!  — Hamlet.  acte  V,  scène  IL»  —  Hamlet,  tenant 
encore  son  épée  à  la  main,  vient  de  tomber  mortellement  frappé.  Horatio 
essaye  de  le  soutenir.  Derrière  eux,  Osric  et  deux  autres  seigneurs 
emportent  Lacrtes.  Au  fond,  la  reine  qui  se  meurt,  après  avoir  bu  la 
coupe  empoisonnée.  (Voir  à  l'année  1842.) —  Delacroix  a  fondu  ici,  je  ne 
fondu,  tous  les  mouvements  de  la  dernière  scène  du  drame. 


Année   i835 


N°  598    :  Joueurs  d  échecs  à  Jérusalem 


Toile.  —  H.  o'"455,  L.  o™55o.  —  Eau-forte  de  Ferdinand 
Lefmanpour  r^r/wfe,tiansles  dimensions  de  o'"i46  sur  o"'i  75. 
—  Eau-forte  d'Hédouin  pour  la  galerie  Durand-Ruel,  dans  les 
dimensions  dé  o"'o92  sur  o'"io5.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  100. 

Les  deux  joueurs  sont  accroupis  devant  un  échiquier  posé  par  terre, 
au  pied  d'un  grand  mur  dont  le  faite  est  couronné  de  végétations  et 
au  delà  duquel  on  aperçoit  des  terrasses  arabes.  Une  femme  qui 
soutient  des  deux  mains  un  vase  sur  l'épaule  droite  s'est  arrêtée 
debout  pour  les  regarder.  L'un  des  joueurs  est  coiffé  d'un  turban. 
Le  titre  que  nous  reproduisons  est  celui  qui  a  paru  dans  V Artiste.  On  sait  que  Eugène  Dela- 
croix n'est  jamais  allé  à  Jérusalem,  il  est  donc  permis  de  supposer  que  ce  titre  fallacieux  est 
une  invention  capricieuse  du  directeur  de  VArtiste. 


N°  599  :  Retour  de  l'Enûint  prodigue 


Toile.  —  H.  o"'26,  L.  o'"34.  —  Vente  Sensier. 
par  M.  Moreau. 


Non  cataloaué 


En  ce  sujet  biblique  à  peine  indiqué,  Delacroix  avait  trouvé  les  plus 
touchantes  attitudes  du  pardon.  H.  de  la  Madelène  l'a  dit  très  juste- 
ment :  Il  La  peinture  religieuse  exige  avant  tout  une  grande  âme  et 
un  cœur  profond  !  L'artiste  peut  ne  pas  avoir  la  foi  des  maîtres  pri- 
mitifs; mais  qu'importe  qu'il  s'apitoie  sincèrement  devant  la  Passion  du  Sauveur  ou  le  déses- 
poir de  Marie!  Le  premier  but  de  l'art  est  d'émouvoir  les  âmes,  et  les  tableaux  ne  sont  pas 
faits  pour  soutenir  des  thèses  de  philosophie.  »  [E.  Delacroix  au  boulevard  des  Italiens.] 


i6o 


L  ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i835 


N°'  600,   601  :  Le  combat  du  Giaour  et  du   Pacha 


Toile.  —  H.  o'"73,  L.  o"'6o.  —  Daté 
i835. — Exposition  universellede  i855. 
— N°  76  de  l'Exposition  du  Pavillon  de 
Flore,  1 878.  —  Vente  CoUot,  #8  janvier 
I  85o  :  1 ,600  fr.àM.  Davin;  vente  Davin, 
14  mars  i863  :  7,35o  fr.  à  M.  Péreire; 
vente  Laurent  Richard,  mai  1 878  :  retiré 
à  27,000  fr.  —  Gravé  à  Teau-forte  par 
~^^,  Massard  pour   le   catalogue  Laurent- 

Richard  dans  les  dimensions  de  o"'i3i  sur  o™!  08;  sur  bois, 
pour  le  Monde  Illustré,  d'après  Edmond  Morin,  dans  les 
dimensions  de  o'"  197  sur  o"  137.  —  Appartient  au  baron 
Gérard.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  iSg,  190,  244,  276. 
2°  Dessin  à  la  sépia.  —  H.  o"M6,  L.  o'"i6.  —  Variante  du 
précédent. — Voir  aussi  le  tableau  et  la  lithographie  de  1827. 

(I  Quel  i;oùt  passionné  n'a-t-il  pas  pour  le  cheval,  et  comme  on  sent  qu'il  aime  profondé- 
ment celte  noble  bète!  Le  cheval  de  Delacroix  est  presque  une  créature  humaine  :  il  l'associe 
à  toutes  les  actions  de  ses  héros;  il  lui  prête  leurs  passions,  il  lui  fait  partager  leurs  rivalités 
ou  leurs  périls.  Dans  les  mêlées,  le  cheval  est  toujours  à  la  place  d'honneur  et  sa  vaillance 
s'affirme  par  l'éclat  des  prunelles  et  la  fumée  des  naseaux.  Le  giaour  et  le  pacha  fondent 
l'un  sur  l'autre  avec  furie  ;  mais  qui  est  le  plus  furieux,  des  chevaux  ou  des  cavaliers  ?  » 


N"  602  :    Le  Christ  entre  les  deux  Lirrons 


Toile.  —  H.  i'"85,L.  i'"35.  —  Signé  en  bas  à  gauche  et 
dite  i835. —  Salon  de  iS35. —  Exposition  posthume. 
—  Appartient  à  la  ville  de  Vannes.  —  Cat.  A.  Moreau, 
pp    175,  221. 

M  Robaut  a  vu  ce  tableau  h  Vannes  en  1S73  et  transcrit  les 
lignes  suivantes  peintes  sur  la  toile  même,  à  droite  au  bas  : 
1  Donné  à  la  ville  de  Vannes  par  S.  AL  le  roi  Louis-Philippe  I<"', 
101  des  Français,  sur  la  demande  de  M.  Vigier,  député  du 
premier  arrondissement  électoral  et  membre  du  Conseil 
_  gênerai  du  département  du  Morbihan.  »  Si  l'on  y  tenait,  la 
\  phi.e  de  cette  inscription  était  sur  le  cadre  et  non  sur  la 
loile.  i\L  Robaut  a  protesté  contre  ce  vandalisme  et  cette  muti- 
htion  inqualifiables, danslenuméro  23i  du  journair^4r/|i'"' juin 
1  S7  |\  —  La  scène  représente  le  sommet  du  calvaire.  Le  Christ 
L-it  en  avant.  La  croix  de  l'un  des  larrons  n'est  pas  encore 
diessée.  La  Madeleine,  étendue  à, terre,  lève  les  yeux  vers  le 
Chi  ist. —  Ce  tableau,  acheté  par  l'État  au  prix  de  2,000  francs, 
et  donné  par  lui  à  la  ville  de  Vannes,  est  resté  dans  l'église 
Saint-Paterne  jusqu'en  i865.  A  cette  époque,  comme  il  avait  beaucoup  souffert  par  suite  des 
mauvaises  conditions  dans  lesquelles  il  s'était  trouvé  placé,  il  fut  envoyé  à  M.  Andrieu,  qui 
le  restaura.  11  est  maintenant  à  l'Hôtel  de  Ville  de  Vannes,  dans  le  cabinet  du  maire. 


i8?5 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


i6l 


N"  603  :  Jeune  religieuse 


Toile.  —  Esquisse.  —  H.  o"'42,  L.  o'"3  i .  —  Non  signé.  ■ 
à  M.  Christophe.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


Appartient 


ue   tous  les 


«On  se  rappelle  ce  que  Diderot  dit  à  ce  peintre  qui  lui  apporta  le  portrait  de 
son  père,  et  qui,  au  lieu  de  le  représenter  tout  simplement  dans  ses  habits  de 
travail  (il  était  coutelier),  l'avait  paré  de  ses  plus  beaux  habits  ;  «  Tu  m'as 
tait  mon  père  des  dimanches,  et  je  voulais  avoir  mon  père  de  tous  les  jours." 
Le  peintre  de  Diderot  avait  fait  comme  presque  tous  les  peintres,  qui 
semblent  croire  que  la  nature  s'est  trompée  en  faisant  les  hommes  comme 
ils  sont;  ils  fardent,  ils  endimanchent  leurs  figures  :  loin  d'être  des  hommes 
ours,  ce  ne  sont  pas  même  des  hommes.  (  Delacroix,  Questions  sur  le  beau.) 


N°  604  :  Madame  Delaporte 


Toile.  —  H.  on'20,  L.  o"'i5.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  236. 

M.  Laporte  ou  Delaporte  était  encore  consul  de  France  à  Tanger  en  1S46,  lors  du  voyage  de 
Dumas  en  Afrique;  il  en  est  maintes  fois  question  dans  le  Veloce. 


N"  60^  :   Félix  Guillemardet 


Toile.  — Salon  de  i835.  —  Cat.  A.  Moreau. 

M.  F.  Guiljemardet  était  un  des   meilleurs   amis  du  maître,  peut-être  celui  qu'il ',a  le  plus 
regretté.  (Ecrits  poslJiumes.)  Son  nom  a  passé  maintes  fois  sous  les  yeux  du  lecteur. 


N"  606  :   Portrait  de  madame  Riesener 


Ni  signé,  ni   daté.  —  Cat.  A. 


Toile.  —  H.  o"'7o,  L.  o'"5 
Moreau,  p.  236. 

Au  moment  même  où  Delacroix  faisait  ce  beau  portrait  de  sa  tante 
maternelle,  madame  Riesener,  mère  du  peintre  Léon  Riesener,  il  écri- 
vait, en  faveur  de  ce  dernier,  une  lettre  dont  le  destinataire  est 
inconnu  :i.  N'ayant  pu  presque  sortir  depuis  près  d'un  mois,  h  cause 
d'une  indisposition  assez  grave  qui  m'est  survenue,  je  n'ai  pu,  comme 
je  le  désirais,  aller  rappeler  à  votre  souvenir  que  vous  m'aviez  tait 
espérer  qu'il  pouvait  se  trouver  quelque  occasion  d'employer  le  jeune 
Riesener  dans  les  travaux  de  Versailles.  Je  prends  le  parti  d'en 
appeler  encore  à  votre  obligeance  sur  ce  sujet.  Un  encouragement 
venu  du  gouvernement,  si  peu  important  qu'il  soit^  serait  un  motif 
d'émulation  pour  un  jeune  homme  dont  le  talent  n'a  pu   être  encore 

suffisamment  apprécié.  »    Delacroix  travaillait   lui-même  alors  pour  le  musée  de  Versailles 

au  portrait  du  maréchal  de  Tourville,  que  nous  allons  décrire. 


102 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l835 


N"''  607,  608  :  Le  maréchal  de  Tourville 


!°  Toile.  —  H.  2"^2i.  L.  r"44.  —  Gravé  au 
burin  pour  les  Galeries  historiques  de  Ver- 
sailles, dans  les  dimensions  de  o'"2o6  sur 
o™i33.  —  Au  muse'e  de  Versailles.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  91,  2o5. 
2°  Toile.  —  Esquisse. —  H.  o"'34,  L.  o"^27. 
—  N°  i38  de  la  Vente  posthume  :  160  fr.  à 
M.  Arosa.  —  Vente  Arosa,  février  1878  : 
410  fr.  à  M.  d'Anthouart.  —  Photolithogrâ- 
phié  par  Arosa  dans  les  dimensions  de  o"'  1 20 
sur  0^091 .  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Faut-il  rappeler  que  Anne-Hilarion  de  Cotentin.  comte  de  Tourville, 
marm  célèbre,  ne  en  1642,  nomme  marei-hal  en  lôqS,  mourut  en  1701?  —  Le  rapproche- 
ment des  deux  compositions  prou^e  quelle  réflexion  Delacroix  apportait  h  tout  ce  qu'il  faisait. 


N°  609  :  Nature  morte 


Toile.  —  H.  o'"27,  L.  o'^ig.  —  Signé  en  haut  à  gauche.  —  Vente 
posthume  :  600  fr.  à  M.  Haro. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Voilà  un  sujet  que  les  amants  du  u  style  noble  »  trouveront  bien  peu 
digne  d'occuper  un  grand  artiste.  Delacroix  pensait  à  eux,  quand,  dans 
les  quelques  belles  pages  intitulées  :  Des  critiques  en  matière  d'art,  il  écrit  : 
n  .A  force  de  voir  ajouter  ou  retrancher  h  la  création  et  parer  les  objets  de 
tant  d'imaginations  fantasques,  on  a  cru  véritablement  que  rien  n'était 
plus  simple  que  de  remettre  à  sa  place  et  de  polir  soigneusement  ce  qui 
ne  semblait  qu'ébauché  dans  l'ordre  commun.  Il  s'en  est  suivi  une  espèce 
d'aristocratie  dans  les  êtres  qui  sont  du  domaine  des  arts.  Telle  innocente 
bête  a  été  déclarée  commune,  peu  présentable,  triste,  hideuse  à  voir;  ou  bien  il  a  fallu  tant 
de  façons  pour  suppléer  en  elle  au  laid  ou  à  l'ignoble,  tant  de  détours  pour  lui  donner 
droit  "de  bourgeoisie  et  l'offrir  du  côté  honnête,  qu'elle  n'est  plus  entrée  en  scène  que  toute 
rebâtie  et  proprement  accommodée  au  goût  du  jour.  » 


N°  610  :  Cheval  arabe  au  piquet 


Toile. —  H.  0^345,  L.  o"'434.  —  Eau-forte  de  Bracquemond, 
1857,  inédite  dans  les  dimensions  de  o'"345  suro"'434.  • —  Cat. 
A.  KIoreau,  p.  10 1. 

M.  Edmond  About  avait  communiqué  la  gravure  de  ce  tableau  à 
Delacroix,  qui  lui  en  envoya  une  appréciation  sévère,  trop  sévère. 
Nous  la  reproduisons  cependant,  car  elle  montre  bien  ce  que  le 
maître  exigeait  de  ses  graveurs  :  <i  On  ne  peut  méconnaître  un  sen- 
timent très  vif  dans  cet  ouvrage.  La  tête  du  cheval  surtout  a  beau- 
coup d'expression  et  tout  annonce  d'heureuses  dispositions;   mais  l'inexpérience  du  lavis  et 


i835 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i63 


du  modelé  des  plans  se  fait  trop  sentir  en  général Vous  me  trouverez  peut-être  sévère, 

monsieur,  et  il  n'est  pourtant  personne  à  qui  j'eusse  désiré  davantage  d'être  agréable  en 
cette  occasion.  Mais  vous  comprendrez  plus  facilement  que  qui  que  ce  soit  que  j'ai  plus  à 
perdre  que  tout  autre  dans  une  interprétation  incomplète.  Il  me  faut  absolument  un  homme 
qui  sache  dessiner  tout  à  fait,  non  pas  à  la  manière  d'un  prix  de  Rome,  mais  avec  une  con- 
naissance de  la  ligure  et  une  habileté  de  main  capables  d'interpréter  avec  sûreté  là  où  il  n'y 
aurait  que  des  indications  légères,  etc.,  etc.  Cette  science,  je  ne  me  dissimule  pas  qu'elle  ne 
peut  être  que  le  fruit  de  longues  études  que  la  plupart  des  peintres  eux-mêmes  ne  font  pas. 
Des  graveurs,  les  uns  ne  savent  que  calquer  timidement  un  original,  faute  d'une  connaissance 
suffisante  de  la  gravure;  les  autres,  par  la  même  raison,  déguisent  comme  ils  peuvent  cette 
insuffisance  h  l'aide  des  travaux  du  métier.  »  [Lettres,  édition  Burtv.)  —  Nous  reproduisons 
cette  lettre  telle  que  ladonne  M.  Burty.On  nous  dit  cependant  qu'elle  est  adressée  àM.Champ- 
fleurv  et  non  à  M.  E.  About,  et  qu'au  lieu  du  mot   «  lavis  »  (ligne   6)  il  faut  lire  «  dessin.  » 


N°^6ii,  612  :  Arabes  d'Oran 


parler.  Con 


i"  Toile. —  Salon  de  i835.  —  H.  o"'4r,  L.  o"'3i. 
— Vente  Jacob  de  Vos,  à  Amsterdam,  mai  i883, 
sous  le  titre  :  «  Orientaux  assis  à  la  porte  d'une 
maison  »  :  9,600  fr.  à  M.  Langenhuiscn,  à 
Huisen.- —  Cat.  A.  Moreau,  p.  176. 
2°  Croquis  mine  de  plomb.  —  In-quarto.  — 
Vente  posthume. —  Non  catalogué  par  M.  Mo- 
reau. 

Le  tableau  représente,  assis  à  terre,  à  la  porte  d'une  maison,  un  Arabe, 
et  devant  lui,  vu  de  dos,  un  Turc  qui  fume  une  longue  pipe.  Auprès  d'eux 
se  tient  assis  sur  une  margelle  de  puits  un   jeune    nègre  qui  les  écoute 
muraille,  h  droite,   est  accrochée  la  tète  d'un  homme  de  couleur. 


N^'^éij,  614  :  Côtes  normandes 


1°  Falaises  de  Fécamp.  —  Toile.  —  H. 
o^Sô,  L.  o'"45.  —  Ni  signé,  ni  daté.  — 
Etude,  effet  de  pluie,  commencé  par  madame 
Dalton.  —  Appartient  à  M.  Bornot.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Ruines  du  château  d'Arqués,  près  Dieppe. 
—  Aquarelle.  —  H.  o'"i8,  L.  o"'i5.  — 
Vente  posthume.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Delacroix  a  toujours  aimé  les  côtes  normandes.  En  1854,  il  écrit  de  Dieppe  à  madame  de 
Forget  :  «  Je  me  lève  de  très  bonne  heure,  parce  que  je  ne  trouve  pas  le  temps  long  et  que 
je  ne  suis  pas  embarrassé  de  ma  journée.  J'ai  trouvé  par  hasard  une  ressource  pour  certains 
moments,  dans  la  rencontre  que  j'ai  faite,  sur  la  plage,  de  mon  ami  Chenavard,  le  peintre. 
C'est  un  homme  de  beaucoup  d'esprit  et  qui  a  une  vraie  conversation.  Nous  n'abusons  pas 
l'un  de  l'autre,  et  cela  renouvelle  les  sensations.  »  (Lettres,  édition  Burty.) 


104 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l835 


N"^  615,  616  :  Falaises  d'Étretat 


i"  Aquarelle.  —  H.  o'"i5,  L.  o"'2o.  — 
Appartient  à  M.  de  Courval-Piron. — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

2°  Aquarelle.  — H.  o"o8,  L.  o'"i4. — 

-=-      -*i—  Vente  posthume. — Appartient  àM. Al- 

fred Robaut   —  Non  catalogué  par  M.  Piron. 

\otre  numéro  i  représente  les  falaises  d'Etretat  du  côté  de 
I  (.camp  le  numéro  2,  les  mêmes  falaises  du  côté  du  Havre,  avec 
leur  dei-oupure  et  leur  aiguille  romanesque  tant  de  fois  repro- 
duites par  les  peintres.  —  Dans  une  vente  d'autographes  du  i'"'  juin  i883,  nous  avons 
trouvé  la  plus  ancienne  lettre  connue  de  Eugène  Delacroix;  elle  est  datée  du  10  janvier 
1814.  Il  y  parle  de  son  premier  voyage  en  Normandie,  de  son  premier  séjour  à  Valmont, 
tout  près  d'Étretat,  de  ce  Valmont,  ancienne  abbaye  de  Bénédictins,  qui  lui  a  inspiré  une 
foule  d'idées  «  romantiques.  »   Le  mot  y  est,  en  1814! 


N"^  617,  618  :   L'église  de  Therouldeville,  près  de  Valmont 


',^~       à  M.  Bornot. 


1°   La   sacristie   —    Aquarelle.    —    H. 

o"M25,  L.  o"'i6o. —  Vente  posthume  à 

M.  Lambert-Bornot.  —  Non  catalogué 

par  M,  Moreau. 
'-■'''^'/'    2°  L'Eglise.   —    Mine    de    plomb.    — 
^         H.  o'"i35,  L.  o"'240.  —  Vente  posthume 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


En  septembre  1834,  Delacroix  écrit  à  F.  Villot  :  0  Je  suis  devenu  si 
paresseux  ici,  que  le  plaisir  de  causer  un  peu  avec  vous  ne  m'empêche  pas  de  songer  h  la 
fatigue  extrême  de  tailler  une  plume  et  de  chercher  du  papier  pour  le  faire.  Je  ne  sais,  pour 
ainsi  dire,  que  végéter.  Quelques  excursions  rares  aux  environs  et  à  la  mer  complètent  mon 
existence,  qui  est  adaptée  aux  mœurs  de  la  province.   »  {Lettres,  édition  Burty.) 


N"  619  :  Le  Roi  des  Aulnes 


ton  visage?  u  —  L'enfant:  i 
spectre  noir  !!   »  —  Le  père 


Sépia.  —  H.  o"'2io,  L.  o^SoS.  —  Appartient  à  madame 
Pierret.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  ignorons  si  Delacroix  a  jamais  repris  ce  projet  et  s'il  en 
a  fait  un  tableau.  Nous  ne  trouvons  pas  dans  son  œuvre  d'autre 
trace  de  composition  d'après  la  célèbre  ballade  de  Gœthe,  que 
la  musique  de  Schubert  a  rendue  si  ^populaire  :  a  Voyez  ce 
cavalier  hâtant  le  pas.  —  11  tient  son  fils,  qu'il  réchauffe  en  ses 
bras;  ...  la  nuit  est  noire,  au  loin  gronde  l'orage,  ...  le  vent 
mugit  avec  fracas.  —  Le  père  :  «  Mon  fils,  pourquoi  me  cacher 
0  Mon  père!!  là!!  Je  viens  de  le  voir,  ...  le  roi  des  Aulnes,  le 
0  Mon  fils,  c'est  un  brouillard  du  soir.  » 


i835 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l65 


N"  620  :   Parc  de  Valmont 


Aquiirellc— H.o'"i5o,  L.  o"235.  — Partie  du  n°  597  delà  Vente 
posthume  :  120  fr.  —  Appartient  à  M.  Bornot.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

La  vue  est  prise  de  l'habitation   d'où   Delacroix   e'crit  à  Frédéric 

^    ___^   Villot  :  «  Je  suis   ici  fort  désappointé  par  ce  temps  effroyable  qui  ne 

ï,^5^'«?«v=r^='=:;  .i:==--=--i.v,    cesse  de^  régner.  Les  ouragans   se  succèdent  continuellement,  et  la 

pluie  n'a  eu  de  relâche  qu'un  jour  à  peu  près.  Vous  concevez 
combien  cela  est  attristant,  quand  on  se  trouve  au  milieu  d'un  pays  charmant,  dont  la 
verdure  est  encore  comme  au  mois  de  mai  et  qui  offrirait  de  si  jolies  promenades.  La  mer  est 
bouleversée;  j'ai  eu  le  plaisir  de  la  voir  dans  un  fort  bel  état  de  fureur,  mais  il  a  fallu  me 
faire  tremper  pour  y  aller  et  pour  en  revenir,  u 


N"  62 1  :   Paysan  de  Frépillon 


Aquarelle.  —  In-quarto.  —  Appartient  à  madame  Théophile 
Silvestre.  ^  Riesener  en  avait  fait  un  grand  tableau  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

En  regard  de  ce  type  si  curieusement  étudié,  il  est  intéressant  de  placer 
les  ironies  du  maître  écrivant  :  «  Les  écoles  modernes  ont  proscrit  tout  ce  qui  s'écarte  de 
l'antique  régulier;  en  embellissant  même  le  Faune  et  le  Silène,  en  ôtant  des  rides  à  la  vieil- 
lesse, en  supprimant  les  disgrâces  inévitables  et  souvent  caractéristiques  qu'entraînent,  dans 
la  représentation  de  la  forme  humaine,  les  accidents  naturels  et  le  travail,  elles  ont  donné 
naïvement  la  preuve  que  le  beau  ne  consistait  pour  elles  que  dans  une  suite  de  recettes. 
Elles  ont  pu  enseigner  le  beau,  comme  on  enseigne  l'algèbre,  et  non  seulement  l'enseigner, 
mais  en  donner  de  faciles  exemples.  Quoi  de  plus  simple,  en  effet,  à  ce  qu'il  semble?  Rap- 
procher tous  les  caractères  d'un  modèle  unique,  atténuer,  effacer  les  diff'èrences  profondes 
qui  séparent,  dans  la  nature,  les  tempéraments  et  les  âges  divers  de  l'homme,  éviter  les 
expressions  compliquées  ou  les  mouvements  violents,  capables  de  déranger  l'harmonie  des 
traits  ou  des  membres,  tels  sont  en  abrégé  les  principes  à  l'aide  desquels  on  tient  le  beau 
comme  dans  sa  main  !  Il  est  facile  de  le  faire  pratiquer  à  des  élèves  et  de  le  faire  transmettre 
de  génération  en  génération,  comme  un  dépôt.  »  (Questions  sur  le  beau.) 


N**  622   :    Le  connétable  de  Bourbon 


sociale 


Croquis  mine  de  plomb.  —  H.  o"i24,  L.  0'"2o.  —  Non    catalogué 
par  M.    Moreau. 

Ce  dessin  est  extrait  d'un  album  donné  par  Jenny  Le  Guilleu  à  M.  Cons- 
tant Dutilleux.  Le  motif,  représentant  le  connétable  de  Bourbon  poursuivi 
par  sa  conscience,  est  emprunté  au  Sac  de  Rome    du   mvstique,  doux  et 
^  laid  Ballanche,  un  des  timides  soupirants  de  madame  Rècaniier,  un   des 
>     caudataires  de    Chateaubriand,  qui  a  dit  de  lui    :    «  Ce  génie  théosophe 
ne  nous   laisse    rien   à   envier  h   l'Allemagne  et  à  l'Italie.   »   Les  grands 
hommes  ont  de  ces  mots  écrasants.  Comparer  l'auteur  de  la  Palingénésie 
à  Goethe  et  à  Dante!  Le  pavé  était  trop  lourd.  Le  pauvre  Ballanche  en  reste'écrasé. 


i6d 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


i835 


N^^ôz^,  624  :   Croquis  à  la  plume 


1°  Courrier  espagnol.  —  H.  o"'22,  L.  o'^ij.  — 
Daté  «  i3  janvier  35  ».  —  Vente  Pierret,  mai  187g. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Femme  assise.  —  H.  o^^o,  L.  o"'i7.  —  Daté 
«  i_3  janvier  i835.  »  —  Appartient  à  madame  Jules 
Michelin.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

<(  On  a  raison  de  trouver  que  l'imitation  de  l'antique  est 
excellente,  mais  c'est  parce  qu'on  y  trouve  observées  les 
lois  qui  régissent  éternellement  tous  les  arts,  c'est-à-dire  l'expression 
dans  la  juste  mesure,  le  naturel  et  l'élévation  tout  ensemble  ;  que,  de  plus,  les  moyens  pra- 
tiques de  l'exécution  sont  les  plus  sensés,  les  plus  propres  à  produire  l'effet.  Ces'  moyens 
peuvent  être  emplovés  à  autre  chose  qu'à  reproduire  sans  cesse  les  dieux  de  l'Olympe,  qui  ne 
sont  plus  les  nôtres',  et  les  héros  de  l'antiquité.  Rembrandt,  en  faisant  le  portrait  d'un  men- 
diant en  haillons,  obéissait  aux  mêmes  lois  du  goût  que   Phidias  sculptant  son  Jupiter.  » 


N°62 


Lion  regardant  marcher  une  tortue 


Dessin  à  la  plume. — H.  o"'i7,  L.  o"'24. — Vente  posthume  n°  474; 
acheté  400  fr.  par  M.  le  baron  de  Laage.  —  Reproduction  fac- 
similé  par  A.  Robaut  dans  les  dimensions  de  o'"i7  sur  o"'24. 
—  Gravé  sur  zinc  pour  V Illustration  du  29  octobre  1864.  —  Cat. 
A.  Moreau,  pp.  i36  et  325. 

0  A  chaque  tentative  audacieuse  de  ceux  qui  veulent  qu'on  donne 
aux  choses  leur  figure  véritable,  et  non  une  tournure  de  bonne  compagnie  ou  d'opéra 
comique,  les  critiques  se  prévalent  d'un  certain  type,  enfant  de  leur  cerveau,  courent  à  la 
défense  des  principes  avoués  par  les  gens  de  goût,  et,  tenant  fort  à  l'étroit  les  téméraires 
et  les  novateurs,  démontrent  de  même  comment  la  nature  tombe  aussi  dans  de  grandes 
divagations.  Ils  ont  en  cela  merveilleusement  aidé  l'essor  de  la  médiocrité  dans  tous  les 
genres.  »  [Des  critiques  en  matière  d'art.]  Article  de  Delacroix  dans  la  Revue  de  Paris,  1829. 


N°  626  :  Toit  de  chaumière  et  groupe  d'arbres 


Lithographie,  croquis  sur  une  feuille  avec 
trois    autres  croquis,  par  madame  Dalton. 

—  H.  o'"i33,  L.  o™i22.| — Vente  De  La 
Combe  :  8  fr.;  vente  posthume  :  7  fr.;  vente 
\illot,  décembre    1875  :  4  fr.  à  M.  Robaut. 

—  Cal.  A.  Moreau,  p.  33. 

Ce  dessin  se  trouve  à  droite  dans  le  bas  d'une 


teuille  contenant  trois  autres  croquis  de  pavsage    exécutés    par 

■   madame  Dahon.  élevé  de  Delacroix,  et  non  pas  par  Paul  Huet. 

comme  l'indique  le  catalogue  de  la  vente  De  La  Combe.  —  Nous  donnons  le  fac-similé  de 
la  page  et  la  reproduction  en  plus  grand  du  croquis  de  Delacroix. 


i83b 


L'ŒUVRE  DE    DELACROIX 


167 


Année  i836 


N°  627  :   Saint  Sébastien  secouru  par  les  saintes  femmes 

Toile.  —  H.  2"'i5,  L.  2"^46.  —  Gravé  à  i'eau-forte    par 

Salmon,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'ioo,  L.  o"^i2q. 

Eau-forte  de  Boilvin,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'^gq, 
L.  o'"i28.  —  Salon  de  i836.  —  Appartient  à  l'église  de 
Nantua.  — Cat.  A.  Moreau,  pp.  96,  176,  222,  264. 
Acheté  par  l'Etat  au  prix  de  3, 000  fr.,  ce  tableau  a  été  vendu 
par  la  fabrique  de  Nantua  en  1869,  pour  lasommede  23,ooofr., 
à  M.  Brame.  L'affaire  fit  grand  bruit.  Le  conseil  municipal,  qui 
n'avait  pas  donné  son  autorisation,  assigna  la  fabrique  et  de- 
manda contre  M.  Brame  la  nullité  de  la  vente.  Le  tribunal  de 
Nantua  maintint  le  marché.  Appel  fut  interjeté  et  la  cour  de  Lyon  a  annulé  la  vente  con- 
sentie a  M.  Brame.  La  cour  de  Lyon  a  ainsi  consacré  ce  principe  que  les  objets  d'art  donnés 
aux  fabriques  font  partie  du  domaine  public  et  ne  peuvent,  en  conséquence,  être  aliénés. 
L'arrêt  est  de  décembre  1873.  —  Outre  les  eaux-fortes  ci-dessus  mentionnées,  il  faut,  pour 
être  complet,  citer  aussi  une  lithographie  de  Menut  Alophe.  Delacroix,  en  effet,  écrivait  le 
25  mars  iS36à  M.  de  Cailleux,  sous-directeur  des  musées  royaux  du  Louvre  :  «  Je  vous  serais 
bien  reconnaissant  s'il  vous  était  possible  défaire  mettre  momentanément  mon  tableau  de Sa/«« 
Sébastien  dans  un  lieu  où  il  pût  être  dessiné  par  M.  Alophe,  qui  vous  remettra  cette  lettre.  » 


N"  628  :  Saint  Sébastien.  —  Esquisse 

Toile. —  H.  o"'24,   L.  o'"32.  —  Photolithographie   Arosa  :  H.  o"'098,  L.  o'"i24.  — 
Vente  Arosa,  février  1878  :  i,3oo  fr.  à  M.  Rouart. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  629  :  Tête  d'homme  à  barbe.  —  Étude 

Toile.  —  H.   o"'44,  L.  o'"36.  — Epreuves  lithographiques  obtenues 
'par  cliché  sur  verre,  essai  de  M.  A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de 
H.  o'"i42,  L.  o™i  16. —  Vente  hôtel   Drouot,    28    décembre    1874: 
io5  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Tête  avec  emmanchement  de  buste;  la  tête  seule  est  terminée.  Delacroix 
avait  donné  cette  étude  à  M.  Jules  Garipuy,  professeur  de  peinture  à  Bor- 
deaux, en  i838.  La  singulière  indication  des  épaules,  en  cette  étude,  n'est- 
elle  pas  sortie  de  la  brosse  du  peintre  dans  une  de  ces  heures  d'ennui  et  de 
découragement,  dont  il  se  plaint  dans  une  fort  belle  lettre  à  Villot  en 
cette  même  année  i836  ?  «  Un  des  caractères  du  découragement  est  de  vous  faire  considérer 
votre  profession  comme  inutile  à  vous  et  aux  autres.  La  paresse,  d'accord  en  cela  avec  l'hu- 
meur noire  qui  teint  tout  à  vos  yeux,  dépouille  de  son  charme  le  plus  grand  la  possibilité 
de  travailler,  lequel  charme  est  cette  possibilité  même...  »  (Lettres,  édition  Burty.) 


i68 


LŒUVRE    DE    DELACROIX 


l836 


N°  630  :  Musiciens  arabes 


Aquarelle.  —  H.  o'"4o,  L.  0^70.  —  Signé,  et  daté  i836. 

—  Voir  à  l'année  1848.  — Gravé  à  l'eau-forte  par  Laguil- 
lermie,  pour  le  catalogue  de  la  vente  Faure,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o^oSS,  L.  o""!  22.  —  Vente  Demidoff, 

i3  janvier  i863  :  2,100  fr.  à  M.  Bouruet-Aubertot  ; 
vente  Duval,  i3  Juin  18-3,  retiré  à  1,000  fr.  ;  vente 
Faure,  juin  18/3:  8,5oo  fr.;  vente   de  madame  R.  F., 

I  7  mars  1876  :  3,5oo  fr.;  vente  Marmontel,  i883  :  700 fr. 

—  Cat.  A.  Moreau,  pp.  184  (note),  290,  292. 

La  composition  est  la  même,  à  peu  de  chose  près,  que  celle  du  tableau  du  musée  de  Tours, 
Musiciens  et  bouffons  arabes.  L'aquarelle  est  très  soignée,  mais  dure  et  manquant  d'air.  Le 
tableau  de  184S,  au  contraire,  est  un  joyau  dans  l'œuvre  de  Eugène  Delacroix. 


N°63i  :  Arabe  assis  au  coin  dune  rue 


Lavis.   —   In-quarto.  —  Vente   posthume;  vente  Sensier,  1877. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

On  est  stupéfait  de  l'immense  quantité  de  motifs  que  Delacroix  a 
rapportés  de  son  rapide  voyage  au  Maroc.  Il  n'exagère  donc  pas  quand 
il  dit,  dans  une  lettre  publiée  '^o.v  Y  Autographe  :  u  En  fait  de  composi- 
tions tout  arrêtées  et  parfaitement  mises  au  net  et  prêtes  pour  l'exécu- 
tion, j'ai  de  la  besogne  pour  deux  existences  humaines,  et  quant  aux 
projets  de  toute  espèce,  c'est-à-dire  à  de  la  matière  propre  à  occuper 
iesprit  et  la  main,  j'en  ai  pour  quatre  cents  ans:  jugez  si  j'ai  le  temps 
de  me  promener  comme  mes  honorables  confrères  qui,  je  pense,  pour 
la  plupart,  trouveront  du  temps  de  reste  pour  tout  ce  qu'ils  ont  à  tirer  de  leur  cerveau.  » 


N"'"  6p,  633  :  Un  astronome  en  observation 


1°  Sépia.  —  H.  o'"2o,  L.  o"'i8.  —  Appartient  à 
M.  Chenavard.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Crayons  de  couleur.  —  H.  o'"20,  L.  o'"22.  — 
Appartient  à  M.  Chenavard.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 


Nous  avons  eu  occasion  de  citer  une  lettre  de  Delacroix 
où  il  parle,  dans  les  meilleurs  termes,  de  son  ami  Chena- 
vard, chomme  de  beaucoup  d'esprit  et  qui  a  une  vraie  conversation.»  M.  Che- 
navard, philosophe  autant  que  peintre,  sinon  plus,  est  l'auteur  de  compo- 
sitions historiques  destinées  à  la  décoration  du  Panthéon  et  qui  ne  reçurent  pas  leur 
destination,  ainsi  que  d'une  vaste  peinture  philosophique  intitulée  Divina  Tragedia.Ch.AT\&x., 
Delacroix,  Chenavard,  Comairas,  Lelièvre  se  réunissaient  quelquefois  le  soir  pour  dessiner 
et  causer  chez  Poterlet,  leur  ami  commun,  qui,  plus  tard,  s'empoisonna  avec  de   l'opium. 


i83G 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i6q 


N"  6^4  :  George  aifublé  d  une  armure 


Plume  et  lavis  encre  de  Chine.  —  H.  o'"i9,  L.  o"'25.  —  Appur- 
fe^    "S     tenait  à  M.  G.  Arosa.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

/ji^-fi^-'-     Scène  deGœtz  dcBerlichingen.  (Acte  I,  scène  IL)  Une  auberge  au  milieu 

.&K-à-<7     ^'^^  ''°'^' — Gœtz  :  a  George  !   II    n'entend  pas.   George!  George!»  — 

il'^fli'y     1    ^'7  '-''     ^'^°'"?^    arrive,   affublé    de   l'armure    d'un    homme   fait.  —  George  : 

•'IHl  rrtt    \wJ--      ".  Monseigneur!  —   Gœtz.    Où    étais-tu   donc.''    As-tu    dormi?  Que 

/p=^\yi^--_--.  Jilji  j'  >'    diable  signifie  cette  mascarade?  Mais  sais-tu   bien  que  tu  as  fort  bonne 

façon?   Approche,  mon  enfant,  ne  rougis  donc  pas;    ce  n'est  pas  la 

bravoure  qui  te  manque,  c'est  plutôt  un  peu  de    taille...  Cela  viendra.  C'est    la  cuirasse  de 

Jean?  —  George.  Oui,    monseigneur.  Il  l'a   ôtée  pour  dormir  un    instant.  —   Gœtz.  11  est 

plus  délicat  que  son    maître.  —   George.  Ne  vous  fâchez  point,  je  la  lui  ai  prise  sans  bruit, 

j'ai    décroché   du   mur  la  vieille   épée   de  mon  père,  j'ai  couru  dans  la  prairie,  et  là,  je  l'ai 

tirée   hors    du  fourreau.  —  Gœtz.  Et  tu  as  frappé  d'estoc  et  de  taille  tout  ce  qui  était  autour 

de  toi,  n'est-ce  pas  ?  Tu  as  dû  bien  arranger  les    buissons  !  Jean  dort-il  ?  —  George.   Vous 

l'avez   réveillé  en   m'appelant,  et  c'est  lui  qui  m'a  crié   que  vous  me  demandiez.   Je  voulais 

d'abord  me  débarrasser  de  cette  armure,  mais  vous  m'avez  appelé  deux  ou  trois  fois  de  suite.» 


N°  6^  ^  :  L'Évêque  et  Adélaïde  jouant  aux  échecs 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o™!/,  L.  o"^22.   —  Appar- 
tient à  M.  Burty.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  II,  scène  I.)  Château  de  Bam- 
berg.  —  Un  salon.  Adélaïde  :  «  Vous  n'êtes  pas  à  votre  jeu.  Echec  au 
roi! —  L'ÉVÊQUE.  Il  y  a  encore  de  la  ressource...  —  Liebetr.\ut.  On 
appelle  cela  un  jeu  royal;  on  prétend  qu'il  fut  inventé  pour  un  roi  et 
que  ce  roi  inonda  l'inventeur  d'une  mer  de  générosités  !  Si  ce  n'est 
pas  un  conte,  il  me  semble  que  je  vois  ce  prince-là.  Pauvre  d'esprit...  ou  d'années,  sous  la 
tutelle  de  sa  mère  ou  de  sa  femme,  il  avait  un  peu  de  duvet  au  menton  et  quelques  poils  d'un 
blond  fade  autour  des  tempes;  frêle  comme  un  jeune  saule,  il  jouait  volontiers  aux  dames 
avec  les  dames,  non  par  passion,  Dieu  l'en'  garde  !  mais  par  passe-temps.  Son  gouverneur, 
homme  trop  actif  pour  être  un  savant,  trop  roide  pour  être  courtisan,  inventa  «  ad  usuni 
Delphini  »  ce  jeu  où  Sa  Majesté  se  trouvait  si  dignement  représentée...  et  ainsi  du  reste.  » 


N°  636  :  Adélaïde  congédiant  Weislingen 

(\   it)       f^    y''\     Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i6,  L.  o"'2  i. 
M- zi!      P>- f  V   à^-  Burty-  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


Appartient 


yr"      Scènede  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  II,scèneVI.)  La  chambre  d'Adélaïde. 

—  Adélaïde.  0  Avez-vous  encore  quelque  chose  h  me  dire?  — Weislin- 
GEN.  Je...  dois...  partir... —  Adélaïde.  Eh  bien!  partez,  Weislingen. — 
Weislingen.  Gracieuse  dame...  je  ne  puis.  — Adélaïde.  Vous  le  devez. 

—  Weislingen.  Sera-ce  là  votre  dernier  regard  ?  —  Adélaïde.  Allez  ! 
je  suis  indisposée  fort  mal  à  propos.  —  Weislingen.  Ne  me  regardez  pas  ainsi.  —  Adélaïde. 
Veux-tu    être    notre   ennemi   et  que  nous  te  souriions?  Pars!  —  Weislingen.  Adélaïde!  — 


lyo 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


t836 


Adélaïde.  Je  vous  déteste  !  »  —  Entre  Franz.  —  Franz.  «Gracieux  seigneur,  l'évèque  vous  fait 
demander.  — Adélaïde.  Allez  !  allez!  —Franz.  Il  vous  prie  de  venir  au  plus  tôt.  — Adélaïde. 
Allez,  vous  dis-je!  —  Weislingen.  Je  ne  vous  fais  pas  mes  adieux,  je  vous  reverrai.  —  Il 
sort.  —  Adélaïde.  Me  revoir...  nous  y  mettrons  bon  ordre.  Marguerite,  s'il  vient,  tu  le 
renverras.  Dis-lui  que  je  suis  malade,  que  j'ai  une  migraine,  que  je  dors...  repousse-le.  S'il 
est  possible  de  le  gagner,  ce  n'est  que  par  ce  moyen.  « 


N°  6^7  :  Lerse 


-T?>^.,  ^y?^.    Aquarelle.  —   H.  o"'24,   L.  o^MS.  — Appartient   à   madame   Pierret. 
.-^'^-'-'■.^'f-j    —  Non   catalogué  par  M.  Moreau. 

Scène  de  Gcetz  de  Berlichingen.  (Acte  III,  scène  VI.)  Jaxthausen. —  George,  o  II 
veut  vous  parler  à  vous-même.  Je  ne  le  connais  pas  ;  c'est  un  homme  de  haute 
taille,  avec  des  yeux  noirs  et  flamboyants. —  Gœtz.  Faites-le  entrer.»  —  Entre 
Lerse.  —  Gœtz.  «  Que  Dieu  vous  garde  !  Que  nous  apportez-vous?  —  Lerse. 
Ma  personne!  Ce  n'est  pas  grand'chose;  mais  telle  qu'elle  est,  je  vous  l'offre. 
• —  Gœtz.  Vous  êtes  le  bienvenu,  doublement  le  bienvenu.  Un  brave  homme, 
au  moment  où,  au  lieu  de  gagner  de  nouveaux  amis,  je  craignais  de  perdre  les 
anciens!    Dites-moi  votre   nom?  —    Lerse.   Franz  Lerse.  —  Gœtz.  Je  vous 

remercie,  Franz,  de  m'avoir  fait  connaître  un  brave.  —  Lerse.  Je  me  suisdéjà  fait  connaître 

à  vous.  Mais  cette  fois-là  vous  ne  m'en  avez  pas  remercié...  » 


N°  638  :  Gœtz  et  les  paysans 


tête 
ennem 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"270,  L.  o'^aiS.  —  Appar- 
tient à  M.  Burty.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  V,  scène  V.)— Arrivent  les  chefs. 
—  LiNK.  (.  En  avant,  seigneur  capitaine!  il  n'y  a  pas  un  instant  à  perdre; 
'ennemi  est  en  force  près  d'ici.  —  Gœtz.  Qui  a  brûlé  Miltenberg?  — 
Metzler.  Si  vous  voulez  faire  des  façons,  on  vous  montrera  que  nous 
n'en  faisons  pas,  nous!  —  Kohl.  Sauvez  notre  vie  et  la  vôtre;  allons, 
marchons! — Gœtz,  à  Metzler.  Tu  me  menaces,  je  crois,  misérable  vau- 
rien !  Penses-tu  que  j'aie  peur  de  toi  parce  que  le  sang  du  comte  Hel- 
senstein  souille  tes  habits? —  Metzler.  Berlichingen  !  —  Gœtz.  Oui, 
tu  peux  dire  mon  nom  ;  mes  enfants  n'en  rougiront  pas. —  Metzler. 
Toi!  tu  n'es  qu'un  lâche!  un  valet  de  princes!» —  Gœtz  lui  décharge  sur 
un    coup    qui    l'étend  h  terre.  Les  autres  les   séparent.  —  Kohl.  (>'"'  ''       ' 

li  débouche  ici  de  tous  côtés,  et  vous  vous  querellez  ?  —  Link.  En  av; 


Kohl.  <>  Etes-vous  fousr 
i-ant  !  en  avant! 


N°  639  :  Adélaïde  donne  le  poison  au  jeune  page 


Croquis    mine  de    plomb  rehaussé  de  lavis.   —   In-folio.  —  Appartenant  au  comte 
Doria.  —  Non  catalogue  par  M.  Moreau. 

Cette  composition,  qui  a  servi  de  modèle  à  la  lithographie  (voir  plus  loin,  n"  644),  diffère  ce- 
pendant par  quelques  détails.  Le  gant  n'est  pas  encore  à  terre.  Le  dessin  est  retourné. 


i836 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


GOETZ  DE  BERLICHINGEN 

Suite  de  sept  lithographies.  —  Nous  réunissons  ici  à  la  même  date,  comme  nous 
l'avons  fait  pour  la  suite  de  ÏHainlet,  les  sept  lithographies  exécutées  par  Eugène 
Delacroix  sur  des  motifs  de  Gœt:;  de  BerUchinge>i.  On  vient  de  voir  de  quelle  façon 
il  s'y  était  préparé.  II  y  iravailla  sans  suite  de"i836  à  1843  et  en  fit  tirer  quelques 
épreiives,  en  même  temps  que  VHamlet.  En  décembre  1843,  il  écrit  à  l'imprimeur 
Villain  qu'il  voudrait  en  avoir  cinq  ou  six  épreuves,  car  »  une  fois  la  planche  tirée, 
les  finesses  sont  entièrement  perdues.  »  Il  désire  pouvoir  en  donner  et  en  conserver. 

N°  640  :  Frère  Martin  serrant  la  main  de   fer  de  Gœtz 


Lithographie.  —  H.  o"'255,  L.  o^ipS.  —  Gravé  sur  bois,  sur  un 
dessin  du  maître,  pour  le  Magasin  pittoresque,  voir  aux  années 
1842  et  1843.  —  Vente  posthume  1  premier  et  deuxième  étatsi  : 
17  fr.;  vente  Forget,  décembre  1873  [deuxième  état":  7  fr.;  vente 
Villot,  décembre  1873  i premier  étati  :  20  fr.,  à  la  Bibliothèque 
nationale.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  36,  jj. 

Premier  état:  Le  fond,  à  gauche,  très  soutenu  de  ton. 
Deuxième  état  :  Le  fond,  surtout  près  de  la  faux,  très  affaibli. 
Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (.A.cte  I,  scènelL) — n  Martin. Votre 
nom,  je  vous  prie.  —  Gœtz.  Excusez-moi...  Adieu,  ill  lui  tend  la 
main  gauche.)  —  M.\rtin.  Pourquoi  me  tendez-vous  la  main  gauche  .'' 
Ne  suis-je  pas  digne  de  la  droite  d'un  chevalier?  —  Gœtz.  Et  quand  vous  seriez  l'empereur,  il 
faudrait  bien  vous  en  contenter.  Ma  main  droite,  bien  qu'à  la  guerre  elle  ne  me  soit  pas  inutile, 
est  insensible  aux  serrements  de  l'amitié.  Elle  et  son  gant  ne  font  qu'un  :  elle  est  de  fer.  » 


N"  641   :  Weislingen  attaqué   par  les  gens  de  Gœtz 


Lithographie.  — H.  o"'3o5,  L.  0^270.  —  Voira  l'année  i85o. 
—  \'ente  posthume  deuxième  état),  deux  épreuves,  22  fr.: 
vente  Forget,  1873:  12  fr.;  vente  Villot  (deuxième  étati  ; 
26  fr.  à  M.  Goupil.  —  Cat.  A.  Moreau.  p.  36. 

Premier  état  :  H.  o™370,  L.  o"'3oo.  Sans  trait  carré.  Avec  deux 
croquis  dans  la  marge  inférieure,  représentant  des  têtes. 
Deuxième  état  :  H.  o™3o5,  L.  o™270.  Sans  les  croquis. 
Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  [.Acte  I.  scène  IIH  • — «  Lecav.\lieb. 
Nous  nous  enfonçons  dans  la  forêt  de  Hasiach.  Rien  de  plus  curieux 
que  ce  qui  nous  est  arrivé.  Imaginez-vous  que  pendant  que  nous 
marchions  dans  la  nuit,  un  pâtre  s'est  trouvé  là  avec  ses  moutons;  et  voilà  que  cinq  loups 
sont  venus  fondre  tout  à  coup  sur  le  troupeau,  s'en  donnant  à  cœur  joie.  Notre  maître  se 
prit  à  rire  et  dit  :  «  Bon  succès,  chers  camarades!  bon  succès  [lOur  tout  le  monde  et  pour 
nous  aussi  !  <>  Comme  nous  nous  réjouissions  d'un  si  favorable  augure,  voilà  Weislingen  qui 
arrive  avec  quatre  cavaliers....  Mon  camarade  et  moi,  suivant  l'ordre  de  notre  maître, 
nous  le  prenons  par  le  milieu  du  corps  et  nous  nous  v   cramponnons.  « 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


l836 


N"  642  :  Weislingen  prisonnier  de  Gœtz 


Lithographie.  —  H.  o'"28o,  L.  o"'2io.  —  Vente  Forget,  décembre 
1873  (premier  état)  :  lo  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3-. 

Premier  état.    Avec  deux  eroquis,  l'un    de    Marsyas  sur  Li    marge    de 
droite,  l'autre  de  lion  sur  celle  du  bas;  le  lion  est  retourné. 
Deuxième  état.    Sans  les  croquis. 

Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  I,  scène  IV.)  —  0  Weislingen.  Je 
voudrais  que  vous  me  laissiez  seul.  —  Gœtz.  Pourquoi  cela?  Mettez-vous 
à  votre  aise,  je  vous  en  prie.  Vous  êtes  en  mon  pouvoir  et  je  n'aurai  garde 
d'en  abuser.  —  Weislingen.  Ce  n'est  pas  là  ce  qui  m'inquiète,  c'est  votre 
devoir  de  chevalier.  —  Gœtz.  Et  vous  savez  qu'il  m'est  sacré.  — 
Weislingen.  Je  suis  prisonnier;  le  reste  m'est  indifférent...  Oh  1  si  je 
m'éveillais  et  que  tout  cela  ne  fùtqu''un  songe  !...  Au  pouvoir  de  Berlichingen  !  dont  je  venais 
de  secouer  le  joug,  dont  je  craignais  la  pensée  comme  le  feu  !  lui  que  j'espérais  vaincre  !...  Et 
cet  ancien  ami,  ce  loyal  Gœtz  IDieu  !  Grand  Dieu!  Quelle  tin  aura  tout  cela?...  Adelbert,  te 
voilà  donc  de  retour  dans  cette  salle,  théâtre  des  jeux  de  notre  enfance...  où  tu  l'aimais...  où 
ton  âme  se  confondait  avec  la  sienne  !...  Qui  peut  l'approcher  et  le  ha'ir  ?  Hélas  !  maintenant, 
je  ne  suis  plus  rien  ici  !  Vous  avez  passé,  jours  de  bonheur  où  le  vieux  Berlichingen  était  aussi 
là,  près  de  la  cheminée  où  nous  jouions  ensemble,  où  nous  nous  aimions  commedes anges... 
L'évêque  va  être  bien  en  peine,  ainsi  que  tous  mes  amis.  » 


N"  64^  :  Gœtz  de  Berlichingen  écrit  ses   mémoires 


I  ithographie.  —  H.  o"'265,  L.  o^'igo.  —  Gravé  sur 'bois,  sur  un 
dessin  du  maître,  pour  le  Magasin  pittoresque. —  Voir  aux  années 
1S42,  1843  et  1845.  Vente  De  La  Combe,  i863  (premier  état),  avec 
tiois  autres  pièces  de  la  même  suite  :  62  fr.;  vente  posthume,  deux 
Lpieu\es  ideuxième  étati  :  44  fr.;  vente  Dubois,  1866  (premier 
cttt  26  fr.;  vente  Forget,  décembre  1873  (deuxième  état'  :  10  fr.; 
\ente  Villot,  décembre  18-5  (deuxième  étati  :  17  fr.,à  M.  Vignères. 
—  Cat  A.  Moreau,  pp.  35  et  -j. 

Premier  état.  Croquis  d'une  tète  sur  la  marge  gauche;  bords  non  rectifiés. 

Deu\ii.me  état.  Sans  les  croquis,  bords  rectifiés. 

Troisième  état,  avec  la  mention  de  l'imprimeur  0  Imp.  Bertauts.  » 
Scénede  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  IV,scèneV.) —  «Au  château  de  Jaxthausen,  Gœtz  devant 
une  table  ;  Elisabeth  auprès  de  lui  h  son  ouvrage  ;  sur  la  table,  une  lumière,  de  l'encre  et  du 
papier.  Gœtz.  Jamais  je  ne  pourrai  me  faire  à  l'oisiveté.  Ma  prison  de  jour  en  jour  se  rétrécit. 
Je  voudrais  pouvoir  dormir,  ou  au  moins  me  figurer  que  le  repos  a  quelque  chose  d'agréable. 
—  Elisabeth.  Eh  bien,  achève  d'écrire  l'histoire  de  ta  vie  que  tu  as  déjà  commencée.  Ce  sera 
entre  les  mains  de  tes  amis  un  témoignage  qui  pourra  leur  servir  un  jour  à  confondre  tes 
ennemis.  Lègue  à  une  noble  postérité  la  jouissance  de  ne  pas  te  méconnaître.  —  Gœtz.  Ecrire, 
ce  n'est  qu'une  oisiveté  affairée  :  ce  métier  me  fatigue  et  m'ennuie.  Pendant  que  j'écris  ce 
que  j'ai  lait,  j'enrage  de  perdre  un  temps  que  je  pourrais  employer  à  faire  autre  chose.» 
— Gœthe,  mort  en  i832,  n'a  pasconnu  cette  suite  de  lithographies.  Lui  qui  avait  tant  admiré 
celles  du  Fausl,  il  eût  retrouvé  dans  le  Gœt^  de  Berlicliiugeii  les  grandes  qualités  de  son  inter- 
prète singulièrement  ennoblies.  Je  ne  sais  si  dix  ans  plus  tôt,  à  l'époque  du  Faust,  Delacroix 
eût  rencontré  cette  grandeur  simple  en  même  temps  que  cette  force  d'expression  qui  était  né- 
cessaire pour  rendre  l'énergie  et  la  rude  vertu  du  vieux  Gœtz. 


i836 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


173 


N''  644  :  Gœtz  blessé  recueilli  par  les   Bohémiens 


Lithographie. — H.  o"'3io,  L.  o"'2?o.  — Gravé  sur  bois,  sur  un 
di-ssin  du  maitrc,  pour  le  Magasin  pittoresque.  Voir  aux  années 
1842,  1843  et  i85o. —  Vente  Dubois  (premier  état)  :  25  fr.; 
\ente  posthume  (premier  étal)  :  21  fr.;  vente  Villot  (deuxième 
(.tati  :  26  fr.  à  M.  Robaut;  vente  Sensier,  1877  (deuxième  état)  : 
10  h.,  à  M.  A.  Robaut.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  36  t\.-j. 

Premier  état.   Bords  non  rectifiés. 
Deuxième  état.     Avec  bords  rectifiés. 

SLLne  de  Gœtz  deBerlichingen.(Acte  V,  scène  VL) — 0  La  nuit  obscure 
dans  une  foret  sauvage.  —  Camp  de  Bohémiens.  —  Gœtz,  à  cheval. 
Dieu  soit  loué  !  j'aperçois  du  feu.  Ce  sont  des  Bohémiens.  Mes  bles- 
sures saignent;  l'ennemi  me  poursuit.  Grand  Dieu  !  quelle  horrible  fin 
<  Hii-.    Est-ce  la  paix  que   tu    nous   apportes?  —    Gœtz.  Je   vous  de- 


en  grâce  de  me  secourir.  Mes  blessures  m'épuisent.  Aidez-moi  à  descendre  de  cheval  ! 


N"  645  :  Adélaïde  donne  le  poison  au  jeune   page 


Lithographie.  —  H.  o"'240,  L.  o'"i85.  —  Vente  Villot,  catalogué: 
u  Hamlet  et  Ophélie  »:  55  fr.  à  M.  Meurice.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  87. 

Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  V,  scène  VIIL) — «Adélaïde.  Il  m'arra- 
chera de  son  château  pour  m'enfermer  dans  un  cloître.  —  Fr.\nz.  Enfer 
et  mort!  — Adélaïde.  Me  sauveras-tu?  —  Franz.  Tout!  tout,  plutôt  que 
cela!  —  Adélaïde  en  pleurs,  l'embrassant.  Franz!  ah!  Franz!  pour  nous 
sauver! —  Franz.  Oui,  il  tombera...  De  mon  pied  je  lui  briserai  les  reins! 

—  Adélaïde.  Point  d'emportement.  Tiens,  remets-lui  plutôt  un  billet  plein 
^  _       de   respect  oii  je  lui  dis  que  j'obéis,  et  cette  fiole...  vide-la  dans  sa  boisson. 

—  Franz.  Donnez.  Vous  serez  libre!  —  Adélaïde.    Libre...  oui,  quand  tu 
ne  seras  plus   obligé  de  te  glisser  jusqu'à  moi  tremblant,  sur  la    pointe  du  pied...  » 


N"  646  :  Weislingen  mourant 


Lithographie.  —  H.  o'"28o,  L.  o"'220.  — Vente  De  La  Combe 
deuxième  état,  avec  trois  autres  pièces  de  cette  suite)  :  62  tr.; 
vente  Dubois  (premier  état)  :  27  fr. ;  vente  Langlais  (premier 
état  ,  avec  la  pièce  de  «  Goetz  écrivant  ses  mémoires  »,  26  tr.; 
vente  posthume  (premier  état,  sur  chine)  :  32  fr.;  vente  Villot 
(premier  état)  :  26  fr.,  à  M.  Alfred  Robaut.  —  Cat.  .'\.  Mo- 
reau, p.  37. 

Premier  état  ;  Les  bords  non  rectifiés. 

Deuxième  état  :  .Avec  les  bords  rectifiés. 

Scène  de  Gœtz  de  Berlichingen.  (Acte  V,  scène  X.)  — «  Le  château  de 

Weislingen. —  Weislingen. "^Tu   vois  bien    que    j'ai    respiré    l'haleine 

^' ~    i.mpoiso'nnée  de  la  mort.  Mes  forces  penchent  vers  la  tombe.   J'allais 

mourir   comme  un    misérable,  tu  viens  ajouter   le  désespoir  à    mes   misères...  Si  je  pouvais 


'74 


L'ŒU\RE    DE    DELACROIX 


l837 


parler,  ta  haine  et  ton  exécration  se  changeraient  en  pitié  et  en  gémissements  !  Ah  !  Marie  ! 
Marie  !  —  Entre  Franz  dans  la  plus. grande  agitation.  —  Weislingen.  Ne  pleure  pas  ainsi, 
Franz!  Bon  jeune  homme,  mon  malheur  te  va  au  cœur.  — Franz  se  jette  à  ses  pieds  et 
embrasse  ses  genoux.  —  Marie  à  part.  Il  est  très  malade.  Sa  vue  me.  déchire  le  cœur.  Comme 
je  l'aimais  !  A  présent  que  je  suis  près  de  lui,  je  sens  combien  vivement  je  l'aimais. 
Weislingen.  — Franz,  lève-toi  et  ne  pleure  plus.  Je  puis  en  revenir.  L'espérance  ne  finit 
qu'avec  la  vie.  —  Fr.\nz.  Non,  vous  n'en  reviendrez  pas.  11  taut  que  vous  mouriez.  —  Weis- 
lingen. Il  le  faut  ?  —  Fr.^nz,  hors  de  lui.  Du  poison...  du  poison...  de  votre  femme.  Moi! 
c'est  moi  !  (Il  s'enfuit.)  « 

Année   1887 

N°  647  :  Chef  arabe  dans  une  tribu 


Toile. —  H.  r"oo,  L.  i"M5. — N"  3  du  catalogue  de 
rExposition  posthume  :  «  Chef  marocain  visitant 
une  tribu.  »  —  Signé  à  droite  en  bas,  et  daté  1837.  — 
Salon  de  i838. —  Musée  de  Nantes. —  Voir  variante 
à  1862.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  177,  2o3. 

Outre  les  deux  titres  que  nous  venons  de  donner  :  n  Chef 
arabe  dans  une  tribu  »  et  «  Chef  marocain  visitant  une 
tribu  11,  ce  même  tableau  est  encore  connu  sous  le  titre  : 
«  La  Halte,  ou  le  Kaïd  marocain  acceptant  l'hospitalité 
des  pasteurs  ».  C'est  pour  ce  tableau  que  Delacroix  fit,  à 
Frépillon,  les  études  de  chèvres  que  nous  reproduisons 
un  peu  plus  loin.  (Voir  le  n"  658.) 

Accompagné  de  cavaliers  portant  des  étendards,  le  chef 
arabe  est  arrivé  au  sommet  d'un  plateau  dans  les  mon- 
tagnes, dont  son  escorte  achève  de  gravir  les  dernières  pentes.  Les  enfants,  les  femmes,  les 
hommes  s'approchent;  l'un  d'eux,  à  pied,  tient  aussi  un  étendard,  une  des  femmes  lui 
présente  un  plat  de  couscous,  auquel  le  Kaïd  porte  la  main  ;  une  autre  s'avance  ayant  sur 
la  tète  une  cruche  qu'elle  soutient  de  ce  beau  geste  du  bras  levé,  que  de  précédentes  études  de 
l'artiste  nous  ont  rendu  familier.  Un  jeune  enfant  d'une  charmante  naïveté,  avec  une  petite 
branche  aux  doigts,  se  mêle  aux  pasteurs.  A  droite,  la  chèvre,  curieuse  elle  aussi,  regarde 
la  scène  du   pied  d'un  monticule,  où  se  tiennent  trois  personnages  dans  l'ombre  d'un  arbre. 


N"  648  ;   Portrait  d'homme  de  la  famille  Demidoff 


Toile.  —  H.  o'"99,  L.  o"'8o.  —  Signé  au  bas  à  gauche,  daté  1837.  —  N°  784  de  la 
vente  San-Donato,  1880,  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

En  reproduisant  la  désignation  du  catalogue  de  la  vente  San-Donato,  nous  exprimons  le 
regret  dene  pouvoir  reproduire  aussi  la  peinture;  mais  toutes  les  démarches  de  M.  Robaut 
pour  obtenir  d'en  faire  prendre  un  croquis  à  Florence,  au  moment  de  la  vente,  sont  restées 
vaines.  D'après  ce  qui  nous  en  a  été  dit,  ce  portrait  ne  serait  pas  des  meilleurs  dans  l'œuvre 
de  Delacroix.  Ha  été  retiré  des  enchères  à  2.000  francs  environ. 


183/ 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"  649  :   Portrait  de  M.   Déloge 

Sans  aucune  indication  autre  que  :"  Portrait  à  mi-corps.  »  — Cat.  A.  Moreau,  p.  236. 


N^ô^o 


Bataille  de  Taillebourg. 


Esquisse 


Toile.  —    H.  o™53,  L.  o'"66.  —  N"  Sj   de  la  Vente 
l^    posthume  :  7, 5oo  fr.,  à   M.  Haro.  —  Voir  aux  années 
1841  et  1842.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  3  12. 

Une  autre  esquisse,  décrite  sousle  n''  suivant,  et  qui  mesure 
o'^-H  sur  o'"66,  est  un  compromis  entre  le  grand  tableau 
de  Versailles  et  la  présente  esquisse.  On  raconte  que 
Delacroix  faisant  un  croquis  dans  les  allées  du  parc  de 
Berryer,  a  Angerville,  fut  un  jour  abordé  par  un  invité 
qui  ne  connaissait  pas  le  grand  artiste,  et,  comme  on 
parlait  peinture,  lui  dit  :  «  Il  faut  que  je  vous  avoue  que 
je  n'aime  pas  Delacroix.  »  L'artiste  le  laisse  poursuivre  : 
(I  Tenez,  dit-il,  il  y  a  de  lui,  à  Versailles  un  certain 
Pont  de  Taillebourg,  eh  bien,  l'on  ne  voit  seulement  pas  le  pont.  »  Delacroix  se  retour- 
nant :  a  Voici  ce  qui  m'est  arrivé  :  le  Gouvernement  m'avait,  en  efî'et,  commandé  le  Pont 
de  Taillebourg  et  les  dimensions  précises  m'avaient  été  remises  par  l'architecte  des  musées. 
Or,  mon  tableau  s'est  trouvé  trop  grand,  et  on  a  coupé  le  pont.  » 

Sans  insister  sur  la  confusion  de  l'interlocuteur,  nous  rappellerons  que  l'auteur  de  ce  coup 
de  ciseaux  est  l'architecte  Fontaine.  Ce  sont  là  jeux  d'architecte. 


N"-''  6^1,652  :  Bataille  de  Taillebourg.   —  Esquisse  et  croquis 


1°  Toile. 


H. 


'54,   L.   o'^bb.  —  Quelques  variantes  avec 


S^ir   la  précédente  composition.  —  Appartient  à   M.  Choquet. — 

"'^    Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

2° Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'26,  L.  o"'26.  — 
N°  233  de  la  Vente  posthume. —  Appartient  à  M.  A.  Robaut. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Notre  dessin  reproduit  le  croquis.  Celui-ci  est  un  projet  pour 
toute  la  partie  qui  occupe  la  gauche  du  tableau.  Ce  projet,  très  dis- 
tinct, n'a  pas  été  exécuté.  Je  dirai,  tout  à  l'heure,  que  Taillebourg  est 
le  chef-d'œuvre  de  la  Galerie  des  Batailles  au  musée  de  Versailles; 
j'incline  a  croire  qu'il  est  également  le  chef-d'oiuvre  des  batailles  de 
Delacroix.  Il  ameutait  cependant  la  foule  des  sots,  des  pédants  et  des  cuistres.  «  Quelle 
lutte!»  écrit  Henry  de  la  Madeléne  indigné.  0  Quelle  lutte!  Pour  ces  honnêtes  gens, 
l'illustre  artiste  était  une  sorte  de  monstre,  un  ennemi  public,  un  profanateur,  un  impie  ! 
Contre  lui,  tout  était  licite  !  11  fallait  lui  courir  sus  comme  à  une  béte  fauve,  ou  le  parquer, 
au  moins,  comme  un  lépreux  !  Si  par  malheur  un  pareil  homme  parvenait  a  faire  école,  c'en 
était  fait!  Goût,  délicatesse,  pudeur,  règle,  tradition,  tout  était  perdu!  Ce  n'était  pas  un 
pinceau  quetenaientses  mains  magistrales,  c'était  le  «  balai  ivre  »  des  barbouilleurs.  Le  Pont 
de  Taillebourg  était  l'œuvre  d'un  sauvage.  « 


176 


LŒUVRE    DE    DELACROIX 


1837 


N°65}  :   Bataille  de  Taillebourg 


Toile. —  H.  4'"93,  L.  5'"58.  —  Gravé  au  burin  et 
au  trait  par  Bailly, dans  les  dimensions  de:  H.  o™2  3o, 
L.  o"' 2 80,  et:  H.  o"'i  10,  L.  o"',  122  pour«  les  Gale- 
ries historiques  de  Versailles  ».  —  Salon  de  tSSj. 
—  Au  musée  de  Versailles.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  91,   176,  204,  223. 

Saint  Louis  franchit  sur  la  Charente  le  pont  de  Taille- 
bourg,  gardé  par  l'armée  anglaise;  emporté  par  son 
ardeur,  c'est  à  peine  s'il  a  été  suivi  parquelques  hommes 
d'armes  ;  les  Français  essayent  de  rejoindre  leur  roi  en 
traversant  la  rivière  à  la  nage.  Ce  tableau  est  le  chef- 
d'œuvre  de  la  Galerie  des  batailles.  On  trouvera,  aux 
années  1841  et  1842.  l'admirable  variante  en  hauteur 
composée  pour  le  vitrail  de  la  chapelle  d'Orléans,  à 
Dreux.  Ici  on  remarquera  la  suppression  de  l'arche  du  pont,  due  aux  ciseaux  de  Fontaine. 


N"  654  :  Charles- Qiiint  au  monastère   de  Saint- Jiist 


Toile.  -  H.  o'"i7,  L.  o'"25.  —  Voir  variante  à 
l'année  1 83  i .  —  Appartient  à  madame  Boulanger- 
(^avé,  veuve  de  l'ancien  directeur  des  Beaux- Ans. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.   173   (note). 

On  se  rappelle  que  dans  le  tableau  de  i83i,  lithogra- 
phie en  i833,  l'empereur  Charles-Quint  est  représenté, 
comme  ici,  en  habit  de  religieux  et  touchant  de  l'orgue; 
la  différence  entre  les  deux  compositions  est  dans  la 
figure  du  novice,  que  la  première  montre  debout  auprès 
de  l'empereur.  Dans  celle-ci,  au  contraire,  le  novice, 
passant  dans  les  jardins  du  monastère  que  l'on  voit  par 
une  Icnetre  ou\ertc,  s'est  approche,  attiré  par  les  sons  de  l'orgue.  Un  bras  pose  sur  l'appui 
de  la  fenêtre  ,  il  écoute  avec  ravissement.  On  trouvera  à  l'année  1839  une  autre  réduction. 


N"6^)  :   Lion  dévorant  un  lapin 


ses  énormes  pattes, 


Aquarelle  et  pastel.  —  H.  o"'20,  L.  o"'3o. —  Voir  la  lithogra- 
phie à  Tannée  1829  et  le  tableau  à  l'année  i856.  —  Vente 
du  baron  de  C,  22  janvier  i858  :  200  fr.  • — Appartient  à 
M.  Georges  Duplessis.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  293. 
11  v  a  de  sensibles  différences  .entre  la  lithographie  de  1829  et 
l'aquarelle  de  1837.  Dans  la  première  le  lion  ramène  à  lui  sa 
proie,  la  tient  entre  ses  avant-bras  avec  un  geste  de  nourrice.  Ici, 
au  contraire,  le  grand  fauve  écrase  l'animal  du  seul  poids  de 
ins  effort,  et  semble  jouer  le  terrible  jeu  du  chat  avec  la  souris. 


.837 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"  6^6  :    Le  Christ  en  croix. —  Ebauche 


Toile.  —  H.  o"45o,  L.  q"'3G5.  —  Reproduit  en  pliototypie,  par 
G.  Arosa,  pour  le  catalogue  de  sa  vente,  dans  les  dimensions  de  : 
H.  o'"i2i,  L.  o"'096.  —  Vente  Arosa,  février  1878:610  fr.  à 
M.  Dolfus.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  génie  essentiellement  créateur  et  naturellement  original  de  Eugcne 
Delacroix  s'accommodait  on  ne  peut  mieux  des  attitudes  et  des  types 
consacrés  par  la  tradition  dans  les  sujets  religieux  :  il  n'éprouvait  alors  nul 
besoin  de  se  mettre  l'esprit  h  la  torture  pour  faire  du  nouveau  quand 
même.  La  grande  et  majestueuse  simplicité  de  la  pose  du  Christ  en  croix, 
telle  qu'elle  se  perpétue  dans  l'art  depuis  des  siècles,  lui  suffisait  ample- 
ment. Il  n'a  jamais  songé  h  modifier  les  moyens  ni  l'outillage  de  la  crucifixion,  h  suspendre 
le  corps  de  la  grande  victime  par  des  cordes,  h  lui  écarter  les  jambes  et  à  les  clouer  de  côté, 
entre  le  tendon  d'Achille  et  le  court  péronier  latéral,  à  un  tronc  d'arbre  non  équarri,  trop 
gros  pour  l'étreinte  des  membres  intérieurs.  De  telles  et  si  bizarres  recherches,  dont  nous 
avons  depuis  été  les  témoins,  ne  sont  que  des  affectations  de  l'esprit  de  décadence. 


N°  6^7  :  Prisonniers  de  Nicopolis  devant  Bajazet 


Dessin.  —  H.  o™ioo,  L.  o'"i4o.  —  Gravé  sur  bois  pour 
V Histoire  des  ducs  de  Bourgogne.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  140. 

Nous  signalons  ici  la  grande  analogie  qui  existe  entre  cette 
composition  et  celles  de  la  jeunesse  du  maître  en  ses  esquisses 
de  concours  à  l'Ecole  des  Beaux-Arts.  Elle  a  été  publiée  dans  le 
tome  II  de  V Histoire  des  ducs  de  Bourgogne,  par  M.  de  Ba- 
rante,  Paris,  Dufey.  éditeur,  rue  des  Marais-S.-G.,  iSjy.  Cette 
planche,  dont  le  titre  est  gravé  sur  une  ligne  en  caractères  de 
gothique  allemande,  ne  porte  pas  le  nom  du  graveur,  niais  seulement  en  bas,  à  gauche,  celui 
de  Eugène  Delacroix.  C'est  peut-être,  du  reste,  la  moins  bien  gravée  de  toute  "la  collection 
qui  sort  des  ateliers  Thompson,  et  aussi  Andrew,  Best  Leloir.— On  amène  à  Bajazet,  assis  sur 
des  coussins,  des  prisonniers  enchaînés,  nus  pour  la  plupart  jusqu'à  la  ceinture.  L'un  d'eux 
cependant,  vu  de  tace.  les  mains  liées  derrière  le  dos.  porte  son  vêtement  de  guerre  avec  la 
croix  sur  la  poitrine.  On  compte  dix-huit  figures. 


N°  658  :  Études  de  chèvres  et  de  chiens 


^- 'î^  -.'  ^  V  1 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i6,  L.  o™2i. — On 
lit  au  bas  :  «  Mardi  6  juin  1837,  Frépillon.  »  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

II  existe  aussi,  du  même  temps,  d'autres  études  de  chiens  et  de  rats. 
Dans  un  des  agendas  de  Eugène  Delacroix,  on  trouve  la  note  sui- 
vante :  (I  Albert  DutiER.  J'ai  remarqué,  en  présence  de  son  Saint 
Hubert  et  de  son  Adam  et  Eve.  que  le  vrai  peintre  est  celui  qui 
connaît   toute  la   nature.  Ainsi  les  figures  humaines  n'ont  pas,  chez  lui,  plus  de    perfection 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l838 


que  celles  des  animaux  de  toutes  sortes,  que  les  arbres,  etc.  Il  fait  tout  au  même  degré, 
c'est-à-dire,  avec  l'esprit  rendu  que  comporte  l'avancement  des  ans  à  son  e'poque...  Tout, 
chez  lui,  est  à  consulter.  »  C'est  ce  que  M.  Alfred  Dumesnil,  dans  son  beau  livre,  La  foi 
nouvelle  cherchée  dans  l'art,  de  Rembrandt  à  Beethoven,  a  résumé  d'un  mot  :  «  Tout  ce  qui  a 
vie  a  droit.  »  C'est  pourquoi  Delacroix,  dont  le  cerveau  méditait  tant  de  compositions 
héroïques,  ne  dédaignait  rien  dans  la  nature  et  laissait  tomber  de  son  crayon  ces  études  de 
chèvres,  de  chiens  et  de  rats,  de  perroquets  et  de  tous  autres  genres  d'anirnaux. 


Année  i838 

N°  6)9    :    Colomb    au  couvent  de  Sainte -Marie  de   Robida 

Toile.  —  H.  o"oo,  L.  i"M6.  —  Daté  iS.^S. —  Gravé  à 
Peau-forte  par  Bracquemond  pour  le  catalogue  de  la  vente 
San-Donato  et  cliché  ensuite  pour  V Illustration,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o"i  lo,  L.  o"i45.  —  Voir  le  pendant  à 
1839.  —  Vente  San-Donato,  26  février  1870:  38, 000  fr. — 
Appartient  à  M.  Edouard  André.  — N"  80  de  rExposition 
du  pavillonde  Flore, en  1878. —  Cat.  A.  Moreau,p.94,259. 

Debout  dans  le  parloir  du  couvent,  Christophe  Colomb  regarde 
une  carte  géographique  suspendue  au-dessous  d'une  rangée  de 
tableaux;  son  fils  Diego  est  assis  devant  lui,  dans  un  fauteuil 
la  muraille.  Le  prieur,  don  Juan  Pérès'de  Marchena.  suivi  d'un  frère,  s'avance 
\ci^  jui.  A  gauche,  on  voit  un  groupe  de  trois  moines  debout  et  causant. —  Par  erreur, 
iM.  Adolphe  Moreau  dit  que  la  gravure  parue  dans  le  numéro  du  5  février  187  i  de  l'Illustra- 
tion, porte  à  droite,  en  bas,  le  nom  de  u  Villot  »;  c'est  n  Gillot  »  qu'il  faut  lire.  M.  Gillot  père 
est  l'inventeur  du  procédé  de  reproduction  photographique  sur  zinc,  qui  a  fait  une  révolution 
dans  le  mode  d'illustration  des  )ournaux  et  des  livres. 


adosse 
vers 


N°  660  :  La  mort  d'Ophelia.  —  Grisaille 


Toile.  —  H.  o'"37,   L.  0^46.  —  Signé  à  droite,  non    daté. 

—  Voir  des  variantes    aux  années    1828,    1844,    i85q.   — 
Vente  Villol,  11  février  i865  :  2,020  fr.   à  M.    Soultzener. 

—  Cat.  A.  Moreau,  p.  25  i. 

Ce  qu'il  y  a  surtout  de  très  remarquable,  dans  cette  peinture  en 
camaïeu,  c'est   l'expression  de  douleur  et  de  folie  peinte  dans  la 
physionomie  d'Ophelia,  et  que  notre  croquis  ne  pouvait  rendre. 
u  La  Reixe  :  Près  d'un  cours  d'eau,  il  y  a   un  saule  qui  mire  ses 
feuilles  blanchâtres  dans  la  glace    de    l'onde  ;  elle  est  venue   là 

avec  des  guirlandes  fantasques,  composées  de  renoncules,  d'orties,  de  marguerites  et  de  ces 
longues  fleurs  pourprées  que  nos  bergers  au  langage  indécent  nomment  d'un  nom  plus 
grossier,  mais  que  nos  chastes  vierges  appellent  doigts  de  morts  :  pendant  qu'elle  grirnpait 
pour  accrocher  à  ses  rameaux  pendants  sa  couronne  d'herbes  fleuries,  une  branche  envieuse 
s'est  cassée,  et  alors,  elle  et  ses  trophées  de  verdure  sont  tombés  dans  l'eau  gémissante.  » 


i838 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


179 


N°66i  :  Portrait  de  Yousouf 


Toile  ovale.  —  Dimensions  inconnues.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  23  août  i838,  Delacroix  écrit  à  un  M.  *'*  qu'il  lui  envoie  sur  sa  demande,  uniquement 
pour  lui  être  agréable,  ce  portrait  comme  le  portrait  d'un  Arabe  quelconque,  plutôt  que  celui 
de  Yousouf,  qu'il  n"a  pour  ainsi  dire  point  vu. 

N°  662  :  Convulsionnaires  de  Tanger 


Toile. —  H.  r"oo,  L.i'"35. — Signé  à  droite,  non 
daté.  —  Gravé  à  Teau-forte  par  Laguillermie 
pour  la  galerie  Durand-Ruel,dansles  dimensions 
de  :  H.  o"095,L.  o™i25. —  Salon  de  i838.  — Ex- 
position universelle  de  i855.  — Voir  variante  à 
l'année  1857. —  Vente  Van  Isacker,  i5  mai  i852: 
2,175  fr.  à  M.  .lourdan;  vente  20  janvier  i838: 
29,000  fr.  à  M.  Mala;  vente  du  marquis  du 
Lau,  5  mai  1869  :  48,500  fr.  à  M.  Edwards; 
vente  Edwards,  7  mars  1870,  retiré  349,000  fr.; 
vente  Edwards,  24  février  1881  :  95,000  fr. 
a  M.  Balensi.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  177, 
igt,  268. 

((  Si  nous  n'avions  nous-même»,  dit  Th.  Gautier,  «  vu  les  Aïssaouas  se  livrer  à  leurs 
étranges  exercices,  se  rouler  sur  la  braise,  manger  des  serpents,  broyer  du  verre,  mâcher  du 
feu,  se  taillader  le  corps,  et,  renversés  par  terre,  tressaillir  dans  leurs  spasmes  intermittents 
comme  des  grenouilles  galvanisées,  nous  pourrions  peut-être  taxer  d'exagération  les 
Convulsionnaires  de  Tanger....  11  y  a  dans  cette  toile  une  incroyable  turbulence  de 
mouvement,  une  férocité  de  brosse  que  personne  n'a  dépassée,  et  surtout  une  couleur  chaude, 
transparente  et  légère,  dont  le  charme  tempère  ce  que  le  sujet  peut  avoir  d'horrible  et  de 
répugnant.  «(Les  Beaux-Arts  en  Europe.) — Le  catalogue  de  la  vente  Edwards  donne  comme 
dimensions  :  H.  o"'96,  L.  i">29.  On  aura  mesuré  en  dehors  de  la  feuillure. 


N°  663  :  L'Arabe  au  tombeau 


catalogué 


sous  les  titres  de 


Toile.  —  H.  o'"45,  L.  o"55.  —  Signé  à  droite,  non  daté. 
—  Refusé  au  Salon  de  i83g.  — Vente  duchesse  d'Orléans, 
10  janvier  i853  :  2,i5o  fr.;  vente  marquis  de  Lamberty, 
I  7  décembre  1 868  :  1 1 ,000  fr. — Cat.  A.  Moreau,  p.  1 78,  269. 
L'Arabe,  descendu  de  son  cheval,  est  assis  sur  le  sol  parmi  des 
tombes  entremêlées  de  cactus  et  indiquées  seulement  par  des 
hgnes  de  pierres.  L'animal,  richement  harnaché,  allonge  le  cou 
d'un  mouvement  curieux  vers  son  maître  en  prière.  Au  loin,  sur 
une  éminence  entourée  de  murailles  ornées,  on  distingue  un 
autre  Arabe  à  cheval,  au  repos.  —  Ce  tableau  a  été  également 
la  Prière  »  et  de  <■  Ben  Abou  près  du   tombeau.  » 


i8o 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l83& 


N°  664  :  Intérieur  d'une  cour  au  Maroc 

Toile.  —  Dimensions  inconnues.  —  Salon  de  i833.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  177. 

N°66^  :  George  Sand  et  Chopin 


*,lljiii|^l'     séparés.  —  Chopin 
"     *^    -i,     dans  les  dimension 


PP- 


282  bis. 


™5o,  L.  i^oo.  —  Ces  deux  portraits  sont  aujourd'hui 

seul,  lithographie  à  la   plume   par  A.  Robaut, 

3ns  de  :  H.  o™ioo,  L.  o'"o84.  —  Cat.  A.  Moreau, 


Simple  ébauche.  La  tête  de  Chopin  est  bien  construite,  par  larges  plans. 

L'œuvre    n'a    jamais  été    achevée.   Delacroix   avait   représenté    madame 

Sand  jusqu'aux  genoux   et  de  grandeur  nature,  debout  auprès  du  grand 

musicien   assis.   La  toile  demeura   dans  l'atelier  du   peintre    jusqu'à   sa 

mort,  et,  à  cette  époque,  passa  dans  la  famille  Dutilleux  ;  elle  a,  depuis 

en  deux   parties,  et  forme  aujourd'hui  deux   portraits  distincts. —  Celui  de 

Sand   mesure:  H.   o™8o,    L.  o'"  Sy  ;  celui  de  Chopin,  assis   au  piano:    H.    o'"43, 

—  Vente  C.  Dutilleux,  mars  1874:  820  fr.  à  M.  Brame. — Appartient  à  M.  Marmontel. 


N"  666  :  Chopin  seul 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'27,  L.  o'"2i.  —  Reproduit  en  cliché  pour  le 
journal  VArt,  n"  2  i  3,  26  janvier  1879,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o™i35,  L.  o™io5. 
—  On  lit  au  bas  :  «  Collection  de  feu  M.  Riesener.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  238. 
Ce  dessin  est  sur  papier  jaune  clair  rehaussé  de  blanc.  M.  Riesener  tenait  ce  dessin  de  Jenny 
Le  Guillou.  Il  l'a  légué  au  Louvre.  Il  a  figuré  à  l'Exposition  universelle  de  1878,  dans  la 
très  intéressante  galerie  des  portraits  anciens. 


N°  667  :  Médée  furieuse.  —  Esquisse 


'37.  —   Musée  de  Lil 


Cat.   A.    Moreau, 


^Jif^^-rf^-^       p.    120,    121,202. 

L'intelligente  administration  du  Musée  de  Lille  a  acquis  à  la  Vente  posthume 
du  maître,  une  vingtaine  de  dessins  et  croquis  d'études  faites  pour  le  tableau 
de  «  Médée  »,  ainsi  que  cette  esquisse  peinte  à  l'huile  où  il  y  a  des  modifi- 
cations très  sensibles,  entre  autres  un  grand  voile  bleu  qui  flotte  à  la  partie 
supérieure  du  corps.  La  robe  est  jaune,  la  jupe  violette. —  Un  critique  de  mé- 
chante humeur  s'étonnait  fort,  d  y  a  quelque  vingt  ou  vingt-cinq  ans,  que 
Médée  tint  le  poignard  de  la  main  gauche.  S'il  avait  pris  la  peine  de  se 
reporter  à  l'argument  du  tableau,  son  étonnement  eût  cessé  :  «  Médée  furieuse  est  poursuivie 
et  sur  le  point  de  tuer  ses  enfants.  »  Tel  est  le  texte  de  Delacroix  :  «  Sur  le  point  »  ne 
veut  pas  dire    «  en  train  u;  j'en  demande  bien  pardon  à  M.  Olivier  Merson. 


i838 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


i8l 


N°  668  :  Médée  furieuse 


Toile.  —  H.  2"'6o,  L.  i'"65.  —  Signé  au  bas  à  gauche,  et  daté 
i838.  —  Lithographie  par  Challemel  pour  le  Charivari,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o"'i68,  L.  o™i  lo;  par  Alophe,  deux  fois,  dans  les 
dimensions  de:  H.  o"'i48,  L.  o"Moo;  par  Lassalle,  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o"'66,  L.  o'"55.  —  Gravé  au  burin  parCh.  Geoffroy, 
dins  les  dimensions  de  :  H.  o™40,  L.  o"'26;  à  Peau-forte,  par 
Milius,  pour  rArt,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"232,  L.  o"'  i  56. 
—  Essais  de  reproduction  à  la  plume  et  au  crayon,  par  Edouard 
Boldoduc.  —  Salon  de  i838.  —  Exposition  universelle  de  r855. — 
Appartient  au  Musée  de  Lille.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  177  et  112. 
L  administration  du  Musée  de  Lille,  mal  inspirée  cette  fois,  refusa  de 
confier  ce  chef-d'œuvre  pour  l'Exposition  posthume  du  maître.  —  «  La 
a  dit  Th.  Gautier,  «  est  peinte  avec  une  fougue,  un  emportement  et  un 
uleui-  que  Rubens  ne  désavouerait  pas.  Le  geste  de  lionne  ramassant  ses  petits 
1  Médée   retient  ses  enfants  qui  s'échappent,    est   d'une  invention  superbe.  » 


N"""  669, 670,671  :   Croquis  pour  la  Médée 

]      1°  Croquis   simple  trait,  mis  au    carreau. —  H.o"^2i5,   L.  o"'ii5. — 
Y   Cliché  pour  /'.4rf,  inédit. — Venje  posthume.  —  Appartient  au  Musée 
3J ,  de  Lille.    —  Non  catalogué  par  M.  A.  Moreau. 
>  ,   2°  Trente  feuilles  de  croquis  provenant  de  la  vente  posthume  au  Musée 

dde  Lille.  —  Cat.  A.   Moreau,  p.  202. 
3°  Deux  croquis  préliminaires  de  la  figure  de  Médée,  mesurant,  l'un: 
•H.   o"M8,  L.  o''M4;  l'autre  :  H.  o"'i7o,  il.  o'"i45. — Clichés  pour  IMrf, 
'l^jl^  t^  '  n°  du  7  octobre  1877. —  Non  catalogués  par  M.  Moreau. 
'i*^^r — ,"!"      '  Ces  deux  derniers  croquis  présentent  la  même  disposition  que  l'étude  peinte 
portant  notre  n"  667  et  appartiennent  comme  elle  au  Musée  de  Lille. 


N°672 


Un  soir  d'automne 


étaient  le  plus 


Aquarelle.  — H.  o"'26,  L.  o"'i5.  —  Appartient  à  M.  A.  Robaui.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Vue  prise  par  l'artiste,  de  la  fenêtre  de  son  atelier,  rue  des  Marais-Saint- 
Germain,  n°  17.  — A  ce  propos,  il  est  intéressant  de  relever  dans  les 
livrets  du  Salon  de  1822  à  i863,  l'adresse  des  divers  ateliers  occupés  par 
Eugène  Delacroix.  —  1822  :  rue  de  la  Planche,  n»  22  ;  —  1824  :  rue  de 
Grcnclle-Saint-Germain,  n"  118;  —  1827  :  Passage  Saulnier  ;  —  i833  : 
quai  Voltaire,  n»  i5:' —  i836  ;  rue  des  Marais-Saint-Germain,  n"  17; 
—  1845  :  rue  Notre-Dame-de-Lorette,  n"  54  (numéro  donné  par  M.  Mo- 
reau ;  le  catalogue  de  l'Exposition  universelle  dit  n"  53i;  —  i85g  :  rue 
de  Furstenberg,  n"  6,  où  se  voit  une  plaque  commémorative.  Ces  ateliers 
souvent  insuffisants  pour  l'exécution  de  grandes  peintures  décoratives. 


l83 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l838 


N°'  673,  674,  675,  (^-d,  6~j^  678,  679,  680  :  Études  d'animaux 


1°  Chasses  au  lion.  —  Deux  croquis 
mesurant  Tun  :  H.  o"'2io,  L.  o"'i9o; 
'autre  :  H.  o"'072,  L.  o"'i9o.  —  Vente 
posthume,  à  M.  Ch.  Desavary. 
2°  Têtes  de  lions. —  H.  o'"20o,  L.  0^270. 
—  Vente  posthume  :  3oo  fr.,  à  M.  de 
Laage. 

3°  Lion  dépouillant  un  os.  —  H.  o™i  5o, 
L.  0,210.  —  Vente  posthume  :  220  fr.,  à 
M.  de  Laage. 

4"  Lionne  attaquant  un  cavalier  renversé. 
— H.o"M6o,  L.  o'"23o. — Vente  posthume: 
3o5  fr.,  à  M.  Robaut. 
5°  Lion  assis.  —  H.  o'^igo,  L.  o"'3oo.  — 
Signé   au   bas,   à    droite.  —  Vente  pos- 
thume :  38o  fr.,  à  M.  de  Laage. 
6°  Gladiateur  terrassé  par  une  lionne.  — 
H.  o"220,  L.  o"'340.  —  Cliché  en  photo- 
tvpographiepour  VArt,zn  i883. 
/'"Tigre  blessé  se  désaltérant.- —  H.  o'"254, 
L.  o  ""300.—  Vente  posthume  :  440  fr.,  à 
M.  de  Laage. 

8"  Gladiateur  terrassé  par  un  lion.  — 
H.  o'"220,  L.  o'"290.  —  Cliché  en  photo- 
typographie pour  VArt.  —  Vente  pos- 
thume :  5oo  fr.,  à  M.  de  Laage. 
Tous  ces  croquis  sont  exécutés  à  la  mine  de  plomb,  sauf  le  n°  5,  qui  est  un  croquis  à  la 
plume.  Tous  ont  été  reproduits  dans  la  première  série  des  fac-similés  publiés  par  M.  A. 
Robaut,  dans  les  mêmes  dimensions,  à  l'exception  des  «  chasses  au  lion  »  en  deux  sujets, 
reproduits  dans  les  dimensions  de  H.  o™i6.  L.  o"'25.  Tous  ont  figuré  à  k  vente  posthume. 
Tous    sont    mentionnés,  mais  non  catalogués  par  M.  A.  Moreau,  pp.  i35  et   i36. 


N°  681  :  Duo  de  piano  et  violon 


Croquis  mine  de  plomb.  —  In-quarto.  ^  Vente  posthume.  — 
Appartient  à  M.  Choquet.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

On  sait  que  Delacroix  était  grand  amateur  de  musique.  Amédée 
Cantaloube  nous  a  conservé  en  une  petite  plaquette  le  souvenir 
de  conversations  du  maître  sur  Rossini.  En  i83o,  Chopin  était  venu 
chez  lui,  rue  des  Marais-Saint-Germain,  17.  et  s'y  était  fait  entendre, 
.ar,  à  cette  date  (septembrei,  Delacroix  fait  enlever  un  piano  de 
l'icyel  que  Chopin  y  avait  fait  transporter.  Quatre  ans  plus  tard,  il 
écrit  encore  de  .Nohant  :  «  J'ai  des  tête-à-tête  à  perte  de  vue  avec  Chopin,  que  j'aime  beau- 
coup, et  qui  est  un  homme  d'une  distinction  rare  :  c'est  le  plus  vrai  artiste  que  j'aie 
rencontré.  »  Et  en  1849,  '^  28   octobre,  il  va  au  service  de  son  «  pauvre  et  cher  Chopin.  » 


N"  682  :  Deux  têtes  de  femme,  —  Étude 


Croquis  au  crayon  noir. —  H.  o"'i9,  L.  o"'3^ 
"^■^    — Appartenant  à  M.  Henri  Faure,  de  Lille.  - 
M.  Moreau. 


—  Vente  posthume. 
Non  catalogué  par 


Il  est  bien  étrange  de  retrouver,  à  quinze  anne'es  de  distance,  des  études  de 
l'attitude  et  l'expression  rappellent  d'une  façon  frappante  celles  de  «l'Orpheline 
au  cimetière  »  de  1823,  n"  66,  et  de  la  «Tête  de  femme  pour  \e  massacre  de  Scio  de  1824, 
n"  95.  L'analogie  est  telle  que  nous  ne  saurions  trop  que  répondre  si  l'on  nous  reprochait 
ici  quelque  erreur  de  classement.  D'autre  part,  si  rarement  que  Delacroix  se  soit  répété,  peut- 
on  refuser  d'admettre  que  deux  fois,  à  bien  des  années  d'intervalle,  l'artiste  ait  remarqué 
et  reproduit  le  même  mouvement  sur  nature  ? 


tète  dont 


N"  68^  :  La  confession  du  Giaour 


H.  o'"io5,  L.  o'"i5o.  —  Lithographie  par  Mouilleron. 

—  Cat.  A.  Moreau,  p.    ir3. 

La  lithographie,  faite  par  A.  Mouilleron  pour  la  France 
littéraire,  porte  pour  titre  «  La  confession  du  Giaour,  par 
E.  Delacroix,  »  mais  ne  nous  dit  pas  ce  qu'était  l'œuvre 
originale,  toile,  aquarelle  ou  dessin.  A  en  juger  d'après 
l'intensité  des  valeurs,  nous  inclinons  à  croire  que  c'était  un 
tableau,    ou    tout    au    moins    une    aquarelle   très  poussée. 

—  «  Hugo,  Parisina  ,  les  Foscari,  le  Giaour,  le  Corsaire. 
Toujours,   son  héros  est  l'homme  aux   prises  avec  la    pire 

angoisse  en  iace  du  naulrngc,  de  la  torture,  de  la  mort,  de  sa  propre  mort  douloureuse  et 
prolongée,  de  la  mort  amère  de  ses  plus  chers  bien-aimés,  avec  le  remords  pour  compagnon 
parmi  les  lugubres  perspectives  de  l'éternité  menaçante,  sans  autre  soutien  que  l'énergie 
native  et  l'orgueil  endurci.  Ils  ont  trop  désiré,  trop  impétueusement,  d'un  élan  insensé 
comme  un  cheval  sans  bouche,  et  désormais  leur  destin  intérieur  les  pousse  dans  le  gouffre 
qu'ils  voient  et  ne  veulent  plus  éviter.  »  (H.  Taine,  Histoire  de  littérature  anglaise.  Byron.) 


N*'"  684,  685  :  Scènes  d'Alger 


^M  I"  Juive  d'Alger.  — •  Lithographie  à  la  plume. 

^5  —  H.  o"'!  lo';  L.  o'"20o.  —  Cat.  A.  Moreau, 

!>.'  ,i^'  p.  5o. 

I".^^^  2°  Une   vue   à   Alger.   —   Lithographie  à   la 

-'^^/f  plume. —  H.o"'i4o,  L.  o"'i  10. — Cat.  A.  Mo- 

■"""'"'^  reau,  p.  5o. 

Cette  dernière  pièce  et  celle  qui  précède  ornent  une  des  pages  du  0  Livre  d'or  »,  publié  par 
Curmer,  celle  où  se  trouve  l'autographe  d'Alphonse  Karr. —  Paris,  iS38. —  En  bas  de  la  page 
à  gauche  :  «  Dx  (sans  doute  pour  jûelacroix)  inv'  »  ;  à  droite,  «  N.  Desmadryl  dcl"-  »;  en  bas  de 
la  page,  au  milieu  :  «  Lith.  de  'Villain.  »  —  Comme  M.  Moreau,  nous  laissons  l'attribution  de 
ces  planches  à  Delacroix,  mais  on  doit  plutôt  supposer  qu'elles  sont  l'œuvre  d'une  main 
étrangère,    interprétant  les  dessins    du  maitre,    le   lithographe  Desmadryl,   par  exemple. 


.84 


LŒUVRE    DE    DELACROIX 


i83q 


Année  i83 


9 


N°  686  :  La  barque  de  don  Juan.  —  Esquisse 


Toile.  —  H.  o'"8i,  L.  i"'oo.  —  Signé  au  bas,  à  gauche.  — 
Esquisse  du  tableau  de  1840.  —  Gravé  à  l'eau-forte  par  Le 
Rat,  pour  la  galerie  Durand-Ruel,  dans  les  dimensions  de  : 
H.o'"io3,  L.  o'"i2j. —  Vente  du  24  février  1881  :  7,5oo  fr. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  87. 

Superbe  esquisse  et  au  moins  d'une  qualité  de  peinture  égale  à 
celle  du  grand  tableau  de  1840,  qui  appartenait  h  M.  Adolphe 
Moreau  et  que  cet  amateur  a  légué  au  musée  du  Louvre.  Voir, 
au  sujet  de  ce  motif  et  des  différents  titres  qu'on  lui  a  donnés,  ce 
propos  du  tableau  «  La  barque  de  don  Juan  »,  a  l'année  1S40. 


que  nous  en  disons  i 


N"  68-  :  Noce  juive  dans  le  Maroc 

Toile.  —  H.  i"'o3,  L.  r"4o.  —  Daté. — 
Salon  de  1841.  —  Exposition  universelle 
de  i855.  —  Gravé  à  Teau-forte,  par  Wac- 
quez,  pour  l'Artiste  {i8^\\,  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o'"i40,  L.  o"'i9o;  par  H.  Le- 
fort,  E.  Hédouin  et  Ch.  Chaplin,  avec  la 
seule  signature  de  Chaplin,  pour  la  chalco- 
graphie du  Louvre,  dans  les  dimensions  de: 
H.  o"'266,  L.  o'"36o.  Sur  le  troisième  état 
de  cette  planche,  M.  H.  Lefort  a  gravé 
comme  remarque,  en  bas,  au  milieu,  un 
petit  portrait  du  maître,  etfacé  après  un  tirage 
de  quinze  épreuves.  —  Lithographie  par 
Mouilleron ,  dans  les  dimensions  de  : 
H.  o"'i86,  L.  o'"255.  —  Gravé  sur  bois*  pour  le  Alusée  français  {iSS5\,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o"'i8o,  L.  o"'26o;  pour  la  Galette  des  Beaux-Arts,  l'Illustration 
et  le  Journal  illustré,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'i27,  L.  o"'i69.  —  Appartient 
au  Musée  du  Louvre.  —Cat.  A.  Moreau,  pp.  100,    i3i,   179,  206. 

Cet  admirable  tableau  avait  été  commandé  à  l'artiste  par  M.  le  marquis  ^L^ison,  qui 
n'en  fut  pas  satisfait  et  trouva  trop  élevé  le  prix  de  2,000  fr.  que  Delacroix  en  demandait. 
Il  fut  acheté  au  prix  de  i  ,3oo  fr.  par  le  duc  d'Orléans,  qui  le  donna  au  musée  du  Luxembourg. 
—  Voici  le  texte  explicatif  fourni  par  Delacroix  au  livret  du  Salon  de  1841  :  «  Les  Maures 
et  les  Juifs  sont  confondus.  La  mariée  est  enfermée  dans  les  appartements  intérieurs,  tandis 
qu'on  se  réjouit  dans  le  reste  de  la  maison.  Des  Maures  de  distinction  donnent  de  l'argent 
pour  des  musiciens  qui  jouent  de  leurs  instruments  et  chantent  sans  discontinuer  le  jour  et 
la  nuit  ;  les  femmes  sont  L-s  seules  qui  prennent  part  à  la  danse,  ce  qu'elles  font  tour  à  tour 
et  aux  applaudissements  de  l'assemblée.  » 


i839 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1.85 


N"  688  :    Le  campement  arabe 

Toile.  —  H.  o"35,  L.  o'"45.  —  Signé  au  bas,  à  droite.  — 
Refusé  au  Salon  de  iSSg. —  Photolithographié  par  Arosa 
pour  le  catalogue  illustré  de  sa  vente,  dans  les  dimen- 
sions de  H.  o'"io2,  L.o"'i25.  —  Vente  Hôtel  Drouot, 
lo  février  i853  :  400  fr.,  à  M. .  Arosa  ;  vente  Arosa, 
février  1878:  4,300  fr.  à  M.  Pinart.  —  Voir,  à  Tannée  i833, 
l'aquarelle  variante  qui  faisait  partie  de  Talbum  des 
dix-huit  aquarelles  de  M.  de  Mornay,  cataloguée  sous  le 
.  titre  de  «  Campement  dans  la  villed'Alias-sar-El-Kebir  » 
n°  494-  —  ^at.  A.  Moreau,  pp.  178  (note)  et  269.  ' 

Sous  une  tente  ouverte,  soutenue  par  un  piquet  grossier,  deux  Arabes  sont  blottis.  Au 
second  plan,  deux  chevaux,  l'un  gris,  l'autre  bai,  sont  attachés  et  paissent,  surveillés  par  leur 
maître.  Un  grand  ciel  orageux  roule  de  larges  nuées  au-dessus  des  tentes  qui  ferment 
l'horizon.  —  Les  variantes  avec  l'aquarelle  sont  sensibles,  ne  fût-ce  que  par  l'absence  de  la 
grande  tente  rayée,  où  flotte  le  pavillon  français. 


N°  689  :   Paysage  du  Maroc 


s'élèvent 
Arabe  à 
terrains 


Toile.  —  H.  o™3o,  L.  o"'39.  —  Signé  au  bas,  non  daté.  — 
Photolithographié  par  Arosa,  dans  les  dimensions  de  :  H. 
o"'o96,  L.  o"',i22.  —  Vente  D.,  10  février  i858:  25o  fr.  à 
M.  Arosa;  vente  Arosa,  février  1878  :  3, 100  fr.  à  M.  Leroy; 
vente  Leroy,  1882  :  2,i5o  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  270. 
Deux  Arabes,  au  premier  plan  à  gauche;  l'un,  debout,  tient  un 
fusil,  l'autre  est  assis.  Ils  sont  placés  au  pied  d'un  monticule  où 
de  grands  arbres,  au  bord  d'une  longue  route  par  où  s'avance  vers  eux  un  autre 
cheval,  vêtu  d'un  burnous  bleu  foncé  à  capuchon.  A  droite,  des  mouvements  de 
boisés  descendent  vers  une  longue  plaine  bordée  à  l'horizon  par  des  montagnes. 


N°  690  :  Colomb  au  retour  du  Nouveau-Monde 


Toile.  —  H.  o"'90,  L.  i"'i6.  —  Daté.  —  Gravé  à  l'eau- 
forte  par  Bracquemond,  pour  le  catalogue  San-Donato,  et 
cliché  ensuite  pour  l'Illustration,  dans  les  dimensions  de  : 
H.  o"'i  10,  L.  o"'i45.  ■ —  Vente  San-Donato,  26  février 
1870  :  80,000  fr.  à  M.  HoUender.  —  Appartient  à 
M.  E.  Secrétan.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  94,  259. 

Christophe  Colomb  monte  les  marches  du  trône  où  le  roi  d'Es- 
pagne  Ferdinand   et  la  reine  Isabelle    l'attendent  debout.  Au 
premier  plan  sont  déposés   les   magnifiques  trophées  de  l'expé- 
dition, des  vases,  des  objets  précieux  que  le  conquérant  a  rapportés  du  nouveau-monde.  Un 
moine   assiste,   le   sourcil   froncé,  à  ce   spectacle.    Des   femmes,  des    cavaliers    occupent    le 
second  plan  h  gauche.  —  Delacroix  a  mis  en  ce  tableau  tous  les  joyaux  de  sa  palette. 


i86 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


rSSg 


N°  691  :  Cléopâtre  et  le  paysan 


Toile.  —  De  25  environ.  — •  Salon  de  i83q.  —  Exposition 
d'Alsace- Lorraine,  n"  ii3  du  catalogue.  —Photographié 
par  Braun. —  Vente  du  18  janvier  i85o:  i,3o5  fr.;  vente 
Cjeorge  Sand,  23  avril  1864:  i,i65  fr.  —  Appartient  à 
madame  Carayon-Talpayrac.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  178, 
254,  25-. 

AL  Adolphe  Moreau  signale  une  première  variante  de  ce 
tableau  où  la  reine,  au  lieu  d'être  assise  sur  un  siège  antique, 
serait  couchée  sur  un  sopha  de  couleur  rouge,  et  c'est  à  cette 
variante  qu'il  attribue  les  prix  de  vente  que  nous  venons  de  citer.  Le  paysan,  au  lieu 
d'être  placé  à  gauche  de  la  composition,  serait  placé  à  droite.  Nous  nous  demandons  s'il  ne 
s'est  pas  fait  quelque  confusion  avec  la  variante  dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure,  et  qu'il 
décrit  avec  certaine  inexactitude.  —  Quoi  qu'il  en  soit,  l'attitude  de  Cléopâtre  ici,  est  d'une 
grâce  exquise,  et  le  mouvement  du  paysan  d'une  justesse  de  réalité  saisissante.  Les  formes 
inassives   de  l'homme    sont  calculées  pour  faire  ressortir  la  beauté  de  la  reine. 


N°  692  :  Cléopâtre  et  le  paysan. —  Variante 


comme  le  d 
d'une  robe 


Toile.  —  H.  o"'28,  L.  o"'36. —  Signé  à  gauche,  non  daté. 
—  Vente  C,  i  3  avril  i865;  9  mai  1874  :  7,25o  fr.;  vente 
de  S.,  5  mai  1877:  4.i5o  fr!  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  178, 
254,  257. 

La  reine,  le  sein  découvert  et  les  bras  chargés  de  bijoux,  vêtue 
d'une  robe  d'un  vert  jaune  avec  un  voile  violet  rattaché  au 
diadème  de  la  coiffure,  est  couchée  sur  un  lit  de  repos  d'un 
ton  rose  vineux.  Elle  se  retourne  à  demi  vers  l'esclave  qui 
apporte  le  panier  de  figues  à  grandes  feuilles.  Cet  homme, 
dont  les  chairs  sont  très  colorées,  est  recouvert  d'une  ample 
draperie  bleu  foncé.  Derrière  le  lit,  et  non  derrière  le  paysan, 

il  M.  Moreau,  apparaissent  deux  esclaves  attentifs.  L'un  tient  une  lyre;  il  est  vêtu 

rougeàtre,  l'autre  porte  une  robe  jaune  et  un  manteau  bleu. 


N°  693  :  Justice  de  Trajan.  —  Esquisse 


^{." 


Toile. —  H.  o"'58,  L.  o"'45.  —  N°  58  de  la  Vente  posthume  :  i  ,600  fr. 

-j'^    àM.Piron. — Vente  Piron,  21   avril    i865  :  455  fr.;   vente    Miolan- 

■,' E^i^"'     Carvalho,    14   mars  1876:800  fr.,  à  M.  Alexandre  Dumas  fils;  vente 

.^,  H-;;!'.''',    I    Alexandre   Dumas  fils,  février   1882  :  1,620  fr.  —  Cat.  A.  Moreau, 


iiiiiiiiii 


iR^èfe^^  Cette  esquisse    présente    peu   de    différences    avec    le   tableau.   Trajan    est 

liiiS^ê^l  moins  avancé  dans  le  milieu  de    la  toile   et  son  cheval  est   d'un   ton  foncé. 

'-^ --— ~ — '  On  ne  voit   pas    ici  le  jeune   homme  du  premier   plan  qui   s'écarte  vers  la 

droite,  le    bras  droit   plié;  mais  toute  la  grande  ordonnance  de  l'œuvre  est  trouvée. 


i83i) 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


187 


N°  694  :   Hamlet  et  les  deux   fossoyeurs 


Toile.  —  H.  o"'8o,  L.  o'"65.  —  Signé  au  milieu  en  bas  et  daté 
i83g. —  Salon  de  iSSg. —  Exposition  universelle  de  i855. — 
Gravé  à  Teau-forte  par  Nanteuil  pour  l'Artiste,  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o"'i46,  L.  o"'[20.  —  Lithographie  par  Eugène  Le 
Roux,  dans  les  dimensions  de  :  H.  0^279,  L.  o™223. —  Vente 
de  la  duchesse  d'Orléans,  18  janvier  i853  :  6,3oo  fr.,  à  M.  Mau- 
rice Cottier. —  Appartient  en  usufruit  à  madame  veuve  Maurice 
Cottier,  mais  en  nue  propriété  au  musée  du  Louvre.  —  Cat.  A. 
Moreau,  pp.  66,  86,  134,  178,  246. 

Le  legs  généreux  de  M.  "Maurice  Cottier  assure  à  notre  Louvre  la 
possession  de  ce  chef-d'œuvre,  ainsi  que  de  notre  n"  jaS:  «Jeune 
tigre  jouant  avec  sa  mère.  »  —  La  scène  du  cimetière  est  rappelée  au  livret  de  1S39  par 
les  premières  paroles  du  début:  0  Le  fossoyeur.  Ce  crâne,  monsieur,  était  le  crâne  d'Yorick, 
le  boutTon  du  roi.  —  Hami.et.  Hélas  !  pauvre  Yorick  !  »  —  Le  catalogue  de  l'exposition  du 
boulevard  des    Italiens,   en  1860,  le  dit  daté_  de  i838. 


N°  69^  :  Charles-Quint  au  monastère  de  Saint-Just 

Toile.  —  H.  o""i2,  L.  o"M7.  —  Signé,  daté,  i83g.  —  Réduction  du  tableau  de  i833. 
—  Vente  du  18  janvier  i85o  :  2,5oo  fr.;  vente  San-Donato ,  2r  février  1870: 
5,200  fr.  —  Voir  à  Tannée  i83i  ,  la  vignette  sans  changement.  — ■  Cat.  A.  Moreau, 
pp.  48,  1-3,  254. 

N"^  696,  697  :   Portrait  de  M.   Henri  Hugues 


i»  Toile   —    H.  o"'74,    L.  o'"6o.  —   Non 
signé.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  237. 
2°  Aquarelle  ovale.  —  H.  o'"i5,  L.  o'"i2. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  237. 

L'aquarelle,  dit  M.  Moreau,  est  d'une  fraîcheur 
de  tons  extrêmes.  Le  modèle  qui,  dans  le  por- 
trait à  l'huile,  porte  une  redingote  marron, 
a  ici  un  habit  bleu  clair.  —  Quoique  nous 
réunissions  les  deux  œuvres,  l'aquarelle  doit 
être  plus  ancienne  de  plusieurs  années.  Elle 
appirti-niit  i  Léon  Riesener,  à  qui  Delacroix  légua  le  grand  por- 
trait M  Henri  Hugues  était  le  cousin  des  deux  artistes  et  Léon 
Riesener  a  trace  de  lui,  dans  les  notes  qu'il  a  fournies  à  M.  Philippe 
Burty,  le  charmant  portrait  qui  suit  :  «  Pendant  longtemps,  lui  (Delacroix),  Henri  Hugues, 
fils  d'une  sœur  de  sa  mère  et  moi,  nous  nous  réunissions  une  fois  par  semaine,  tantôt 
chez  l'un,  tantôt  chez  l'autre,  à  tour  de  rôle,  ou  chez  le  restaurateur.  Il  apportait  dans  ces 
dîners  une  gaieté  aimable,  toujours  conciliante  et  une  amitié  attentive,  affectueuse  pour 
le  cousin  Henri,  notre  aîné,  homme  charmant,  ingénu,  chevaleresque,  que  Delacroix  aimait 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


l839 


ele  tout  son  cœur  et  dont  le  souvenir  lui  est  resté  cher  constamment.  Il  en  a  fait  un  beau 
portrait  qu'il  me  donna.  Henri,  employé  dans  l'administration  des  postes,  poète  par 
délassement,  était  plus  que  négligé  dans  sa  toilette.  Je  me  rappelle  qu'une  fois  à  grand'peine 
nous  sortions  d'une  représentation  extraordinaire  de  l'Auberge  des  Adrets,  donnée,  je  ne 
sais  pourquoi,  le  jour,  par  Frédérick-Lemaitre.  Le  chapeau  et  la  tenue  de  Henri,  sortant  du 
théâtre,  étaient  réellement  plus  que  comiques.  Delacroix,  très  élégant  et  recherché  dans  sa 
toilette,  lui  donnait  impassiblement  le  bras  en  plein  boulevard,  et,  gai  comme  un  pinson, 
jouissait  de  l'esprit  de  son  vieil  ami  :  c'est  h  l'amitié  de  ces  deux  hommes  que  je  dois  ce 
que  j'ai  de  bon  à  mes  yeux,  o 

N°  698  :  Desdemona  maudite  par  son  père 


Peinture  sur  bois.  —  H.  o'"400,  L.  o'"3i5.  —  Signé  au  bas  à 
gauche.  —  Appartient  a.  M.  E.  Secrétan.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

<(  Desdemona,  aux  pieds  de  son  père  qui  veut  lui  donner  sa  malédiction 
pour  avoir  épousé  secrètement  Otello,  qu'on  voit  dans  le  fond.  »  —  Cette 
toile,  par  son  aspect  éclatant,  produit  l'effet  d'une  masse  de  fleurs  disposées 
dans  leur  plus  ardente  harmonie.  On  en  jugera  par  les  colorations.  Le 
doge  porte  un  manteau  rose  rouge,  doublé  d'un  violet  bleu  foncé  et 
perlé,  une  toque  et  un  voile  du  même  noir  bleu  que  les  manches  du 
vêtement;  Desdemona,  une  robe  verte  à  galons  d'or  et  une  écharpe  violet 
rouge  doubke  d  hermine.  Son  riche  éventail  en  plumes  de  paon  garni  de  diamants  est  tombé 
sur  les  dalles.  Les  murs  sont  de  marbre  jaune  avec  quelques  écussons  armoriés  en  mosaïque 


N°'  699,  700  :  Desdemona  maudite  par  son  père.  —  Croquis 

i"  Croquis  à  la  plume.  —  H.  o"'22,  L.  o"'28.  — 
Reproduit  en  fac-similé  par  A.Robaut,  de  mêmes 
dimensions.  —  Vente  posthume:  359 fr.  à  M.  A. 
Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Croquis  à  la  plume. —  H.  0^280,  L.  o"\2o5. — 
Reproduit  en  fac-similé  par  A.  Robaut,  de  mêmes 
dimensions,  et  en  cliché  phototypographique  pour 
le  journal /'y4?V,  livraison  du  23  avril  1882,  dans 

lesdimensions   de  :  H.  o"'28o,   L.  o™2o5.   • —  Vente   posthume,  n"  459,  à  M.  Alfred 

Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  second  croquis  est  d'une  exécution  plus  large  et  plus  colorée  que  le  précédant.  Delacroix 
en  a  définitivement  adopté  la  disposition,  sauf  pour  les  fonds.  (  Voir  le  n"  G98.) 


N°  701  :   Deux  tigres  et  deux  lions 


Dessin.  —  Dimensions  inconnues.  —  Daté.  —  Vente  Villol,  i865.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 


i839 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


N"  702 


Le  poète  Arion  et  le  philosophe  Anaximandre 


Aquarelle  (étude).  —  H.  o'"o85,  L.  o"i35.  —  Appartient 
à  M.  Alfred  Robaut.  —  Notes  écrites  lisibles  sous  l'aqua- 
relle. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

A.,  On  peut  voir  au  Louvre,  parmi  les  dessins  du  Primatice,  trois 
1^5  groupes  de  <;  deux  hommes  à  moitié  drapés  et  assis  à  terre, 
tournés  à  gauche  >>.  Ce  sont  les  compositions  originales,  en 
'é^  tout  semblables  au  fragment  que  nous  reproduisons  ici,  exé- 
cutées h  la  sanguine  et  rehaussées  en  blanc  sur  papier  légèrement 
teinté,  d'après  lesquelles  Nicolo  deU'Abbate  a  peint  la  galerie  de  Henri  II  à  Fontainebleau.  La 
copie  n'a  pas  été  faite  d'après  les  sanguines  du  Louvre,  qui  ne  possède  pas  exactement  ce 
motif,  mais  d'après  la  peinture.  Le  dessin  pris  sur  place  à  Fontainebleau  porte  encore  les 
notes  manuscrites  au  crayon  mine  de  plomb,  sur  lesquelles  Delacroix  a  peint  h  l'aquarelle  la 
tonalité  des  figures  et  des  paysages.  —  En  haut,  à  gauche  :  «  Plus  foncé,  plus  rouge,  »  c'est 
du  vieillard  vu  de  dos  qu'il  parle.  —  En  haut,  à  droite  sur  le  ciel  :  «  Bleu  clair  »  —  Au  bas,  à 
droite,  pour  la  draperie  de  l'homme  vu  de  face  :  «  Brun  rouge  laqueux.  »  Au  milieu,  au 
bas  :  <i  Herbe  ».  —  Les  noms  d'Arion  et  d'Anaximandre  sont  sans  doute  empruntés  a  la  des- 
cription du  P.  Dan:  Merveilles  de  Fontainebleau. 


N" 


^o^ 


Études  de  fauves 


Lionne  et  lion.  —  Croquis  à  la  plume.  —   H.  o 
'Signé  «  Eug.  Delacroix  »   en  haut  à   gauche  et 


"20,    L. 
daté  du 


février 


M   '^r    i8f3g.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

"'/"S  Ce  croquis  fut  offert  par  M.  X**',  en  1871,;!  la  loterie  de  l'Opéra.  On  y 
■atd^  retrouve  comme  le  plus  souvent,  chez  Delacroix,  ce  sens  profond  de  la 
grandeur  héroïque  qu'il  réalisait,  en  quelque  sorte  inconsciemment, 
même  en  dessinant  d  après  le  modèle  vivant.  La  lionne  a  une  si  grande 
allure  qu'on  la  voit  toute  prête  h  entrerdans  quelque  cortège  de  Bacchus. 
Le  lion  vu  de  dos,  grimpant,  a  quelque  chose  d'héraldique  dans  son 
étrange  silhouette.  Ces  croquis,  s'ils  sont  fait  de  souvenir,  ne  valent  pas 
une  de  ces  fidèles  études  d'après  nature,  superbes  de  tbrce  et  de  simpli- 
cité, et  telles  qu'on  on  rencontre,  pour  ainsi  dire,  à  chaque  page  dans  l'œuvre  de  Delacroix. 


N''  704  :   Cheval  en  liberté 


Croquis  à   la   plume.  —   H.  o'"2o,   L.  o'"28.  —  Appartient  à 
M.  Georges  Villot  fils.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Les  chevaux  de  Gros  sont  héroïques,  pleins  de  feu  ;  le  «  peintre 
d'Aboukir  »  leur  a  rendu  la  grandeur,  cette  belle  fièvre  qui  est  leur 
santé,  mais  il  n'a  guère  reproduit  que  la  race  arabe  et,  malheureu- 
sement, il  les  a  tous  vêtus  de  satin.  C'est  de  la  soie  qui  adhère  au 
poitrail  ruisselant,  qui  se  blanchit  d'écume  sous  le  cuir  des  courroies  et  l'or  des  caparaçons. 
Ce  n'est  pas  là  cette  peau  tellement  fine  et  souple  que  l'attouchement  le  plus  léger  la  fait 
frémir  sous  le  doigt.  Gros  a  peint  le  coursier;  Géricault  et  Delacroix  ont  pemt  le  cheval. 


igo 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1840 


N°'705,  706:  Etudes  de  tigres 


.  -'-  5: 


2°  Tigre  étendu  au  repos.  —  Sépia. 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


=r.:i-_i=-     1°  Tigre  suivant   une  piste  et  grognant. 

^^^g  —   Croquis   à    la  plume.   —    H.    o""[2, 

^"""'1?    L.  o'"iQ.  —  Daté  9  février  iSSq.  —  Ex- 

"i   trait  d'un  dessin    offert  par  M.  Brandon 

-    à  la  loterie  de  TOpéra  (  1871  ).  —   Non 

catalogué  par  M.  Moreau. 
H.  o'"075,  L.  o'^iqo.  —  Vente  posthume.  — 


Année   1840 

N"  707  :    Le  naufrage  de   don   Juan 


Toile.  —  H.  i'"3o,  L.  i'"95.  —  Signé  à  gauche  et  daté 
1840.  —  Salon  de  1841.  —  Exposition  universelle  de 
i855. —  Exposition  du  boulevard  des  Italiens,  1860. 
—  Lithographie  en  deux  dimensions  par  Français  : 
1°  H.  o'"i5o,  L.  o'"233;  2"  H.  o'"285,  L.  o'"43o. — 
Gravé  sur  bois  pour  rillustration  et  pour  la  Galette 
des  Beaux-Arts,  dans  les  dimensions  de  :  1°  H.  o'"i40, 
L.  o™2  26  ;  2°  H.  o"M  14,  L.  o'"i8i.  —  Gravé  en  aqua- 
tinte pour  l'Artiste,  par  Desmadryl,  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o"'i45,  L.  o'"2i5.  —  Appartenait  à  M.  Moreau,  qui  Ta  légué  au 
musée  du  Louvre.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  11 5,  139,  140,  179. 

En  léguant  au  Louvre  ce  tableau  très  important,  M.  Moreau  avait  imposé  la  condition  qu'il 
ne  serait  pas  exposé  dans  les  salles  actuelles  du  second  étage,  très  mal  défendues  contre  la 
chaleur  et  la  lumière  pernicieuses  de  l'été.  Il  a  donc  été  placé  dans  la  grande  galerie  française, 
dite  du  xvni°  siècle  au  premier  étage.  «  Si  l'on  relit,  dans  le  poème  de  Byron,  le  passage  d'où 
l'artiste  a  tiré  le  sujet  du  Naufrage  de  don  Juan,  on  sera  peut-être  surpris  qu'il  n'ait  pas 
placé  sa  barque  entre  cette  mer  unie  comme  une  glace  et  ce  ciel  d'un  azur  impitoyable  qui 
ajoutent  encore  h  l'horreur  de  la  scène,  par  l'ironie  du  contraste  ;  mais  les  moyens  de  la 
poésie  et  de  la  peinture  ne  sont  pas  les  mêmes  ;  —  un  ciel  bleu,  une  mer  calme,  n'eussent 
peut-être  pas  aussi  bien  donné  l'idée  du  danger  couru  que  ces  flots  lourds  et  clapotants,  sous 
ces  nuages  d'une  lividité  sinistre,  dont  l'écume  moutonne  autour  de  cette  barque  sans  voile, 
sans  rame,  sans  boussole,  sans  gouvernail,  perdue  au  milieu  de  l'immensité,  où  des 
malheureux,  se  jetant  des  regards  de  cannibales,  agitent  des  billets  au  fond  d'un  chapeau, 
pour  savoir  qui  sera  mangé,  comme  dit  la  naïve  ballade  des  matelots,  —  c'est  le  n  radeau  de 
la  Méduse  »,  dépouillé  de  son  appareil  tragique  et  théâtral  et  ramené  à  la  plus  simple 
expression.  —  Ne  pensez  plus  à  don  Juan,  qu'il  serait  difficile  de  reconnaître  parmi  ces 
visages  hâves,  creusés,  amaigris,  convulsés  par  d'exécrables  convoitises,  et  dites  si  jamais 
épisode  de  naufrage  a  été  rendu  d'une  façon  plus  profondément  naïve  et  plus  naïvement 
effrayante.  —  Comme  on  sent  frétiller  les  requins  à  triples  rangs  de  dents  sous  ces  vagues 
d'un  vert  glauque,  balançant  leur  crête  de  mousse  blanche  !  comme  le  vent  et  le  tonnerre 
grondent  sourdement  derrière  ces  nuages  bas,  gros  d'orage  et  de  pluie  !  »  (Th.  Gautier.) 


1840 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


191 


N°  708  :   Barque  de  don  Juan 


Croquis  lavis.  —  H.  o'"23,  L.  o^So.  —  Vente  posthume.  -~ 
Vente  Sensier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

*!^2--  ^^  iS83,  à  l'occasion  du  legs  fait  au  Louvre  par  M.  Moreau,  un 
peintre,  M.  Charles  Jacque,  dans  une  lettre  rendue  publique, 
plaisante   agréablement   l'ignorance    routinière    des  écrivains  qui 

ont  toujours  écrit  la  Barque  ou  le  Naufrage  de  don  Juan,  au  lieu 

ÏS^^^^^^H  ^'^  '^  Barque  ou  le  Naufrage  du  Don  Juan.  M.  Charles  Jacque 
^^'<^--^^^^^^É^i  nous  renvoie  h  l'école,  c'est-à-dire  au  Don  Juan  de  Molière  et  à  celui 
de  da  Ponte,  qui  a  inspiré  le  chef-d'œuvre  de  Mozart,  et  où  il  n'y 
a  pas,  en  effet,  trace  de  barque,  ni  de  naufrage.  Selon  M.  Charles  Jacque,  Delacroix  aurait  em- 
prunté le  motif  de  son  tableau  à  un  fait  divers  de  journal,  rapportant  un  épisode  du  nau- 
frage d'un  vaisseau  nommé  «  le  don  Juan  ».  Si  M.  Charles  Jacque, avec  moins  d'imagination 
et  plus  de  précision,  avait  consulté  le  catalogue  de  l'Exposition  universelle  de  i855,  il  y 
aurait  lu  «  le  Naufrage  de  »  et  non  pas  «  du  don  Juan  ».  S'il  avait  ouvert  le  catalogue  de 
l'Exposition  du  boulevard  des  Italiens  (Tableaux  de  l'école  moderne  tirés  de  collections  d'a- 
mateurs, 1860),  il  aurait  pu  y  lire  le  passage  du  «  Don  Juan  »  de  Byron,  que  Delacroix,  lui, 
avait  lu  :  «  Que  faire  ?  On  propose  de  tirer  au  sort  :  on  prépare  les  billets  qui  désigneront 
la  victime...  Les  lots  sont  faits,  marqués,  mêlés  et  distribués  dans  une  silencieuse  horreur... 
Et  le  sort  tomba  sur  le  précepteur  de  don  Juan  ».  Ch.  11,  st.  lxxiv,  lxxv.  —  Delacroix,  dans  ses 
lettres,  désigne  parfois  ce  tableau  sous  le  titre  de:  n  le  Naufrage  ».  La  lettre  de  M.  Charles 
Jacque  fut  publiée  dans  le  Figaro  et  dans  le  Temps  du  7  avril  i883.  Personne  n'a  encore 
protesté,  que  je  sache,  contre  cette  malheureuse  boutade,  sauf  M.  A.  de  Montaiglon  dans 
Y  Intermédiaire  an  20  avril  iS83,  colonne  255,  sous  la  signature  M.  D.  A. 


N"  709  :  Prise  de  Constantinople  par  les  Croisés. —  Esquisse 


Toile.  —  H.  o'"37,  L.  o"''48.  —  Non  signé  ni  daté.  — 
Lithographie  par  Braun.  —  Exposition  d'Alsace-Lorraine. 
—  Vente  Dauzats,  après  décès  :  7,100  fr.  —  Appartient  au 
duc  d'Aumale.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  121,  258. 
Ce  tableau  est  l'esquisse  admirable  qui  servit  à  Delacroix 
en  1841,  pour  l'exécution  du  grand  tableau  de  Versailles,  qui 
est,  avec  la  bataille  de  Taillebourg,  la  plus  noble  gloire  de  ce 
musée.  —  Nous  donnons  ici  l'argument  du  tableau,  pour  n'avoir, 
un  peu  plus  loin,  à  nous  occuper  que  de  l'œuvre  :  a  Baudouin, 
comte  de  Flandre,  s'avance  suivi  d'un  cortège  de  cavaliers 
portant  des  bannières  :  au  premier  plan,  un  groupe  de  personnages  qui  tendent  vers  lui  des 
mains  suppliantes  ;  au  deuxième  plan,  sous  les  arcades  d'un  portique,  un  guerrier  entraîne 
un  vieillard:  au  fond,  les  dernières  scènes  du  combat,  et  la  ville  en  perspective.  » 


N"  710  :  Hamlet  et  les  deux  fossoyeurs 


Dessin  marouflé  sur  toile.  —  H.  o"3o5  ,  L.  o"23o.  —  N°  404  de  la  Vente  posthume: 
,61   fr.  —  Appartient  à  madame  Boulanger-Cavé.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


192 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1840 


N°  711 


Hamlet  et  le   fossoyeur 


Toile.  —  H.  o'":îo.  L.  o"'42.  —  Réduction  du  tableau  de  iSSg.  —  Voir  la  lithogra- 
phie originale  de  Eugène  Delacroix,  à  Tannée  1834.  —  Vente  B.,  16  mars  1840: 
40  fr.;  vente  Didier,  3  mai  1849  :  3oo  fr.;  vente  Cachardy,  12  février  i853  :  Sgo  fr.: 
vente.  r8  mars  1854:  23o  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  42,  243. 


N°  712 


Adieux  d'Hamlet  et  dOphelia 


Toile.  —  H.  o'"28,  L.  o'"2i.  —  Lithographie  par  Loutrel  pour  la 
collection  Moreau,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'28o,  L.  o'"2io. 
—  Vente  Schwabacher,  9  mai  1874  :  4,5oo  fr.  —  Voir  à  l'année 
1834.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  114,  et  variante,  p.  62. 
Cette  scène  n'est  point,  comme  l'a  cru  M.  Moreau,  et  comme  nous 
l'avons  cru  nous-mème  un  instant.  la  première  du  troisième  acte,  où 
Hamlet  donne  brutalement  des  conseils  à  Ophelia  :  c'est  évidemment 
celle  que  décrit  Ophelia  lacté  11,  scène  2I  racontant  â  Polonius,  son 
père,  son  entrevue  avec  Hamlet  :  «  Il  m'a  prise  par  le  poignet  et  m'a 
serrée  fortement:  puis  il  s'est  éloigné  de  toute  la  longueur  de  son  bras, 
et.  avec  son  autre  main  ainsi  sur'son  front,  il  s'est  mis  à  étudier  mon 
visage  avec  tant  d'attention,  qu'on  aurait  dit  qu'il  voulait  le  dessiner.  Il  est  resté  longternps 
dans  cette  attitude;  enfin,  me  secouant  un  peu  le  bras,  et  baissant  et  relevant  trois  fois 
sa  tête,  —  comme  cela, —  il  a  poussé  un  soupir  si  lamentable  et  si  profond,  qu'il  semblait 
ébranler  toute  sa  charpente  et  emporter  sa  vie;  cela  fait,  il  m'a  lâchée  ;  puis,  la  tête 
retournée  par-dessus  son  épaule,  on  aurait  dit  qu'il  trouvait  son  chemin  sans  le  secours 
de  ses  yeux,  car  il  est  sorti  sans  se  servir  d'eux,  et  jusqu'à  la  fin,  il  n'a  cessé  de  diriger 
sur  moi  leur  lumière.  » 


N"7i3   :    Portrait  de  mademoiselle  Heindericks 


Toile  cintrée  du  haut.  —  H.  i'"40,  L.  i"'o6.  —  Signé,  daté  aii 
bas  adroite  sur  le  terrain:  «E.  Delacroix,  1840.» — Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

Mademoist;lle  Heindericks  était  religieuse  Clarisse.  Sa  famille  descen- 
dit dit-on,  de  Van  Dyck. —  Devant  cette  image  si  expressive  de  la 
be\uté  moderne,  les  dernières  lignes  de  l'écrit  de  Delacroix,  intitulé 
Qtiestions  sur  le  beau  nous  reviennent  en  mémoire,  et  nous  voulons 
les  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  :  0  Quoi  !  le  beau,  ce  besoin  et 
^ette  pure  satisfaction  de  notre  nature,  ne  fleurirait  que  dans  des 
contrées  privilégiées,  et  il  nous  serait  interdit  de  le  chercher  autour 
de  nous!  la  beauté  grecque  serait  la  seule  beauté  !  Ceux  qui  ont 
iLcrédité  ce  blasphème  sont  des  hommes  qui  ne  doivent  sentir  la 
beiuté  sous  aucune  latitude,  et  qui  ne  portent  point  en  eux  cet  écho 
mt  u  ur  qui  trc  iiUe  en  présence  du  beau  et  du  grand.  Je  ne  croirai  point  que  Dieu  ait 
reserve  aux  Grecb  seuls  de  produire  ce  que  nous,  hommes  du  Nord,  nous  devons  préférer; 
tant  pis  pour  les  yeux  et  les  oreilles  qui  se  ferment  et  pour  ces  connaisseurs  qui  ne  veulent 


1840 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


193 


ni  connaître,  ni  par  conséquent  admirer!  Cette  impossibilité  d'admirer  est  en  proportion  de 
l'impossibilité  de  s'élever.  C'est  aux  intelligences  d'élite  qu'il  est  donné  de  réunir  dans  leur 
prédilection  ces  types  différents  de  la  perfection,  entre  lesquels  les  savants  ne  voient  que  des 
abîmes.  Devant  un  sénat  qui  ne  serait  composé  que  de  grands  hommes,  les  disputes  de  ce 
genre  ne  seraient  pas  longues.  Je  suppose  réunies  ces  vives  lumières  de  l'art,  ces  modèles 
de  la  grâce  ou  de  la  force,  ces  Raphaël,  ces  Titien,  ces  Michel-Ange,  ces  Rubens...  je  les 
suppose  réunis  pour  classer  les  talents  et  distribuer  la  gloire,  non  pas  seulement  à  ceux  qui 
ont  suivi  dignement  leurs  traces,  mais  pour  se  rendre  entre  eux  la  justice  que  l'assentiment 
des  siècles  ne  leur  a  pas  refusée  :  ils  se  reconnaîtraient  bien  vite  h  une  marque  commune,  à 
cette  puissance  d'exprimer   le  beau,  mais   d'y  atteindre  chacun  par  des   routes  différentes.  » 


N°  714  :   Justice  de  Trajan 


Toile.  —  H.  4"'g5,  L.  .l'ngô.  —  Signé  à  droite  au  bas 
et  daté.  —  Lithographie  par  Challemel  dans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o"'i88,  L.  o"'i45.  —  Salon  de  1840. — 
Exposition  universelle  de  i855. —  Appartient  au  musée 
de  Rouen.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  119,   178,  19g. 

Ce  tableau  fut  payé  au  maître  6,000  fr.  Il  a  subi  de  grandes 
restaurations  ;  on  a  dû  remplir  d'énormes  crevasses  qui  s'y 
étaient  formées. 

<i  Quatre  vers  de  M.  Antony  Deschamps,  traduits  de  Dante, 
ont  fourni  le  sujet  de  la  Justice  de  Trajan,  dit  Théophile 
Gautier,  dans  les  Beau.v-Aris  en  Europe. 

Une  veuve  était  là,  de  douleur  insensée, 
S'efl'orçant  d'arrêter   la    marche    commencée  : 
Autour    de    l'empereur  s'agitaient  les   drapeaux, 
Et  la  terre  tremblait  sous  les  pieds  des  chevaux. 
«  Cette  action  n'est  pas  de  celles  que  la  peinture  puisse  rendre 
d'une  façon  bien  intelligible,  mais  elle  fournit,  par  ses  acces- 
soires, d'admirables  ressources  à  l'artiste.  Que  Trajan  se  soit 
arrêté  et  n'ait   continué  sa  marche  triomphale  qu'après  avoir   fait  rendre  justice   à  la  pauvre 
veuve,  c'est  ce  qu'il  n'est  pas  aisé  de  deviner  à  l'inspection  du  tableau;  mais  qu'importe  ?   — 
Cette  riche  architecture,  ce  ciel  qui  luit  à  travers  les  colonnes,  cet  empereur,  étincelant  dans 
sa  pourpre,  sur  son  cheval  cabré,  au  milieu  des  généraux,  des  vexillaires,  des  soldats,  des  écuyers 
et  du  peuple,  ces  trophées,  ces  étendards,   ces  clairons  droits,  ces    buccines  recourbées,  ces 
armes,   ces  cuirasses,    ces   draperies,    forment   un  admirable  et  splendide  ensemble.  —    La 
Justice  de  Trajan     est  peut-être  comme  couleur  la  plus  belle  toile  de  AL  Eugène  Delacroix, 
et  rarement    la  peinture  a  donné  aux  yeux   une  fête  si  brillante  :   la  jambe  s'appuyant,   dans 
son  cothurne  de  pourpre  et  d'or  au  nanc  rose  de  sa  monture,  est  le  plus  frais  bouquet  de 
tons  qu'on  ait  jamais  cueilli  sur  une  palette,  même  h  'Venise.  » 


N°''  715,  716  :   Portraits  de  Jenny  Le  Guillou  et  de  sa  fille 


Toiles.  —  Léguées  par  Jenny  Le  Guillou  à  M.  Duriez.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  238. 

C'est  sur  des  toiles  distinctes  de  10  à  12,  et  non  sur  une  seule,  comme  le  donnerait  à  penser 
la  mention  qu'en  fait  M.  Moreau,  que  Delacroix  a  peint  de  grandeur  nature  ces  deux  portraits, 
qui,  dit-on,  sont  au  Louvre,  mais  non  exposés.   La  mère  est  en  bonnet,  la  fille  en  cheveux. 


'94 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1840 


N°'7i7,  718,719,720,721,722:  Froissart,  Calvin, 
Régnier,   Rabelais 

i"  Quatre  dessins  à 
la  sépia  ou  à  Taqua- 
relle.  —  H,  o"'i9o. 
L.  o'"i6o. — Gravés 
à  Peau  -  forte  par 
Wacquez  pour  le 
Pliitarque  français 
(1840).  —  Cat!  A. 
Moreau,p.io7,io8. 

2" et  3»M.G.Villot  possédait,  en  1876,  un  croquis  qui  lui  venait  de  son  père;  ce  dernier  avait, 
en  effet,  posé  en  costume  pour  Froissart.  On  a  nu  voir  un  croquis  semblalile  à  la  vente 
de  M.  Edouard  Rodrigues,  en  octobre  1878. 


N*""  723,  724  :   Croquis  à  la  plume 


«  et  qu'il  lui  fa 


1°  Tigre  en  marche. —  H.  o'"o5,  L.  o'^og. —  Dessiné  en  soirée 
sur  du  papier  à  musique.  —  Appartient  à  madame  veuve 
Jules  Michelin.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Lion  couché  et  homme  vu  de  dos  (fragments).  —  H.  o"'22, 
L.  o"'29.  —  Reproduction  en  fac-similé  par  A.  Robaut,  dans 
les  mêmes  dimensions.  —  Vente  posthume  à  M.  Paul  Huet.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Sur  le  fac-similé  du  n"  2  sont  reproduites  les  cinq  lignes  suivantes, 
extraites  d'une  autre  feuille  :  «  Faire  un  choix  dans  la  nature.  On 
«  en  fait  très  adroitement  une  loi  parce  que  les  trois  quarts  du 
«  temps,  la  nature  se  passe  des  contrastes.  C'est  donc  par  impuis- 
n  sance  qu'on  choisit,  parce  que  les  moyens  de  l'art  sont  bornés, 
ours  sacrifier  une  chose  pour  en  faire  valoir  une  autre.  » 


N°  725  :  Madame  Viardot  et  George  Sand 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"23,  L.  0^34. —  Datés  du 
29  janvier  1840.  ■ —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

«  S'il  entend  Franchomme  ou  Chopin,  Allard,  Prudent,  Delsarte  ou 
Alcan,  dit  M.  Moreau,  ou  bien  encore  quelques-unes  de  ces  indivi- 
dualités du  grand  monde  que  le  talent  à  su  élever  ii  la  hauteur  de 
véritables  artistes;  si  leurs  doigts  merveilleux  rendent  comme  il  la 
comprend  la  musique  de  ses  maîtres  favoris,  oh!  alors,  son  bonheur 
n'a  pas  d'égal....  Que  madame  Viardot  lui  tasse  connaître  un  vieil  air  de  Gliick,  il  en  rêvera 
des  semaines  entières,  et  le  résultat  de  chacune  de  ses  soirées  sera  pour  le  lendemain  une 
journée  de  travail  productif  où  son  pinceau  puisera  de  sublimes  inspirations.  » 


1840 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


195 


N' 


726 


Portrait  de  madame  Bornot 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"2i,  L.  o'"i6.  —  Exécuté  à  Val- 
mont,  en  septembre  1840.  —  Appartient  à  M.  Bornot.  —  Non  catalogué 
par  M.   Moreau. 

Delacroix,  dont  l'œuvre  de  portraitiste  est  bien  à  tort  compté  pour  si  peu  dans 
l'ensemble  de  ses  ouvrages,  avait  au  contraire  la  passion  du  portrait,  si  l'on 
en  juge  par  le  nombre  considérable  d'images  de  ce  genre,  qu'il  a  laissées. 
Il  n'a  jamais  négligé  l'occasion  de  faire  un  portrait.  Pourquoi  ?  Parce  que  ce 
grand  artiste  qui  portait  dans  son  cerveau  tout  un  monde  de  figures  héroïques, 
appartenant  à  tous  les  âges  de  l'histoire,  s'inspirait  surtout  de  la  réalité' moderne,  de  la 
nature  vivante,  et  non  des  canons  de  l'esthétique  académique.  Il  demandait  au  portrait  de 
le  familiariser  avec  la  vie  même,  avec  l'expression  de  la  pensée  et  du  sentiment  intérieur, 
alors  que  l'antique  ne  lui  eût  fourni  que  la  symétrie  et  la  belle  proportion  des  traits. 
Aussi  dit-il  quelque  part  :  «  Le  Silène  est  beau,  le  Faune  est  beau,  le  Socrate  même  est 
beau;  cette  tête  est  pleine  d'une  certaine  beauté,  malgré  son  petit  nez  épaté,  sa  bouche 
lippue  et  ses  petits  yeux.  Elle  ne  brille  pas,  il  est  vrai,  par  la  symétrie  et  la  belle  proportion 
des  traits,  mais  elle  est  animée  par  le  reflet  de  la  pensée  et  d'une  élévation  intérieure. 
Encore,  le  Silène,  le  Faune  et  tant  d'autres  figures  de  caractère  sont-elles  de  la  pierre  dans 
l'antique.  On  concevra  facilement  que  la  pierre,  le  bronze  et  le  marbre  demandent, 
dans  l'expression  des  traits,  une  certaine  sobriété  qui  est  de  la  raideur  et  de  la  sécheresse, 
quand  on  l'imite  en  peinture.  Ce  dernier  art,  qui  a  la  couleur,  l'effet  qui  se  rapproche 
davantage  de  l'imitation  immédiate,  admet  des  détails  pluspalpitants,  moins  conventionnels.» 


N' 


1^1  ^1 


728  :   L'Envie 


vfT-^  .-a  .-3.-j^ --^î^A-^^  '°  Croquis  à  la  mine  de  plomb. 
#^4'^'l^'^--  H.  o-iq,  L.  0-2.S.  -  Non  cataloi; 
trm^^r'^     par  M.- 


par  M.  Moreau. 

2°  Croquis  à  la  plume  et  à  la  mine  de 
plomb.  —  H.  0^28,  L.  0^37.  —  Re- 
produit en  fac-similé  à  deux  tons 
par  A.  Robaut,  dans  les  mêmes  di- 
mensions. —  Vente  posthume  à 
M.  Sensier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Delacroix  a  beaucoup  travaillé  ce  motif  allégorique  de  l'Envie,  où  il  montre,  sous  l'image  de 
Dante,  dans  le  second  croquis  «  le  mérite  arrivant  à  la  renommée,  malgré  les  mauvais 
génies.  »  Assurément,  pendant  que  sa  main  traçait  les  lignes  de  cette  allégorie,  il  avait  au  cœur 
l'amertume  des  injustices  dont  il  devait  re'ster  l'objet  jusqu'à  sa  mort,  et  qui  lui  firent 
écrire  les  quelques  pages  intitulées  :  «  Des  critiques  en  matière  d'arts,  »  où  nous  lisons  ceci  : 
<(  Les  arts  sont  un  vaste  domaine  dont  ils  ont  tous  la  clef  dans  leur  poche,  et  où  ils 
n'admettent  personne  ;  seulement  ils  disposent  des  lunettes  au  travers  desquelles  on  se  fait, 
si  l'on  peut,  une  idée  sommaire  de  ce  qui  s'y  passe.  Ces  dragons  vigilants  sont  là  pour  vous 
avertir,  vous,  public,  comment  vous  devez  jouir  ;  vous,  musiciens,  peintres  et  poètes,  pour 
vous  diriger  sur  la  scène  au  moyen  de  fils  dont  ils  tiennent  le  bout,  et  pour  encourager  vos 
efforts,  s'il  y  a  lieu.  Ne  perdez  pas  trop  courage  si,  au  milieu  du  plus  doux  accès  de  vanité 
et  quand  vous  vous  croyez  assuré  du  triomphe,  vous  vous  sentez  tiré  rudement  par  votre 
chaîne.  C'est  pour  vous  avertir  que  vous  allez  trop  loin,  que  vous  perdez  le  respect,  ou  que 
vous  manquez  de  grâce.  Baisez  la  main  de  ces  vizirs  du  public,  gardiens  de  l'honneur  del  art.» 


iq6 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1840 


N°®  729,  7JO  :  Études  de  nu 


1°  Torse  d'homme  vu  de  protiL  —  Croquis  aux  deux 
crayons. —  H.  0^27,  L.  o"22. —  Daté  :  «  3o  décembre 
1840.  »  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Torse  de  jeune  homme  vu  de  face.  —  Croquis  aux 
deux  crayons.  ■ —  H.  o"'3o,  L.  o"'26. —  Daté  du  22 
aoiàt  1840.  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

«  Le  beau  ne  se  transmet  ni  ne  se  concède  comme  l'héritage 
est  le  fruit  d'une  inspiration  persévérante,  qui  n'est  qu'une  suite  de 
labeurs  opiniâtres;  il  sort  des  entrailles  avec  des  douleurs  et  des  déchirements,  comme  tout 
ce  qui  est  destiné  h  vivre  ;  il  fait  le  charme  et  la  consohition  des  hommes,  et  ne  peut  être 
le  fruit  d'une  appHcation  passagère  ou  d'une  banale  tradition.  Des  palmes  vulgaires  peuvent 
couronner  de  vulgaires  efforts;  un  assentiment  passager  peut  accompagner,  pendant  la 
durée  de  leur  succès,  des  ouvrages  enfantés  par  le  caprice  du  moment;  mais  la  poursuite 
de  la  gloire  commande  d'autres  tentatives;  il  faut  une  lutte  obstinée  pour  arracher  un  de 
ses  sourires.  »  (Eugène  Delacroix,  Questions  sur  te  beau.) 


d'une   ferme  ; 


N°73i  :  Études  d'hommes  nus 

Croquis  à  la  plume.  —  H.  o'"20,  L.  o™3i.  —  Daté  au  bas: 
«25  décembre  1840.  »  —  Publié  en  fac-similé  par  A.  Robaut, 
n"  5j,  dans  les  dimensions  de:  H.  o'"2o,  L.  o^Bi.  —  Vente 
posthume.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 

Ce  sont  là  de  ces  notes  prises  sur  le  vif,  que  Delacroix  multipliait 
dans  ses  cartons,  et  qu'il  consultait  ensuite,  pour  la  mise  en  oeuvre 
de  ses  compositions.  Je  ne  sais,  en  effet,  si  j'ai  dit  que  jamais  il  ne  faisait  poser  le  modèle 
quand  il  exécutait  un  tableau.  «  Le  modèle,  avait-il  coutume  de  dire,  n'entre  jamais  dans 
le  mouvement  que  vous  avez  vu  avec  l'œil  de  votre  imagination;  loin  de  se  passionner, 
d'accuser  le  geste  avec  énergie,  il  se  fatigue  et  devient  de  plus  en  plus  glacial.  D'un  autre 
côté,  la  nature  a  une  telle  puissance,  un  tel  attrait,  que  si  elle  pose  devant  vous  quand  vous 
tenez  le  pinceau,  vous  ne  pouvez  résister  au  charme  de  la  copier.  Vous  faites  peut-être  une 
série  de  belles  études,  mais  vous  rtnissez,  à  coup  sûr,  par  produire  un  détestable  tableau.  » 


N°''7p,7}}  :  Études  de  lions 


H.  o^iS,  L.  o"2; 


1°  Lion  tenant  un  lièvre  dans  ses  pattes. — 
Croquis  à  la  plume. — H.  o'"2  10,  L.  0^340. 
—  Publié  en  fac-similé  par  A.   Robaut, 
dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente  pos- 
thume n°  475  :  280  fr.,  à  M.  le  baron  de 
Laage.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Lion  emportant   une  femme.  —    Croquis  à  la    plume.  — 
—  Publié  en    fac-similé  par   A.   Robaut,  dans   les   mêmes  di- 


mensions. —  Vente  posthume  à  M.  Dutilieux.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


I84I 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


f97 


Année   184 


N°  734  :  Prise  de  Constantinople  par  les  Croisés 

Toile.  —  H.  4"'i3,  L.  5'"oo.  —  Daté  au  bas. — 
Lithographie  par  Jorel  et  par  Lassalle,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o"'i76,  L.  o'"2i5,  et  de  : 
H.  o"'i63,  L.  o'"2oi.  —  Gravé  au  burin  par  Frilley, 
en  deux  dimensions,  pour  les  «  galeries  de  Ver- 
sailles «  :  i"  H.  0^234,  L.  o'"28o;  2"  H.  o'-'ogg, 
L.  o™i2i. —  Reproduit  à  l'aquatinte,  par  Desniâ- 
dryl,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i64,  L-  o"'2oo. 
—  Gravé  sur  bois  pour  le  Magasin  pittoresque 
dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i3o,  L.  o"'i5o, 
et,  pour  le  Monde  illustré,  dansles  dimensions  de: 
H.  0^224,  L.  o'"32o.  — ■  Salon  de  1S41.  — ■  Voira 
Tannée  i852.  —  Appartient  au  Musée  de  \'er- 
sailles.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  75,  90,  179,  2o5,  258. 

Le  ministère  des    Beaux-Arts  a  commandé    une  copie    de    ce   tableau    à    AL   Charles   de 
Serres,  avec  l'intention  de  la  substituer  à  l'oeuvre  originale  qui  viendrait  au  Louvre. 


N°73)  :   Épisode  de  l'entrée  des  Croisés 

Dessin.  —  H.  o'"i2o,  L.  o"'i  55.  —  Signé  en  bas  à  droite.  —  Gravé 
sur  bois  pour  le  Magasin  pittoresque  (1841I,  dans  les  dimensions 
de  :  H.  o™i2o,  L.  o"M5  5  —  Photolithographié  par  Arosa,  et  re- 
produit en  fac-similé  inédit  par  A.  Robaut,  dans  les  mêmes  dimen- 
sions. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  75. 

C'est  le  beau  groupe  des  deux  femmes  qui  occupent  le  premier  plan 
à  droite  de  la  composition,  aux  pieds  du  cheval  de  Baudouin.  Le  dos  de  la  jeune  femme 
blonde,  échevelée,  à  demi-nue,  accroupie  sur  le  sol,  rappelle,  par  la  splendeur  nacrée  de  la 
carnation,  celui  de  la  femme  debout  dans  la  Mort  de  Sardanapale. 


N°  736  :  Les  miracles  de  saint  Benoit.  —  D'après  Rubens 

Toile.  —  H.  i'"3o,  L.  i^'gS.  —  N°  162  de  la  Vente  posthume  :  6,5oo  fr.  à  M.  Emile 
Péreire. —  Vente  Péreire,  6  mars  i852  :  18,000  fr.  à  M.  Brame.  —  Collection  particu- 
lière du  roi  des  Belges.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3ig. 

Delacroix,  à  ce  que  i;ipporte  M.  Tencé,  avait  fait  cette  copie  chez  M.  George,  expert,  en 
1841,  rue  de  la  Fontiiine-Moliére.  Cette  copie  est  très  librement  faite,  l'artiste  ne  s'est  pas 
attaché  à  être  exact  autrement  que  d'aspect  et  d'impression. 


198 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1841 


N°  ']')']'■  Suzanne  au  hain.  —  Esquisse  d'après  Rubens 


Toile.  —  H.  o'"27,  L.  o'"35.  —  Lithographie  à  la  plume  par 
A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'o85,  L.  o"Mi3,  et 
cliché  pour  le  catalogue  de  la  vente  C.  Dutilleux.  —  Vente 
Duiilleux,  mars  1874  •  4°°  fr.  à  M.  Michel  Cerf.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

Cette  esquisse  a  été  faite  de  souvenir  d'après  une  des  plus  énergiques 
compositions  de  Rubens,  au  retour  d'un  voyage  en  Belgique  et  avec 
l'aide  d'une  ancienne  gravure  sur  bois  de  Christoffel  legher.  Le  grand  caractère  de  cette 
composition  avait  dû  séduire  Delacroix.  C'est  qu'ici  Suzanne  se  défend  sérieusement,  alors  que 
dans  la  plupart  des  compositions  faites  sur  ce  sujet,  elle  a  l'air  d'une  victime  complaisante. 


N"  7)8  :  Cavaliers  marocains  au  bord  du  fleuve  Sebou 


Panneau  de  carton.  —   H.  o'^ab,  L.  o"'33.   —  Appartient   à 
M   de  Courval-Piron.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Delacroix  avait  offert  ce  petit  paysage,  œuvre  d'une  délicatesse 
exquise,  à  mademoiselle  Piron,  fille  aînée  de  l'exécuteur  testamen- 
taire du  maître.  Celle-ci  plus  tard  étant  entrée  en  religion,  le  donna 
i  son  beau-frère,  M.  de  Courval.  —  Une  haute  montagne  éclairée 
par  le  soleil  couchant  jette  sa  grande  ombre  sur  de  vastes  terrains 
qui  descendent  par  degrés  jusqu'au  bord  du  fleuve,  où  une  troupe 
de  cavaliers  pénétre  pour  faire  baigner  les  chevaux   à  la  fin  d'une  journée  chaude. 


N° 


)9 


Cavalier  arabe  se  chauffiint 


Toile.  —  H.  o'"34,  L.  o'^sg.  —  Signé  à  droite,  non  daté.  —  Vente  D., 
23  janvier  1 85o  :  38o  fr.  à  M.  Soultzener.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  267. 

M.  Moreau  catalogue  ce  tableau  sous  le  titre  de  :  «Arabe  et  son  coursier  «, 
titre    qui    rappelle    trop    les    romances   et    le   roman    sentimental    de    la 
Restauration,  Malek-Adel   et  consorts,   avec    lesquels   l'esprit    de    Eugène 
r/.;oïv \.' /;,(■/;  BT     Delacroix  n'a   rien  de  commun.  —  Ici  le  cavalier  descendu  de  son  cheval 
f^  ^^^j^J*. '^       bai  brun  est  assis,  tenant  son  fusil  entre  les  jambes,  et  se  chauffe  à  un   feu 
de  broussailles.  Dans  sa  description,  M.  Moreau  dit  que  l'homme  tient  le 
cheval   par   la    bride.  C'est  une  erreur,  une  très  légère  erreur  à  rectifier. 


W  y^o  :   Chevaux  au  piquet 


Toile.  —Vente  Binant,  6  février  1844  :  35o  fr.  à   M.  Meffre.  —Vente  Durand-Ruel 

28  janvier  1845  :  460  fr.  à  M.  Tedesco.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  266. 

«  Des  Arabes  tiennent  leurs  chevaux  par   la   bride  ;  l'un  d'eux  plante  un  piquet  en  terre. 


.84. 


L'ŒUVRE    DE   DELACROIX 


199 


N"'"  741,  742,743  :  Sainte  Victoire  et  saint  Jean 


i°et  2°Toile_s.  —  H.  S^Sj,  L.o"'87. —  Cartons  camaïeu  pour  des 
vitraux  destinés  à  l'église  paroissiale  d'Eu.  —  Gravé  sur  zinc 
d'après  un  dessin  au  trait  de  A.  Robaut,  pour  l'Art,  dans  les 
dimensions  de  :  H.o"'268,  L.o"'6o3. —  Appartenant  à  la  manu- 
facture de  Sèvres. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  223. 

Derrière  chacun  de  ces  deux  cartons,  on  a  collé  deux  étiquettes. 
On  lit  sur  l'une  :  «  Sainte  Victoire,  par  M.  Eugène  Delacroix.  — 
Pour  les  fenêtres  latérales  du  portail  de  l'Eglise  d'Eu  1841 .  .> 
On  lit  sur  l'autre  :  «  Manufacture  royale  de  porcelaine  de  Sèvres.  — 
I™  division,  i'"  classe,  i^'' ordre.  — Section  D.  §  11.  An  1841,  11»  6.» 
Pour  le  saint  Jean,  il  n'y  a  de  différence  que  dans  le  numéro  qui  est 
coté  «  n°  .^.  B.  »  Tous  les  deux  portent  la  date  de  1841,  époque  h 
laquelle  le  maître  les  a  faits.  —  Les  cartons  sont  peints  à  l'huile  en 
camaïeu  et  sont  légèrement  rehaussés  de  couleurs  dans  les  ornements 
du  haut  et  du  bas.  L'exécution  en  verre  ne  rend  que  d'une  façon  bien 
insuffisante  le  grand  caractère  sculptural  de  ces  deux  figures. 

3°  Nous  avons  vu  chez  M.  le  comte  Doria,  à  Orrouy  (Oise),  un  croquis  de   ces  deux  figures, 
première  pensée  de  ce  double  sujet  qui  faisait  partie  du  n"  34^  de  la  Vente  posthume. 


N'""  744,  745  :   Études  de  fauves 

,g0j^/^^^       1°  Une  lionne  qui  se   lèche.   —   Sépia  au  trait.  — 
^i^^M^'V^m^   •  H.  G'"!  5,  L.  o'"2i. —  Reproduit  en  fac-similé  inédit 
s^^t    ''"spsé^^^'ÊC^  '^     par  Emile  Vernier,  en    1 864,  dans   les  dimensions 
"*-'"  de  :  H.  o'^iSo,  L.  o'"2io.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  92. 

2°  Un  jaguar.  —  Dessin  au  crayon.  —  H.  o"'i26,  L.  o'"200.  —  Partie  du  n°  196  de 
la  Vente  posthume.  —  Reproduit  en  une  photolithographie  inédite  par  Arosa,  dans 
les  mêmes  dimensions.  ■ —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Delacroix  a  conservé  jusqu'à  sa  dernière  heure  l'amour  des  grands  félins.  Il  n'est  pas  d'année 
où  il  n'en  ait  reproduit  quelqu'un.  Un  de  ses  derniers  tableaux  représentera  une  panthère. 

N"''  746^  747  :  Musicien  juif  de  Tanger 


1°  Dessin  à  la  plume.  —  H.  o'"i  i5,  L.  o'"i5o.  —  Signé  à  gauche 
en  bas.  —  Gravé  sur  bois  pour  le  Magasin  pittoresque  (1842), 
dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'i  i5,  L.  o'"i5o.  —  Cat.  A.  Moreau, 

P-  75- 

2°  Aquarelle.  ■ —  In-quano.  —  Vente  Baroilhet,    12  avril   1862: 

355   fr.   —  Appartient  à   M.  Choquet.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  290. 

Assis  à  terre,  les  jambes  croisées,  le  musicien  promène  l'archet  sur  une  sorte  de  violon  à 
deux  cordes.  Un  tambour  de  basque  est  posé  près  de  lui.  On  reconnaît  là  une  des  figures  du 
tableau  de  la  Noce  juive.  (  Voir  plus  haut,  n"  687.  ) 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1842 


Année   1842 


N°  748  :   Bataille  de  Taillebourg.  —  Carton  de  vitrail 

Toile  camaïeu. —  H.  3"55,  L.  i'"8o. —  Reproduit  au  trait 
par  A.  Robaut  pour  VAft  (1879).  —  Voir  le  tableau  et  une 
variante  à  l'année  iS?-. —  Appartient  aux  collections  de  la 
manufacture  de  Sèvres.  — •  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
La  disposition  en  hauteur  a  conduit  l'artiste  h  modifier  sensiblement 
la  composition  primitive  de  ce  motif  telle  que  nous  l'avons  vue  à 
l'année  iSSy.  —  On  lit  derrière  la  toile  :  »  Section  D,  §  Il  —  I  — 
1842  n'^  2.—  Bataille  de  Taillebourg,  par  M.Eugène  Delacroix; 
pour  un  vitrail  de  la  chapelle  sépulcrale  de  Dreux.  »  Ce  carton  a, 
paraît-il,  été  dessiné  par  M.  Lassalle-Bordes.  d'après  un  croquis  de 
Delacroix.  M.  Lassalle-Bordes,  qui  cite  ce  fait  dans  les  notes  qu'il 
a  communiquées  à  M.  Burty,  pour  la  seconde  édition  des  Lettres, 
désigne  sans  doute  sous  le  mot  de  croquis  l'une  des  aquarelles  dont 
nous  parlerons  tout  à  l'heure.  Nous  n'aurions  donc  pas  reproduit  ici 
ce  carton,  qui  n'est  pas  de  la  main  de  Delacroix,  s'il  ne  donnait 
une  idée  approximative  de  l'aquarelle.  En  modifiant  la  première 
composition,  le  maître  en  fait  une  œuvre  toute  nouvelle.  A  Ver- 
sailles, le  pont  est  parallèle  à  la  bordure;  la  bataille  est  montrée 
de  profil.  A  Sèvres,  la  mêlée,  ardente,  furieuse,  se  présente  de  face; 
elle  descend  à  pic  et  comme  une  avalanche,  de  l'arête  du  pont  en 
dos  d'âne,  dont  les  arches  gothiques  allongent  leurs  hautes  ogives 
dans  la  profondeur  du  tableau.  On  se  bat  corps  à  corps,  visière  contre  visière,  s'épiant  du 
regard,  le  fer  croisé,  attendant  un  faux  mouvement.  Des  hommes  d'armes  tombent  lourde- 
ment, les  bras  en  avant,  avec  leurs  montures  qui  s'abattent.  D'autres,  soutenus  par  un 
écuyer,  veulent  mourir  debout  à  côté  de  l'ennemi  gisant  affaissé,  renversé  sur  le  sol, 
immobilisé  à  jamais.  Là  on  s'assemble  par  groupes,  et,  de  la  pointe  des  piques,  on  rejette 
dans  le  fleuve  les  guerriers  culbutés  avec  leurs  chevaux  par-dessus  les  parapets  de  pierre, 
en  essayant  de  reprendre  pied  sur  la  rive.  L'un  d'eux  y  a  réussi.  Il  fait  quelques  pas  en 
remontant  vers  le  centre  de  l'action.  Un  coup  de  talon  ferre  porté  de  haut  en  bas  lui  écrase 
la  face  comme  une  grenade  et  l'arrête  court.  Autour  du  roi  saint  Louis,  h  l'ombre  d'une  forêt 
de  lances,  la  mêlée  redouble  de  fureur.  Tout  l'effort  du  combat  se  concentre  dans  le  rayon  de 
sa  formidable  épée.  Du  haut  de  son  cheval  blanc  superbement  caparaçonné,  il  domine  la 
bataille,  menacé,  frappé,  rendant  blessure  pour  blessure.  D'un  coup  de  lance, ^l'un  de  ses 
barons  le  débarrasse  du  plus  proche  de  ses  adversaires.  Un  jeune  page,  glissant  à  travers  les 
combattants,  empoigne  les  rênes  de  la  monture  royale,  déjà  saisie  à  la  nuque  par  l'effroyable 
coup  de  dents  d'un  cheval  enivré.  A  droite,  à  gauche,  c'est  un  pêle-mêle  sanglant  d'hommes 
frappant  et  criant,  de  chevaux  hennissant  et  se  cabrant.  Au  loin,  le  paysage  verdoyant  et 
doux  s'étend  vers  les  montagnes,  embrassant  les  silhouettes  grises  des  forteresses.  Dans  le 
ciel  d'un  bleu  d'azur,  de  grandes  nuées  blanches,  mollement  balancées,  nagent,  opposant 
leurs  formes  claires  h  l'intensité  vigoureuse  des  flammes  et  des  pennons  qui  flottent  au  vent. 
Le  vitrail  proprement  dit,  tel  qu'il  a  été  exécuté  à  la  manufacture  de  Sèvres  et  tel  qu'on  peut 
le  voir  dans  la  chapelle  de  Dreux,  est  une  assez  triste  interprétation  de  l'œuvre  de  Delacroix; 
par  la  disposition  et  la  crudité  des  teintes,  les  groupes  sont  divisés  et  manquent  de  cette 
solidité  dans  les  masses,  de  cette  harmonie  générale  dont  le  maître  s'est  toujours  montré  si 
ardemment  préoccupé.  (  Voir,  sur  la  préparation  de  ce  carton,  les  n"^  suivants.) 


1 842 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"*"  749,  ")0  \  Bataille  de  Taillebourg.  —  Projet  de  vitrail 


1°  Aquarelle. —  H.  o'"44o,  L. 
maie.  —  Voir  le  carton  11°  705. 


527.— Vente Villot,  i865 
Cat.  A.  Moreau,  p.  227. 


3,100  fr.  au  duc  d'Au- 


2°  Outre  l'aquarelle  du  duc  d'Aumale,  il  y  en  avait  une  autre  que  l'on  pouvait  encore  voir  en 
i852  au  musée  de  Sèvres,  celle  d'aprcs  laquelle  le  carton  fut  dessiné  par  le  praticien  de  De- 
lacroix. Elle  n'y  était  plus  exposée  en  i863.  Depuis  elle  a  tout  à  fait  disparu  des  collections 
de  Sèvres,  et  l'un  des  derniers  directeurs,  consulté  à  ce  sujet,  dit  que  ce  dessin  est  du  nombre 
de  ceux  qu'on  n'a  plus  retrouvés  à  la  manufacture  après  l'occupation  prussienne.  La  perte  est 
d'autant  plus  regrettable  que  cette  aquarelle  devait  présenter  une  légère  variante.  Le  combat- 
tant qui  reçoit  un  coup  de  talon  dans  le  visage  ne  se  voit  pas  dans  le  carton. 


N°  751  :   Turc  écrivant 


Toile  peinte  à  la  cire.  —  H.  o'"28,  L.  o'"35.  —  Vente  Villot, 
i865  :  170  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  273. 

Il  est  assis  à  terre,  vu  de  profil,  la  tête  tournée  à  droite,  écrivant  sur 
ses  genoux  ou  plutôt  calligraphiant  quelques  versets  du  Coran.  Le 
mouvement  de  tranquille   attention  exprimé  par  la  jolie  inclinaison 


de  la  tête  est  tout  à  fait  charmant  et  l'ensemble  du  dessin  très  pur. 


N"  7  5  2  :   L'éducation  de  la  Vierge 


Toile. — H.o'"93,  L.  i™2i. —  Gravé  à  Peau-forte  par  Hédouin 
pour  V Artiste,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i27,  L.  o'^ibS. 

—  Refusé  au  Salon  de  1845.  —  Voir  réduction  variante  à  i852. 

—  Vente  George  Sand,  23  avril  1864,  retiré  à  2,200  fr.  — 
Vente  Edouard  Rodrigues,  8  octobre  1878,  retiré  à  4,200  fr. — 
Cat.  A.    Moreau,    pp.  98,  264. 

George  Sand  a  retiré  de  sa  vente  ce  tableau  qu'elle  a  offert  en  1866  à 
M.  Edouard  Rodrigues,  qui  en  racontait  volontiers  ce  qui  suit  et 
que  nous  empruntons  textuellement  aux  no'tes  de  M.  A.  Robaut  :  «  Delacroix,  au  retour  d'une 
promenade  dans  Nohant,  dit  à  George  Sand,  dont  il  était  l'hôte  :  «  Je  viens  de  voir  en  ren- 
trant, dans  le  parc,  un  motif  de  tableau  superbe,  une  scène  qui  m'a  beaucoup  touché.  C'était 
votre  fermière  avec  sa  petite  fille.  J'ai  pu  les  regarder  tout  à  mon  aise  derrière  un  buisson  où 
elles  ne  me  voyaient  pas.  Toutes  deux  étaient  assises  sur  un  tronc  d'arbre.  La  vieille  avait 
une  main  posée  sur  l'épaule  de  l'enfant  qui  prenait  attentivement  une  leçon  de  lecture.  Si 
j'avais  une  toile,  je  peindrais  ce  sujet.  —  Mais  je  n'ai  pas  de  toile  ici,  lui  répondit  George 
Sand.  »  Sur  quoi,  Delacroix,  avisant  un  paquet  dans  un  coin  du  vestibule,  y  trouva  du 
coutil  à  l'usage  des  tabliers  de  cuisine,  et  sur  le  champ  il  se  mit  à  l'œuvre,  qui  ne  seressent 
que  trop  du  manque  de  préparation  de  la  toile,  car  l'aspect  général  est  un  peu  sale  et  froid,  et 
on  remarque  aussi  par  endroits  des  parties  embues  h  côté  d'autres  très  brillantes  d'empâ- 
tement, la  couleur  s'étant  accrochée  inégalement... —  Quelques  amateurs  nomment  aussi  ce 
tableau  «  la  petite  Fadette.  »  Il  suffit,  pour  les  détromper,  de  les  renvoyer  aux  Lettres  publiées 
par  M.  Burty  et  aux   Lettres   inédites  publiées,  dans  VArt,  par  M.  J.-J.  Guiffrey. 


L'ŒUVRE  DE  DELACROIX 


1842 


N"75}  :    Une  filandière  à  Nohant 

Croquis  j  la  plume.  —  H.  o'"22,  L.o'"i9. —  Appartient  à  M.  Doll- 
fus.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Au  mois  de  juin  1842,  Delacroix  était  chez  madame  George  Sand  à  Nohant, 
d'où  il  écrit  à  son  ami  l'ierret  :  «  Madame  Sand  souffre  fréquemment  de 
violents  maux  de  tète  et  d'yeux  qu'elle  prend  sur  elle  de  surmonter  le 
V  plus  possible  et  avec  beaucoup  de  force  pour  ne  pas  nous  fatiguer  de  ce 
qu'elle  souffre.  Le  plus  grand  événement  de  mon  séjour  a  été  un  bal  de 
>-  paysans  sur  la  pelouse  du  château,  avec  le  cornemuseux  en  réputation  de 
~  l'endroit.  Les  gens  de  ce  pays  offrent  un  type  remarquable  de  douceur  et 
de  bonhomie;  la  laideur  y  est  rare,  sans  que  la  beauté  y  saute  aux  yeux  fréquemment;  mais 
il  n'y  a  pas  cette  espèce  de  fièvre  qui  se  dénote  dans  les  pavsans  des  environs  de  Paris.  Les 
femmes  ont  toutes  l'air  de  ces  figures  douces  qu'on  ne  voit  que  dans  les  tableaux  des  vieux 
maîtres.  Ce  sont  toutes  des  sainte  Anne.  »  C'est  ce  qui  inspira  à  Delacroix  l'idée  de  peindre 
0  l'Éducation  de  la  'Vierge.  »  (  Voir  le  n"  précédent.  ) 


N"  754  :   Vue  générale  des  environs  de  Champrosay 

Toile.  —  H.  o'"4t,  L.  o'"72. —  Lithographie  à  la  plume  par 
A.  Robaut  pour  le  catalogue  de  la  vente  C.  Dutilleux,  dans 
les  dimensions  de  :  H.  o'^oji,  L.  o"'i28.  —  Vente  posthume, 
n°  2i5  :  910  fr.  à  M.  Piron,  qui  Fa  offert  à  Jenny  Le  Guillou. 
—  Légué  par  Jennv  Le  Guillou  à  C.  Dutilleux. —  Vente  après 
décès  de  C.  Dutilleux,  en  1874:  i,55o  fr.  à  M.  Brame. — Vente 

Carvalho,    1876  :  710    fr.  —  Vente   novembre    1878  :   1,000    fr.  à    M.  le   baron    de 

Beurnonville.   —  Non  catalogué  par  M.    Moreau. 


N''75^   :   Hamlet  et  Laertes 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"29,  L.  o™2i.  —  Reproduit  en 
fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente 
posthume,  n°  405  :  2o5  fr.  à  M.  A.  Robaut.  —  Voir  la  lithographie 
à   Tannée  1834,  n"  55o.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Il  y  a  peu  de  variantes  avec  la  lithographie  originale,  qui  est  retournée.  — 
Dans  ce  croquis,  on  remarque  plus  de  simplicité  et  plus  d'expression  à  la 
fois,  partant  aussi  plus  de  grandeur;  car  l'absence  d'effet  ou  de  coloratiorl 
produit  presque  toujours  ce  résultat.  Il  est  à  remarquer,  d'ailleurs,  que 
Delacroix  se  plaisait  a  calquer  plusieurs  fois  ses  compositions,  et  plus  il 
avançait,  plus  il  simplifiait,  s'efforçant  de  rendre  en  dix  coups  de  crayon, 
au  lieu  de  cent,  ce  qu'il  avait  d'abord  exprimé.  On  ne  saurait  trop  insister  sur  ce  point  ignoré 
au  moment  de  la  vente,  ce  qui  fit  que  les  plus  beaux  dessins  du  maître  furent  la  plupart  du 
temps  délaissés  aux  enchères,  parce  qu'ils  étaient  sur  papier  calque.  Les  artistes  seuls  ne  s'y 
laissaient  pas  prendre.  —  Nous  rappelons  que  la  scène  représentée  ici  est  la  première  du 
cinquième  acte  :  0  Je  t'en  prie,  retire  tes  doigts  de  ma  gorge,  car  bien  que  je  ne  sois  pas 
emporté  et  prompt  dans  ma  colère,  j'ai  pourtant  en  moi  quelque  chose  de  dangereux.  » 


i842 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


20'3 


N°  -j^d:  Hamlet.  —  Mort  d'Hamlet  et  de  Laertes 


['ijl         iV'^"  Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'^ag,  L.  o'"2i.  —  Reproduit 
lllî  '  Wl  '  '    en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente 

posthume,  n"  406  :  280  fr.  à  M.  Eug.  Détriment.  —  Appartient 
à  M.  Feydeau.  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
^,W5  Les  observations  que  nous  avons  faites  au  sujet  du  pre'ce'Jent  numéro 
portent  également  sur  celui-ci.  Nous  n'avons  de  remarques  spéciales  à 
faire  que  sur  la  composition  du  sujet.  Nous  n'assistons  pas  ici,  comme  on 
pourrait  le  croire,  à  la  fin  du  duel  d'Hamlet  et  de  Laertes,  dans  lequel  les 
combattants  succombent  tour  à  tour,  frappés  par  le  même  fleuret  démou- 
cheté et  empoisonné,  qu'ils  ont  échangé  dans  la  chaleur  du  combat. 
Delacroix  a  reproduit  le  dernier  tableau  du  drame.  —  La  scène  est  jonchée  de  cadavres.  La 
reine  est  morte,  le  roi  est  mort,  mort  Laertes,  mort  Hamlet;  le  jeune  Fortinbras,  prince 
de  Suède,  a  pénétré  au  bruit  des  fanfares  et  des  tambours  et  s'est  éloigné  en  donnant  cet 
ordre  qu'on  exécute  et  qui  clôt  le  drame  :  «  Que  quatre  capitaines  portent  Hamlet  sur 
l'estrade,  comme  on  fait  pour  les  soldats;  car  il  est  vraisemblable  que  si  le  destin  l'eût  mis  à 
l'épreuve,  il  se  fût  montré  un  très  grand  roi.  Que  la  musique  guerrière  et  les  marques  de 
respect  militaire  l'accompagnent  sur  son  passage.  Enlevez  les  corps;  un  spectacle  pareil  orne 
un  champ  de  bataille,  mais  offre  ici  un  aspect  lugubre.  Allez  ordonner  aux  soldats  de  faire 
une  décharge  de  mousqueterie.  "  Marche  funèbre.  Ils  sortent  emportant  les  corps,  après 
quoi  on  entend  une  décharge  d'artillerie. 


H.    o"'09,    L. 
dimensions.  — 


N°*7^7,  7)8  :  Études  de  lionnes 

1°  Lionnescouchées. —  Croquisàla  plume. — H.o^ij, 
L.  o'"25.  —  Reproduit  en  fac-similé  par  A.  Robaut 
dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente  posthume, 
n°   472  :   23o  fr.  à  M.  le   baron  de    Laage.  —    Non 

-_        catalogué  par  M.  Moreau. 

2°   Lionne    déchirant   une    proie.   —  Croquis   à    la    plume.  — 

o'"i4.    —    Reproduit  en  fac-similé  par   A.  Robaut  dans  les  mêmes 

Vente  posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N°*759,  760  :  Fantasias  arabes 

1°  Cavalier  arabe  sabrant.  —  Croquis  à  la  plume.  — 
H.  o™2o,  L.  o™i8.  —  Reproduit  en  fac-similé  par 
A.  Robaut,  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente  pos- 
thume, à  M.  Gauvin-Seiter.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

2°  Cavalier  arabe  chargeant.  —  H.  o"M7,  L.  o'"i8.  — 
Reproduit  en  fac-similé  par  A.  Robaut,  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente 
posthume. —  Appartient  à  M.  Le  Gentil  d'Arras.  —  Non  catalogué  par  M,  Moreau. 


>04 


L'ŒUVRE    DR    DELACROIX 


I  843 


N*""  761,  762  :  Chevaux  attaqués 


i"  Cheval  attaqué  par  un  tigre.  — 
Toile.  —  H.  o-»23,  L.  o'"3i.  — 
Gravé  à  Teau-forte  par  Saint-Marcel, 
Tannée  suivante  (1843),  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o'"245,  L.  o"'3o5. 
Vente  posthume.  —  N"  80  de  la 
Vente  Beurnonville,  avril  1880  : 
;oo  tr  —  Cat  A  Moreau,  p.  io3. 
Che\al  attaque  par  une  panthère.  —  Aquarelle.  — 
H  o'"io3,  L  o  MSo  —  Varnnte  du  n°  pieeedent.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
En  ces  œuvres  se  retrouve  1  idée  permanente  du  drame  qui  hantait  l'âme  de  l'artiste. 
Hommes,  chevaux,  lions  et  panthères,  c'est  toujours  et  partout  le  vertige  de  l'action  et  de  la 
destruction  exprimé  avec  une  décision  dans  les  plans  et  une  fermeté"  dans  le  modelé  qui 
donnent  à  toutes  ces  compositions  la  grande  allure  de  groupes  sculptés. 


Année   1848 


N"^  y6j ,  jô^  :  Lionne  reposant  sur  le  corps  d'un  Arabe 


1°  loile.  —  H.  o'"2o,  L.  o'"3o.  — 
\ppartient  à  M.  Lamhert-Sainte- 
(  ioi\  —  Non  catalogué  par  M.  Mo- 
iL  tu 

-  Peinture  sur  bois.  —  H.  o"'24, 
1  o™35.  —  Non  catalogué  par 
M    Moreau. 

A  quelques  variantes  près,  faciles  à 
saisir  par  le  rapprochement,  c'est,  en  apparence,  le  même  tableau.  Malheureusement,  le 
second  est,  au  point  de  vue  de  l'exécution,  bien  au-dessous  du  premier,  tellement  au-dessous, 
que  la  facture  lourde  et  glaireuse  éveille  en  nous  quelque  doute  sur  l'authenticité  de 
l'œuvre.  —  Voir  à  l'année  184g  une  gravure  originale  du  même  sujet. 


N°  76^  :    Hamlet  hésitant  à  tuer  le  roi 


Toile.  —  H.  o'"26,  L.  o'"iq.  —  Appartient  à  M.  Paul  Meurice.  —  Voir  la  lithogra- 
phie à  Tannée  1834.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  tableau  rend  à  peu  de  chose  près,  Taspeet  de  la  lithographie  du  maître;  seulement  le  fond 
étant  très  sombre,  les  deux  personnages,  et  surtout  le  roi,  se  détachent  en  clair.  De  plus, 
l'expression  de  la  tète  d'Hamlet,  qui  est  vue  un  peu  plus  de  face,  est  plus  jeune. 


1843 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"  766   :    Hamlet  tuant  Poionius 

Toile.  —  H.  o'"27,  L.  o'"20.  —  Voir  la  lithographie  à  Tannée  1834.   —   Vente  Diaz, 
janvier  1877  :  2,700  fr.  à  M.  Perreau.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  767  :   Pietà  —  Première  pensée 


Dessin.  —  H.  o"3io,  L.  o"'435.  — Gravé  sur  bois 
par  A.  Pothey,  pour  V Illustration,  août  i863,  dans 
les  dimensions  de:  H.  o'"3io,  L.  o"'435. —  Çat. 
A.  Moreau,  p.  80. 

La  lettre  du  troisième  état  de  cette  gravure  porte  : 
0  Dernier  dessin  sur  bois  d'Eugène  Delacroix.  — 
(Esquisse  originale  du  tableau  la  Pietà,  peint  par  lui 
dans  une  chapelle  de  l'église  Saint-Denis-du-Saint- 
Sacrement.)  »  Dans  cette  première  pensée,  le  maitre 
avait  introduit  l'apparat  de  draperies  suspendues  de 
chaque  coté  et  soutenues  par  deux  anges.  La  compo- 
sition définitive  gagne  en  grandeur  à  la  suppression  de 
ces  accessoires  pompeux,  dans  le  goût  de  notre  dix-huitieme  siècle.  (Voir  le  n"  suivant.) 
Le  geste  de  la  Mère  qui  se  renverse  en  étendant  les  bras  en  croix  est  une  idée  de  génie.  Les 
affres  de  la  passion  tout  entière  sont  contenues  dans  ce  mouvement  d'une  énergie  et  d'une 
grandeur  terrifiantes.  Les  attitudes  des  apôtres,  des  saintes  femmes;  la  tète  tombante,  la  pose 
du  corps  privé  de  vie,  qui  s'affaisse  les  jambes  replovées:  l'obscurité  crépusculaire  qui 
enveloppe  la  scène,  le  cavalier  qui  s'éloigne  à  gauche;  à  droite  les  personnages  qui  hâtent  le 
pas  vers  le  groupe  immobile,  la  ligne  d'horizon  sauvage  et  abrupte,  le  ciel  qu'on  entrevoit 
à  peine,  les  lourdes  draperies  flottant  au  souffle  de  la  nuit,  tout  cela  plonge  l'âme  dans  un 
recueillement  dont  on  s'arrache  avec  peine.  Rien  n'a  échappé  au  penseur,  rien  de  la  sombre 
poésie  de  ce  drame  lugubre  et  douloureux. 


N"  768  :  Pietà 


Peinture  murale  à  la  cire.  — H.  3™55,  L.  4"'75.  —  Signé 
à  droite  en  bas  et  daté  1843,  —  Gravé  à  l'eau-forte  par 
Hédouin  pour  l'Artiste,  dans  les  dimensions  de  : 
H.  o'"i45,  L.  o"'202.  —  Appartient  à  l'église  Saint- 
Denis-du-Saint-Sacrement,  à  Paris  —  Cat.  A.  Moreau, 
pp.  80,  96,  222  (notel. 

«  Cette  œuvre  relativement  considérable,  dit  M.  Moreau,  fut 
exécutée  par  Delacroix  en  dix -sept  jours;  nous  tenons  ce 
détail  de  l'auteur  lui-même,  qui  pour  se  rendre  un  compte 
exact  du  temps  employé  par  lui,  faisait,  h  la  fin  de  chaque 
journée  de  travail,  un  trait  sur  le  mur  où  il  travaillait.  >>  —  Quant  h  la  date,  M.  Moreau,  qui 
donne  1S41,  se  trompe  certainement,  car  Delacroix,  en  juin  1843,  demande  à  M.  Lasalle- 
Bordcs  de  n  se  mettre  à  l'église.  »  La  chapelle  fut  découverte  en  novembre  de  la  même  année, 
croyons-nous;  peut-être  même  en  novembre  1844. 


206 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


1843 


N"^  769,  770,  771  :  Pietà.  —  Réductions  et  variantes 

1°  Toile.   H.  0^37^  L.  o"'45.  —  Gravé  à   l'eau-forte  par  Massard 

pour  le  catalogue  Laurent- Richard  (  1878  I,  dans  les  dimensions 

de  :  H.   o"'ioq,   L.   o'"i32.   —  Cat.  A.  Moreau,  p.  96. 

2"  Toile.  —  H.  o"285,  L.  o'"4io.  —  Appartient  à  M.    Georges 

Rodrigues.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  96. 

3°  Toile.  —   H.  o'"2o,  L.  o'"42.  —  N°  7  de  la  vente  posthume  : 

1,120  fr.  à  M.  Lambert.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  3o8. 

Dans  notre  n"  i,  les  variantes  sont  sensibles  par  la  disposition  du  fond  de  paysage,  des  roches 
et  par  la  suppression  des  deux  petites  figures  du  fond.  Notre  croquis  présente  la  composition 
en  sens  contraire.  —  Le  n"  1  est  une  simple  réduction.  —  Le  n°  3  est,  s'il  nous  en  souvient, 
disposé  comme  le  n»  767  que  nous  venons  de  décrire. 

N°  772   :   La  fiancée  d'Ahydos 


Toile.  —  H.  o™35,  L.  o"'2  5.  —  Gravé  à  Teau-forte  par  Greux  pour 
l\4r/,  3i  janvier  1875,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o™25i, 
L.  o"M89.  —  Vente  du  28  avril  1874  :  32,o5o  fr.  —  Appartient  à 
M.  Th.  Melot.  —  Voir  la  varianteen  largeur  au  numéro  suivant  et 
la  variante  en  hauteur  à  Tannée  i85i.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Au  bord  d'une  caverne  ouvrant  sur  la  mer,  Selim  va  se  séparer  de  Zuleika 
^  qui  se  traîne  à  ses  genoux  et  cherche  à  l'empêcher  de  donner  le  signal  d'appel 
—  à  ses  camarades.  Selim  la  maintient  d'un  bras,  et,  tourné  vers  les  profon- 
grotte,  hèle  de  la  voix  en  agitant  son  cimeterre.  —  Le  motif  est  celui  de  la 
I.  dans  le  chant  II  de  la  Fiancée  d' Ahydos,  par  lord  Byron. 


N°  77J   :   La  fiancée  d'Abydos 


variante,  1 
La  grotte 
on  voit  à 
Selim  qui 


Toile.  —  H.  o'"32,  L.  o"'40.  —  Lithographie  par  Charles 
Hue  pour  la  publication  intitulée:  «  Souvenirs  d'artistes  », 
dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i 76,  L.  o"2i8.  —  Voiries 
variantes  en  hauteur.  Tune  au  numéro  précédent,  Fautre 
à  l'année  i85i.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Si  M.  Moreau  n'a  pas  catalogué  ce  tableau  important,  il  a  pris 
soin  néanmoins  de  cataloguer  la  lithographie  de  Ch.  Hue,  mais 
avec  une  erreur  assez  grave,  car  il  la  donne  comme  exécutée 
d'après  un  tableau  dont  il  rapporte  exactement  les  dimensions, 
qui  sont  celles   de   la   variante   de    i83i.  —  Dans  la  présente 

e  groupe  de  Selim  et  de   Zuleika  est  autrement  composé  que  dans  notre  n"  772. 

est  plus  large,  l'ouverture  sur  la  mer  plus  grande.   Le  signal  d'appel  est  donné,  car 

gauche  les  profondeurs  de  la  caverne  éclairées  par  les  torches  des  compagnons  de 

se  rapprochent  en  courant. 


1843 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


207 


N°  774  :  Tête  de  lion  vue  de  profil 


Aquarelle.—  H.  o™i7,  L.  o'»i8.  —  Photographié  par  Braun 
dans  les  mêmes  dimensions.  —  Phototypographié  pour  les  Dessins 
du  Louvre,  Baschet,  i883.  —  N°  469  de  la  Vente  posthume  : 
410  fr.  —  Appartient  au  musée  du  Louvre,  n°  lyi'i  du  catalogue 
des  dessins  par  M.  de  Tauzia.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
o  Le  lion  est  le  roi  des  animaux  »,  a  dit  M.  de  Buffon.  Ce  n'est  pas 
impossible,  mais  ce  qui  est  certain,  c'est  qu'avec  le  cheval  il  domme 
tout  le  règne  animal  dans  l'œuvre  de  Eugène  Delacroix.  Cette  prédi- 
lection très  marquée  pour  les  grands  fauves,  qui  ne  s'explique  par 
aucun  détail  connu  de  sa  biographie  anecdotique,  appartient  au  domaine  de  sa  biographie 
morale.  Il  est  curieux,  en  effet,  de  voir  cet  esprit  sobre,  lettré  et  de  goûts  littéraires  clas- 
siques, j'ai  presque  dit  académiques,  rechercher  de  préférence  comme  motifs  pittoresques  le 
mouvement,  le  drame,  la  passion,  les  scènes  de  pillage,  d'incendie,  de  massacre,  la  destruction 
sous  toutes  ses  formes,  et  le  lion  est  l'agent  de  destruction  par  excellence  :  une  mâchoire 
montée  sur  quatre  pattes,  comme  l'a  défini  M.  H.  Taine. 


N°''  yy^,  776  :  Bouquets  de  fleurs 


i"  Aquarelle.  —  H.  o'"22,  L.  o'"22.  —  Cliché  sur  verre 
(inédit)  par  A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de  H.  o'"i  18, 
L.  o'"io8.  —  Partie  du  n°  625  de  la  Vente  posthume  : 
220  fr.  à  M.  A.  Robaut. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o™2o5,  L.  o"'26o.  — •  Lithographie 
par  A.  Robaut  pour  le  catalogue  de  la  vente  C.  Dutilleux,  dans  les 
dimensions  de  :  H.  o"'oqo,  L.  o"'i  i5.  —  Partie  du  n"  625  de  la  Vente  posthume  : 
200  fr.  —  Vente  C.  Dutilleux,  26  mars  1874  :  400  fr.  à  M.  Bruyas. —  Appartient,  par 
suite  du  legs  Bruyas,  au  musée  de  Montpellier.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N°  777  :  Personnage  en  costume  allemand  du  seizième  siècle 


Sépia  et  croquis  divers.  —  H.  o"'i85,  L.  o"'i40.  —  Photolitho- 
graphié,  en  1868,  par  Arosa,  dans  les  mêmes  dimensions. — 
Vente  posthume,  à  M.  Philippe  Burty.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i3o. 
Nous  conservons  la  désignation  donnée  par  M.  Adolphe  Moreau. 
Cependant,  il  est  bien  évident  que  ce  dessin  est  le  portrait  bien  connu, 
mais  librement  interprété,  d'Albert  Durer.  C'est  également  dans  le 
sentiment  de  cet  admirable  maître  que  sont  traces  les  croquis  de 
figures  qui  occupent  à  droite  et  à  gauche  les  marges  du  dessin. 
Delacroix,  au  moment  de  reprendre  les  motifs  de  0  Gœtz  de  Berlichin- 
gen  I)  pour  les  dessiner  en  vue  de  la  gravure  sur  bois,  avait  voulu 
consulter,  étudier  l'œuvre  du  grand  artiste  allemand  et  se  familiariser 
avec  le  caractère  simple,  fort  et  profond  de  son  style.  On  sait  comment 


y  a  réussi.  —  Voir  à  l'année  i836,  les  numéros  634  à  646,  et  ci-après  les  n<"  778  h  781. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1843 


N"  778  :  Frère  Martin  et  Gœtz  de  Berlichingen 


Dessin  sur  bois.  —  H.  o"^2ij,  L.  o'"i45.  —  Gravé  pour  le  Magasin 
pittoresque.  —  Voir  la  lithographie  à  l'année  i836,  n"  640.  —  Cat.  A. 
Moreau,  p.  76. 

On  voit  en  bas,  signé  sur  le  dessin  à  gauche  :  «  Eugène  Delacroix  »;  à  droite, 

n    1S43  »,  et  au-dessous  de  cette  date,  les  initiales  adossées  des  graveurs,  «  A. 

B.L.,   H.   R  »;  dans  la  marge,  au    bas,  «  Gœtz   de  Berlichingen,  drame    par 

Goethe.  Acte  1°''.  Gœtz  de  Berlichingen   et  frère  Martin.  —  Dessin  d'Eugène 

Delacroix.  »  Le  même  bois  a  paru  dans  l'ouvrage  de  Henry  de  la  Madelène  : 

('  Eugène    Delacroix  h    l'exposition  du  boulevard   des   Italiens  ».  On  connaît 

la  scène  :  Frère  Martin  serre  la  main  de  fer  de  Gœtz  de  Berlichingen.  Si  l'on 

compare  ce  bois  à  la  lithographie,  on  remarquera  quelques  variantes;  l'escalier,  ainsi  que  la 

faux   accrochée   au   mur,  sont   remplacés  ici   par  une  petite    fenêtre  quadrillée  de  plomb  où 

s'enchâssent    des  verres  bombés  en  cul  de  bouteille. 


N"  779  :  Gœtz  de  Berlichingen    écrivant  ses  mémoires 


celui  que 
de  chasse 
occupent 


Dessin  sur  bois.  —  H.  o'"2i9,  L.  o'"i47.  —  Gravé  pour  le  Magasin 
pittoresque. — Voir  le  tableau  à  Farinée  1845.  —  Voir  la  lithogra- 
phie à   l'année  i836,  n°  648.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  76. 

En  bas  à  gauche,  signé  sur  le  dessin  :  «Eugène  Delacroix»;  à  droite,  les 
initiales  des  graveurs,  A.  B.  L.,  H.  R.;  dans  la  marge  du  bas  :  «  Acte  IV. 
(iœtz  de  Berlichingen  écrivant  ses  mémoires;  Elisabeth  sa  femme.  — 
Dessin  d'Eugène  Delacroix.  »  Le  même  bois  a  paru  dans  l'ouvrage  de  Henry 
de  la  Madelène,  après  la  mort  de  Delacroix  :  «  Eugène  Delacroix  à  l'expo- 
sition  du  boulevard  des  Italiens.  »  —  Le  costume  d'Elisabeth  diffère  ici  de 

l'artiste  lui  a  donné  dans  la  lithographie.  Delacroix  a  en  outre  ajouté  un  trophée 
composé  d'un  bucrane  de  cerf,  d'une   arbalète,  d'une  corne  et  d'une  gourde,  qui 

h  gauche  le  vide  de  la  muraille. 


N""  780  :   Gœtz  de  Berlichingen  blessé 


figures  qui, 
là  grâce  et 


Dessin  sur  bois.  —  H.  o"'2i6,  L.  o"'i46.  —  Grave  pour  le  Magasin 
pittoresque.  —  Voir  la  lithographie  à  l'année  i836,  n°  644. —  Vente 
Pierret  (  cak]ue  du  dessin  original),  mai  1879:  5o  t'r.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  77. 

Signé  en  haut,  sur  le  dessin,  dans  le  ciel  :  «  Eugène  Delacroix  »,  et  au-des- 
sous :  «  1842  ».  —  En  bas  à  droite,  les  monogrammes  des  graveurs  A.  B. 
L.,  H.  R.;  dans  la  marge,  en  bas  ;  «  Gœtz  de  Berlichingen.  Acte  V.  Gœtz 
de  Berlichingen  blessé  est  secouru  parles  bohémiens. —  DessindeM.  Eugène 
Delacroix.  »  Le  même  bois  a  paru  dans  l'ouvrage  de  Henry  de  la  Madelène. 
—  Une  figure  de  petite  bohémienne  déguenillée  remplace  ici  les  grandes 
la  lithographie,  se  tiennent  derrière  le  cheval  de  Gœtz,  et  ajoute,  oppose  ici 
rire  de  l'enfance  à  la  rude  physionomie  des  gens  de  guerre. 


iX42 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


2oq 


N"  781  :   Mort  de  Gœtz  de  Berlichingen 


146.  —  Gravé  pour  le  Magasin 


Dessin  sur  bois.  —  H.  o'"2i6,   L. 
pittoresque.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  77. 

Signé  sur  le  dessin,  en  bas  à  droite  :  0  Eug.  Delacroix»;  en  bas  à  gauche, 
les  monogrammes  des  graveurs  A.  B.  L.,  'H.  R.;  sur  la  marge:»  Gœtz  de 
Bcrlichingen.  Acte  V.  Mort  de  Gœtz.  Dessin  de  M.  Eugène  Delacroix.  »  Le 
même  bois  a  paru  dans  l'ouvrage  de  H.  de  La  Madelène.  Delacroix  n'avait  point 
traité  ce  motif  dans  la  série  des  lithographies.  C'est  la  dernière  scène  du 
drame.  Le  bon  gardien  de  la  tour  où  Gœtz  est  prisonnier  a  permis  que  le 
vieillard  respirât  dans  son  petit  jardin.  Elisabeth,  sa  femme,  Marie,  sa 
sœur  et    Lerse,  un   de    ses   fidèles  cavaliers,   l'entourent  de  leurs  soins  et  il 

setemt  en  miirmurant  ce  mot  :  Liberté!  liberté!  ~  Je  ne  sais  à  quel  sentiment   Delacroix  a 

obéi  en  substituant  une  troisième  figure  de  femme  à  celle  de  Lerse. 


N°782 


Portrait  de  François  Clouet 


Dessin  sur  bois.  —  H.  o'"55,  L.  o"45.  —  Gravure  inédite.  —  Sans  aucune 
lettre,  signature  ni  date.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  76. 

Sur  le  bois  même,  on  lit  autour  de  la  tête_,  en  petites  capitales  du  temps  :  «  François 
CLOUET  DIT  j.\NET,  PEINTRE  DU  ROI  CH.^RLES  IX.  »  —  M.  Morcau  a  dit  qu'il  ne 
connaissait  qu'une  seule  épreuve  de  cette  gravure.  Qu'est  devenu  le  bois?  Par 
qui  avait-il  été  gravé?  A  l'exemple  de  ses  amis  Frédéric  Villot  et  Pierret,  Eugène 
Delacroix  se  serait-il   essayé  à  manier  lui-même  l'outil  du  graveur?  Autant  de 

questions  auxquelles  nous  ne  pouvons  répondre  et  pour  lesquelles  nous  faisons  appel  à  la 

sollicitude  et  à  la  bienveillance  des  curieux  plus  heureux  que  nous. 


N°  78}  :  L'amoureuse  au  piano 


Croquis  à  la  sépia.  —  H.  o'"22,  L.  o'"i7.  —  Vente  posthume.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

A  voir  l'immense  quantité  d'œuvres  de  toute  sorte  que  Delacroix  a  accomplies 
malgré  l'incertitude  de  sa  santé  si  chétive,  il  est  évident  que  personne  n'a 
pratiqué  plus  étroitement  le  précepte  du  sage  :  «  NuUa  dies  sine  linea  »  ;  et  il 
se  reprochait  sévèrement  les  heures  de  farniente  auxquelles  il  lui  arrivait 
parfois  de  s'abandonner.  En  1843  précisément,  il  écrit  de  Saint-Leu-Taverny 
à  son  ami  Pierret  :  n  Je  n'ai  pu  encore  me  mettre  à  quoi  que  ce  soit  et  je 
suis  un  peu  mécontent  de  moi.  C'est  un  sentiment  qui  me  gâte  toujours  un 
peu  tout  le  reste.  Il  me  semble  qu'il  faut  avoir  fait  sa  tâche  pour  )ouir  en  conscience  des 
biens  que  la  nature  nous  présente....  Je  lis,  mais  ce  n'est  pas  un  travail.  Malgré  l'attrait  que 
j'y  trt)uve,  je  ne  suis  pas  pleinement  satisfait  quand  j'ai  passé  mon  temps  de  la  sorte.  Il  n'y 
a  que  le  cigare,  quand  il  est  bon,  qui  me  fasse  un  peu  oublier  le  tort  que  j'ai  de  me  laisser 
aller  à  la  paresse;  car  c'est  tout  uniment  paresse.  Je  ne  puis  commencer.  J'ai  la  certitude 
que  la  première  demi-heure  passée,  je  trouverais  au  travail  le  plus  grand  plaisir,  et  je  ne  puis 
malgré  cela  surmonter  ce  moment  de  dégoût.  Le  cigare  est  décidément  un  instrument  de 
relâchement  et  de  corruption...  Quand  il  est  fini,  l'illusion  cesse,  et  je  me  fais  des  reproches.  " 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1843 


N"  784  :  Études  de   mouvements 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i9,  L.  o"'25.  —    Non 

catalogué   par  M.  Moreau. 

C'est   une    source  d'intérêt  inépuisa'cle    que   de  rapprocher   et  de 


^\!^i>\    comparer,  fût-ce  au  hasard,  deux  croquis  de  Delacroix.  Le    hasard, 


# 


en  effet,  place  ici  au-dessous  l'un  de  l'autre  deux  dessins  :  «  l'Amou- 
reuse au  piano»  et  les  «  Études  de  mouvements»;  l'un  tout  imprégné 
de  sentiment  moderne,  de  grâce  exquise,  des  voluptés  de  l'abandon 
h  l'inspiration  musicale:  l'autre,  au  contraire,  animé  par  le  souftle 
des  grandes  compositions  héroïques.  Si  Delacroix  ne  pouvait  parler  sans  ironie  des  critiques 
routiniers,  apologistes  de  «  ce  fameux  beau  ».  que  les  uns  voient  dans  la  ligne  serpentme, 
les  autres  dans  laligne  droite,  et  qu'ils  s'obstinent  tous  à  ne  voir  que  dans  les  lignes;  il 
suffit  pourtant  d'un  dessin  comme  celui-ci  pour  prouver  qu'il  possédait,  lui  aussi,  le  sens 
et  la  magie  de  la  ligne.  —  Ces  études  ont  été  faites  pour  le  tableau  S.imson  et  DjHU  . 


N°  785    :    Études  de  chats 


Dessin  au  cravon.  —  H.  o'"2i,  L.  o'"32.  —  Daté  au  bas  à 
gauche  :  «  5  x*"'''^  1843.  »  —  Reproduit  en  fac-similé  pour  VArt, 
février  1876,  dans  les  mêmes  dimensions.  — ^  N°  5o8  de  la  Vente 
posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Les  chats  de  Eugène  Delacroix,  écrivait  Théophile  Silvestre  pendant 
l'exposition  de  la'vente  posthume,  n  ces  chats  taits  en  quelques  coups 

de  crayon  sur  un  chiffon  de  papier,  ont  dans  les  yeux  des  secrets  indéfinissables.  »  Et  il  citait 

le  célèbre  sonnet  des  chats  de  Charles  Baudelaire. 


N°'  786,  787,  788  :   Études  de  têtes 


îr  1°  Tète  du  cardinal  Hippolyte  de  Médicis.  —  Copie 
^  d'après  le  Titien.  —  Toile  de  vingt-cinq  à  trente.  —  Gravé 
■^^  sur    bois  n,Tr  F.  Villot. 


^^sur    bois  par  F.  Villot. 

2°  Tête  de  Turc. —  Dessin  à  la  plume.  —  En  bas,  à  gauche, 
la  signature  :  «  Eug.  Delacroix  ».  — •  Gravé  sur  bois  de  poirier,  au 
couteau,  par  F.  'Villot  et  Pierret,  dans  les  dimensions  de  : 
H.  o'"i3o,  L.  o'^ogo. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  76. 
3°  Toile.  H.  o'"40,  L.  o'"32.  — Exposition  universelle  de  i855.  — 
Gravé  sur  bois  de  poirier,  au  couteau,  par  F.  Villot,  dans  les 
dimensions  de:  H.  o'"ii7,  L.  o'"o95. —  Gravé  à  l'eau-forie  par 
Saint-Marcel,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"202,  L.  o'"i62.  —  Lithographie  par 
A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de:  H.  o™202,  L.  o'"i62. —  Vente  posthume, 
n°  73  :  835  fr.  à  M.  Haro.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  76,  i3i,  i53,  192,  3i3. 
Les  gravures  faites  par  M.  Villot  d'après  ces  trois  études  de  tètes  sont  inédites;  il  n'en  a  été 
tiré  que  quelques  épreuves  d'essai.  D'abord,  en  premier  état,  sur  une  même  feuille,  la  tète 


i844 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


de  Turc  et  le  portrait  de  vieille  femme,  tirés  à  vingt  épreuves.  Ensuite,  en  deuxième  état, 
sur  une  feuille  plus  grande,  on  a  réuni  à  la  tête  de  Turc  et  au  portrait  de  vieille  femme  le 


pour_i4  francs,  à  M.  Lelogeais,  marchand  d'estampes,  rue  de  Seine. —  Nous  reproduisons 
une  épreuve  du  deuxième  état,  avec  la  disposition  même  qu'elle  a  reçue  au  tirage.  La  tète  du 
cardinal  y  étant  peu  lisible,  nous  en  donnons  le  détail. 


Année  1844 

N"  789  :  Bacchante  endormie 


Toile.  —  H.  o'"33,  L.  o'"45.  —  N°   i23   de   la  Vente  pos- 
thume, 320 fr.  à  M.  Haro. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

En  cette  année  1844,  où  Delacroix  travaillait  à  la  grande  déco- 
ration de  la  bibliothèque  de  la  Chambre  des  députés,  il  se  sentait 
plus  tendrement  épris  que  jamais  pour  les  grands  maîtres  français 
qui  furent  ses  prédécesseurs.  Un  jour  qu'il  était  allé  h  Versailles, 
sans  doute  pour  revoir  les  peintures  décoratives  de  Le  Brun  ,  il 
aperçut  l'admirable  groupe  du  Persée  et  Andromède,  de  Puget, 
abandonné  dans  le  parc  à  toutes  les  intempéries  des  saisons.  Il  en 
revint  indigné,  écrivit  lettre  sur  lettre  et  même  un  article  dans  les  Beaux-Arts,  édités  par  Cur- 
mer,  pour  protester  contre  ce  vandalisme.  Et  quelques  jours  après,  il  adressait  à  Curmer 
également  le  billet  que  voici  :  «  Je  ne  m'attendais  pas  à  voir  si  tôt  confirmées  mes  tristes  pré- 
visions au  sujet  de  l'Andromède  :  j'apprends  qu'un  des  derniers  orages  a  rompu  précisément  ' 
au-dessus  du  groupe  une  grosse  branche  d'arbre  qui  a  brisé  dans  sa  chute  l'une  des  mains  de 
l'Andromède  et  une  partie  du  bouclier  du  Persée.  Je  vous  transmets  sans  commentaires  cette 
nouvelle  affligeante.  Il  va  sans  dire  qu'on  a  aussitôt  que  possible  restauré  et  fait  disparaître 
les  traces  du  dégât;  mais  cette  restauration  elle-même  n'est  qu'un  outrage  de  plus.  Les  amis 
des  arts  doivent-ils  désespérer  encore  de  voir  arracher  à  une  destruction  totale  un  des  ou- 
vrages les  plus  capitaux  du  plus  grand  sculpteur  français?  »  Déjà  en  lySS,  Piganiol  delà  Force 
demandait  que  le  Milon  et  l'Andromède  fussent  placés  dans  le  château.  Un  siècle  après 
seulement,  ils  sont  entrés  au  Louvre,  dans  les  salles  de  la  sculpture  française. 


N"  790  :  La  mort  d'Ophelia 

Toile.  —  H.  o™22,  L.  0^29.  — Signé  à  droite,  non  daté.  —  Voir  la  lithographie  à 
Tannée  1834  et  les  tableaux  aux  années  i838  et  iSSg.  —  A  M.  John  Saulnier.  —  Cat. 
A.  Moreau,  p.  25  i  (note). 

Le  tableau  est  très  terminé.  C'est  la  même  composition  que  celle  des  deux  autres.  La  seule 
différence  qu'il  y  ait  avec  la  lithographie  originale,  c'est  que  le  paysage  a. été  agrandi.  Dela- 
croix se  sera  servi,  pour  exécuter  ce  tableau,  du  dessin  qu'il  avait  employé  pour  sa  lithogra- 
phie. C'est  pourquoi  la  lithographie  est  en  sens  contraire. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


T844 


N"  791  :  La  mort  de  Sardanapale 

Toile.  —  H.  o'"74,  L.  o™93.  —  Appartient  à  M.  Bellino.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.    170. 

E.  Delacroix  avait  légué  à  M.  Legrand,  avoué,  son  exécuteur  testamentaire,  ce  tableau, 
qui  n'est  qu'une  traduction  sans  variante  du  tableau  peint  en  1827  (  voir  n"  198).  Après 
la  mort  de  celui-ci,  il  passa  aux  mains  de  M.  Crabbe,  de  Bruxelles,  et  depuis  dans  celles  de 
M.  Bellino.  —  F.  Villot  en  avait  fait  une  copie  dans  l'atelier  du  maître  ;  derrière  le  châssis  se 
trouvent  des  taches  et  des  notes  de  couleurs  employées  dans  l'œuvre  originale. 


N°^  792,  79^  :  Cavalier  marocain 


i"  Aquarelle.  —  H.  o""!  i,  L.  o™o8.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o^i  10,  L.  o^oSo.  —  Signé  E.  D. 
en  bas,  à  gauche.  —  Gravé  sur  bois  pour  V Illustration,  dans  les  mêmes 
dimensions.    —   Cat.    A.  Moreau,  p.  79. 

Monté  sur  un  cheval  lancé  au  galop,  il  tire  un  coup  de  fusil.  —   Dans   YIlliis- 
tration,  la  gravure  accompagnait  un  article  traitant  des  relations  entre  la  France 
et  le  Maroc  (voir  tome  iii,  p.  341).  Elle  a  paru  aussi  dans  l'ouvrage  de  M.  H.  de  la  Madelène. 


'T,'mtwii& 


N°^  794,  795  :  Costumes  maures 


positions 
qui  fait 


1°  Aquarelle. —  H.  o'"i3o,  L.  o^iaS. — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i  3o,  L.  o"i  25.  Signé  E.  D. 
en  bas,  à  gauche.  —  Gravé  sur  bois  pour  Ylllustration,  dans  les 
mêmes  dimensions.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  7g. 

La  gravure  a  paru  également  dans  l'ouvrage  de  M.  H.  de  la  Madelène.  — 
Ces  aquarelles  et  dessins,  comme  quelques-uns  des  numéros  qui  vont 
suivre,  étaient  autant  d'études  et  de  préparations  pour  l'admirable  tableau 
du  Salon  de  1845.  Toutes  ces  études  n'ont  pas  trouvé  place  dans  les  com- 
définitives;  Delacroix  se  remettait  le  Maroc  entre  les  doigts,  comme  un  musicien 
des  gammes  et  des  exercices   avant   d'exécuter  un  morceau  brillant. 


N°®796,  797  :  Soldats  de  la  garde  noire  de  l'empereur  du  Maroc 


1°  Aquarelle.  —  H.  o'"i20,  L.  o^oSo.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2  i  essin  à  la  mine  de  plomb.  —  Signé  E.  D.  en  bas,  à  gauche.  — ■ 
H.o'"i20,  L.  o™o8o.  — ■  Gravé  sur  bois  pour  V Illustration,  dans  les 
mêmes  dimensions.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  78. 

C'est  une  étude  pour  l'homme  à  pied  qui  marche  à  la  tète  du  cheval  de  l'em" 
pereur  Muley-abd-er-Rahman.  Ici,   il   est   debout,  appuyé  sur  son   fusil,  une 

cartouchière  à  la   ceinture,  le  , sabre  suspendu  en  bandoulière  et  un  burnous  sur  les  épaules. 

—  La  gravure  a  paru   également  dans  l'ouvrage  de  H.  de  la  Madelène. 


i844 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


•2i3 


N' 


798,  799  :  L'empereur  Miiley-abd-er-Rahman 

1°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  — H.  o"'25o,  L.  o'"i6o. — 
Verne  posthume  à  M.  A.  Robaut.  —  Gravé  sur  bois  pour 
V Illustration,  septembre  1844,  ^^^^  l^s  dimensions  de  : 
H.  o'"2o5,  L.  o'"i2o.  — •  Reproduit  en  fac-similé,  par 
A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"25o,  L.  o'"i6o. 
—  Voir  à  l'année  1845.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  78. 
2°  Aquarelle.  —  H.  o"'2o5 ,  L.  o"'i2o.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

Le  dessin  est  accompagné  de  deux  lignes  autographes  sur  la 
composition  de  quelques  tons;  il  représente  exactement  le  groupe  central  du  tableau  peint 
en  1845,  et  qui  appartient  aujourd'hui  au  musée  de  Toulouse.  La  gravure  porte  en  bas,  à 
gauche,  les  initiales  adossées  des  graveurs  R.  H.  B.  L.,  Régnier,  Hotelin,  Best,  Leloir.  Elle 
a  paru  aussi  dans  la  brochure  de  Henry  de  la  Madelène  déjà  citée.  C'est  d'après  celte  gra- 
vure que  nous  avons  reproduit  notre  première  vignette,  qui  se  trouve  dans  le  sens  inverse 
de  l'original.  —  Quant  à  l'aquarelle,  elle  est  la  reproduction  presque  sans  variante  de  celle 
que  nous  avons  cataloguée  sous  le  n"  bob.  La  seconde  vignette  en  donne  les  traits  généraux. 


N""  800,   801,  802,   803  :  Vues  du  Maroc 


i"  Vue  de  Méquinez.  —  Aquarelle. 

—  H.  o'"i25,   L.  0^140.  —  Non  ca- 
talogué par  M.  Moreau. 
2°  Même  vue  de  Méquinez  sans  va- 
riante.—  Dessin  à  la  mine  de  plomb. 

—  H.  0^125,  L.  o'"i40.  — •  Signé 
E.  D.  à  droite  en  bas.  —  Gravé  sur 
bois  pour  V Illustration,  sur  le  dessin 
du  maître,  dans  les  mêmes  dimen- 
sions.— Reproduit  dans  la  brochure  de  H.  de  la  Madelène. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  79. 
3°  Vue  d'Alkassar-el-Kebir.  —  Aquarelle.  —  H.  o™ii,  L.  o"'2i.  —  Voir  ralbum 
du  comte  de  Mornay  (i833).  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

4°  Même  vue  d'Alkassar.  —  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'i  i,  L.  o™2i.  —  Signé 
E.  D.  en  bas,  à  gauche.  —  Gravé  sur  bois  pour  V Illustration,  dans  les  mêmes  dimen- 
sions. —    Reproduit  dans  la  brochure  de  la   Madelène.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  -q. 


N"  804  :  Lion  dévorant  un  cheval 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  — H.  o'"i20,   L.   o'"235.  —  Photographié  par  Braun. 
N°  478  de   la  Vente  posthume  :  36o  fr.,  au  Musée  du  Louvre.  —  Phototypographié 
pour  les  Dessins  du  Louvre  (Baschet,  i883).  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
C'est  le  dessin  qui  a  précédé  la  lithographie  originale  du  maître;  la  lithographie  est  bien 
plus  souple  d'exécution.  (Voir  le  n"  suivant.) 


214 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1844 


N°  80^  :  Lion  dévonint  un  cheval 


Lithographie  pour  les  Artistes  conieinpnrains.  — H.  o"M  20, 
L.  o"'238.  —  Vente  De  La  Combe  (premier  état)  :  5o  fr.; 
vente  Parguez  (troisième  état):  2  fr.  ;  vente  Dubois  (deuxième 
état)  :  6  fr.;  vente  Galichon  (cinquième  état)  :  10  fr.  ;  vente 
Villot  (troisième  état):  3  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  5o. 

Premier  état.  Sans  aucune  lettre,  sauf  sur  la  planche,  la  signature 

et  la  date  de  1844  en  dessous. 

Deuxième    état.   En   bas,   au  milieu  :   0  Groupe    d'Animaux  » ,  à 

droite  :  «  Imp.  Bertauts  «. 
Troisième  état.  En   haut,    à  droite  «  n»   17  »;  en  bas,  à  gauche   «  Eug.    Delacroix,  pinx.  et 
lith.  .),  à  droite:  «  Imp.  Bertauts»,  au  milieu  :  «  Lion  dévorant  un  cheval  «,  et  le  timbre  sec  : 
((  Les  Artistes  contemporains  ».  La  date  1844  sous  la  signature  effacée. 
Quatrième  état.  Le  nom  de  Bertauts,  effacé,  mais  avec  le  timbre  sec  de  la  publication. 
Cinquième  état.   La  date  de  1844  transparaît,  bien  qu'elle   ait  été  effacée  sur  la  pierre. 
Il  y  a  encore  au  moins  un  autre  état  non  cité  par  M.  Moreau. 


N°  806  :  Lion  dévorant  un  cheval 


Toile.  —  H.  o'"33,  L.  o'"4i.  —  Signé  à  gauche,  non  daté.  — Vente  Cachardy,  12  fé- 
vrier i853  :  545  fr.  ;  vente  M.  W.,  i  i  décembre  1857  :  960  fr.,  à  M.  John  Saulnier. 
—  Cat.  A.  Moreau,  p.  277. 

BIBLIOTHÈQ.UE  DU   PALAIS  BOURBON  —  PROJETS 

Nous  cataloguons  ici  un  certain  nombre  de  projets  relevés  dans  les  notes  de  Dela- 
croix, et  dont  plusieurs  ont  été  dessinés  ou  peints. Il  s'en  trouve  qui  ont  également 
occupé  l'esprit  du  maître,  quand  il  entreprit  la  décoration  de  la  Bibliothèque  du 
Luxembourg,  car  il  a  mené  les  deux  œuvres  de  front,  de  1845  à  1847. 


N"^  807,  808,  809  :  Orphée,  Tyrtée 


^^^\d'Sj 


1°  Orphée  et   les  Euménides.  —  Indication 
à  la  mine  de  plomb.  —  Non  exécuté. 
2°  Orphée  et  Eurydice.  —  Non  exécuté. 
3°  Tyrtée  entraînant  les  Lacédémoniens  à  la 
victoire.  —  Indication  à  la  mine  de  plomb. 

Nous  donnons  la  reproduction  du  premier  cro- 
quis, «  Orphée  et  les  Euménides  »  et  celle  du  troi- 
sième. (1  Tyrtée  entraînant  les  Lacédémoniens,  » 
sans  nous  dissimuler  qu'ils  ne  sont  pas  exempts  d'une  certaine  confusion. 


i844 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N°'  8io,  8ii  :  Jeunes  filles  de  Sparte 

i"  Jeunes  filles  de  Sparte  s'exerçant  à  la  lutte.  —  Dessin  à  la 
mine  de  plomb.  —  H.  o'"22,  L.  o'"26.  —  Reproduit  en  fac- 
similé  par  A.  Robaut.  —  Partie  du  n°  290  de  la  Vente  posthume: 
210  fr.  à  M.  P.  Tesse.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Même  sujet.  —  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  .—  H.  o"'22, 
L.  o"'26.  —  Héliogravé  pour  les  Dessins  de  décoration,  édités 
par  A.  Quantin,  dans  les  mêmes  dimensions.  —  Vente  pos- 
thume :  280  fr.à  M.  Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Notre  vignette  représente  le  premier  de  ces  deux  dessins.  Il  n'y  a  d'ailleurs  pas  de  variante. 

N°  812  :   Pythagore  consultant  les  prêtres  égyptiens 

Simple  indication  au  trait  avec  une  note  autographe.  —  Non  exécuté. 

Note  que  le  maître  a  écrite  sous  ce  dessin  :  «  Pour  le  Pythagore,  faire  à  peu  près  la  composition 
d'Hérodote...  Les  vieux  mages. —  Le  grand  prêtre  montre  la  statue  d'Isis  voilée.  —  Le  néo- 
phyte de  Pythagore  tremblant,  introduit  par  des  présentateurs  ou  acolytes.  —  Ne  pas  exa- 
gérer le  style  égyptien  ;  voir  celui  des  lithographies  anglaises  pour  la  Bible  de  Engelmann.  » 

N°^8i},  814,  81^  :   Socrate,  Diogène,  Platon 

1°  Socrate  devant  ses  juges. —  Croquis 
mine  de  plomb.  —  H.o"M6,  L.  o"'20. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Diogène  à  l'Académie,  ou  les  Jar- 
dins d'Académus.  —  Indication  à 
la  mine  de  plomb.  —  Note  écrite  par 
Delacroix  sur  ce  dessin  :  «  Mettre  au 
fond  Diogène  qui  s'en  va  tenant  son 
bagage.  «  —  Non  exécuté. 
3°  Platon.  Banquet.  —  Non  exécuté. 
Nos  vignettes  reproduisent  le  n  Socrate  devant  ses  juges  »  et  le  «  Diogène  à  l'Académie.  « 


N"""  816,  817,  818,  819,  820  :  Sujets  tirés  des  Testaments 

1°  Moïse,  en  présence  de  Pharaon,  confond  les  magistrats  égyptiens. —  Non  exécuté. 

2°  Moïse  donnant  la  loi  au  peuple.  —  Non  exécuté. 

3°  Jésus  au  milieu  des  docteurs.  —  Non  exécuté. 

4°  Le  Christ  prêchant  de  la  barque.  —  Mine  de  plomb.  —  Note  de  Delacroix  :  «  En 

disant  à  saint  Pierre  de  le   suivre.  Simple  morale  qui   s'adresse  à  tous  les  simples.  » 

5°  Le  repas  chez  Simon  le  pharisien.  — Non  exécuté. 


2l6 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


.844 


N''^82i,  822,  823  :   Saint  Paul 


1°  Saint  Paul  ren- 
versé sur  la  route 
de  Damas. —  Indi- 
cation à  la  mine 
de  plomb.  —  H  . 
o'"i25 ,  L.  o^igo. 
—  Reproduit  en 
fac-similé    inédit 

par  Ch.    Desavary,    dans   les    mêmes    dimensions,    et  en    fac-similé   agrandi,    par 

A.    Robaut,    dans    les    dimensions    de:   H.o^iq,  L.   o'"3i.  — Vente  posthume,    à 

M.  Robaut.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.   i35. 

2°  Même  sujet. —  Croquis  à  la  mine  de  plomb. — Vente  posthume,  à  M.  Chenavard. 

—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

3°  Même  sujet.  —Croquis  aquarelle.  —  H.  o"2i5,  L.  o'"25o.  —  Vente  posthume,— 

Vente  Chambry,  1881  :  5i  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°'  824,  825,  826,  827,  828,  829  :  Tite-Live,  Virgile, 
Antoine,  Marc-Aurèle,   Dante,  Le  Tasse 

1°  Tite-Live  présentant    son    histoire  à  Auguste.  — 
Non  exécuté. 

2°  Virgile   voulant   faire    brûler    VEnéide.    —    Non 
exécuté. 

3°  Discours  d'Antoine  sur  le  corps  de  César.  —  Non 
exécuté. 

4°  Marc-Aurèle  chez  le  stoïcien.  —  Non  exécuté. 
5°  Dante    (dernier  chant  de  la  Divine  Comédie).  — 
Croquis  à  la  plume.  —  H.  o™2i,  L.  o""!  i.  —  Repro- 
duit en  fac-similé  inédit  par  Lefman  dans  les  mêmes 

dimensions.  —  Appartient  à   M.  Etienne  Arago.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

6°  Le  Tasse.  —  Plusieurs  croquis.  —  Non   exécuté. 

Nos  vignettes  représentent  les  deux  dernier.*:  motifs  :  «  Dante  »  et  «  Le  Tasse.  » 


B1BL10THÈQ.UE    DU    PALAIS  BOURBON  —   ÉTUDES 
N°  8}o  :  Hémicycle  d'Orphée  —  Ensemble  de  la  composition 


Toile.  —  Esquisse  de  forme  semi-hémisphérique.  —  H.  o'"36,  L.  0^93.  —  N"  12  de 
la  Vente  posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  8)1  :  Orphée  —  Groupe  central 


Aquarelle.  —  H.  o'"48,  L.  o™6i.  —  Lithographie  à  la  plume 
par  A.  Robaut,  dans  les  dimensions  de  :  H.  Qu'agi,  L.  o'"i2i.' 
—  Légué  par  Eugène  Delacroix  à  Constant  Dutilleux.  —  Vente 
Constant  Dutilleux,  mars  1874  :  1,700  fr.  à  M.  A.  Robaut.  — 
N°  170,  Exposition  Durand-Ruel,  1878.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

On  se  rappelle  que  Constant  Dutilleux  était  un  des  sept  amis  chargés  de  classer  les  dessins  du 

maître  en  vue  de  la  Vente  posthume. 

N"  832  :  Orphée  —  Groupe  central 

Dessin.  —  Grand  in-folio.  — N°  265  de  la  Vente  posthume.  —  Non    catalogué    par 
M.  Moreau. 

N*"  8^^  :  Composition  de  l'Orphée 


Dix  feuilles  de  croquis  divers, 
par  M.  Moreau. 


N"  266  de  la  Vente  posthume.    —    Non   catalogué 


N°  8^4  :  Hémicycle  d'Attila  —  Ensemble  de  la  composition 

Toile  esquisse  de  forme  semi-hémi-. 
sphérique.  —  H.  o™36,  L.  o^gS.  — 
N°  1 3  delà  Vente  posthume  :  i,o5o  fr. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Cette  esquisse,  que  Delacroix  avait  faite 
en  forme  de  cul  de  four,  a  depuis  la  Vente 
posthume  été  mise  à  plat.  —  c<  J'ai  obtenu 
qu'on  m'ôte  les  principales  planches  de 
l'échafaud  des  deux  hémicycles  de  la 
Chambre  des  Députés.  L'Orphée  est, 
comme  je  le  craignais,  trop  en  l'air;  mais  avec  quelques  détails  sur  le  devant,  j'en  tirerai  parti 
tel  qu'il  est...  L'autre  tableau  est  fort  bien,  nous  n'y  ferons  pas  de  changements.  »  (Lettre 
du  12  septembre  1847  a  M.  Lassalle-Bordes.) 


^.-i 


N°  855  :  Attila  —  Groupe  central 


Aquarelle.  —  In-folio.  —  N°  267  de  la  Vente  posthume  :  5  10  fr.  à  M.  Dauzats. 
Cat.  A.  Moreau,  p.  322. 


2l8 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


,844 


N°  836  :   Attila.  —  Femmes  et  vieillards  fuyant  les  barbares 

Dessins.  — N"  268  de  la  Vente  posthume.  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  8^7  :   Composition  de  TAttila 

Onze  feuilles  de  croquis  divers.  —  N"  269  de  la  Vente  posthume.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

N"  838  :  Alexandre  et  les  poèmes  d'Homère 

Aquarelle.  —  N°  278  de  la  Vente  posthume  :  320  fr.  à  M.  Claburn.  —  Voir  le  même 
sujet  à  la  Bibliothèque  du  Luxembourg  (1845).  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  8^9  :  Alexandre  et  les  poèmes  d'Homère 

21,  L.  o"'25.    —  Vente  posthume.  —  Non  cata- 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H 
logué  par  M."  Moreau. 


N"  840  :    L'éducation  d'Achille 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"23,    L.  o"'3o.  —    Reproduit 
/'  (  y^=^^  ->     en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes    dimensions,  en  noir 
7~HinÊy^^   ,.'--  \  et  à  la  sanguine. —  Photographié  par  Braun. —  N"  277  de  la  Vente 
'- ^  posthume  :    2,5oo  fr.  à  M.  de  Laage.  —   Appartient  au  Musée  du 
Louvre.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Eugène  Delacroix  attachait  beaucoup  d'importance  à  cette  admirable 
composition.  On  sait  qu'une  de  ses  dispositions  testamentaires  recommandait  expressément 
que  le  dessin  fût  livré  aux  enchères  après  sa  mort.  Il  atteignit  alors  le  prix  de  2,5oo  francs. 
—  Voir  les  n»'  841,  842,  843,  844  et  899. 


N"  841  :  L'éducation  d'Achille 


Pastel.  —  H.  o'"29,  L.  0^41. —  Vente  George  Sand,  1864;  vente  Khalil-bcy,   1868  : 

3,000  fr.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  323. 

M.  Moreau  a  commis  une  erreur  en  disant  que  ce  dessin  a  passé  h  la  Vente  posthume. 


i844 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


IQ 


N°  842  :  L'éducation  d'Achille.  —  Esquisse 

Toile.  —  H.  o'"23,  L.  0^29. — N°  25  de  la  Vente  posthume  :  1,000  fr.  à  M.  Berrver. 

—  ^'ente  Laurent  Richard,  1878.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  84^  :  L'éducation  d'Achille.  —  Esquisse 

Toile.  —  H.  0^246,  L.  o™3oo. —  Exposition  d'Alsace-Lorraine,  juillet  1874. —  Litho- 
graphie à  la  plume  par  A.  Robaut   dans   les  dimensions  de  :  H.  o"'o85,  L.  o'"ii2. 

—  Gravé  à  l'eau-forte  par  M.  Berthault  dans  les  dimensions  de  :  H.  o^iSo,  L.o'"i6i. 

—  Photographié  par  Braun.  —  Vente  Constant  Dutilleux,  1874  :  3,5oo  fr.  à 
M.  Hoschedc.  —  Vente  H...,  avril  1875  :  3,o5o  fr.  à  M.  Bazile,  de  Montpellier.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  844  :   L'éducation  d'Achille  —  variante 

Croquis   à   la  plume.  —  H.   o"'i2,  L.  o"'ii.  —   Note  de  Delacroix  : 
.gW-v^^j;  '<  Mettre  une  nymphe  qui  regarde.  »  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
ti^»\-",T~,     Voici  le  passage   du  testament  de   Eugène    Delacroix  que  nous  avons  rappelé 
.'.Mi^^X  au  sujet  du  beau  dessin  (n»  840)   :    «  J'entends   expressément  qu'on  comprenne 
i;?"  ^dans  la  vente  un  grand  cadre  brun  représentant  des  fleurs  comme  posées  au 
^^l    hasard  sur   un  fond  gris  et  un  Centaure  h  la  mine  de  plomb.  i>  —   Le  présent 
dessin  est  une  première. pensée  qui  n'a   pu  être  réalisée;  mais  déjà  l'on  y  voit 
l'impétueux  élan  du  Centaure,  qui  est  l'idée   génératrice  de  ce    chef-d'œuvre. 
Seulement,  au  lieu  de  le  présenter  de  face,  Delacroix  l'a   jeté    dans  la   direction  opposée,  ce 
qui  lui  a  fourni  le  grand  et  beau  geste  du  bras  droit.  —  \'oirà  l'année  1S62. 

N"^  845,  846:  Ovide  chez  les  barbares 


.'S^        1°   Croquis   à  la   mine   de   plomb.   — 

É|j      H.  oi^ogo,  L.  o^i^o.  —  Voir  la  com- 
£i^    position  rectangulaire  aux  années  iSSg 
f^>'^  et  1862.—  App'artient  à  M.  A.  Robaut. 
^\\W       ~  ■'^°"  catalogué  par  M.  Moreau. 
t^7         2"  Dessin  à  la  mine  de  plomb. — H.o"'2  3, 
L.  o"3o.—  Reproduit  en  fac-similé  et 
publié,  par  A.  Robaut,  dans  les  mêmes 
dimensions.  —   Appartient  également 
à  M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  second  dessin  n'apporte  d'autre  variante  au  pendentif  qu'une  simplification  des  mouve- 
ments de  terrain  à  gauche,  et,  par  suite,  un  exhaussement  de  la  chaumière.  Le  premier, 
au  contraire,  présente  une   composition  entièrement  différente.  —  Voir   h  l'année  1859. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1844 


N"  847  :  Ovide  chez  les  barbares 

Toile.  —  H.  o'"24,  L.  o"'3o.  —  N°  24  de  la  Vente  posthume  :  1,020  fr.  à  M.  Thoré. 
—  Voir  le  n"  900.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  848  :  Hésiode  et  la  Muse 

Toile.  —  H.  o"'24,  L.  o'"3o.  —  N°  19  de  la  Vente  posthume  :  1,980  fr.  à  M.  Piron. 
— -Voir  le  n°  901.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  849  :  Hésiode  et  la  Muse 

Pastel.  —  N°  281  de  la  Vente  posthume  :  ^So  t'r.  à  M.  Piron.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

N"""  850,   8^1  :   Hésiode  et  la  Muse.  —  Variante 


1°  Aquarelle.  —  H.  o"^23,  L.  o"'29.  —  Legs  de  Eugène 
Delacroix  à  M.  Dauzats.  • —  Vente  Dauzats  :  5oo  fr.  — 
Appartient  à  M.  Christophe.  —  Voir  le  n°  901.  —  Non  ca- 
talogué par  M.  Moreau. 

2°Dessin  à  lamine  deplomb. — N°27i  delaVente  posthume: 
440  fr.  à  M.  Dauzats.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  groupe  des  deux  figures  qui  occupent  le  côte'  gauche  de  la 
composition  n'a  pas  été  introduit  dans  le  pendentif,  où  le  mou- 
vement des  terrains  conduisant  à  l'horizon  est  aussi  plus  compli- 
qué. La  peinture  de  la  bibliothèque  de  la  Chambre  des  députés 
ne  perd  rien  à  cette  suppression.  L'isolement  ajoute  plutôt  de  la  majesté  au  groupe  formé 
par  la  belle  Muse,  same,  vigoureuse,  aérienne  cependant,  qui  suspend  sa  grâce  exquise 
au-dessus  du  poète  endormi  dont  elle  caresse  le  front  d'une  main  divinement  légère.  Mais 
les  petites  figures  épisodiques,  qui  eussent  pu  diminuer  le  caractère  d'une  peinture  de 
grandes  dimensions,  sont  parfaitement  à  leur  place  dans  le  cadre  restreint  d'un  dessin  ou  d'un 
tableau  de  chevalet.  —  Notre  cliché  reproduit  l'aquarelle. 


N"  852  :  Adam  et  Eve 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"22,   L.  o™26.  —  N"  270  de  la  Vente  posthume  : 
245  fr.  à  M.  Ch.  Desavary.  —  Reproduit  en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes 
dimensions.  —  Voir  le  n°  902.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
C'est  la  même  composition  que  dans  l'esquisse  suivante. 


i844 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


N"  8^3  :  Adam  et  Eve 


propre  à  exécuter 


Toile  hexagonale.  —  H.  o'"2i,  L.  o'"25.  —  Signé  à  gauche.  — 
Appartient  à  M.  de  Joly. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Sans  changenient.  —  Le  nom  de  M.  Andrieu,  que  nous  citerons  tout  à 
l'heure  parmi  les  jeunes  gens  qui  fréquentaient  l'atelier  de  Eugène 
Delacroix,  rue  Neuve-Guillemin,  paraît  pour  la  première  fois  dans 
les  Lettres  en  1844,  le  12  août.  Le  maître  le  recommande  à  M.  de 
l'Espinasse,  qui  était  député  de  la  Haute-Garonne.  «  Monsieur,  le  jeune 
Andrieu,  qui  m'a  remis  cette  lettre  que  vous  voulez  bien  m'adresser, 
mérite  tout  à  fait  l'intérêt  que  vous  voulez  bien  lui  porter.  Il  est  un 
des  élèves  les  plus  assidus  de  mon  atelier,  et  je  le  crois  tout  à  fait 
convenablement  une  copie  pour  le  Ministère.  » 


N°  854  :  Adam  et  Eve. —  Ébauche  en  hauteur 


Toile  de  quarante,  de  forme  rectangulaire.  —  Appartient  à 
M.  Gérard.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Sans  variante.  —  A  cette  époque,  Delacroix  avait  un  atelier  d'élèves 
qu'il  avait  ouvert  en  1 838,  rue  Neuve-Guillemin,  et  qui  fut,  en  1846, 
transféré  rue  Neuve-Bréda.  La  rue  Neuve-Guillemin  a  disparu  dans  le 
percement  de  la  rue  de  Rennes,  au  passage  de  la  rue  du  Vieux-Colombier. 
Parmi  les  élèves  qui  fréquentaient  cet  atelier  se  trouvaient  MM.  Joly- 
Grangedor,  qui,  plus  tard,  se  consacra  lui-même  à  l'enseignement,  Saint- 
Marcel,  Niel,  Eugène  Lambert,  le  peintre  des  chats,  Bida,  qu'il  suffit  de 
nommer,  Bauderon  de  Vermeron,  qui  ouvrit  plustard  un  coursmondain 
d'histoire  de  l'art,  A.  de  Taverne,  qui  dirige.a  \e  Journal  des  Demoiselles, 
Th.  Véron,  Maurice  Sand,  Andrieu,  Lassalle-Bordes,  de  Ferrussac, 
de  Serres,  Valmore,  Gautheron,  Garipuy,  E.  Leygue,  etc.,  qui  ont  eu  dans  l'art  des  fortunes 
inégales.  D'après  ce  que  nous  en  dit  M.  Bida,  l'eftort  principal  de  l'enseignement  de  Eugène 
Delacroix  portait  sur  l'ordonnance  de  la  composition. 


N"  85^  :  Adam  et  Eve 


Indication  à  la  mine  de  plomb.  —   H.  0^24,  L.  0^19.  —  Vente 
posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

La  composition  définitive  n'a  plus  rien  de  commun  avec  cette  première 
pensée  qui,  bien  que   tracée  d'une   main    puissante  et  dramatique,  ne 
•  >y    sort  point  cependant  des  prévisions  faciles.  C'est  un  bien  beau  mouve- 
y''i  ment     pourtant,   et    profondément    tragique,    que    celui    du    premier 
\      homme,  avançant,  d'un  pas  hâté  par   le  fouet  du  glaive  de  l'archange, 
les   bras  tombants,  prêt  à   serrer  encore  d'une  étreinte  de   pardon  et 
d'amour,  la  main  de  la  coupable.  Et  son  attitude,  h  elle  aussi,  est  singu- 
-^-  lièremeut  émouvante,  en  sa  confusion  qui  détourne  ses  regards  de  ceux 

de  l'époux,  en  sa  pudeur  qui  ramène  sa  droite  vers  son  sein   pour  le  voiler.  Cela  touche 
notre  humanité  jusqu'à  l'àme. 


N"  856  :  La  captivité  a  Babylone 

Aquarelle.  —  N"  279  de  la  Vente  posthume  :  640  fr.  à  M.  Piron.   —  Voir  le  n°  goS. 

—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  la  même  composition  que  dans  le  dessin  suivant. 

N°  857  :  La  captivité  il  Babylone 


h^S^^'- 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"22,  L.  o"26.  —  Repro- 
duit en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions. 
—  Appartient  à  M.  Philippe  Burty.  —  Cat.  A.  Moreau, 
p.  323. 


s. '^/iCC^-^-fc^K^.X--/'     Les  différences  entre  le  pendentif  et  le  dessin   sont  insignifiantes. 

x^  (S!3-S~)  // /  L'arbre  est  moins  robuste,  étend  moins  loin  ses  rameaux;  la  harpe 

des  filles  de  Sion  n'y  est  pas  encore  suspendue;  l'enfant    nu  qui  se 

presse  contre  sa  mère  n'est  point  posé  dans  la  même  attitude,  qui, 

vj.^'-uc»-'  plus  allongée  ici  par  le  mouvement  du  bras  et  de  la  jambe,  a  plus 

^.     •'  de  grandeur.  A  étudier  ces  dessins  à  la  mine  de  plomb  d'une  si  noble 

simplicité,  il  me  paraît  évident  qu'ils  sont  postérieurs  à  l'exécution   des  pendentifs  et  qu'ils 

nous  en    donnent    la   svnthèsc    épurée.  J'y  veux  voir,  h  quelques    détails  près,    la  formule 

suprême,  méditée,,  corrigée,  de  ces  grandes  pensées  décoratives. 


N°  8^8  :  La  mort  de  saint  Jean- Baptiste.  —  Variante 


Toile  de  forme  rectangulaire.  —  H.  o'"56,  L.  o'"46.  —  Photo- 
graphié par  Braun. —  Exposition  d'Alsace- Lorraine,  1874.  — 
Appartient  à  M.  Lambert  Sainte-Croix.  —  Voir  le  n"  904.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

La  variante,  ici,  est  tellement  importante,  que  l'on  peut  considérer 
l'œuvré  comme  entièrement  nouvelle.  La  scène,  au  lieu  de  se  passer 
dans  une  basse-fosse  d'un  caractère  vague,  s'encadre  dans  l'architec- 
ture sévère  d'une  prison,  percée  au  fond  d'un  soupirail  cintré,  garni 
de  barreaux,  où  apparaissent  des  tètes  de  curieux.  La  figure  d'Héro- 
diade,  avec  quelque  ressouvenir  de  mademoiselle  Rachel,  est  beau- 
coup plus  élégante  et  légère  que  dans  le  pendentif,  où  elle  affecte  une 
certaine  raideur  sous  sa  lourde  coiffure  à  la  Livie.  Il  n'y  a  guère  que 
le  bourreau  que  je  trouve  d'un  moindre  style  dans  le  tableau.  Il  a  perdu,  à  être  présenté  de 
face,  la  tournure  et  le  grand  style  héroïque  que  l'artiste  lui  avait  donnés  dans  le  pendentif  par 
la  belle  flexion  du  haut  du  corps  d'avant  en  arrière.  Le  pendentif,  pourtant,  montrait  un 
bien  joli  détail  de  réalité  dans  la  façon  toute  simple  et  naïve  dont  le  bourreau  a  jeté  sur  la 
barrière  de  la  basse-fosse  le  manteau  qui  pouvait  le  gêner  dans  l'accomplissement  de  son 
œuvre  sinistre.  Ce  pendentif  et  quelques  autres  auraient  été  peints  d'après  des  croquis  ou 
des  esquisses  par  le  praticien.  Dans  son  étrange  lettre  h  M.  P.  Burty,  M.  Lassalle-Bordes 
donne  comme  de  sa  main  :  Mort  de  Pline,  Hérodote,  Bergers  chaldéens,  Sénèque,  Numa  et 
Egérie,  Mort  de  saint  Jean-Baptiste,  Adam  et  Eve,  Captivité  à  Babylone,  Ovide,  Hésiode. 


i844 


l.ŒL"\RE    DE    DELACROIX 


223 


N"""  8)9,  860,  861  :  L:i  mort  de  saint  Jean-Baptiste 


>0 

1  JA 


1°  Croquis  à  la   mine 
de  plomb. —  H.o"'28, 
■  •f&yrTfi ■'  j^\  ^-  °"'-  '  •  —  Vente  pos- 
\V'\      '«(W  Ir-W^''^""""^-  ~  ^°n  catalo- 
il4-^_^'M^^^"      gué  par    M.   Moreau. 
viÉ^ù"  2°  Dessin  à  la  mine  de 

plomb.  —  Format  in- 
M|  \-is^  quarto.   —  N"   273   de   la   Vente  posthume: 

220  fr.  à  M.  Bornot. — Appartient  à  M.  Por- 
lier-Bornot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

3°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  A  M.  Chenavard.  —Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
Les  deux  derniers  dessins  ne  sont  que  des  recherches  qui  conduisent  à  la  composition  qui 
nous  est  maintenant  connue.  Le  premier,  au  contraire,  est  absolument  nouveau  et  superbe 
en  ces  quelques  traits  d'une  élégance  florentine. 


N°  862   :  La  drachme  du  tribut 

Toile.  —  H.  o'"24,  L.  o'"3o.  —  N°  23  de  la  Vente  posthume  :  j5o  fr.  à  M.   Philippe 
Rousseau.  —  Voir  le  n°  qoS.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°^  863,864:   La  drachme  du  tribut 


■mÉ&>$iM 


1°  Dessin  à  la  mine  de  plomb. — H.  o"'24, 
L.  o™3o.  —  Reproduit  en  fac-similé  par 
A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions. 
—  N°  274  de  la  Vente  posthume  :  iSofr. 
à  M.  Robaut. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 
2°  Dessin  à  la  mine  de  plomb. —  Partie 
du  n°  286  de  la  Vente  posthume  (deux 
feuilles)  :  à  M.  J.  Léman.  —  Vente 
J.  Léman.  —  Appartient  à  M.  le  comte  Doria.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Dans  le  premier  dessin,  d'un  si  beau  trait,  la  variante  est  à  peine  sensible;  il  n'y  a  qu'un  peu 
plus  d'écartement  entre  les  deux  personnages  de  droite,  et  le  dessin  y  gagne.  Dans  le  second, 
au  contraire,  il  y  a  une  addition,  que  le  maître  n'a  d'ailleurs  pas  conservée  dans  le  pendentif, 
celle  de  l'enfant  nu,  vu  de  dos,  au  premier  plan  et  qui  regarde  avec  un  geste  d'admiration  si  naïf. 


N''  86)  :  Numa  et  Égérie 


Toile.  —  H.  o™2  6. 
—  Voir  le  n''  906. 


L.  o">3o.  —  N°  26  de  la  Vente  posthume:  540  fr.  a  M.  Normand. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


224 


L'ŒUVRE   DE     DELACROIX 


1844 


N"  866  :  Numa  et  Egérie 

Toile  grisaille.   —  H.    o"'24,  L.  o"'28.  —  N°  276  de  la  Vente  posthume  :  900  fr.  à 
M.  Haro.  —  Vente  Carlin,  29  avril  1872  :4,ioo  fr.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  867  :  Numa  et  Égérie 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"*24,  L.  o"'3o.  —  N°  276  de  la  Vente  posthume  : 
240  fr.  à  M.  de  Plaignes.  —  Vente  J.  Léman.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  868  :  Lycurgue 

Toile.  —  H.  o™2_i.,  L.  o"^3o.  —  N°  20  de  la  Vente  posthume  :  820  tr.  —   Appartient 
à  sir  Frederik  Leighton.  —  Voir  le  n°  907.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  869  :  Lycurgue 


Toile  rectangulaire.  —  H.  o"32,  L.  o"'39.  —  Signé  au 
milieu  en  bas.  —  Appartient  a  M.  Donatis.  —  Non  cata- 
logué par  M.  Moreau. 

Le  motif  est  repris  sans  variante.  La  transformation  de  l'hexagone 
en  rectangle  a  seulement  imposé  quelques  additions  sans  impor- 
tance, telles  que  le  prolongement  du  trépied,  deux  vases  placés 
au  bas  du  siège  élevé  où  trône  la  Pythie  et  une  légère  différence 
dans  le  mouvement  des  jambes  de  Lvcurgue,  qui  gravit  ici  la 
marche  du  petit  autel  des  sacrifices  devant  lequel,  dans  le  pen- 
dentif, il  se  tient  immobile.  —  Ce  sujet  fut  peint  en  1842,  ainsi 
otfert  à  Th.  Thoré  pour  la  Société  des  gens  de  lettres. 


N°  870 


Lycurgue 


Pastel, 
lettres. 


Offert,  en  1842,  à  Th.  Thoré,  pour  un  album  de  la  Société  des  gens  de 
Non  catalogué  par  M.   Moreau. 


N"  871  :  Démosthènes 


Toile.  —  H.  o"'24,  L.  o'"3o.  —  N"  22  de  la  Vente  posthume  :  5oo  fr. 
—  Voir  le  n"  908.  —  Non   catalogué    par  M.  Moreau. 


M.    Petit. 


i844 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


225 


N°  872  :  Démosthènes 


Toile  quadrangulaire.  —  H.  0^46,  L.  o'"36. — N"  62  de  la  Vente 
posthume  :  i ,  i  20  fr.  à  M.  Lecesne. —  Voir  à  Tannée  iSSg.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

Nous  nous  trouvons  en  présence  d'une  variante  complète  du  «  Démos- 
thènes ».  Les  falaises,  les  quartiers  de  grosses  roches  et  les  petites 
figures  qui  occupent  le  côté  gauche  du  pendentif  ont  disparu  et  fait 
place  h  une  ligne  de  côtes  très  abaissées  et  que  dépasse  la  haute  stature 
de  Démosthènes.  Si  celui-ci  marche  sur  le  rivage  à  peu  près  du  même 
pas  et  est  vêtu  à  peu  près  de  même,  —  quoique  ici  la  draperie  monte 
plus  haut  sur  la  poitrine  nue,  —  le  mouvement  du  bras  est  tout 
différent.  C'est  le  bras  gauche,  au  lieu  du  droit,  qui  est  levé,  et  celui-ci 
retient  une  autre  draperie  flottant  à  l'air,  fouettée  par  le  vent  de  mer,  sous  un  ciel  parcouru 
par  de  grandes  nuées.  Delacroix,  en  cette  variante,  a  adopté  la  disposition  en  hauteur,  tandis 
que,  pour  la  variante  de  i85q,  il  adopta  la  disposition  en  largeur.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  la 
base  de  la  composition  étant  plus  vaste,  le  maître  a  pu  donner  plus  d'étendue  à  la  mer  qui 
déferle  à  longs  plis  sur  la  grève  et  ajoute  plus  d'ampleur  à  la  scène. 


N"  873  :  Cicéron 


Toile.  —  H.  o'"24,  L.  o™3o.  —  N°  21  de  la  Vente  posthume  :  1,540  fr.  à  M.  Stevens. 
—  Voir  le  n°  909.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  874  :  Cicéron 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"22,  L.  o"'26.  —  Repro- 
duction en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimen- 
sions. —  Appartient  à  M.  Burty.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Le  dessin  ne  diffère  en  rien  du  pendentif,  qui  est  de  ceux  que  Dela- 
croix peignit  entièrement  de  sa  main.  Le  5  novembre  1842,  il  écrit 
à  l'un  de  ses  praticiens  :  a  J'ai  presque  terminé  mes  figures  pour  la 
Chambre  des  députés;  mais  vous  ne  serez  pas  inutile  pour  y  mettre 
surplace  quelques  touches.  »  De  ce  passage,  il  faut  conclure  que  les 
pendentifs  furent  peints  à  l'atelier.  11  ajoute  :  «  Je  serai,  je  crois,  aussi  obligé  de  faire  moi- 
même  les  masques,  attendu  que  Delestre  ne  m'en  paraît  pas  assez  capable.  »  Nous  publions 
plus  loin  quatre  de  ces  masques. 


N"  87^  :  Cicéron 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —   H.  o'"2; 
3oo  fr.  — Appartient  à  M.  Christophe. 


L.  o"'26.  — N"  272  de  la  Vente  posthume: 
-  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


22b 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1844 


N°  876  :  Hérodote 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  — 
—  Appartient  à  M.  Choquet. 


H.  o'"2i,  L.  0^24.  —  Vente  posthume;  vente  Forget. 
—  Voir  le  n°  910.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N°  877  :   Hérodote 


Pastel. —  H.  ©'"ai,  L.  o'"26. —  N°  285  de  la  Vente  posthume  :  3iofr.  àM.  Lauvech. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  878 


Les  bergers   chaldéens 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'2i,  L.  o'"26. — Appartenait 
à  M.  Riesener. — Voirlen^gii. — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

En  ce  projet,  d'un  si  beau  dessin,  très  épuré,  les  deux  figures  princi- 
pales sont  plus  rapprochées  l'une  de  l'autre  que  dans  la  composition 
définitive.  La  forme  des  collines  qui  limitent  l'horizon  est  très  diffé- 
rente. En  les  supprimant,  ou  tout  au  moins  en  les  abaissant  beaucoup, 
et  en  les  rejetant  à  droite  et  h  gauche,  l'artiste  a  donné  plus  de  gran- 
deur et  de  profondeur  à  l'œuvre.  C'est  en  vue  du  même  résultat  qu'il 
a  fait  disparaître  aussi  le  joli  groupe  de  figures  que  l'on  voit  ici  à  un  plan  éloigné.  Si  char- 
mant qu'il  fût,  il  avait  l'inconvénient  de  distraire  l'attention  du  sujet  principal,  qui  prend 
dans  son  isolement  un  caractère  en  quelque  sorte  religieux  d'adoration  solennelle. 


N°  879 


Les  bergers  chaldéens.  —  Ébauche 


Toile  quadrangulaire. —  H.  0^45,  L.  o'"38.  —  N°  120  de  la  Vente 
posthume  :  100  fr.  à  M.  Arosa.  —  Vente  Arosa,  1878  :  j5  fr.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Lorsque  Eugène  Delacroix  a  repris  les  compositions  des  pendentifs  pour 
leur  donner  la  forme  rectangulaire  des  tableaux  de  chevalet,  il  a  indifTé- 
remment  adopté  tantôt  la  disposition  en  hauteur,  tantôt  la  disposition  en 
largeur.  Cette  dernière  est  cependant  beaucoup  plus  fréquente.  —  Il  n'y 
a  de  variante  essentielle  que  dans  l'attitude  de  l'homme  couché.  Le  pen- 
dentif le  montre  allongé  à  plat  ventre,  le  menton  soutenu  par  le  poing  ;  ici 
dans  une  attitude  pénible  qui  convient  mal  aux  longues  contemplations. 


N°  880  :  Les  bergers  chaldéens 


Toile.  —  H.o'"24,  L.  o"'3o.  —  N"  17  de  la  Vente  posthume  :  1.14  fr. 
Non  catalogué  par  M.   Moreau. 


à  M.  Piron.  — 


■844 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


227 


N°  881  :  Les  bergers  chaldéens 


PasteL  —  H.  o'"2i,  L.  o'"26.  —  N°  280  de  la  Vente  posthume 
Louvancourt.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


610  fr.    à  M.  de 


N°^  882,  883  :  Sénèque.  —  Esquisse 


i°Toile.  —  H.  0^27,  L.  o™2o.  —  Photolithographié  par  Arosa 
dans  les  dimensions  de:  H.  o"M2o,  L.  o'"og7. — Vente  G.  Arosa, 
1878  :  6o5  fr.   à  M.  Breysse.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

La  disposition  en  hauteur,  en  ce  motif,  était  tout  indiquée.  Il  suffit  de 
tracer  deux  verticales  à  la  limite  des  figures  qui  sont  debout  pour 
retrouver  le  groupe  essentiel.  Les  personnages  qui  se  lamentent,  dans  la 
partie  latérale  à  droite  du  pendentif,  n'ajoutent  au  caractère  tragique 
de  l'œuvre  qu'un  intérêt  de  second  ordre  qui  a  sa  valeur,  sans  doute, 
une  valeur  pittoresque,  il  est  vrai,  plutôt  que  morale,  mais,  au  point 
de  vue  pittoresque,  absolument  nécessaire,  ainsi  que  la  draperie  sus- 
pendue pour  remplir  le  vide  de  la  composition  en  ce  lieu.  Eugène  Dela- 
croix, d  qui  la  li-uondite  était  si  facile,  n'a  jamais  reculé  devant  de  tels  sacrifices. 
2°  Pour  la  noble  figure  du  Sénèque,  Delacroix  s'est  beaucoup  inspiré  de  la  statue  en  marbre 
de  l'esclave  noir  qui  est  au  Louvre,  et  dont  le  maître  a  fait  un  dessin  in-folio  vivement  senti. 
Ce  dessin,  provenant  de  la  Vente  posthume,  appartient  à  M.  A.  Robaut.  ■ —  Voir  le  n°  912. 


N°  884  :  Sénèque.  —  Fragment 


Toile.  —  H.  o"'47,  L.   o"6o.  —  Vente  Arosa,  février  1878  : 
60  fr.  à  M.  Hazard.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

C'est  un  simple  trait  nu  bistre  avec  quelques  hachures,  une  étude  pour 
l'agencement  des  bras  droits  de  Sénèque  et  de  l'esclave  qui  vient  de 
lui  ouvrir  la  veine.  Si  l'on  prenait  au  pied  de  la  lettre  les  Notes  com- 
muniquées à  M.  Philippe  Burtv  par  M.  Lassalle-Bordes  pour  la  seconde 
édition  des  Lettres,  il  semblerait  qu'à  l'exception  de  cinq  des  penden- 
tifs, toute  la  décoration  des  bibliothèques  du  Luxembourg  et  de  la 
Chambre  des  députés  a  été  peinte  par  Pierre,  Paul,  Jacques,  Jean,  et  tels  autres  praticiens 
non  moins  illustres,  et  surtout  par  M.  Lassalle-Bordes,  fort  occupé,  paraît-il,  à  réparer  les 
maladresses  du  maître.  Le  0  Sénèque  »  serait  l'œuvre  d'un  «  peintre  amateur,  M.  Planet,  de 
Toulouse  ».  On  prête  à  M.  Lassalle-Bordes  des  forfanteries  de  parole  que  ne  dément  pas, 
malheureusement,  le  ton  de  ses  notes.  Il  n'est  donc  pas  sans  intérêt  de  publier  une  étude  qui 
permet  de  croire  que  Delacroix  est  bien  pour  quelque  chose  dans  le  «  Sénèque  ». 


N°  885  :  Sénèque.  —  Esquisse 


Toile.  —  H. 
de  Laage.  — 


Voir 


L. , 

le  n' 


)"'27.  —  N"  18  de  la  Vente  posthume  :   700  fr.  à  M.  le  baron 
912.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


îiS 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


.844 


N°  886  :   Sénèque.  —  Esquisse 

Croquis  divers  à  la  mine  de  plomb.  —  Vente  posthume,  à  M.  Robaut.  —  Voir  le 

n°  912.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N''  887  :  Socrate 


Pastel.  —  H.  0^24,  L.  o™3o.  —   N°  283   de  la  Vente  posthume  :  210  fr.  à  M.    Vau- 
zelard.  —  Voir  le  n"  gi3.  — Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N"  888  :  Mort  de  Pline  l'ancien 


Toile.  —  H.  o"24,  L.  o^So.  —  N°  i5  de  la   Vente  posthume  :   740  fr.  à  M.  Aubry. 
—  Voir  le  n°  914. —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N''  889  :  Aristote 


Toile.  —  H.  o™24,  L.  o™3o.  —  N°  14  de  la  Vente  posthume  :  725  fr.  à  M.  Tesse. 
Voir  le  n°  91 5.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


N°  890  :   Aristote 


ment.  Délai 
outre,  il   a 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o"'2i,  L.  o"'26.  —  Vente 
posthume,  partie  du  n°  290  :  85  fr.  à  M.  A.  Robaut.  —  Repro- 
duit en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions. 
—  Il  existe  un  autre  fac-similé  inédit  par  Charles  Desavary. — 
Voir  le  n°  90.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  i36. 

En  se  reportant  h  la  composition  définitive,  on  remarquera  que  la 
principale  variante  consiste  dans  la  disposition  des  figures  accessoires 
qui  occupent  h  droite  l'angle  du  pendentif.  Dans  le  dessin,  il  y  en  a 
trois  au  lieu  de  deux,  et,  par  cela  même,  elles  se  groupent  diflérem- 
roix  a  éliminé  celle  qui  se  trouve  coupée  en  hauteur  à  la  limite  du  dessin;  en 
vêtu   l'homme  vu  de  dos,  dont  le  profil  pouvait  d'ailleurs  prêter  à  la  critique. 


N"  891  :  Hippocrate 


Toile.  —  H.  o'"24,  L.  o^So.  —  N"  16  de  la  Vente  posthume  :  400  fr.  à  M.  Normand. 
—  Voirie  n°  916.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


iS44 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


22q 


N*"  892,  893,  894,  89^  :  Quatre  mascarons 

1°  Tète  d'hommcgravc  barbu. — Dessina  la  scpia  et  à  l'huile. 
— H.  o'"45,  L.  o'"35. — Appartient,  ainsi  que  les  trois  autres, 
à  M.  Fabius  Brest.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Tète  de  jeune  femme.  —  Même  procédé,  mêmes  di- 
mensions. —  Reproduit  en  photogravure  pour  les  Dessins 
de  décoration  édités  par  A.  Quantin,  dans  les  dimensions 
de   :   H.  o™225,    L.  o"'2o5. 

3°   Tête  de   jeune  faune  riant.  —    Mêmes   dimensions. 
4°  Tête   de   vieux  silène    barbu.  —  Mêmes  dimensions. 
Ces  dessins,  sur  papier  contre-colle'  sur  carton,  ont  été  recueillis 
par  M.    Fabius   Brest  dans  les   débris  de   l'atelier  du  maître,  qui 
furent  vendus  rue  de  Furstenberg,  n"  6,  après  la  Vente  posthume. 
""  Le  procédé  est  d'une  simplicité  extrême  :  le  ton  chaud  du  papier 

goudron  fournit  une  demi-teinte  puissante;  les  ombres  sont  obtenues  par  un  lavis  de  sépia 
rehaussé  d'huile.  Les  hachures,  largement  tracées,  accentuent  le  caractère  de  la  forme  et  lui 
donnent  un  relief  saisissant.  Les  ligures  sont  éclairées  par  dessous.  Tous  ces  types  ont  été 
inspirés  au  maître  non  par  des  documents  tout  faits,  mais  contrairement  à  cette  pratique 
commode,  il  les  a  cherchés  sur  nature  parmi  des  paysans  de  Frépillon  et  de  Champrosay. 


BIBLIOTHÈQUE  DU   PALAIS  BOURBON 


Peintures  décoratives  exécutées  au  Palais  Bourbon, 
.1  Paris.  —  Le  catalogue  A.  Moreau  contient,  aux 
pages  212  et  21  3,  la  simple  nomenclature  des  vingt- 
lIcux  sujets. 

La  décoration  de  cette  bibliothèque,  commencée  en  i83S, 
tut  terminée  en  1847.  Nous  en  réunissons  ici  tous  les 
motifs.  Elle  se  compose  de  deux  hémicycles  et  de  cinq 
coupoles  divisées  chacune  en  quatre  pendentifs. 
Les  hémicycles  sont  peints  sur  le  mur  enduit  d'une  pré- 
paration h  la  cire.  Dans  le  principe,  ils  devaient  être  peints 
sur  toile  et  marouflés  ensuite;  le  premier  sujet,  l'Orphée, 
fut  exécuté  ainsi,  mais  des  tassements  s'étant  produits  dans 
la  maçonnerie,  la  toile  se  rompit  et  Delacroix  dut  re- 
commencerson  travail.  Ils  représententdeuxdates  extrêmes 
de  la  civilisation  :  i"  Orphée  apportant  la  civilisation 
à  la  Grèce;  2°  Attila  ramenant  la  barbarie  sur  l'Italie 
ravagée.  Comme  ils  semblent  symboliser,  par  ces  deux 
grands  faits  de  l'histoire,  l'éternelle  lutte  du  bien  et  du 
mal,  de  la  paix  et  de  la  guerre,  on  leur  a  donné  le  nom 
d'hémicycle  de  la  Paix  et  d'hémicycle  de  la  Guerre. 
Les  coupoles  sont  peintes  à  l'huile  sur  toile  marouflée  sur  enduit.  Chaque  coupole  se  com- 
pose de  quatre  pendentifs  et  comprend  par  conséquent  quatre  sujets,  que  le  maître  a  choisis 
dans  un  même  ordre  d'idées  :  i"  la  Poésie;  2"  ta  T/iéologie ;  3"  la  Législation  ;  4"  la  Phi- 
losophie; 5"  les  Sciences.  Les  pendentifs  sont  reliés  entre  eux  par  une  bande  d'ornements 
et  séparés  par  des  cartouches  décorés  de  mascarons  tous  différents.  Il  y  a  vingt  mascarons. 
On  en  a  vu  plus  haut  quelques-uns  que  nous  reproduisons  d'après  les  dessins  du  maître. 


23o  L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


En  février  iSSi,  le  bureau  de  la  Chambre  des  députes  nommait  une  commission  «  chargée 
d'étudier  les  mesures  qu'il  pourrait  y  avoir  lieu  de  prendre  pour  préserver  les  peintures 
de  Eugène  Delacroix  des  dégradations  qui  paraissent  les  menacer  «.Cette  commission  était  com- 
posée de  MM.  de  Mahy,  Madier  de  Montjau  et  Margaine,  questeurs  ;  Turquet,  Noël  Parfait, 
Lockroy  et  Antonin  Proust,  députés  ;  Ballu,  Bœswilwald,  Charles  Garnier,  de  Joly  et  Vau- 
dremer,  architectes  ;  Pierre  Andrieu,  Etienne  Arago,  Barbet  de  Jouy,  Philippe  Burty, 
Galland  et  Charles  Blanc.  Après  avoir  examiné  l'état  général  de  la  décoration  dans  les  hémi- 
cycles et  les  pendentifs  delà  bibliothèque,  elle  a  prié  MM.  Ballu,  Bœswilwald, Garnier  et  Vau- 
dremer,  auxquels  était  naturellement  adjoint  l'architecte  du  monument,  M.  de  Joly,  de 
rechercher  les  causes  des  dégradations  dont  les  peintures  de  Eugène  Delacroix  semblaient 
menacées,  et  d'indiquer  les  moyens  de  remédier  au  mal  ou,  tout  au  moins,  d'en  arrêter  les 
progrès.  La  commission  a  chargé  en  même  temps  MAL  Andrieu,  Etienne  Arago,  Barbet  de 
Jouy,  Burty,  Galland  et  Charles  Blanc,  de  constater  tous  les  dommages  qu'auraient  pu 
éprouver  les  peintures  de  Eugène  Delacroix.  Les  rapports  des  deux  sous-commissions  ont  été 
faits,  l'un  par  M.  Charles  Garnier,  l'autre  par  M.  Burty.  Le  premier,  parlant  au  nom  des 
architectes,  a  signalé  comme  étant  les  causes  des  lézardes  remarquées  dans  les  hémicycles, 
le  tassement  des  maçonneries  et  le  jeu  des  constructions  en  fer,  dont  les  armatures  ont 
repoussé  l'enduit  en  s'oxydant,  ou  bien  déterminé  une  rupture  dans  ces  enduits,  en  fléchis- 
sant sous  le  poids  de  la  voûte.  Après  avoir  proposé  les  moyens  pratiques  de  s'opposer  aux 
tassements  et  aux  fléchissements  ultérieurs,  M.  Garnier  se  montre  assez  peu  effrayé  des  alté- 
rations qu'a  subies  la  peinture  du  maître  et  des  fissures  qu'elle  présente  en  plusieurs 
endroits.  Ces  accidents,  si  on  les  empêche  de  s'aggraver,  lui  paraissent  même  donner  parfois 
un  certain  charme  et  un  certain  caractère  à  la  décoration  murale,  et  il  cite  Michel-Ange 
comme  ayant  pris  plaisir  à  feindre  des  crevasses  dans  le  plafond  de  la  chapelle  Sixtine.  11 
pense  que  les  peintures  exécutées  sur  toiles  et  marouflées  sur  les  voûtes  n'ont  rien  à  craindre 
des  légers  tassements  qui  pourraient  encore  se  produire  »,  et  il  ajoute  que  «  les  préoccupa- 
tions que  l'on  a  pu  concevoir  à  leur  égard  n'ont  pas  de  raison  d'être  ».  L'honorable  rap- 
porteur conclut  que,  pour  ce  qui  est  des  fissures,  «  bien  que  cet  effet  soit  fâcheux,  il  ne  doit 
rien  être  tenté  ni  pour  y  remédier  au  présent,  ni  même  pour  l'arrêter  à  l'avenir.  Il  faut  donc 
se  résigner  et  laisser  les  coupoles  en  l'état  actuel  ».  Le  rapport  de  M.  Burty  ne  témoigne 
pas  de  la  même  sérénité.  Les  termes  en  sont  beaucoup  moins  rassurants.  La  sous-commission 
a  regardé  de  très  près  aux  demi-coupoles  auxquelles  on  accède  par  une  galerie  ;  elle  a  ensuite 
examiné,  lorgnettes  en  main,  les  dégradations  des  pendentifs,  dont  la  plupart  d'ailleurs  sont 
visibles  du  sol  même,  et  elle  a  constaté  les  fentes  qui  se  sont  produites  dans  les  murs  con- 
caves des  hémicycles,  les  écailles  qui  s'en  sont  détachées  et  qui,  en  laissant  reparaître  l'en- 
duit, forment  des  taches  blanches,  les  boursouflures  qui  se  manifestent  dans  les  toiles  marou- 
flées sur  les  pendentifs,  les  chancis  qui  appellent  un  nettoyage,  les  retraits  de  la  toile  qui 
demandent  un  léger  raccord.  Toutes  ces  détériorations  ont  été  soigneusement  décrites  dans 
le  rapport  très  bien  motivé  de  M.  Philippe  Burty,  qui  conclut  ainsi  :  «  A  l'unanimité  des 
membres  présents  dans  la  sous-commission  de  peinture,  dit  M.  Philippe  Burty,  nous 
croyons  que  les  graves  altérations  qui  avaient  évefllé  l'attention  du  bureau  de  la  Chambre 
sont  de  nature  à  légitimer  l'inquiétude,  à  provoquer  de  prompts  secours.  Le  travail  de  Eugène 
Delacroix,  entrepris  en  1844,  terminé  en  1847,  honore  au  plus  haut  degré  la  France  du 
xix"  siècle.  Il  témoigne  de  lectures  considérables  et  bien  coordonnées,  d'un  goût  supérieur 
dans  le  choix  et  la  variété  des  épisodes,  d'une  originalité  magistrale  dans  les  moyens  d'exé- 
cution, d'un  instinct  des  ressources  picturales  dans  la  décoration,  qui  placent  notre  école  au 
pair  de  ce  que  le  passé  avait  produit  de  plus  distingué.  L'ensemble  de  ces  peintures,  qui  por- 
tent en  elles  le  charme  de  l'enseignement,  est  comme  un  dépôt  sacré  sur  lequel  la  France 
doit  veiller  jalousement.  Il  n'est  point  de  sacrifices  qu'il  ne  faudrait  faire  pour  le  transmettre 
intact  aux  générations  qui  vont  suivre,  et  qui  acclameront  le  mouvement  intellectuel  et 
artistique  de  ce  siècle.  »  La  commission,  après  avoir  entendu  la  lecture  des  deux  rapports,  a 
décidé  que  les  travaux  de  réparation  demandés  par  M.  Garnier  pour  le  bâtiment  architec- 
tural seraient  effectués  ;  elle  a  donné  en  même  temps  satisfaction  au  rapport  de  M.  Philippe 
Burty,  en  ce  qui  concerne  les  mesures  à  prendre  pour  la  conservation  des  peintures.  — 
La  vue  d'ensemble  de  la  Bibliothèque  reproduit  un  dessin  de  M.  Fichot  [Illustration,  1847). 


■  844 


L'ŒUVRE   DE   DELACROIX 


N""  896  :  Hémicycle  de  la  Paix 
Orphée  vient  enseigner  aux  Grecs  les  arts  de  la  Paix 

Peinture   à  la  cire. —  Dimension  au  développement  du  grand  cintre,  lo^gS;  dia- 
mètre, 7™35.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  212,  3o8. 


,::^^ 


L'idée  qui  a  présidé  aux  décorations  du  Palais  Législatif  offre  l'intérêt  d'une  large  concep- 
tion historique,  qui  se  résume  par  les  termes  opposés  dans  les  deux  hémicycles,  représentant, 
l'un  «  le  Berceau  ■>,  l'autre,  «  le  Tombeau  de  la  civilisation  antique  ».  Ces  deux  compositions 
ont  été  choisies  par  le  peintre  avec  un  art  consommé,  s'il  a  voulu  prouver  la  souplesse,  la  va- 
riété et  rétendue  de  son  propre  talent,  interprétateur  et  pittoresque.  Le  premier  hémicycle 
montre  Orphée  venant  policer  les  Grecs  encore  barbares  et  leur  enseigner  les  arts  de  la  paix. 
Dans  l'éther  d'un  ciel  élyséen,  inondant  la  nature  de  clartés  ravonnantes,  Minerve  et  Cérès, 
les  chastes  divinités,  mères  de  l'Abondance  et  des  Arts,  planent  d'un  légervol  sur  un  groupe 
de  pâtres  à  demi-nus,  de  chasseurs  ployant  sous  le  gibier,  de  centaures  haletants  de  leurs 
courses  aux  collines  prochaines,  de  femmes,  d'enfants,  de  nymphes  encore  humides  de  la 
molle  étreinte  des  fleuves,  d'animaux  eux-mêmes  qui  se  pressent,  avides  d'entendre  le  verbe 
du  chantre  inspiré  qu'ils  couvrent  de  leurs  regards.  Ses  paroles  coulent  douces  comme  le 
miel  sur  les  lèvres  du  divin  poète,  leur  chaleur  pénétrante  gonfle  ces  cœurs  grossiers,  leur 
sève  parfumée  fait  éclore  déjà  sur  le  front  dur  des  nomades  les  jeunes  fleurs  de  l'intelligence. 
Aux  abords  de  ce  groupe,  les  premiers  essais  d'agriculture  sont  tentés,  les  génisses  courbent 
sous  le  joug  leur  nuque  docile,  et  prêtent  aux  mains  des  femmes  leur  pis  gonflé  de  lait. 
D'un  autre  côté,  quelques  hommes,  se  répétant  les  leçons  du  maître,  cherchent  à  lire,  dans 
les  entrailles  fumantes  des  victimes,  l'immédiat  avenir  de  la  tribu  dont  Orphée  chante  la 
gloire  lointaine  sur  sa  lyre  aux  accents  ineffables.  —  Voir  les  n<"  83o,  83i,  832,  833. 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1,^44 


N"  89-  :  Hémicycle  de  la  Guerre 
Attila  et  les  barbares  foulant  aux  pieds  l'Italie  et  les  Arts 

Peinture  à  la.  cire.    —  Dimensions   au  développement    ciu    grand   cintre  :    io'"ç 
diamètre  :  j"''35.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  212,  3o8,  322. 


'î'-  ^0. 


Par  flots,  par  torrents,  par  trombes,  au  galop  furieux  Je  leurs  chevaux  sauvages,  aux  lueurs 
des  incendies  et  des  éclairs,  les  Huns  descendent  du  haut  des  Alpes,  massacrant,  pillant,  brûlant, 
poussant  devant  eux,  comme  un  troupeau,  les  vieillards,  les  femmes  et  les  enfants  échappés 
au  carnage.  Eperdus,  les  fuyards  hâtent  le  pas  vers  la  mer,  qui  étend  à  perte  de  vue  son  impla- 
cable azur;  ils  fléchissent  sous  le  poids  des  dieux  domestiques,  des  débris  de  l'art,  des  ma- 
lades, arrachés  aux  flèches  ou  à  la  hache  des  envahisseurs.  Attila,  féroce  sur  son  cheval  aux 
crins  incultes,  à  l'œil  curieux,  et  qui  lui-même  prend  part  à  la  furie  de  l'action  sous  le  cava- 
lier aux  veux  de  flamme.  — Attila  domine  toute  l'action  avec  une  brutale  et  superbe  violence. 
Magnifique  sous  sa  peau  de  loup,  c'est  la  sublime  image  du  roi  barbare.  Orphée —  le  calme, 
les  parfums  agrestes,  la  douceur  lactée;  Attila  —  l'ivresse  du  sang,  l'horreur  et  l'épouvante! 
—  Le  rayon  et  la  foudre!  Entre  ces  motifs,  le  contraste  est  tellement  grand,  qu'une  glorieuse 
coquetterie  d'artiste  ne  me  paraît  pas  étrangère  à  ce  hardi  rapprochement;  coquetterie  légi- 
time, s'il  en  est,  noble  ambition,  d'ailleurs,  que  celle  qui  consiste  à  se  poser  à  soi-même  de 
tels  problèmes,  où  le  cerveau  joue  un  rôle  puissant,  où  la  main  doit  être  si  ferme  et  en  même 
temps  si  souple,  qu'elle  sache  renoncer  à  ses  prestigieux  caprices,  et  suivre,  traduire  fidèlement 
les  plus  fines  nuances  de  la  pensée  maîtresse.  —  Voir  les  n"^  834,  835,  836,  837. 
Nous  avons  omis  de  dire  que  la  restauration  des  peintures  de  la  Bibliothèque  fut  confiée  à 
M.  AnJrieu,  qui  l'exécuta  avec  le  plus  grand  soin. 


i844 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


233 


N°- 898,  899,  900,  901  :  Première  coupole.  La  Poésie 


Peintures  à  l'huile  sur  toile  marouflée.  —  Dimensions,  en  diamètre  vertical  :  2^21  ; 
en  diamètre  horizontal  :  2"'9i;  en  diagonale  oblique  :  i"^6-j .  Les  côtés,  dans  Tordre 
des  dimensions,  mesurent  :  i™82,  i^'^-jb^  i"o6,o"65. —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  2i3,3o9. 

1"  Premier  pendentif.  —  Alexandre  et  les  poèmes  d'Homère.  — 
L'hommage  rendu  par  un  héros  au  génie  d'un  poète.  «Alexandre, 
après  la  bataille  d'Arbelles ,  faisant  enfermer  dans  une  cassette 
d'or  les  poèmes  d'Homère  «,  inspirera  de  nouveau  Delacroix;  il 
fera  de  ce  sujet  le  motif  d'une  des  voussures  de  la  croisée  de  la 
bibliothèque  du  Luxembourg  (voir  à  l'année  iSqS).  —  n  Chose 
extraordinaire,  tant  de  tableaux,  si  variés  d'aspect,  si  divers  par 
les  sentiments  qu'ils  manifestent,  par  des  figures  appartenant  aux 
races  les  plus  diflerentes  et  à  des  époques  fort  éloignées  l'une  de 
l'autre,  tant  de  tableaux  ne  forment  pas,  comme  on  pourrait  s'y 
attendre,  une  bigarrure.  Tous  les  ensembles  séparés  ne  composent 
qu'un  seul  et  indissoluble  ensemble.  L'imagination  la  plus  abondante,  la  plus  fiévreuse  qui 
fut  jamais,  s'est  enchaînée  pour  se  soumettre  à  un  ordre  régulier,  à  une  secrète  pondéra- 
tion. L'enthousiasme  du  peintre  a  été  contenu,  refréné  par  la  sagesse  du  poète  recueilli.  Rien 
ne  détonne,  tout  se  tient  à  merveille,  et  pourtant  quel  intervalle  à  franchir  entre  les  pen- 
dentifs de  la  Poésie,  et  le  dernier  hémicycle  correspondant  à  celui  où  les  arts  de  la  paix  sont 
apportés  à  la  Grèce,  au  son  de  la  lyre,  par  Orphée  !  »  (Ch.  Blanc.)  —  Voir  les  n"'  838,  839. 

2"  Deuxième  pendentif. —  L'Education  d'Achille. —  d  L' Education 
-fpçax  d'Achille  est  un  des  morceaux  les  plus  attachants  de  cette  magni- 
",  '\  fique  décoration,  de  laquelle  on  a  tant  de  peine  à  détacher  ses 
■  N^  regards.  Le  centaure  Chiron,  chargé  de  l'éducation  d'Achille,  lui 
",,  y>  enseigne  à  tirer  de  l'arc  et  lui  montre  du  doigt  la  proie  qu'il  doit 
',  ,,/  viser.  Le  jeune  héros,  monté  en  croupe  sur  le  centaure,  et  vu  de 
dos  comme  lui,  lance  une  flèche  et  développe  dans  son  action  des 
formes  juvéniles  d'une  beauté  charmante,  qui  seraient  dignes  du 
marbre  si  elles  étaient  transposées  de  la  peinture  dans  la  statuaire. 
Je  connais  et  j'ai  bien  souvent  regardé  le  dessin  au  crayon  fait 
par  Delacroix  du  centaure  Chiron  et  de  son  élève,  et  je  puis  affir- 
mer que  ce  dessin  est  excellent;  qu'd  est  ferme  avec  souplesse  et  qu'il  est  savant  sans 
pédantisme.  Bien  que  dénué  de  son  grand  moyen  d'expression,  qui  est  la  palette,  Delacroix 
nous  a  prouvé  ,  dans  cette  première  pensée,  qu'il  n'était  pas,  comme  dessinateur,  ce  que 
l'on  croit  généralement  et  ce  que  nous  avions  cru  nous-même.  On  voit  seulement ,  en 
regardant  bien  l'esquisse  dont  je  parle,  que  le  peintre  l'a  crayonnée  en  projetant  de  plonger 
ses  formes  dans  l'air  ambiant.  »  —  Voiries  n"'  840,  841,  842,  843,  844,  et  à  l'année  1862. 

3"  Troisième  pendentif.  —  Ovide  che:(  les  barbares. — Cette  œuvre 
si  mélancolique,  où  la  tristesse  et  toutes  les  charités  de  l'exil  sont 
si  noblement  exprimées,  remet  en  mémoire  les  réflexions  d'Eudore 
dans  les  Martyrs  de  Chateaubriand  :  0  Un  jour,  ayant  passé  l'Ister 
j\  vers  son  embouchure  et  étant  un  peu  écarté  de  la  troupe  des  chas- 
"  seurs,  je  me  trouvai  h  la  vue  des  flots  du  Pont-Euxin.  Je  découvris 
un  tombeau  de  pierre,  sur  lequel  croissait  un  laurier.  J'arrachai  les 
herbes  qui  couvraient  quelques  lettres  latines  et  bientôt  je  parvins 
à  lire  ce  premier  vers  des  élégies  d'un  poète  infortuné. —  Mon  livre, 
vous  irez  à  Rome,  et  vous  irez  h  Rome  sans  moi. — Je  ne  saurais  vous 
peindre  ce  que  j'éprouvai  en  retrouvant,  au  fond  de  ce  désert,  le 
tombeau  d'Ovide.  Quelles  tristes  réflexions  ne  fis-je  point  sur  les  peines  de  l'exil,  qui  étaient 
les  miennes,  et  sur  l'inutilité  des  talents  pour  le.  bonheur!  Rome,  qui  jouit  aujourd'hui  des 


UH 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1844 


tableaux  du  plus  ingénieux  de  ses  poètes,  Rome  a  vu  couler  d'un  œil  sec  les  larmes  d'Ovide. 
Ah  !  moins  ingrat  que  les  peuples  d'Ausonie,  les  sauvages  habitants  des  bords  de  l'Ister  se 
souviennent  encore  de  l'Orphée  qui  parut  dans  leurs  forêts  !  Ils  viennent  danser  autour 
de  ses  cendres;  ils  ont  même  retenu  quelque  chose  de  son  langage ,  tant  leur  est  douce  la 
mémoire  de  ce  Romain  qui  s'accusait  d'être  le  barbare,  parce  qu'il  n'était  pas  entendu  du 
Sarmate!  »  (Charles  Blanc.)  —Voir  les  n°' 845,  846,  847  et  aux  années  iSSg,  1862. 

4"  Quatrième  pendentif.  —  Hésiode  et  la  Muse.  —  Ce  pendentif 
'^ÎK  a  été  reproduit  en  héliogravure  inédite,  d'après  un  dessin  de  M.  A. 
^^A^  Robaut,  dans  les  dimensions  de  0™i2i  suro'"i45.  «Quelle  distance 
^  ^  morale  entre  la  Muse  d'Hésiode  et  la  grande  peinture  d'Attila  qui 
"^  ferme  le  cycle  de  la  décoration  !  Le  poète  desTravaux  et  des  Jours 
est  endormi,  la  tête  renversée,  sa  houlette  entre  ses  jambes  ;  son 
troupeau  est  épars  dans  la  vallée,  au-dessus  de  lui  plane  sa  Muse, 
enveloppée  dans  une  draperie  que  soulèvent  avec  grâce  les  souffles 
de  l'air.  Le  spectateur  reçoit  ici  une  sensation  de  plaisir  et  de  fraî- 
cheur, de  félicité  et  de  repos.  Là,  au  contraire,  toutes  les  horreurs 
que  peut  rendre  la  peinture  par  les  couleurs  exaltées  du  prisme, 
sont  rendues  avec  une  vibration  qui  en  redouble  la  violence.  »  Et  Charles  Blanc  termine  sa 
remarquable  étude  par  ces  lignes  :  a  Oui,, on  peut  le  dire  avec  résolution,  il  est  bien  peu 
d'ouvrages  qui  fassent  plus  d'honneur  à  l'École  française  que  les  peintures  de  Eugène  Dela- 
croix, dans  la  Bibliothèque  des  députés,  au  Palais  Bourbon,  et  rien  ne  pouvait  venir  plus  à 
propos,  au  point  où  en  sont  notre  littérature  et  notre  art,  qu'un  témoignage  de  sollicitude, 
publiquement  donné  par  le  bureau  de  la  Chambre,  au  sujet  de  ces  nobles  peintures  ,  dans 
lesquelles  un  artiste,  dont  l'esprit  avait  des  ailes,  a  su  montrer,  non  pas  cette  petite 
vérité,  prétendue  réelle,  qui  est  la  prose,  mais  cette  grande  vérité  d'au  delà,  qui  est  la 
poésie.   »  (Charles  Blanc.)  —  Voir  les  n°^  848,  849,  85o,  85  i . 


N°''902,  903,  904,  905  :  Deuxième  coupole.  La  Théologie 


Peintures  à  l'huile  sur  toile  marouflée.  —  Dimensions,  en  diamètre  vertical  :  2'"2i  ; 
en  diamètre  horizontal  :  2'"9i  ;  en  diagonale  oblique  :  2'"6j.  Les  côtés,  dans  l'ordre 
des  dimensions,  mesurent:  i^^Sa,  i^jô,  i"'o6,  o'"65.— Cat.  A.  Moreau,  pp.  213,309. 

1»  Premier  pendentif. — Adam  et  Ère. — N'est-ce  pas  un  perpétuel 
émerveillement  que  de  voir  avec  quelle  ingénieuse  variété  Dela- 
croix fait  se  mouvoir  son  dessin  dans  la  monotone  géométrie  de 
ce  cadre  baroque  des  pendentifs  sans  base,  assis  sur  une  pointe. 
Mais  la  difficulté  n'est-elle  pas  le  meilleur  éperon  des  talents 
c-ènéreux?  Nous  aurons  à  appeler  l'attention  du  lecteur  sur  la  com- 
position en  forme  de  T  du  n  Numa  et  Egérie  »  au  premier  pen- 
dentif de  la  troisième  coupole.  Dans  1'  u  Adam  et  Eve  «  le  maître 
superpose  trois  figures  dans  une  perpendicularité  ondoyante  en 
forme  d'S  avec  la  grâce  d'un  serpent  ondulant  debout  sur^  sa 
queue.  Je  ne  voudrais  pas  affirmer  que  la  pensée  de  rappeler  ainsi 
l'image  du  tentateur  s'est  formulée  avec  précision  dans  l'esprit  de  Delacroix,  peut-être  sa  main 
a-t-elle  exprimé  le  mouvement  d'une  inconsciente  association  d'idées  errantes  en  son 
cerveau.  En  tout  cas,  le  rapprochement  méritait  d'être  signalé.  Ce  qui  est  également  bien 
digne  de  remarque,  c'est  que  le  peintre  ait  réussi  h  remplir,  avec  cette  perpendiculaire,  le 
champ  d'une  toile  en  largeur.  Le  secret  de  cette  victoire  n'est  autre  que  celui  des  magies  de 
sa  palette.  D'un  rayonnement  de  couleur  il  emplit  et  anime  l'espace.  Posez  un  tel  problème 
à  l'un  de  ces  peintres  qui  s'attribuent  le  privilège  exclusif  d'être  des  dessinateurs,  il  est  ab- 
solument impossible  qu'il  en  sorte  à  son  honneur.  —  Voir  les  n»'  852,  853,  854.  855 


2»  Deuxième  pendentif.  —  La  Captivité  à  Bahylone.  —  Ce  pen- 
dentif a  été  gravé  sur  bois  en  forme  hexagonale  pour  la  Gar;ette 
des  Beaux-Arts  du  i^''  février  1864,  dans  les  dimensions  de  o'"o85 
sur  o"Mo2.  Cette  gravure  a  paru  encore  dans  les  Beaux-Arts 
illustrés  du  28  août  1876,  et  dans  les  Artistes  de  mon  temps,  de 
Charles  Blanc.  —  0  Une  famille  juive,  le  père,  la  mère  et  un 
enfant  sont  assis  dans  l'attitude  de  l'abandon  et  du  désespoir,  sur 
les  bords  de  l'Euphrate,  à  l'ombre  d'un  saule  auquel  est  suspendue 
une  harpe  (super  Jlumina  Babylonisj.  Plus  loin,  une  jeune  femme, 
couchée  sur  le  ventre,  jette  un  regard  fixe  vers  l'horizon  lumineux 
où  l'on  aperçoit  la  ville  de  Sémiramis  que  dévore  le  sok-il.  C'est 
encore  par  le  jeu  des  couleurs,  par  le  contraste  des  complémentaires  que  le  peintre  s'est 
procuré  les  tons  incandescents  de  la  lumière  lointaine.  Il  éveille  en  nous  un  sentiment  de 
tristesse  par  des  moyens  inattendus,  c'est-à-dire  en  employant  les  teintes  les  plus  brillantes. 
Le  soleil  est  beau,  la  nature  est  belle,  semblent  dire  les  captifs,  mais  cette  nature  et  ce  soleil 
ne  sont  pas  la  nature  et  le  soleil  de  notre  patrie.  L'effet  est  à  la  fois  splendide  et  triste  ;  il  est 
mélancolique  en  pleine  lumière  !  »  (Charles  Blanc.)  —  Voir  les  n»^  856,  857. 

3"  Troisième  pendentif.  —  La  mort  de  saint  Jean-Baptiste. —  a  Si 
les  pendentifs  des  cinq  coupoles  oftVent  tous  des  beautés  d'un  ordre 
supérieur,  il  en  est  qui  sont  plus  admirables  que  les  autres  ou  qui 
attirent  plus  fortement  l'attention  :  la  Captivité  des  juifs  a  Baby- 
lone,  par  exemple,  et  la  mort  de  saint  Jean-Baptiste.  Ici,  le  précur- 
seur gît  décapité  sur  les  marches  du  palais  d'Hérode,  et  une  jeune 
fille,  d'une  élégance  farouche,  vient  demander  la  tète  coupée  du 
saint  que  lui  livre  le  bourreau,  appuyé  sur  une  épée  rouge  de  sang; 
le  jeu  de  deux  couleurs  complémentaires,  le  jaune  et  le  violet, 
engendre  une  aigreur  et  comme  qui  dirait  une  dissonance  mer- 
veilleusement sauvée.  Une  draperie  que  la  danseuse  a  posée  sur  la 
rampe  de  l'escalier  vient  former,  par  sa  teinte  violacée,  une  opposition  vive  au  jaune  sali  des 
murailles  de  la  prison;  l'eflèt  est  sinistre.  »  Ajoutons  à  ce  qu'en  dit  Charles  Blanc,  qu'en  cette 
toile  l'intensité  du  ton  puissamment  montée  n'est  comparable  qu'à  l'audace  de  certains  rappro- 
chements de  couleurs,  le  bleu,  le  blanc  et  le  rouge  du  costume  du  bourreau,  par  exemple, 
qui  sont  exactement  le  bleu,  le  blanc  et  le  rouge  de  notre  uniforme  militaire  au  temps  des 
buffleteries  blanches.  Et  l'on  sait  avec  quelle  unanimité  les  peintres  ont  toujours  déclaré  que 
cette  combinaison  tricolore  était  anti-pittoresque.  Voilà  donc  la  déclaration  mise  à  néant  du 
coup  par  le  pantalon  rouge  du  bourreau.  Que  de  prétendus  principes  le  génie  coloriste  du 
maître  a  mis  ainsi  et  glorieusement  h  néant!  C'est  toujours  l'histoire  des  quintes  successives 
reprochées  à  Beethoven.  «  Eh  bien,  moi,  je  les  permets.  »  —  Voir  les  n"=  858,  SSg,  860,  861. 

4"  Quatrième  pendentif.  —  La  Drachme  du  tribut.  —  Saint  Pierre 
trouvant  dans  un  poisson  la  drachme  pour  payer  le  tribut,  complète 
par  un  sujet  du  Nouveau  Testament  la  série  des  compositions 
bibliques  personnifiant  la  Théologie.  «  Sur  toutes  ces  compositions 
plane  le  génie  d'un  incomparable  coloriste  :  le  dessin,  le  choix 
,^  des  formes  et  des  draperies,  l'intervention  des  accessoires,  la  place 
que  chaque  objet  devra  occuper  sur  le  théâtre  du  tableau,  tout  cela 
est  subordonné  au  triomphe  de  la  couleur.  Le  peintre  se  ménage 
des  espaces  pour  celle  qui  doit  dominer,  et  il  se  prépare  des  pré- 
textes pour  les  échos  qui  doivent  rappeler  le  ton  dominant.  Il 
obéit,  dans  la  disposition  de  ses  figures,  tantôt  à  la  nécessité  de 
juxtaposer  les  contraires,  tantôt  à  la  convenance  de  rapprocher  les  semblables.  Mais  comme, 
après  tout,  la  couleur  est,  chez  Delacroix,  son  instrument  favori  pour  manifester  les  sentiments 
qu'il  éprouve  et  ceux  qu'il  veut  nous  faire  éprouver,  il  se  trouve  que  les  sacrifices  commandés 
par  la  couleur  sont  amplement  rachetés  par  l'émotion  communiquée  à  l'âme,  au  moyen  de 
l'effet  produit  sur  les  yeux.  »  (Charles  Blanc.) —  Voir  les  n«s  862,  863,  864. 


236 


L'ŒUVRE   DE    DELACROIX 


1844 


N"""  906,  907,  908,  909  :  Troisième  coupole.  La  Législation 

Peintures  à  l'huile  sur  toile  marouflée.  — Dimensions,  en  diamètre  vertical:  2"'2r, 
en  diamètre  horizontal  :  2"'gi  ;  en  diagonale  oblique  :  l'^Sj.  Les  côtés,  dans  l'ordre 
des  dimensions,  mesurent  :  i"'82,  i^jô,  i"^o6,  o'"65.  — Cat.  A.  Moreau,pp.  2i3,  309. 
1°  Premier  pendentif. — Niima  et  Egérie. — Ce  pendentif  a  été  gravé 
à  Tcau-forte  par  L.  Flameng,  dans  les  dimensions  de  o™i46  sur 
o"Mq5.  —  0  Les  choses  et  les  personnes  que  l'esprit  voit  surnager 
sur  la  mer  des  histoires,  ont,  pour  le  poète  et  pour  le  philosophe, 
des  dates  secrètes  qui  sont  tout  aussi  justes  à  leur  manière  que  les 
dates  véritables,  inscrites  dans  le  calendrier  des  annalistes.  En 
pensant  à  la  législation  antique  et  aux  plus  illustres  orateurs  de 
la  Grèce  et  de  Rome,  le  peintre  s'est  rappelé  naturellement  Numa 
Pompilius  et  Lycurgue,  Démosthènes  et  Cicéron.  Le  législateur 
de  l'ancienne  Rome,  couché  sur  la  mousse  dans  un  bocage,  recueille 
les  paroles  de  la  nymphe  Egérie  quia  quitté  sa  grotte  et  quia 
encore  un  de  ses  pieds  dans  l'eau.  »  Ajoutons  à  ces"  quelques  paroles  de  M.  Ch.  Blanc, 
qu'il  y  a,  même  dans  l'œuvre  du  maître,  peu  de  compositions  si  hardies,  une  ligne  hori- 
zontale sur  une  verticale,  un  T.  La  souplesse  du  modelé  intérieur  en  ces  deux  figures  est  telle 
qu'elle  suffit  à  masquer  la  savante  rigidité  de  cette  disposition  si  rare  et  d'une  audace  si 
singulière.  —  Voir  les  n»s  865,  866,  867. 

2"  Deuxième  pendentif.  —  Lycurgue  consulte  la  Pythie.  — 
Lycurgue,  voulant  consulter  la  Pythie,  s'avance  vers  elle  en  tenant 
une  branche  de  laurier  et  montrant  l'agneau  qu'il  vient  de 
déposer  sur  l'autel.  A  distance  comme  de  près  ,  l'impression  est 
saisissante.  On  peut  répéter  du  «  Lycurgue  »  ce  que  Ch.  Blanc  dit  du 
«  Sénèque  et  du  Pline  «  :  «  Sans  rien  savoir  encore  delà  signification  ■ 
du  tableau,  de  la  pantomime  des  figures,  de  leur  rôle  ,  on  est  pré- 
venu de  l'émotion  qu'on  ressentira,  de  telle  façon  que  le  tableau 
renversé,  la  décoration  vue  à  l'envers,  produirait  déjà  l'impres- 
sion voulue,  ou  du  moins,  frapperait  sur  l'âme  les  premiers  coups, 
comme    font    ces    préludes    qui    nous    préparent   à    écouter    une 

mélodie    grave  ou  légère,  mélancolique  ou  superbe,    une  symphonie  funèbre  ou  un  air  de 

bravoure.  »  — Voir  les  n"'  868,  869,  870. 

3»  Troisième  pendentif.  —  Démosthènes  harangue  les  flots  de  la 
mer.  —  0  Démosthènes,  s'exerçant  aux  luttes  de  la  tribune,  se 
promène  sur  le  rivage  de  la  mer,  et  il  harangue  les  flots,  en 
faisant  le  geste  d'un  tribun  qui  apostrophe  la  foule.  La  figure  de 
l'orateur  est  encadrée  dans  un  petit  golfe  formé  par  deux  promon- 
toires qui  laissent  voir  le  ciel  de  l'Attique.  Des  Athéniens  l'ob- 
servent du  haut  d'un  rocher.»  On  trouvera  un  peu  plus  haut,  et  aussi 
à  l'année  iSSg,  les  vignettes  de  variantes  où  ce  très  beau  motif  a 
été  repris  et  renouvelé  par  Delacroix  avec  cette  passion  du  mieux 
qu'il  poursuivait  sans  relâche  et  sans  fatigue  dans  les  sujets  qui 
avaient  une  fois  fixé  sa  prédilection.  —  Dans  le  dernier  pendentif 
de  cette  coupole,  le  maître  a  représenté  Cicéron  dénonçant  Verres  et  montrant  au  peuple, 
qui  s'agite  sous  les  portiques  du  Forum,  les  vases  précieux  volés  par  le  proconsul.  Nous 
donnons  cette  indication  ici,  afin  de  nous  réserver  au  numéro  suivant  la  place  nécessaire  pour 
reproduire  les  très  remarquables  observations  de  Ch.  Blanc  sur  l'ensemble  de  la  deuxième 
et  de  la  troisième  coupole.  Elles  sont  détachées  d'une  étude  sur  les  peintures  de  la  Biblio- 
thèque du  Palais  Bourbon,  publiée  dans  le  journal  le  Temps,  par  Ch.  Blanc  au  moment  de 
la  restauration  de  cet  œuvre.  —  Voir  les  n<»  871,  872,  et  a  l'année  i85g. 


i844 


L'ŒUVRE  DE    DELACROIX 


237 


4"  Quatrième  pendentif.  —  Cicéroii  accuse  Verres.  —  «  Tels  sont 
les  sujets  que  représentent  les  pendentifs  de  la  seconde  et  de  la 
troisième  coupole.  A  la  variété  de  ces  tableaux,  correspond -une 
prodigieuse  variété  dans  le  coloris.  Supérieur,  si  on  le  considère 
seulement  comme  coloriste,  aux  grands  maîtres  qui  l'ont  précédé, 
même  aux  plus  illustres,  même  h  Véronèse,  même  à  Rubens, 
Eugène  Delacroix,  semblable  à  un  chanteur  qui  posséderait  tous 
les  registres  de  la  voix  humaine,  monte  aux  notes  les  plus  aiguës 
et  descend  aux  notes  les  plus  profondes.  Tandis  que  Rubens  de- 
meure toujours  lumineux,  frais  et  rose,  même  lorsqu'il  peint  les 
plus  horritsles  scènes,  celle,  par  exemple,  des  damnés  précipités  en 
enfer,  Delacroix  dispose  d'une  palette  plus  riche,  plus  variée,  plus  vibrante  aussi,  plus  presti- 
gieuse et  surtout  plus  expressive.  — Voiries  n»'  873,  874,875. 


N""'' 910,  91 1,  912,  91  ^  :   Quatrième  coupole.  La  Philosophie 


Peintures  à  l'huile  sur  toile  marouflée.  —  Dimensions,  en  diamètre  vertical  :  2'"2i; 
en  diamètre  horizontal  :  2^91  ;  en  diagonale  oblique  :  2"'67.  Les  côtés  mesurent  : 
i'"82,   i"'76,  i'"o6,o'"65. —  Cat.  A.   Moreau,   pp.    2i3,  3o8,  Sog. 

I''  Premier  pendentif.  —  Hérodote  interroge  les  traditions  des 
Mages.  —  Voulant  écrire  le  récit  des  guerres  médiques,  Hérodote 
entreprit  de  parcourir  les  contrées  où  s'étaient  accomplis  ces  grands 
événements  dont  il  avait  été  le  témoin.  On  suppose  que  l'Egypte 
fut  le  premier  objet  de  ses  recherches.  Quoique  ce  pays  fût  presque 
neuf  pour  les  Grecs  et  que  Hérodote  y  eût  tout  à  découvrir,  il  vit 
tout  avec  une  si  merveilleuse  perspicacité,  le  décrivit  avec  tant 
d'exactitude,  que  les  eflforts  de  la  science  moderne  n'ont  eu  d'autre 
résultat  que  de  constater  la  justesse  de  ses  observations.  Delacroix 
nous  le  montre  debout,  respectueux,  plein  cependant  d'une  noble 
assurance,  au  seuil  du  temple  de  Memphis,  où  l'accueillent  les 
prêtres  égvptiens,  dépositaires  des  traditions  de  la  civilisation  la  plus  reculée.  En  cet 
immenseVravail  de  décoration,  «  où  chaque  image  est  une  pensée,  où  chaque  figure  personnifie 
un  monde»,  comme  le  dit  excellemment  Charles  Blanc,  Delacroix  ne  s'est  pas  outre  mesure 
embarrassé  de  couleur  locale,  de  restitution  archaïque.  Son  génie  plane  au-dessus  de  ces 
douteuses  vérités  d'archéologue  et  s'en  tient  à  l'éternelle  vérité  humaine.  —  Voir  les  n»^  876, 877. 

2"  Deuxième  pendentif.  —  Les  bergers  chaldéens  inventeurs  de 
l'astronomie.  —  C'est  en  de  telles  révélations  que  se  manifeste  le 
génie  d'un  grand  artiste.  Sans  doute,  comme  l'a  très  bien  dit 
Charles  Blanc,  le  seul  énoncé  d'un  tel  ensemble,  tel  que  Delacroix 
'm  ^    se  l'est  tracé  à  lui-même,  est  «  comme  un  tableau  à  grandes  lignes 

Ç*,^_  y?i>  de  l'histoire  universelle,  un  index  du  grand  livre  de  l'humanité, 
un  abrégé  encore  plus  laconique,  mais  non  moins  fier  que  celui  de 
Bossuet  »  ;  mais  ce  qui  nous  frappe  le  plus  en  cette  conception, 
c'est  la  constante  élévation  de  la  pensée.  La  grandeur  morale  en 
cette  invention  de  l'astronomie,  le  trait  de  génie,  c'est  d'avoir  affirmé 
si  nettement  que  la  science  humaine  «  l'invention  »  prenait  sa 
source  dans  l'admiration  des  choses  créées,  dans  l'adoration  du  Créateur.  Dans  le  vaste  espace 
des  grands  pâturages,  dans  le  recueillement  de  la  nuit,  dans  l'universel  silence,  ces  pâtres 
tombent  prosternes  devant  l'admirable  spectacle  du  monde  stellaire.  Ils  adorent,  ils  savent. 
<i  Os  homini  sublime  dédit,  cœlumque  tueri  jussit.  »  C'est  une  incomparable  réalisation 
pittoresque  des  paroles  du  poète  latin.  —  Voir  les  n°^  878,  879,  880,  881. 


238 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1844 


3"  Troisième  pendentif.  —  Sénèque  se  fait  ouvrir  les  veines. — 
Etrange  différence  des  hommes  et  des  temps  !  Deux  princes  sont 
élevés  par  deux  philosophes,  Alexandre  par  Aristote,  Néron  par 
Sénèque.  Le  prince  grec  reste  l'ami  de  son  précepteur,  s'intéresse 
toujours  à  ses  travaux,  les  encourage,  les  facilite  ;  le  prince  romain 
impose  maintes  bassesses  au  sien,  en  fait  un  très  misérable  cour- 
tisan, et,  après  l'avoir  autant  que  possible  avili,  lui  envoie  l'ordre 
de  mourir.  Sénèque,  aussi  rhéteur,  quoique  philosophe,  que  son 
homonvme  «  le  rhéteur  »,  dicte  avant  de  mourir  un  pompeux 
discours  à  ses  secrétaires,  puis  en  stoïcien,  tend  son  bras  à  l'esclave 
qui  va  lui  ouvrir  les  veines.  A  mesure  que  le  sang  s'écoule  de  ses 
artères,  la  sérénité,  semble-t-il,  rentre  en  son  âme,  dont  les  défaillances  ne  peuvent  cepen- 
dant faire  oublier  les  mouvements  généreux.  Il  est  vieux,  veut  mourir  debout,  craint  la 
défaite  de  la  chair,  et  à  cet  effet  se  fait  soutenir.  —  Voir  les  n"^  882,  883,  884,  885,  886. 

4°  Quatrième  pendentif.  —  Socrate  et  son  démon.  —  Ce  motif  a 

"X'        -  ;  --"5*^'  inspiré  à  Charles   Blanc    une  de    ses  meilleures  pages  :  «  La  tran- 

quille méditation  du  philosophe,  le  calme  qui  règne  dans  son  esprit 


:::y 


-,  ,  4^,,  f^  ,  -^  -^  ^.s,j  sont  exprimes,  comme  11s  le  seraient  ciie^  Kemuranai,  par  une 
''^^*^  ^''"'►Ji^i  ~{f^  peinture  en  quelque  sorte  silencieuse.  L'artiste  nous  a  transportés 
"^  ^^  '    '   *''"»'*»'   au  bord  de   l'Ilissus,  au  milieu  d'un  bocage  plein  de  mystère,  sous 


sont  exprimés,    comme    ils   le    seraient  chez  Rembrandt,  par  une 


les  ombrages  oia  le  maître  se  plaisait  à  disputer  avec  Phèdre  sur 
l'essence  du  beau.  Socrate  est  enveloppé  d'une  robe,  dont  le  ton 
rouge  est  grandement  rompu  par  les  ombres  transparentes  et  mul- 
tipliées que  forme  la  souplesse  des  plis.  A  ne  voir  que  son  masque 
écrasé,  faunesque  et  vulgaire,  cette  figure  de  Socrate  serait  sans 
intérêt,  sans  dignité  aucune,  sans  noblesse  ;  mais  le  peintre  l'a  représenté  accompagné  de  son 
génie,  et,  comme  la  peinture  est  un  art  qui  doit  donner  un  corps  à  toutes  ses  conceptions,  il 
est  personnifié,  ce  génie,  entourant  d'une  auréole  de  lumière  le  front  du  philosophe,  dont  il 
semble  faire  éclore  les  pensées,  comme  un  oiseau  divin,  sous  la  protection  de  ses  ailes  étendues. 
La  douce  lumière  qui  émane  de  cet  ange  encore  païen  est  une  lumière  surnaturelle,  purement 
idéale  et  qui  vient  de  l'esprit,  car  le  bocage  est  fermé  aux  rayons  du  soleil,  le  mystère  en 
creuse  les  ombres  et  les  tranquillise.  Cependant  le  tableau  conserve  une  intensité  sourde 
par  le  contraste  d'une  masse  verdoyante  avec  la  robe  rouge  de  Socrate.  —  Voir  le  n"  887. 


N°''9i4,  9I),  916,  917  :  Cinquième  coupole.  Les  Sciences 


Peintures  à  l'huile  sur  toile  marouflée.  —  Dimensions,  en  diamètre  vertical  : 
2'"2i;  en  diamètre  horizontal  :  2'"gi;  en  diagonale  oblique  :  2'"6y.  —  Les  côtés 
mesurent  :  i"'82,  i'"76,  i^oô,  o'"65. —  Cat.  A.  Moreau,  p.  212. 

1»  Premier  pendentif. — Mon  de  Pline  l'Ancien.  —  Pline  l'Ancien 
Ltudie  l'éruption  du  Vésuve  sous  une  pluie  de  cendres  et  dicte  ses 
obser\ations  à  son  secrétaire,  pendant  qu'un  esclave  accourt  effaré 
et  leur  annonce  le  désastre.  —  La  surface  des  pendentifs  présente  la 
configuration  la  plus  ingrate,  celle  d'un  hexagone  irrégulier,  plus 
lirge  que  haut,  posé  comme  un  écu  sur  la  pointe,  et  circonscrit  en 
ptrtie  par  des  lignes  courbes,  n  Incarcéré  dans  cette  inexorable 
.;cometrie  —  a  dit  Charles  Blanc  —  le  peintre  n'en  a  pas  moins 
de\eloppé  une  à  une  les  phases  de  son  poème  historique  en  se 
i.onformant  aux  divisions  de  l'architecture.  Pour  concevoir  une 
pareille  décoration,  il  fallait  un  esprit  très  élevé,  très  orné,  une  vaste  compréhension  de 
l'histoire  et  de  la  civilisation  antique,  un  sentiment  original  de  toutes  les  légendes,  un  poète, 


i844 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


239 


et  pour  donner  à  cet  ensemble  tant  de  dignité,  tant  de  tenue  et  tout  l'éclat  dont  il  resplendit, 
il  fallait  un  virtuose  profondément  instruit  des  lois  de  la  couleur,  initié  à  tous  les  secrets 
de  son  art,  il  fallait  un  peintre  supérieur,  un  coloriste  de  la  plus  haute  volée.  »  Et  certes, 
Eugène  Delacroix  réunissait  tous  les  dons  heureux  et  toutes  les  savantes  acquisitions  que 
signale  Charles  Blanc.  —  Voir  le  n"  888. 

2»  Deuxième  pendentif.  —  Arislote  décrit  les  animaux  que  lui 
envoie  Alexandre.  —  Assis  sur  un  siège  élevé,  le  philosophe  grec 
étudie  et  décrit  les  animaux  inconnus'qu'Alexandre  lui  envoie  des 
pays  d'Asie,  qu'il  parcourt  en  conquérant.  Un  esclave  lui  présente, 
en  l'amenant  par  les  cornes,  un  bouc  qui  se  cabre,  un  autre  esclave 
apporte  dans  ses  bras  une  gazelle  ;  derrière  eux,  casque  en  tète, 
attend  un  officier,  le  chef  de  la  mission,  qui  lui  aura  apporté 
quelque  message  de  son  royal  élève.  A  la  droite  d'Aristote,  un 
bucrane  est  accroché  au  mur,  et  au-dessous  se  voient  de  grands 
feuillages  exotiques.  —  Nous  continuerons  h  emprunter,  lorsqu'il 
y  aura  lieu,  au  ties  remarquable  article  de  Ch.  Blanc,  publié  dans  le  journal  le  Temps 
(6  mai  iSIm),  Ils  réflexions  que  lui  inspire  la  décoration  de  la  bibliothèque  de  la  Chambre 
des  députés,  dont  il  a  eu  le  courage,  malheureusement  tardif,  de  dire  que  «  il  n'a  rien  été  fait 
dans  l'Ecole  française  de  plus  magnifique  en  peinture  murale.  »  La  conversion  de  l'auteur  de 
l'Histoire  des  peintres  et  de  la  Grammaire  des  Arts  du  dessin  au  génie  de  Delacroix  a  été 
longtemps  arrêtée  par  son  culte  pour  l'art  pur  académique.  —  Voir  les  n"*  8S9  et  890. 

3"  Troisième  pendentif.  —  Hippocrate  refuse  les  présents  du  roi 
de  Perse.  —  Les  satrapes  envoyés  par  Artaxercès  offrent  au 
médecin  de  Cos  des  vases  précieux  et  des  coffres  d'or  pour  le 
déterminer  à  venir  en  Perse  pour  y  faire  cesser  une  peste  qui  la 
ravage.  Hippocrate  refuse  avec  dédain  ces  présents,  ne  voulant 
pas  aller  porter  des  secours  aux  ennemis  de  sa  patrie.  —  La  sim- 
plicité, la  réalité,  j'ai  presque  dit  le  «  réalisme  »  du  geste  dans  les 
figures  de  Delacroix  est  pour  nous  une  source  toujours  nouvelle 
d'étonnement  et  d'admiration.  Nul  n'a  eu  un  sentiment  plus  haut 
des  personnages  historiques  et  ne  les  a  mis  en  scène  avec  plus  de 
vraie  noblesse  ;  nul  cependant  n'est  arrivé  h  de  tels  résultats  par 
des  moyens  d  observation  plus  exacts,  plus  près  de  la  vie  commune.  L'Aristote  que  nous 
venons  de  voir,  par  exemple,  est  posé  dans  l'attitude  toute  naturelle  d'un  expert  à  qui  l'on 
présente  des  tableaux  pour  les  inventorier.  Ici  le  geste  du  refus  est  le  plus  ordinaire,  c'est-à-dire 
le  plus  naturel  aussi  qu'on  puisse  imaginer.  C'est  par  cette  simplicité  même  qu'il  réalise 
l'expression  la  plus  auguste.  — Voir  le  n"  8yi. 

4»  Quatrième  pendentif. —  Archimède  tué  par  le  soldat.  —  Quand 
les  Romains  prirent  Syracuse  après  un  siège  de  trois  ans,  leur 
général,  Marcellus,  pénétré  d'admiration  pour  le  génie  d'Archi- 
mède,  avait  ordonne  qu'on  l'épargnât  ;  cependant  il  fut  tué  par 
,  un  soldat  qui  lui  avait  ordonné  de  le  suivre  et  auquel  il  ne  se 
pressait  pas  d'obéir.  Sourd  aux  bruits  du  dehors,  absorbé  dans  sa 
méditation,  l'illustre  géomètre  poursuit  la  solution  de  quelqu'un 
de  ces  terribles  problèmes  qui  ont  permis  de  prolonger  si  longtemps 
la  résistance  de  cette  ville,  comme  d'enlever  les  vaisseaux  de  la 
flotte  à  l'aide  de  puissants  leviers  armés  de  crampons,  et  de  les 
briser  contre  des  rochers  ou  de  les  briller  à  l'aide  de  miroirs 
ardents. — Ce  que  nous  disions  tout  h  l'heure  du  réalisme  du  geste  dans  les  figures  composées 
par  Eugène  Delacroix  se  vérifie  ici  de  nouveau.  Tous  les  artistes  originaux  procèdent  de 
même.  J'étais  en  compagnie  du  statuaire  Carpeaux,  quand  il  fit  sur  un  carnet  de  poche  un 
croquis  d'après  un  ouvrier  maçon  couché  sur  un  banc  du  boulevard  de  Courcelles;  il  me  dit  : 
<c  Ce  sera  une  des  figures  du  pavillon  de  Flore.  »  C'est  en  effet  celle  de  l'homme  au  bœuf.  — 
Voir  une  variante  à  l'année  1854. 


240 


L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


1845 


Année   1846 

N°  918  :  La  Sibylle  au  rameau  d'or 

Toile.  —  H.  i™90,  L.  i"3o.  —  Signé,  non  daté.  —  Salon  de 
1845.  —  Exposition  universelle  de  i855.  —  N"  60  de  la  Vente 
posthume:  3, 35o  fr.  à  M.  Haro. — Cat.  A.  Moreau,  pp.  180,  3i2. 

('  La  pensée  de  gloire  qui  rayonnait  dans  le  cerveau  de  Delacroix  à 
l'aube  de  sa  vie  »,  a  dit  en  termes  excellents  M.  Philippe  Burty,  n  fut 
traduite  par  lui  en  peintre,  plus  de  vingt-cinq  ans  après.  Il  envoya  au 
Salon  de  1845  :  «  la  Sibylle  montrant,  au  sommet  de  la  foret  téné- 
breuse, le  rameau  d'or,  conquête  des  grands  cœurs  et  des  favoris  des 
dieux.  1)  Cette  Sibylle  (elle  ne  trouva  un  acquéreur  qu'à  la  vente  pos- 
thume de  l'atelier!  )  avait  les  yeux  ardents,  la  bouche  hautaine,  le 
geste  noble,  la  souple  allure  de  mademoiselle  Rachel,  que  Delacroix 
admirait  passionnément,  »  et  —  pouvons-nous  ajouter  —  qui  venait 
souvent  alors  dans  son  atelier.  Le  poète  Ch.  Baudelaire,  bien  jeune  encore,  disait  du  même 
tableau,  en  son  <i  Salon  de  1845  »  :  «  C'est  d'une  belle  et  originale  couleur.  —  La  tète  rappelle 
un  peu  l'indécision  charmante  des  dessins  sur  Hamlet.  —  Comme  modelé  et  comme  pose, 
c'est  incomparable;  l'épaule  nue  vaut  un  Corrège.  » 


N°  919  :  Gœtz  de  Berlichingen  écrivant  ses  mémoires 


Toile.  —  H.  0^27,  L. 
née  i836  et  à  Tannée 


0"2o.  —  Voir  la  lithographie  et  la  gravure  sur  bois,  à  Tan- 
1843.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  35,  76. 


N"  920  :  Madeleine  en  prière 


Toile.  —  H.  o'"3i,  L.  o"'23. — Voir  la  tête  d'étude  n°  921.  — Ap- 
partient à  M.  Alexandre  Dumas. — Non  catalogué  parM.  Moreau. 

Nous  allons  citer  quelques  mots  de  Baudelaire  au  sujet  de  la  tête  de  la 
Madeleine.  «  Elle  est  peinte»,  ajoute-t-il,  «  presque  par  hachures,  comme 
beaucoup  de  peintures  de  M.  Delacroix  j  les  tons,  loin  d'être  éclatants  ou 
intenses,  sont  très  doux  et  très  modères;  l'aspect  est  presque  gris,  mais 
d'une  harmonie  parfaite.  Ce  tableau  démontre  une  vérité  soupçonnée 
depuis  longtemps  et  plus  claire  encore  dans  un  autre  tableau  dont  nous 
parlerons  tout  h  l'heure  (le  Marc-Aurèle),  c'est  que  M.  Delacroix  est  plus 
'amais,  et  dans  une  voie  sans  cesse  renaissante,  c'est-à-dire  qu'il 


lort  que  )a 

est  plus  harmoniste  que  jamais.  »  Dans  un  paragraphe  d'introduction, 
Baudelaire  disait  encore  :  «  M.  Delacroix  est  décidément  le  peintre  le 
plus  original  des  temps  anciens  et  des  temps  modernes...  Il  restera  toujours  un  peu  contesté, 
juste  autant  qu'il  faut  pour  ajouter  quelques  éclairs  à  son  auréole.  Et  tant  mieux!  Il  a  le 
droit  d'être  toujours  jeune,  car  il  ne  nous  a  pas  trompés,  lui,  il  ne  nous  a  pas  menti  comme 
quelques  idoles  ingrates  que  nous  avons  portées  dans  nos  panthéons.  » 


8a5 


i<M 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


241 


N"  92 1  :  La  Madeleine  dans  le  désert 

Toile.— Salon  de  1845.— Exposition  universelle  de  i855.— Cat.  A.  Moreau,  p.  179. 
C'est  une  tète  de  femme  de  grandeur  nature,  renverse'e  dans  un  cadre  très  étroit.  A  droite, 
dans  le  haut,  un  pan  de  ciel  bleu.  Les  yeux  de  la  Madeleine  sont  fermés,  la  bouche  est  noble 
et  languissante,  les  cheveux  épars.  Delacroix  y  attachait  quelque  importance,  puisqu'il  l'en- 
voyait à  l'Exposition  universelle  de  i855  après  l'avoir  déjà  fait  figurer  au  Salon  de  1S45. 
«  Nul,  à  moins  de  la  voir,  dit  Baudelaire,  ne  peut  imaginer  ce  que  l'artiste  a  mis  de  poésie 
intime,  mystérieuse  et  romantique  dans  cette  simple  tête,  u 


N''92  2  :  Christine  à  Fontainebleau 


Toile. —Dimensions  inconnues. — Gravé  à  l'eau-forte  par  Fré- 
déric Villot,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"i92,  L.  o'"242. 
Js    —  Avait  appartenu  à  Alexandre  Dumas.  —  Cat.  A.  Moreau, 
"     p.  87. 

La  scène  est  empruntée  au  célèbre  drame  en  vers  qu'Alexandre 
Dumas  fit  représenter  à  l'Odéon  en  i83o  sous  le  titre:  «  Stoc- 
kholm, Fontainebleau  et  Rome,  ou  Christine  de  Suède  »  après 
le  succès  éclatant  de  «  Henri  111  et  sa  cour  »,  joué  l'année  précé- 
dente au  Théâtre-Français.  La  reine  couchée  et  dont  le  visage  est 
fortement  éclairé  par  la  lumière  placée  à  la  tète  de  son  lit,  se  soulève  vivement  en  entendant 
les  pas  du  moine  qui  s'approche  en  courant.  Nous  ne  savons  pas  si  c'est  à  la  sollicitation  de 
Dumas  que  Delacroix  fit  ce  tableau,  mais  cela  ne  paraît  pas  impossible  quand  on  se  reporte 
à  la  lettre  que  l'artiste  écrivit  au  romancier  vers  1840  et  où  il  s'excuse  d'avoir  vainement 
tenté  de  faire  une  vignette  pour  un  de  ses  livres,  n  Mettez-moi  à  l'épreuve  »,  ajoute-t-il, 
<(  pour  un  des  produits  de  mon  industrie...,  et  ne  m'en  croyez  pas  moins  bien  votre  ami 
pour  les   objets  de  grande  dimension.  »  —  Nous  ne  savons  ce  qu'est  devenu  ce  tableau. 


N°  92^  :  Marc-Aurèle  mourant.  —  Esquisse 

Toile.  —  H.  o"'26,  L.  o"'32.  —  N°  5q  de  la  Vente  posthume:  1,000  fr.  à  M.  Porzio. 
—  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  924  :  Marc-Aurèle  mourant 


Toile.  —  H.  3'"oo,  L.  3'"70.  —  Salon  de  1845.  —  Exposition  universelle  de  i855. — 
Gravé  sur  bois  pour  Y  Illustration  dans  les  dimensions  de  :  H.  o™i37,  L.  o"'202.  — 
Appartient  au  musée  de  Lyon.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  180,  204. 

La  ville  de  Lyon  acheta  ce  tableau  à  Delacroix  en  i858  seulement,  et  le  paya  4,000  francs. 
—  Voici  l'argument  fourni  par  le  livret:  n  L'empereur  recommande  la  jeunesse  de  son  fils 
à  quelques  amis  philosophes  et  stoïciens  comme  lui...  »  —  <i  Tableau  splendide,  magnifique, 
sublime,  incompris  !  1)  s'écrie  Baudelaire. —  Les  n"'' 925,926,  présentent  la  même  composition. 


242 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1845 


N"  92  5  :  Marc-Aurèle  mourant 

Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"22o,  L.  o"'2go.  —  Lithographie  à  la  plume  par 
A.  Rohaut,  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"oq5,  L.  o"M25. —  Vente  posthume, 
n"  346  bis.  — •  Vente  Constant  Dutilleux  :  180  fr.  à  M.  Detrimont. —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 


N°  926  :  Marc-Aurèle  mourant 


Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"2  2,  L.  o'^ag.  —  Partie  du 
n°  346  de  la  Vente  posthume  :  60  fr.  à  M.  Arosa.  —  Reproduit 
en  fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  mêmes  dimensions.  — 
A  appartenu  à  feu  G.  Arosa,  qui  Ta  reproduit  en  phototypie. 
—  Cat.  A.  Moreau,  pp.  i36,  296. 

Delacroix  travaillait  alors  à  la  décoration  de  la  bibliothèque  du 
Luxembourg.  Il  avait  donc  l'esprit  très  occupé  du  monde  antique. 
Marc-Aurèle  est  un  des  personnages  illustres  qui  figurent  dans  cette  décoration.  Il  y  a  lieu 
de  penser  que  l'artiste  avait  primitivement  choisi  h  cet  effet  le  sujet  qui  nous  arrête  en  ce  mo- 
ment, puis  il  y  aura  renoncé  et  l'aura  exécuté  sous  forme  de  tableau. 


N''927  :  Le  sultan  du  Maroc  entouré  de  sa  garde 


Toile. —  H.  3'"77,  L.  3'"40. — Signé  à  gauche  en  bas  et  daté 
1845. — Salon  de  1845.  —  Voir  dessins  et  variante  aux  années 
1 844  et  1 862.  —  Au  musée  de  Toulouse.  —  Cat.  A.  Moreau, 
pp.  78,  i36,  201. 

Ce  tableau  fut  acheté  par  l'État  pour  le  prix  de  4,000  francs  et 
donné  au  musée  de  Toulouse.  —  L'effet  du  parasol  vert  sur  le 
bleu  du  ciel  est  une  des  notes  de  couleur  les  plus  audacieuses 
qu'un  peintre  ait  jamais  tentées.  Voyons  ce  qu'en  dit  Baudelaire  : 
((  Voilà  le  tableau  dont  nous  voulions  parler  tout  à  l'heure  quand 
nous  affirmions  que  M.  Delacroix  avait  progressé  dans  la  science 
de  l'harmonie.  —  En  efi'et,  déploya-t-on  jamais,  en  aucun  temps, 
une  pareille  coquetterie  musicale  ?  Véronèse  fut-il  jamais  plus  fée- 
rique? Vit-on  jamais  chanter  sur  une  toile  de  plus  capricieuses 
mélodies  ?  Un  plus  prodigieux  accord  de  tons  nouveaux,  inconnus,  délicats,  charmants? 
Nous  en  appelons  à  la  bonne  foi  de  quiconque  connaît  son  vieux  Louvre;  —  qu'on  cite  un 
tableau  de  grand  coloriste,  où  la  couleur  ait  autant  d'esprit  que  dans  celui  de  M.  Delacroix. 
—  Nous  savons  que  nous  serons  compris  d'un  petit  nombre,  mais  cela  nous  suffit.  —  Ce 
tableau  est  si  harmonieux,  malgré  la  splendeur  des  tons,  qu'il  en  est  gris,  gris  comme  la 
nature  —  gris  comme  l'atmosphère  de  l'été,  quand  le  soleil  étend  comme  un  crépuscule  de 
poussière  'tremblante  sur  chaque  objet.  —  Aussi,  ne  l'aperçoit-on  pas  du  premier  coup  ; 
ses  voisins  l'assomment. —  La  composition  est  excellente; —  elle  a  quelque  chose  d'inattendu 

parce  qu'elle  est  vraie  et  naturelle P.  S.  On  dit  qu'il  y  a  des  éloges  qui  compromettent, 

et  que  mieux  vaut  un  sage  ennemi...,  etc.  Nous  ne  croyons  pas,  nous,  qu'on  puisse  compro- 
mettre le  génie  en  l'expliquant.  » 


1^45 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


243 


N^'^çiS, 929,930, 95 1,932,9)3,934,9}  ')-,C}}6:  Sultan  du  Maroc 


.■^'^ 


Neuf  croquis  à  la  plume 
et  au  crayon. —  Réunis  en 
un  lot  à  la  Vente  posthume. 
—  Appartiennent  à  M.  A. 
Robaut.  —  Noncatalogue's 
par  M.  Morcau. 

Nous  reproduisons  trois  de  ces  croquis,  qui  ont  été  faits  en  vue  du  grand  tableau  du  musée 
de  Toulouse.  En  ces  premières  recherches,  Delacroix  disposait  le  sujet  en  largeur  et  espaçait 
davantage  la  composition.  —  Dans  la  seconde  de  nos  trois  vignettes  il  est" facile  de  recon- 
naître le  consul  de  France,  qu'un    interprète   présente  au  sultan  Muley-abd-er-Rahman. 


N°^937,  938  :  Le  consul  de  France  au  Maroc 


//^~î^       1°  Croquis    rehaussé  d'aquarelle.  —  H.    o'"2i,  L.    o^oô.  — 
fc  (vOi,     Vente  posthume.  —  Appartient    à    M.  Armand  Dumarescq. 


r^iî-^       —  ^'-'"  catalogué  par  M.  Moreau. 
X^V~\^    2°  Dessin  à  la  mine  de  plomb.  —  Vente  posthume. 
/^'       '  A  tient  à  M.  A.  Robaut. 


Appar- 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  premier  de  ces  dessins  est  une  recherche  d'attitude  pour  la  figure  de  M.  de 

"^  Mornay;  il  est  debout,  revêtu  de  l'uniforme  officiel,   le  chapeau  sous  le  bras  et 

'^  portant  un  sabre  arabe  en  guise  d'épée.  C'est  ainsi  qu'on  le  voit  dans  un  croquis 

JT  de  l'article  précédent.  —  Le  second  dessin   est  le  portrait  du  consul.  Delacroix 

avait  l'intention   de  mettre  en  scène    la  présentation  de   ce    dernier    à   l'empe- 

y   renonça,  et  fit,  du  tableau  de  Toulouse,   une   œuvre  purement  pittoresque. 


N"^  939,  940  :  Les  adieux  de  Roméo  et  de  Juliette 


i"  Toile.  —  H.  o™62,  L.  o'"49.  —  Signé 
à  gauche  et  daté  1845.  —  Salon  de  1846. 

—  Exposition  universelle  de  i855.  — 
Appartient  à   madame  Gabriel  Delessert. 

—  Cat.  A.  Moreau,  pp.  181,  191. 

2°  Croquis  ii  la  sépia.  —  In-octavo.  — 
Etude  pour  le  numéro  précédent.  — 
Vente  Riesener.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 


B  Roméo  et  Juliette,  sur  le  balcon,  dans  les 
froides  clartés  du  matin,  se  tiennent  religieu- 
sement embrassés  par  le  milieu  du  corps.  Dans  cette  étreinte  vio- 
lente de  l'adieu,  Juliette,  les  mains  posées  sur  les  épaules  de  son  amant,  rejette  la  tête  en 
arrière,  comme  pour  respirer,  ou  par  un  mouvement  d'orgueil  et  de  passion  joyeuse...  Les 
vapeurs  violacées  du  crépuscule  enveloppent  cette  scène.  »  (Th.  Gautier.) 


244 


L'ŒUVRE    nr.    DE  LACROIX 


1845 


N"  941  :  Hercule 


Lithographie.  —  H.  o'"i?7,  L.  0^090.  —   Sans  trait  carré.  —  Sans 
lettre  ni  signature.  ■ — Vente  posthume  :  5  t'r.  — Cat.  A.  Moreau,  p.  ?4. 

Evidemment  Delacroix  n'aura  fait  cette  étude  qu'en  songeant  au  person- 
nage de  Commode  pour  son  Marc-Aurèle  mourant.  Il  voulait  se  rendre 
familières  les  formes  massives  de  l'hercule  romain  au  moment  de  peindre 
le  César  delà  décadence.  Parlant  du  oMarc-Aureleu  Théophile  Gautier  avait 
donc  exactement  pénétré  la  pensée  de  Eugène  Delacroix  :  «  L'empereur, 
dit-il,  est  couché  sur  son  lit  de  mort,  grave,  tranquille  comme  un  chrétien 
'qui  a  bien  vécu,  entouré  de  ses  amis,  dont  les  rudes  visages  ne  laissent 
pas  transparaître  la  douleur.  Le  jeune  Commode  écoute  d'un  air  ennuyé  et 
contraint  les  austères  conseils  de  son  père.  Il  a  le  front  bas,  les  joues  carrées, 
un  cou  de  taureau,  une  poitrine  à  vastes  méplats,  et  fait  déjà  pressentir  le  belluaire,  le  gladia- 
teur, l'infâme  débauché,  le  fou  furieux  qu'il  sera  sous  la  conduite  de  Percnnis  et  de  Cléandre.  » 


N"  942  :  Odalisque 


Toile.  —  H.  o"'32,   L.  o'"40.  — ■  Salon  de  1847.  —  Lithogra- 
phie par  Debacq,  dans  les  dimensions  de:  H.  o'"i54,  L.  o"M88. 

—  Lithographie    par   Anastasi  (essai    inédit).  —  Appartient   à 
M.  Dreux.  —  Cat.  A.  Moreau,  pp.  i25,  182. 

La  femme  que   nous  qualifions  Odalisque  —   sans  autre  raison  que 
de  maintenir  le  titre  donné  par  l'euphémisme  du  maître  à  ce  tableau 

—  est   couchée  sur  un   lit  recouvert  d'une  peau  de   tigre.  Le  corps 
est  entièrement  nu,  elle  est  accoudée  sur  un  coussin.  La  tête  repose 

sur  la  main  gauche.  La  main  droite  tient  un  coftVet  d'où  s'échappe  un  collier  de  perles.  A 
la  tête  du  lit  il  y  a  un  tabouret  portant  un  verre  et  une  carafe.  Au-dessus,  un  rideau  levé 
laisse  voir  une  serviette  posée  sur  une  tablette.  Va  pour  Odalisque. 

Il  a  passé  une  copie  de  ce  tableau  à  la  vente  Martin-Coster,  en  mai  1880.  Elle  est  signée 
au  bas,  à  droite,  du  nom  du  maître,  et  n'est  pas  de  sa  main.  Elle  mesure  :  H.  o'"25,  L.  o"'40. 


N"94)  :  Hamlet  devant  le  corps  de  Polonius 


h  deux  pas 
le  roi.  A  la 


Toile.  — •  H.  o"58,  L.  o"'48.  ■ —  Signé  à  droite,  non  daté.  — 
Exposition  d'Alsace-Lorraine,  juillet  1874. —  Photographié  par 
Braun.  —  Voir  la  lithographie  originale  à  l'année  i8?4. —  Vente 
Edwards,  7  mai  1870  :  16,700  fr.  à  M.  G.  de  Candamo;  vente 
Carlin,  29  avril  1872  :  17,000  fr.  à  M.  Febvre.  —  Appartient  à 
XL  Fanien.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.   1  52. 

Delacroix  était  pénétré  de  «  la  nécessité  qu'il  y  a  à  mûrir  une  idée 
et  à  la  retourner  de  plusieurs  manières.  »  (Ces  mots  sont  de  lui.)  Ce 
tableau  est  un  précieux  exemple  de  retour  sur  l'œuvre  de  premier  jet. 
On  se  rappelle  que  la  scène  de  violence  entre  Hamlet  et  sa  mère  se  passe 
du  cadavre  de  Polonius,  qu'il  a  frappé  au  travers  de  la  tapisserie,  croyant  frapper 
fin  de  la  scène,  la  reine  s'enfuit.  Resté  seul  en  proie  à  une  surexcitation  nerveuse 


1843 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


24D 


poussée  au  dernier  degré,  Hamlet  soulève  la  tapisserie  et  jette  k  la  dépouille  du  vieux  fou  tué 
par  méprise,  une  dernière  in]ure.  Dans  un  des  croquis  que  nous  avons  reproduits,'  Hamlet 
debout  en  lace  du  cadavre,  regarde  sa  victime  avec  une  sorte  d'étonnement  mêlé  de  remords' 
Avec  quelle  allure  de  triomphe,  au  contraire,  avec  quel  sourire  et  quel  écrasant  dédain! 
Hamlet  ici  soutient  a  tenture,  le  poing  haut,  et  laisse  tomber  sur  cette  guenille  de  vieillard 
qu  U  pousse  du  pied,  son  regard  h  demi-égaré  et  ces  paroles  méprisantes  :  «  Vraiment  ce 
conseiller  est  maintenant  bien  tranquille,  bien  discret,  bien  grave,  lui  qui,  vivant  était' un 
drôle  si  mais  et  SI  bavard  ».  o        1        m    ,  ,         l  ui. 


N*'"  944,  945  :  Montagnards  des  Eaux-Bonnes 


1"  Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"3o,  L.  o"'2o. 
—  Vente  posthume.— Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2"  Croquis  à  la  mine  de  plomb. —  H.  o"'3i,  L.  o°Mq. 
Vente  posthume.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreaû. 
^Au  mois  de  juillet  1845,  Delacroix  alla  passer  une  courte 
saison  aux  Eaux-Bonnes,  dans  les  Pyrénées,  où  il  se  ren- 
contra avec  Paul  Huet  et  Camille  Roqueplan.  Dans  ses 
lettres,  il  se  plaint  amèrement  des  bals,  des  raouts,  des 
pianos,  des  élégants,  des  conversations  oiseuses.  Il  écrit  à 
F.  Villot  :  «  Ce  qui  vaut  mieux  que  les  habitants  étrangers, 
ce  sont  les  naturels,  hommes  et  femmes,  dont  le  costume  est 
charmant,  les  femmes  surtout.  Le  pays  est  magnifique.  C'est  la  montagne  dans  toute  sa  majesté. 
Il  y  a  vraiment  à  chaque  pas,  à  chaque  détour  de  sentier,  des  sites  ravissants  ;  ayez  avec 
cela  les  pieds  d'une  chèvre  pour  escalader  les  montées,  et  vous  avez  la  jouissance  complète 
du  pays.  Je  vous  garde  le  plus  intéressant  pour  le  dernier.  Je  veux  parler  de  Goya.  Je 
m'étais  muni  à  Paris  de  renseignements  et  de  lettres  de  M.  Dauzats  pour  différentes  per- 
sonnes à  ce  sujet.  J'ai  perdu  en  route  un  carton  où  il  y  avait  des  dessins,  ces  lettres  et  vos 
renseignements.  C'est  ce  que  je  regrette  le  plus.  »  {Lettres  de  E.  Delacroix,  édition  Burty.) 


N°  946  :  Lessiveuses  des  Pyrénées 


Croquis  à  l'aquarelle.  —  In-quarto.  —  Vente  F'orget.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

Le  26  juillet,  Delacroix  écrit  à  M.  Pierret  :  «  C'est  de  la  mon- 
tagne pour  tout  de  bon,  et  quoique  je  n'aie  pas  vu  les  parties  les 
plus  remarquables,  je  m'en  tiens  satisfait.  Le  costume  des  indigènes 
i.st  aussi  très  joli  :  celui  des  femmes  est  plein  de  caractère  et  très 
inspirateur.  On  n'entend  de  tous  côtés  que  chutes  d'eau  qui  vous 
(ont  croire  qu'il  pleut  à  chaque  instant...»  La  veille,  il  écrivait  à 
M.  Riesener  :  oJusqu'ici  je  n'ai  fait  que  me  promener  sur  les  routes, 
excepté  quatre  ou  cinq  jours  que  j'ai  passés  avec  mon  frère,  qui  a 
loue  une  petite  campagne  sur  les  bords  de  la  mer,  près  Bordeaux,  et  je  ne  suis  pas  du  tout 
remis  de  cette  fatigue.  La  nature  est  ici  très  belle;  on  est  jusqu'au  cou  dans  les  montagnes  et 
les  effets  en  sont  magnifiques.  Ce  qui  m'a  plus  étonné  encore  que  leur  beauté,  c'est  l'indiffé- 
rence avec  laquelle  tout  le  monde  les  regarde,  y  compris  les  artistes,  y  compris  Roqueplan 
et  Huet,  que  j'ai  trouvés  tous  deux  ici  :  le  premier  va  très  bien,  le  second  n'a  pas  pu  se 
faire  aux  eaux  et  lésa  suspendues.  »  [Lettres,  édition  Burty.) 


246 


LŒUVRE    DE    DELACROIX 


1845 


N'""  947,  948  :  Lions  de  La  Fontaine 


I"  Le  Lion  makide  et  le  Renard.  —  Dessin  à  Li  plume.  —  In-octavo. 

—  Collection  de  M.  Feuillet  de  Conches.  —   Exposition  d'Alsace- 
Lorraine,  1874.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 
2°  Le  Lion  et  le  Moucheron.  —  Dessin  à  la  plume.    —    In-octavo. 

—  Appartient  à  M.  Feuillet  de  Conches.  —  Non  catalogué  par 
M.  Moreau. 

Il  faut  avoir  très  présent  à  l'esprit  le  sujet  de  ces  deux  fables  de  La  Fon- 
taine pour  le  retrouver  au  moins  dans  le  premier  dessin,  «  le  Lion  malade 
et  le  Renard  »,  où  le  renard  est  bien  peu  visible.  Mais,  si  comme  l'imagine 

'"     ~  '  M.  Feuillet  de  Conches,  tel  est,  en  effet,  le  motif  du  dessin,  il  en  faut  con- 

clure que  Delacroix  n'y  a  vu  qu'un  prétexte  h  mettre  en  mouvement  ses  animaux  favoris. 


N"*"  949,  950  :  Croquis  divers 


J^^l^ 


HJ 


i"  Croquis  à  la  plume.  —  In-folio.  —  Reproduit 
en  fac-similé  phototypographique  pour  le  journal 
L'Art,  n°  du  14  novembre  1875,  clans  les  dimen- 
sions de  :  H.  o™ig2,  L.  o'"2go.  —  Non  catalogué 
par  M.  Moreau. 

2°  «  Il  Pensiero.  »  —  Croquis  à  la  plume.  — 
L.  o^ioy.  —  Gravé  sur  bois  par  Froment  pour  le 


H.u'"iio, 

journal Z,'.4r^,  n°du  14  novembre  1875,  dans  les  mêmes  dimen- 
sions. —   Non    catalogué   par   M.  Moreau. 

Ces  deux  feuilles  de  croquis  appartiennent  à  M.  Philippe  Burty  ;  elles  sont  chargées  de 
notes  manuscrites  et  de  pensées  du  maître.  Leur  publication  dans  l'Art  accompagnait  un 
très  intéressant  article  de  M.  Maurice  Tourneux,  intitulé  :  «  Prosper  Mérimée,  ami  de 
Delacroix,  ses  dessins  et  ses  aquarelles.  » 


N"  9^  I  :  Deux  Indiens  lowais 


Croquis  à  la  mine  de  plomb.  —  H.  o'"26,  L.  0^17.  —  On  lit  au 
bas  :  «  Odi  ji  be  wais.  »  En  haut  :  «  Donné  à  Jennv  Le  Guillou. 
Eugène  Delacroix.  »  —  Non  catalogué  par  M.  Moreai^i. 

Eugène    Delacroix  avait  un    plaisir   extrême  à  voir  les  Indiens  lowais 
amenés  à  Paris  par  Catlin  en  184?,  et   il  faisait,  d'après  ces  sauvages,  des 
.   croquis  de  souvenir  au  lavis,  au  crayon  et  à  la  plume.  La  plupart  de  ces 
naïves  images  sont  enlevées  au  pinceau  d'aquarelle.  Il  comparait  quelques- 
uns  de  ces  sauvages  aux  sculptures  antiques. 
%  Le  chef  brandissant  sa  lance,  c'est  Ajax  défiant  les  dieux.  Dans  la  danse  du 
scalp,  les  femmes  sautent  sur  les  orteils  avec  une  allure  si  noble,  si  mysté- 
a  lance  avec  le  scalp  au  bout,  qu'elles  rappellent  les  vierges  des  Panathé- 
(Soiivcnirs  de  M.  de  Planet.] 


1843 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


247 


ÉTUDES  ET  PROJETS  POUR  LA 


BIBLIOTHEQ.UE   DU    PALAIS   DU   LUXEMBOURG 


N°  9^2  :   Études  pour  l:i  coupole 


Soixante-dix  feuilles  de  dessins  et  croquis. 
Non  catalogue"  par  M.   Moreau. 


Numéro  256  de  la  Vente  posthume. 


N°  955  :  Pyrrhus  et  Annibal 


Dessin  mine  de  plomb.  —  H.  o"'258,  L.  o'"i40.  —  Reproduit  en 
fac-similé  par  A.  Robaut  dans  les  dimensions  de  :  H.  o'"258,  L.  o"M4o. 
—  N''259  de  la  Vente  posthume,  gS  fr.  à  M.  A.  Robaut. — Non  catalogué 
par  M,  Moreau. 

On  remarquera  toujours  chez  Delacroix  la  grande  signification  de  l'idée.  0  II 
-i  détestait  les  vagues  conceptions  d'Ary  Schener,  si  étrangement  surnommé  par 
M.  Guizot  «  le  peintre  des  âmes  ».  Un  élève  allait  commencer  un  tableau  : 
Saint  Augustin  assis  avec  son  ami  sous  un  figuier  et  tourmenté  par  le  doute. 
«  Il  est  difficile  au  spectateur,  »  dit  Delacroix,  «  de  comprendre  en  peinture  un  pareil  sujet  :  » 
La  peinture,  la  musique,  cependant,  peuvent  rendre  un  état  d'âme  nettement  caractérisé  ; 
mais  de  telles  subtilités  ou  des  paroles,  non  pas. 


N"  9^'4:  Groupe  des   Grecs  illustres 


Dessin  mine  de  plomb.  —  H.  o"'22,  L.  o'"2q.  —  Exposition 
Durand-Ruel,  1878.  —  Lithographie  à  la  plume  et  cliché  par 
M.  A.  Robaut  dans  les  dimensions  de  :  H.  o"'o68,  L.  o"%t  17.  — 
N"  260  de  la  Vente  posthume.  — Vente  C.  Dutilleux,  mars  1874  ■ 
5o5  fr.  à  M.  A.  Robaut.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

L'élève  de  Eugène  Delacroix  dont  nous  parlions  au  numéro  précédent' 
était    resté  frappé  de   la    lecture  des    Confessions.    Delacroix   ajouta  : 

«  Alors  c'est  différent.  Etre  frappé  est,  pour  faire  un  tableau,  la   chose  essentielle.    Ce  qu'un 

homme  ne  voit  pas  en   peinture,   un  autre  peut  l'y  trouver.  » 


N"  95  5  :  Figures  de  Sages  et  de  Muses  —  Études 


Quinze   feuilles  de  dessins  et   croquis.  —  N°  263  de  la  Vente   posthume, 
catalogué  par  M.  Moreau. 


Non 


248 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1845 


N°  956  :  Alexandre  et  les  poèmes  d'Homère 


nouvelle 
laquelle 


preuve, 
il  faisait 


Croquis  à  la  mine  de  plomb,  de  forme  cintrée  du  haut  et 
elliptique  à  la  base.  —  H.  o"'i42,  L.  o"'2i5.  —  Vente  pos- 
thume, partie  du  n°  262. — N°7gdela  vente  Marmontel,  i883 
sous  le  titre  :  «  Dessin  d'éventail  »)  :  60  francs.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

Ce  projet  re'sume  héroïquement,  en  sept  figures,  la  composition 

adoptée  détinitivcment  pour  décorer  la  voussure  de   la  croisée  à  la 

bibliothèque  du  Luxembourg.  Cette  composition  nous  fournit  une 

énorme  travail  que  Delacroix  s'est  imposé,   et  de  la  facilité  avec 

oir  ses  personnages  en  un  champ  de  forme  quelconque. 


N^p^-  :  Appelles  peignant  Alexandre 

Dessin  mine  de    plomb.  —  In-quarto.  —  N"   2  5  de   la   Vente  posthume  :   90  fr.    à 
M.  Bornot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  958   :    Groupe  d'Homère 

Toile  grisaille.  —  H.  o'"45,  L.  o'"58. — N°8  de  la  Vente  posthume,  295  fr.  à  M.  Etienne 
Arago.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  9^9  :  Composition  de  l'hémicycle 

Dessin.  —  In-folio.  —  N"  261    de  la   Vente  posthume  :  i  i  3  fr.  à  M.  Marmontel.  — 
Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  960  :  Composition  de  rhémicycle 

Esquisse    peinte  de  forme  semi-hémisphérique.  —  N°  9  de   la  Vente   posthume  : 
jSo  fr.  à  M.  Plot.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 

N"  961  :  La  Muse  d'Orphée 


Toile  hexagonale.  —  H.  o'"25,  L.  o'"27.  —  N"  i  1  de  la  Vente  posthume  :  3oo  fr.  à  sir 
F.  Leighton.  —  Non  catalogué  par  M.  Moreau. 


'^'^4-^  L'ŒUVRE     DE    DELACROIX 


■-!49 


N°  962  :  La  Muse  d'Orphée 

Toile  hexagonale.  —  H.  o"M5,  L.  o'"i5.  —  N"  10  de  Ui  Vente  posthume.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

N°  96^   :    La  Muse  d'Aristote 

Toile  hexagonale.  —  H.  o"M5,  L.  o"M5.  —  N"  10  de  la  Vente  posthume.  —  Non 
catalogué   par  M.  Moreau. 

Toutes  ces  réductions  des  pendentifs  sont  peintes  en  imitation  de  vieux  lironze  sur  tond  d'or. 

N°  964  :  Saint  Jérôme  —  sans  changement 

Toile  hexagonale.  —  H.  o"'25,  L.  0,27. —  Signé  à  droite  en  haut. —  Vente  Théophile 
Gautier,  1873  :  1,000  fr.  à  M.  Sichel.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  265. 

N"  96^   :   Saint  Jérôme 

Toile  hexagonale. —  H.  o'"i5,  l..  o'"i5. —  N°  10  de  la  Vente  posthume  (les  quatre 
pendentifs)  :  820  fr.  à  M.  Haro.  —Cat.  A.  Moreau,  p.  265,  3o8. 

N°  966  :   Cicéron 

Toile  hexagonale.  —  H.  o"'i5,  L.  o'"i5.  —  N°  10  de  la  Vente  posthume.  —  Non 
catalogué  par  M.  Moreau. 

BIBLIOTHÈQ.UE  DU   PALAIS  DU  LUXEMBOURG 

Peintures  décoratives  exécutées  au  palais  du  Luxembourg,  à  Paris.  La  décoration  de 
la  bibliothèque,  commencée  en  1845,  fut  terminée  en  1847.  Elle  se  compose 
d'un  hémicycle,  d'une  coupole  et  de  quatre  figures  d'angles  en  pendentifs.  Toutes  ces 
peintures  sont  exécutées  sur  toile  marouflée.  En  cette  œuvre,  Delacroix  a  voulu 
traduire,  non  pas  tant  la  pensée  même  de  Dante,  forcément  circonscrite  aux  données 
du  catholicisme,  que  celle  que  suggère  à  un  homme  de  notre  temps  la  lecture  du 
quatrième  chant  de  VEn/er,  c'est-à-dire  la  glorification  du  génie  humain.  —  Le 
dimanche  7  décembre  1879,  la  bibliothèque  faillit  brûler  à  quatre  heures  du  soir; 
avec  elle  aurait  disparu  l'une  des  œuvres  les  plus  glorieuses  de  notre  siècle. 


L'ŒUVRE    DE    DELACROIX 


1843 


N"  967  :  Hémicycle 

Toile.  —  Diamètre  6"'8o,  Développement  io'"20.  —  Cat.  A.  Moreau,  p.  2i3 


Le  sujet  est  tir<J  de  l'histoire  littéraire  de  la  Grèce.  Alexandre,  après  la  bataille  dWrbelles,  fait 
enfermer  les  œuvres  d'Homère  dans  une  cassette  d'or  abandonnée  par  l'ennemi. 
A  la  lisière  d'un  bois  de  palmiers  et  devant  un  immense  trophée  de  dépouilles.  Alexandre  est 
assis  sur  le  magnifique  trône  du  vaincu,  et,  d'un  geste  noble,  il  fait  renfermer  le  précieux 
trésor,  tandis  que  ses  soldats  en  foule  apportent  les  étendards  conquis.  La  Renommée  vient 
offrir  au  conquérant  la  couronne  et  la  palme.  Toutes  les  figures  des  divers  groupes  mérite- 
raient une  profonde  analvse,  car  il  n'y  a  pas  une  négligence  dans  cet  ensemble  épique  qui, 
tout  bien  considéré,  est  peut-être  le  chef-d'œuvre  des  compositions  de  Delacroix.  Nulle  part, 
d'ailleurs,  il  n'a  exprime  le  moindre  regret  à  son  sujet,  comme  il  l'a  fait,  par  exemple,  pour 
les  hémicvcles  de  la  bibliothèque  du  Palais  Bourbon.  —  Aux  pieds  d'Alexandre  arrive  la 
suite  si  touchante  de  Darius,  touchante  surtout  par  une  idée  aussi  bien  exprimée  que  pensée. 
Il  n'en  est  peut-être  pas  de  plus  poignante  dans  aucune  création  d'art  des  temps  anciens  et 
modernes.  Les  deux  malheureux  fils  du  vaincu  sont  accompagnés  d'une  suivante  qui,  pen- 
chée sur  eux.  les  console  amicalement.  Elle-même  est  vêtue  à  la  façon  d'une  pleureuse;  sa 
draperie  ne  fait  qu'un  long  pli  —  une  larme  qui  coule  jusqu'à  terre.  —  L'aine  des  enfants, 
enveloppé  d'une  simple  étoffe,  baisse  légèrement  la  tête,  et  semble  hésiter  à  offrir  au  vain- 
queur, pour  le  fléchir,  cette  fleur  qu'il  tient  en  main.  Mais  c'est  son  jeune  frère,  nu  comme 
1  humble  vérité,  qui  déchire  le  cœur.  N'envoie-t-il  pas,  l'innocent,  un  baiser  de  paix  à  celui 
qui  cause  la  ruine  des  siens!  Plus  âgé,  il  aurait  peut-être  le  sentiment  de  son  action  et 
pourrait  en  rougir...  Cet  ordre,  il  ne  l'exécute  d'ailleurs  que  sous  l'empire  d'une  seconde 
mère,  dont  la  tâche  est  de  sauver  ces  frêles  existences.  Devant  lui,  une  femme  à  genoux  pré- 
lude à  l'émotion  de  ce  groupe  désolé.  Par  derrière,  une  vieille  femme,  en  proie  h  de  tristes 
remords,  se  crispe  les  mains.  Assise  à  terre,  elle  lève  les  yeux  vers  une  grande  et  fière  créa- 
ture, qui  s'abandonne  à  sa  destinée,  le  front  ceint  du  diadème,  les  bras  pendants.  Tout  au- 
tour les  généraux  sont  forcés  de  déposer  les  armes.  —  Au  côté  opposé  et  au  delà  du  groupe 
qui  s'intéresse  aux  poèmes  d'Homère,  on  aperçoit  les  fuyards  en  déroute  renversés  par  les 
chevaux  éperdus  ou  traînés  par  les  chars  brisés. 


1845  L'ŒUVRE     DE    DELACROIX  25l 


N"  968  :  Coupole 

Toile.  —  Diamètre  6'"8o,  Développement  20™4o.  — Cat.  A.  Moreau,pp.  213-214. 

La  composition  forme  quatre  parties  ou  groupes  principaux,  mais  sans  solution  de  continuité. 
Au  premier  groupe,  Dante  est  présenté  par  Virgile  à  Homère,  qu'entourent  les  plus  illustres 
poètes.  Ce  groupe  iait  face  à  la  fenêtre.  Le  second  groupe  est  celui  des  Grecs  illustres;  on  y 
voit  un  génie  ailé  décernant  la  palme  à  Socrate.  Au  troisième  groupe,  Orphée  par  les  sons 
de  sa  lyre  charme  les  humains  et  apprivoise  les  bêtes.  Le  quatrième  groupe  est  celui  des 
Romains  illustres;  il  réunit  Porcia,  Marc-Aurèle,  César,  Cicéron,  Trajan. 
E.  Delacroix  a  l'audace  réfléchie  de  ses  convictions  et  de  ses  intuitions  (car  il  devine  beau- 
coup). Le  premier,  il  a  osé  retirer  aux  héros  du  paganisme  et  de  la  Fable  leur  masque  de 
marbre.  C  est  dans  ses  peintures  décoratives  du  Luxembourg  et  de  la  Chambre  des  députés 
qu'il  faut  étudier  l'interprétation  moderne  et  pittoresque  de  l'antiquité  historique.  J'indique 
tout  d'abord,  a  lin  de  n'y  plus  revenir,  la  double  difficulté  que  l'artiste  avait  h  vaincre  et 
qu'il  a  vaincue  dans  la  décoration  de  la  bibliothèque  du  Luxembourg.  L'une  pouvait  em- 
barrasser le  praticien,  l'autre  l'artiste,  c'est-à-dire  l'inventeur,  le  créateur.  La  surface  que 
E.  Delacroix  devait  couvrir  a  la  forme  d'une  coupole  éclairée  seulement  par  une  fenêtre 
placée  en  contre-bas,  au  niveau  du  parquet  et  dans  une  retraite  profonde  pratiquée  dans 
l'une  des  parois  latérales  de  la  bibliothèque.  L'eft'et  de  cette  disposition  architecturale  est 
facile  à  concevoir;  la  lumière  n'arrivant  que  d'un  seul  côté,  de  bas  en  haut  et  d'un  point 
assez  éloigné,  un  grand  tiers  de  la  coupole  reste  plongé  dans  une  pénombre  inévitable, 
même  pendant  les  plus  beaux  jours,  dans  une  ombre  complète,  lorsque  le  ciel  est  couvert. 
C'est  dans  de  semblables  circonstances  que  se  manifeste  ouvertement  l'incomparable  science 
de  E.  Delacroix,  sa  merveilleuse  entente  de  l'art  de  peindre,  son  éclatante  supériorité  sur  les 
artistes  de  l'école  française.  Toute  composition  était  destinée  en  cet  endroit  h  rester  en 
partie  noyée  dans  une  impénétrable  obscurité,  si,  par  un  suprême  effort  de  la  couleur,  l'ar- 
tiste ne  réussissait  à  trouver  pour  la  zone  de  l'ombre  les  tons  les  plus  légers,  les  plus  clairs, 
les  plus  propres  à  réfléchir  chaque  parcelle  de  lumière,  sans  néanmoins  retirer  rien  de  leur 
valeur  normale  aux  sujets  de  la  zone  éclairée.  Un  peintre  bien  intentionné,  mais  moins 
savant,  moins  coloriste,  puisqu'il  faut  nommer  cette  aptitude  particulière  à  E.  Delacroix, 
qu'on  lui  a  tant  reprochée  en  la  comprenant  si  peu.  un  peintre  moins  coloriste,  désireux 
d'obvier  à  cet  inconvénient,  n'y  fût  arrivé  qu'à  l'aide  de  violents  contrastes,  d'oppositions 
heurtées  et  systématiques.  C'est  par  une  série  de  dégradations  successives,  mathématiquement 
exactes,  quoique  conçues  d'instinct,  que  Delacroix  a  réussi  à  neutraliser  les  dispositions 
défavorables  de  l'architecture,  et  à  réaliser  une  œuvre  d'une  parfaite  unité  de  ton  et  d'aspect. 
Je  n'ajoute  que  pour  mémoire  qu'à  l'égal  des  maîtres  italiens,  il  a  fait  se  dresser  et  seniou- 
voir  les  figures  de  sa  coupole  selon  les  lois  de  l'équilibre  vertical,  malgré  la  courbe  sphérique 
de  la  surface  peinte.  Ceci  est  bon  à  rappeler  aux  personnes  qui  croiraient  trop  tacilement, 
pour  l'avoir  entendu  dire,  que  E.  Delacroix  ne  sait  pas  dessiner.  La  seconde  difficulté  contre 
laquelle  l'artiste  avait  à  se  défendre  est  toute  morale.  Un  homme  qui  a  quelque  hauteur 
d'esprit  n'accepte  pas  volontiers  l'héritage  de  la  banalité.  Or,  la  décoration  d'une  biblio- 
thèque exige  une  série  de  motifs  tellement  prévus  et  si  souvent  reproduits,  qu'il  est  rnalaisé 
d'échapper  au  danger  des  redites,  ou  seulement  des  réminiscences.  Comment  varier  cet 
inévitable  sujet  ?  Grouper  dans  un  espace  donné  le  plus  grand  nombre  de  personnages  illus- 
tres dans  les  lettres  ou  les  arts:  Homère,  Socrate,  Platon,  Virgile,  Ovide,  etc.,  les  noms 
arrivent  en  foule  et  ont  été  l'objet  de  mille  compositions  antérieures.  Plus  d'un  peintre  — 
même  de  mérite  —  eût  échoué  contre  ce  thème  usé  comme  un  lieu  commun.  La  difficulté 
se  compliquait  pour  E.  Delacroix  d'une  contrainte  toute  nouvelle,  imposée  à  la  nature  même 
de  son  talent,  qui  ne  s'était  révélé  jusque-là  que  dans  la  turbulence  de  la  passion  et  la 
fièvre  du  mouvement.  J'ai  dit  comment  le  praticien  avait  triomphé  d'un  obstacle  purement 
matériel,  la  fausse  distribution  delà  lumière;  voyons  maintenant  comment  l'artiste  a  triomphé 
de  ces  obstacles  d'une  autre  nature.  C'est  à  un  poète  que  le  peintre  a  emprunté  le  sujet  de 
sa  composition.  Au  seuil  de  l'enfer,  Dante  a  entendu  se  moduler  les  soupirs  pénétrants  et 


L'ŒUVRE    DE     DELACROIX 


■84: 


résignés  des  hommes  purs,  des  poètes,  des  guerriers  célèbres  qui,  avant  la  naissance  du 
Christ,  emplirent  le  monde  de  leur  nom.  C'est  par  l'Elysée  des  Sages  qu'il  entre  dans 
l'abîme.  E.  Delacroix  a  paraphrasé  mot  à  mot,  et  même  en  y  ajoutant  quelques  détails,  ce 
quatrième  chant  de  YEnfer.  Il  a  divisé  sa  composition  en  quatre  grandes  parties.  Le  groupe 
principal,  qui  reçoit  la  lumière,  est  dominé  par  l'imposante  image  d'Homère,  vers  qui 
s'avance,  le  genou  à  demi  ployé,  le  poète  de  la  Divine  Comédie,  guidé  par  le  chantre  de 
l'Enéide.  Autour  du  sublime  aveugle  se  pressent  Horace.  le  satirique;  Ovide,  l'auteur  des 
Tristes:  Lucain,  tenant  au  poing  le  clairon  de  la  Pharsale.  Leurs  yeux  s'ouvrent  d'une 
sereine  et  bienveillante  curiosité  sur  leur  jeune  frère  qui,  vivant,  est  descendu  dans  les 
limbes,  d'où,   par  la   faveur  des  dieux,   il   ressortira   vivant.    La  plus  touchante  figure  de  ce 


groupe,  à  mon  sens,  celle  par  où  E.  Delacroix  a  rendu  la  plus  grande  somme  de  vie  inté- 
rieure au  monde  antique,  c'est  la  figure  d'Ovide,  sur  laquelle  il  est  revenu  à  plusieurs 
reprises.  L'une  des  coupoles  de  la  Chambre  des  députés  représente  Ovide  che^  les  Scythes, 
et  il  a  traité  le  même  sujet  dans  les  dimensions  d'un  tableau  de  chevalet.  Le  poète  qui  écrivit 
les  Amours,  tes  Héroides,  l'Art  d'Aimer,  les  Fastes,  exerce  une  séduction  visible  sur  l'âme 
du  peintre.  Mais  ce  n'est  pas  dans  l'heureuse  fortune  qu'il  le  préfère,  ce  n'est  pas  au  moment 
de  la  faveur  du  prince,  aux  heures  frivoles  et  légères;  c'est  dans  la  douleur  de  l'exil.  L'artiste 
a  pénétré  et  rendu,  avec  une  puissance  d'analyse  morale  très  vigoureuse,  cette  fine  et  douce 
phvsionomie  élégante  et  voluptueuse,  un  peu  molle,  mais  digne  et  charmante.  Au  groupe 
d'Homère,  il  est  intéressant  de  comparer  celui  d'Orphée  qui  lui  fait  face.  Le  poète  des 
temps  héro'iques  y  est  représenté  recevant  ses  tablettes  des  mains  de  Sapho,  et  dictant  à 
Hésiode,  sous  l'inspiration  de  la  Muse,  les  tradi